Chanette 10 : Les sources bleues par Chanette


Prologue

J’étais ce jour-là chez Anna-Gaëlle, ma complice de toujours, et après avoir passé une bonne journée ensemble j’allais prendre congé.

- Ah au fait, Chanette, tu ne vas pas partir les mains vides, je t’ai fait un petit cadeau !
- Un cadeau ! En quel honneur ?
- En l’honneur de rien du tout, bouge pas je vais le chercher.

Je m’attends au pire, elle a parfois de ces idées bizarres, mais je l’adore. Elle se ramène avec un paquet plat entouré de papier journal.

- Voilà, j’ai fait un peu le ménage dans la galerie l’autre jour, j’ai retrouvé ça et je l’ai fait arranger par un copain artiste ! C’est pas le chef d’œuvre du siècle mais c’est pas mal et ça te rappellera des souvenirs !

Oh oui, je suis heureuse de revoir ce truc : C’est une simple petite plaque de bois vernie sur laquelle a été gravé un aigle pas très commode. Le sujet serait donc bien banal si l’arrière-plan ne représentait pas une femme occupée à prodiguer une fellation en bonne et due forme à un homme qui a l’air de bien apprécier la chose !

- C’est vrai, tu me le donnes !
- Oui ! Tu te rappelles…

Oh ! Si je me rappelle…

Projet de vacances

C’est venu comme ça au détour d’une conversation, Anna-Gaëlle qui me sort :

- J’ai vraiment envie de passer des vacances  » super peinard « , dans la nature, loin des gens, loin du bruit, au grand air, un coin paumé dans la montagne par exemple !
- T’as raison ! Si tu trouves, tu m’emmènes ?
- Pourquoi pas ?

Et ce qui n’était qu’une semi boutade lui trotta tellement bien dans la tête que voilà qu’elle me téléphone le samedi suivant :

- Allô Chanette ! Dis-moi, tu serais toujours d’accord pour des vacances tranquilles à la montagne ?
- Ça dépend, si c’est pour faire du camping sauvage à 3000 mètres, j’ai un peu passé l’âge !
- J’ai trouvé un truc super, ça s’appelle  » les sources bleues « , c’est dans les Alpes, je peux passer te voir, je te montrerais la brochure…
- Heu, j’allais partir en courses…
- Tes courses, on les ferra ensemble, attends-moi j’arrive !

C’est tout à fait Anna, ça ! S’emballer pour un truc et foncer tête baissée ! Et évidemment au bout d’une heure, elle n’est pas là ! En métro, il y en a pour moins d’une demi-heure, mais non, il a fallu qu’elle prenne sa voiture, un samedi, en fin de matinée ! Elle ne changera jamais ! Enfin, ce n’est pas si grave, j’ai de quoi m’occuper.
A midi j’ai un petit creux, je décide de me faire des pâtes, et la voici qui déboule, je la reçois dans la cuisine, elle me saute au cou, me fait un quadruple bisou sur les joues !

- Je suis désolée, j’ai été coincé dans les embou…
- …taillages !
- Pour me faire pardonner, je te paye le restau si tu veux !

C’est l’un de ses trucs, ça à Anna, quand elle fait ou qu’elle simule une bêtise, elle cherche à se faire pardonner, et elle me regarde alors avec un air attendri, les yeux papillotant, les lèvres légèrement ouvertes, mais ramassées en un petit sourire innocent ! Elle ne changera jamais, craquante, malgré sa couche de maquillage… Et puis ces cheveux blonds très clairs coupés assez courts qui mettent en valeur son petit nez et lui dessine un profil de petit oiseau ! En ce moment c’est mon petit oiseau qui veut se faire pardonner ! J’ai envie de le prendre, de le caresser, de lui donner la becquée !

- Tu sais que t’es craquante quand tu veux ?
- Seulement quand je veux ? Me répond-elle, une lueur coquine dans les yeux.
- Tu sais que j’aime quand tu me regardes comme ça !
- Je n’ai pourtant rien de spécial.
- Tiens tourne-toi donc, je vais t’apprendre à être tout le temps en retard !
- D’accord, tu me punis, mais avant faut que j’aille faire pipi… A moins que ça ne t’intéresse ?
- Et bien, non pas de pipi, tu n’as qu’à te retenir, ça fait partie de la punition !
- Cruelle !
- Bon, alors tu te retournes ou pas ?

Elle se tourne, me présente son cul.

- Si tu enlevais ton pantalon, ce serait plus pratique, non ?

Elle l’enlève mais conserve un très joli string rouge.

- Mignon, ce string, tourne-toi que je vois l’autre côté.
- Il faudrait peut-être que tu te décides, un coup faut que je me tourne, un coup faut que je me retourne… Bon, alors il te plaît, j’ai le soutif assorti, tu veux le voir aussi ?
- Bien sûr !

Elle enlève son pull, j’ai en ce moment davantage envie de la serrer dans mes bras que de lui botter le cul, mais une promesse est une promesse, et puis de toute façon elle n’attend que ça ! Je m’empare d’une longue spatule en bois, je fais de nouveau se retourner Anna, et je commence à frapper ses jolies petites fesses.

- Aïe !
- Tu ne vas pas commencer à rouspéter, sinon je vais taper plus fort !
- Aïe ! Aïe ! Braille-t-elle.
- Holà ! Du calme, les voisins…

Mais j’ai compris le message, mademoiselle veut que je frappe plus fort, ce ne sera pas un problème, je m’assois, la fait coucher sur mes genoux, et délaissant un moment la spatule, je lui applique une série de fessées qui ont tôt fait de lui rougir le cul.

- Encore, ça m’excite !
- Mais tu vas te taire un jour, oui ?

Elle gigote comme ce n’est pas possible

- Tu ne pourrais pas rester tranquille ? Lui fis-je remarquer avant de me servir de nouveau de la spatule.
- Je t’assure, j’ai trop envie de pisser, si tu ne me laisse pas y aller, je vais faire sur moi et je vais t’en foutre partout.
- Essaie un peu, tu vas voir ! Répondis-je cognant encore un peu plus fort.

Et soudain, Anna cessa de gigoter, ce n’est qu’une minute après que je sentis l’humidité sur mes cuisses, cette andouille avait mis sa menace à exécution.

- Mais t’es pas un peu malade, mon pantalon tout propre de ce matin !
- Je t’avais prévenu…

Son flot d’urine ne semble pas vouloir se tarir, j’ai les cuisses et les jambes trempées, même mes petits chaussons sont mouillés.

- Bravo, non mais regarde un peu le travail !

Je la vire pour mieux constater les dégâts, je me relève, Anna rigole comme une bossue, toute contente de sa blague, c’est communicatif, nous rigolons à l’unisson. Je réalise que j’ai beaucoup de choses à gérer en même temps, d’abord arrêter de faire bouillir l’eau des pâtes, ensuite essorer les bêtises d’Anna, (mais celle-ci m’a devancé et s’est emparée d’une serpillière) et après retirer mon pantalon trempé. Me voici le cul à l’air, nous sommes même deux le cul à l’air puisque ma copine a retiré son string victime lui aussi de ses grandes eaux. Je m’approche d’Anna, on s’enlace, on s’embrasse, on se roule un patin d’enfer en se pelotant mutuellement les fesses. J’ai une envie folle de m’envoyer en l’air. Je dégrafe le soutif de ma copine, m’empare de ses seins, les caresse, les embrasse, les mordille, ses tétons se redressent. Il m’est arrivé avec Anna de passer des après-midi entiers à se caresser, à se faire des bisous sans que cela finisse forcément en partie de jambes en l’air, mais aujourd’hui mon envie est bestiale.

Je l’embrasse un peu en haut des cuisses là où l’urine suinte encore, puis complètement déchaînée, j’attrape la main d’Anna, et l’entraîne dans la salle de bain où nous nous essuyons sommairement mais mutuellement. Elle tente de s’agripper après moi, mais je me dégage et me faufile dans ma chambre, lui demandant de me suivre. Et là, je m’installe en plein milieu du lit, les jambes légèrement écartées.

- Viens me sucer !

Et tandis qu’Anna-Gaëlle a déjà sa tête dans mes cuisses, puis sa langue dans ma chatte, je me serre mes bouts de seins jusqu’à leur faire mal. Déjà mon clitoris n’en peut plus, des vibrations de plaisirs parcourent mon corps, mon entre jambe est mouillé, je réalise de façon très triviale que j’aurais dû prévoir une serviette éponge, tant pis, je changerais les draps ! La langue d’Anna a senti ma jouissance proche, elle a toujours été une partenaire parfaite, et cette fois encore elle ne faillira pas, un instant elle s’arrête, juste un instant elle relève la tête, me fait un petit sourire. Je le lui rends, mais pose ma main sur ses cheveux et replace son visage là où je veux qu’il continue à me donner du plaisir, les ondes se rapprochent, je commence à m’agiter, à geindre, à respirer de façon haletante, puis c’est l’explosion. Alors comme souvent, ma complice quitte sa position pour venir s’allonger sur moi et à ce moment-là, nos peaux et nos corps se touchent dans un grand élan de tendresse et d’amour. On a passé ensuite un temps infini à se caresser, à se bécoter, sans se presser, en faisant des haltes pendant lesquelles on se mettait à discuter de tout et de rien, elle m’a fait jouir encore deux fois, je lui ai rendu la pareille, on est bien l’une à côté de l’autre, nues et repues. J’ai fini par me lever, constatant avec stupeur qu’il était près de 17 heures et que je n’avais toujours pas fait mes courses.

- Je t’ai dit qu’on allait les faire ensemble, et après on ira au restau, ça creuse tout ça ! Alors pour ce séjour, ça te dit ?
- Ça colle, je te laisse organiser tout ça !

Vacances alpestres

Samedi, 9 heures du matin. Nous avions rendez-vous dans une agence locale, dans cette petite ville frontière de la Haute-Savoie. Deux types, entre vingt et trente ans, étaient à l’intérieur, le premier nous accueille de façon très commerciale, mais c’est le second qui intrigue, assis sur une chaise dans un coin, il était occupé à jouer avec une Gameboy ou un engin similaire quand il nous vit arriver : Il nous regarde alors comme si nous descendions d’une soucoupe volante, sans aucune retenue, à tel point que ça en devient gênant… Il est vrai qu’Anna a tendance à se sur-maquiller, et ce mini short rose lui va à ravir, mais moi, je n’ai rien de spécial sauf mes tresses blondes… d’ailleurs à chaque fois que je me suis fait mes tresses blondes il m’est arrivé des emmerdes, mais cette fois j’ai voulu conjurer le mauvais sort. Nous nous efforçons de ne pas croiser le regard inquiétant de l’homme du fond. Quant à l’autre type, il est prévenant, mielleux, presque obséquieux et après quelques formalités réduites au minimum, il nous demande que nous le suivions en voiture :

- Vous n’êtes pas garées trop loin ? Demande-t-il.
- Ben si, on est garé à Paris !
- Pardon ?
- On est venu par le train !

Le mec à l’air consterné. Je ne vois vraiment pas où est le problème… et puis soudain son visage s’éclaire et tel Archimède venant de découvrir le principe, il nous déclare tout content de sa découverte.

- Mais vous pouvez en louer une !

C’est sans compter sur Anna-Gaëlle qui proteste du fait que le contrat ne signalait nulle part ni qu’il fallait venir en automobile ni qu’il fallait en louer une si on faisait le voyage autrement…

- Mais bien sûr que ce n’est pas signalé, c’est juste une commodité, le coin est à sept kilomètres d’ici en pleine montagne et il n’y a rien là-haut pour s’approvisionner à part l’eau de source ! Ironise l’homme.
- Ça non plus, on s’est bien gardé de nous le dire !
- Vous savez, moi je suis juste un intermédiaire !
- J’ai bien envie de leur téléphoner à l’agence à Paris !
- Ça changera quoi ?

Bref la palabre… le mec devient mal aimable. On lui explique qu’on va sortir un instant se concerter toutes les deux. Il devient congestionné et se retient manifestement de ne pas nous traiter de tous les noms. Anna se rendant compte de l’état du pauvre type sort de la boutique en tortillant des fesses, par pure provocation.

- Bon, on se casse ! On dénonce le contrat, on dira que nulle part, il n’était précisé qu’on serait obligé de se servir d’une bagnole ! Commence Anna
- Ah, oui, et on fait quoi après ?
- On va se prendre un hôtel dans le coin pour dormir cette nuit et pour le reste on réfléchira…
- C’est peut-être dommage, moi j’aurais bien aimé voir le cadre qu’ils nous proposent.
- C’est une question de principe ! Répond doctement Anna !
- Si vraiment on a affaire à des arnaqueurs, il doit y avoir d’autres surprises qui nous attendent là-haut, autant aller voir, et si on veut se faire rembourser, autant avoir le maximum de motifs !

Anna se range à l’argument, on revient dans la boutique. Le type est buté comme ce n’est pas permis.

- Mais enfin, pourquoi ne voulez-vous pas louer une voiture tout de suite ?
- Non, vous nous emmenez là-haut, on prendra une décision et vous nous redescendrez… répond Anna en dégrafant un bouton de son chemisier.
- Mais, écoutez ce n’est pas logique… Commence à protester l’autre en reluquant le décolleté de ma complice.
- Qui vous a dit que nous étions logiques ? Lui rétorque Anna, se reboutonnant.

Quelques minutes plus tard, nous étions rendues dans notre village de rêve ! Drôle de rêve, le village est en ruine, une seule maison a été restaurée (une seule, pas deux)

- Voilà c’est là ! En fait le programme de restauration commence tout juste, et cet été il n’y a que deux locations de prêtes. Mais venez donc voir comme c’est mignon…

Mignon est peut-être exagéré, il doit d’agir d’un ancien corps de ferme à l’ancienne. La maison s’élève sur un étage accessible par un balcon et une balustrade extérieure. Le rez-de-chaussée est flanqué de trois portes, plus une autre juste sous l’escalier… Devant tout ça une cour assez grande aux extrémités de laquelle deux grandes tables et des bancs ont été aménagés sous deux tonnelles différentes.

- Voilà, vous êtes au rez-de-chaussée, et comme il n’y a pas d’enfants avec vous, vous allez être à l’aise… Venez, je vais vous montrer l’intérieur…
- Et vous vous figurez qu’on va accepter de rester toutes les deux toutes seules dans ce coin paumé. On n’a pas envie de se faire trucider… Proteste Anna.
- Vous ne serez pas seules, il y a un couple qui devrait arriver dans la journée, ils ne devraient plus tarder maintenant.
- S’ils ne se désistent pas !
- Non, ils ont téléphoné.
- N’empêche qu’on va être quatre complètement isolés. Deux ou quatre, qu’est-ce que ça change ?
- Ecoutez ! S’impatiente le gus. Si ça ne vous plaît pas, on redescend, et vous débrouillez avec les gens qui vont ont vendu ce séjour…

Je jette un coup d’œil sur l’environnement, c’est assez dément, d’un côté un champ de bruyère sauvage au pied d’un immense mur rocheux, de l’autre la rondeur de la vallée au milieu de laquelle coule un petit ruisseau. Et plus loin ce sont les vraies montagnes, leurs bouquets de sapins, leurs neiges éternelles, et leurs flancs tiraillés. La vision est grandiose, le calme est absolu, l’air que je hume me semble venir d’un autre monde. J’aime cet endroit, j’ai dit l’endroit pas la baraque…

- Quand même ce cadre ! M’exclamais-je à l’intention d’Anna que je ne sentais pas trop chaude.
- Ça ferme bien à clé tout ça au moins ?
- Oui, oui, ce sont des serrures de sécurité, et toutes les fenêtres ont été barreaudées et équipées de volets métalliques ! Répond l’autre qui reprend un peu espoir.
- Tu parles ! Si un mec veut nous zigouiller, un coup de hache dans la porte et boum, et elles vont faire quoi vos serrures de sécurité ? Ce qu’il fallait poser ce sont des portes blindées avec un double système d’alarme…
- Bon, pour la dernière fois… Rouspète, le gars de l’agence excédé, coupant Anna, vous restez ou pas, parce que je n’ai pas que ça à faire ?
- Mais merde cassez, vous ! S’emporte alors ma copine, sortez nos bagages et foutez le camp, on peut faire sept kilomètres à pied, on n’est pas cul de jattes.

J’interviens pour calmer le jeu. Je demande à voir l’intérieur, c’est propre et confortable, il y a une grande cheminée, et le gars de l’agence de nous préciser qu’on a bien de la chance parce que ceux du premier ils n’en ont pas, eux… On découvre aussi la petite source jaillissant sur le côté de la bâtisse, je chuchote à Anna Gaëlle que j’aimerais bien rester une nuit, et qu’on se barricadera. Elle finit par accepter du bout des lèvres.  » Monsieur l’agence  » demande à présent que nous établissions deux chèques, un pour la location, et un autre pour la caution. Je sors un chéquier et royalement signe les deux chèques devant Anna qui ne suit plus très bien.

- Je vous redescends ! Propose alors le type !
- Non, on va se dégourdir les jambes, mais donnez-nous l’adresse du mec qui loue des bagnoles. Répond Anna me laissant devant le fait accompli.

Il s’en va !

J’explique à Anna que j’ai signé les deux formules sur un chéquier d’une banque chez qui je n’ai plus de compte. Je n’aime pas trop ces pratiques, mais arnaque pour arnaque… Je propose donc à ma copine de passer le reste de la journée ici, ainsi que la nuit et une partie du lendemain et après basta.

Le râleur parti, on visite un peu mieux l’endroit, on prélève de nos bagages tout ce qui pourrait se voler, on change de chaussures et on entreprend de redescendre… j’avoue ne pas comprendre pourquoi Anna nous impose cette sotte descente, mais après tout peut-être est-ce là sa conception des vacances sportives ?

C’est long, ces sept kilomètres, ça n’en finit pas, Anna n’a pas l’air en forme depuis un moment. Je le lui fais remarquer :

- Tu as vu, il n’y a pas un chat ! Répond-elle.
- Ben tu voulais le calme, on va être servi !
- Oui, mais si quelqu’un veut nous zigouiller, pas de témoins, et on est à peine protégées.
- Faut peut-être pas exagérer, il n’y a pas un crime tous les quart d’heures à la montagne non !
- C’est ça fous-toi de moi ! N’empêche que j’ai la trouille, ça ne se commande pas !
- Bon alors tu veux pas qu’on reste ce soir ?
- Finalement non ! On a qu’à louer une bagnole avec ton chéquier bidon, on reprend nos affaires et on se tire ailleurs, on trouvera bien un petit hôtel par-là.
- C’est ça, en plein mois d’août ! Tout est loué, oui…
- Alors on fait quoi ?
- On passe la nuit là-haut et demain on verra, on aura toute la journée pour s’organiser.
- Non ! Répond-elle sèchement.

C’est alors que je suis sortie de mes gonds !

- Ecoute, Anna, tu nous emmerdes, c’est toi qui as choisi la location, c’est toi qui as bouquiné la brochure, là-haut tu semblais d’accord pour rester une nuit, alors on fait comme ça, sinon c’était vraiment pas la peine de se farcir sept kilomètres à pied et d’être obligées de louer une bagnole.
- J’ai le droit de changer d’avis, non ?
- Changer d’avis, oui, mais emmerder le monde, peut-être pas !
- Ah ! Bon ! Alors c’est très simple, une fois en bas, je loue une bagnole, je récupère mes affaires, et je me tire, si tu veux me suivre, tu me suis, mais tu n’es vraiment pas obligée.
- Mais…
- Fous-moi la paix !

Et la voici qui s’éloigne de moi, on marche maintenant à quatre mètres l’une de l’autre, elle boude carrément, et ça dure, ça dure, voilà une demi-heure qu’elle ne pipe pas un mot, et Anna Gaëlle qui ne prononce pas une parole pendant un temps aussi long, je vous assure que je n’étais vraiment pas habituée. Ça n’a aucun sens il faudra bien que l’une des deux cède, on ne va pas se fâcher pour une embrouille aussi débile. Je jette un coup d’œil mais, manifestement elle fait ce qu’il faut pour ne pas regarder dans ma direction. J’attends, après tout, ce sera peut-être elle qui craquera la première ?
Un quart d’heure plus tard :

- Anna ?

Cette fois, elle a, de façon très imperceptible, mais elle a bougé son regard, elle en a marre de cette situation, c’est clair.

- Anna !
- Fous-moi la paix !
- Juste un mot !
- Je ne veux pas que tu me parles !
- Alors je ne te parle pas, mais je voudrais quand même te dire un mot et après je la ferme, je peux ?

Pas de réponse. Je lance :

- Bon alors je m’excuse pour ce que j’ai dit tout à l’heure, j’étais énervée, tu as raison on va se tirer d’ici dès ce soir

Et hop, la voici qui pile sec sur la route ! Elle me regarde, un peu surprise :

- On fait la paix alors ? Dit-elle
- Bien sûr qu’on fait la paix !

Et la voilà qui se précipite vers moi pour m’embrasser, j’ai tout de suite ses lèvres sur les miennes et quelques secondes après nous voici en train de nous rouler un patin en plein milieu de cette route en lacet.

- Tu sais Chanette, c’est moi qui suis conne, en fait on va faire comme tu disais, on reste là-haut ce soir et après on verra.
- Faudrait savoir, moi je suis prête à partir si tu veux !
- Alors on tire au sort ! Pile ou face ?

Ouf, ça fait du bien, cette descente silencieuse et boudeuse commençait à devenir pesante.
C’est donc le sort qui nous indiqua de rester le soir ! Nous avons fait quelques courses, loué la voiture et entrepris de remonter prudemment la route. Evidement en auto, et même en roulant doucement ça va autrement plus vite… Et c’est à mi-chemin que nous avons aperçu un couple d’auto-stoppeur.

- On va aux sources bleues, vous connaissez !
- Nous aussi !

L’agence des Vallées

Julien C, le gérant de l’agence de location laissait éclater sa hargne :

- Deux clients de suite qui arrivent à pied ! N’importe quoi ! C’est bien les Parisiens, ça ! S’imaginer qu’on peut passer ses vacances dans le coin sans avoir de bagnole !

Son frère, Cyril, pris à témoin de sa mauvaise humeur, ne releva pas la tête, tout occupé qu’il était à essayer de terminer le dernier niveau de son jeu de Gameboy.

- Ils sont tellement conditionnés par le métro et l’autobus qu’ils croient qu’il y en a partout. Quelles bandes d’assistés !

Les deux frères étaient très différents, l’aîné, Julien avait repris la petite affaire de ses parents quand ceux-ci s’étaient mis en retraite, ce travail peu compliqué lui convenait parfaitement, encore fallait-il que rien ne vienne en troubler le trantran quotidien.

- Si ça continue, je vais laisser tomber les locations de vacances et ne conserver que l’immobilier, au moins là, on est pas emmerdé.
- Putain, ça y est j’ai tué le boss ! J’ai fini le jeu, s’exclama Cyril.

Cyril à 28 ans n’avait pas trouvé d’emploi fixe, il subsistait de petits boulots à droite et à gauche et quand l’occasion lui en était donnée, il aidait son frère, soulageant notamment celui-ci des visites d’appartements qu’on savait sans suite. Il était toujours célibataire et même puceau, il faut dire que souffrant d’une sérieuse surcharge pondérale, il avait tendance à s’isoler des autres, et passait pour un original, ses passions allaient vers les jeux solitaires, sa Gameboy bien sûr mais aussi des jeux incompréhensibles dont il était le seul à connaître les règles… Et puis bien sûr une des activités solitaires qu’il prisait le plus était la masturbation. Bien que possédant une jolie petite collection de cassettes vidéo explicites, ce qu’il préférait c’était fantasmer sur un visage ou sur une silhouette rencontrée par hasard, et dans ses rêves, il la regardait se déshabiller très lentement, la caressait et puis… Et puis rien d’autre car quand il en arrivait là il avait déjà joui, non pas qu’il était éjaculateur précoce, mais ses fantasmes se suffisaient des préliminaires.

Cyril rangeât sa Gameboy, cette activité étant terminée, il pouvait maintenant passer à autre chose, il prit une profonde inspiration et interpellant son frère, il lui dit :

- Les deux nanas, tu n’as pas été très gentil avec elles !
- Je n’ai pas besoin d’être gentil avec des emmerdeuses.
- Elles ne vont pas rester ?
- Qu’elles fassent ce qu’elles veulent… Je m’en fous elles m’ont réglés…
- Oui, mais elles sont fâchées !
- Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ?
- Moi, ça me gêne, j’aurais pu aller les voir, causer avec elles, les regarder.
- Les regarder !
- Oui, elles m’excitent surtout celle qui a les cheveux courts.
- Arrête de rêver, t’as vu son genre ? T’as vu le maquillage ? Peut pas être naturelle, non ? On dirait une pute ! Et si ça se trouve ce sont des gouines !
- Si tu leur remboursais la location de la voiture, ça serait sympa !
- Mais en quel honneur ! Je ne leur dois rien !
- OK merci de ta collaboration. Répondit alors Cyril mettant fin à la discussion.

Il regretta d’avoir parlé de ça à son frère, ça faisait partie de ses défauts, il était parfois trop impulsif. D’autant que l’idée lumineuse venait de germer dans son esprit, et c’était tout simple ! Sans doute, se dit-il, l’habitude des jeux de stratégie. Restait à savoir quand il lui faudrait passer à l’action, il ne fallait pas se précipiter, mais il ne fallait pas non plus tarder.

Delphine et Thibault

Le couple monte dans la voiture, ils ont l’air tout content d’avoir trouvé quelqu’un, je les comprends, leurs sacs à dos doivent peser des tonnes.

- Vous venez pour la location alors ?
- Oui, ça fait une trotte ! Répond la fille
- Le gars de l’agence ne vous a pas proposé de vous conduire ?
- Disons qu’il nous a accueilli un peu sèchement quand on lui a dit que nous n’étions pas en voiture, et puis le ton a un peu monté, et on lui a dit qu’on pouvait très bien monter sans lui…

Nous voici arrivés, on se présente sommairement…

- Moi c’est Christine… (Chanette, c’est uniquement pour l’intimité…)

La fille doit avoir une vingtaine d’années, elle se prénomme Delphine, grande, des lunettes, le visage agréable avec de jolis yeux bleus, mais sans aucun maquillage, la coiffure envahie de barrettes est une catastrophe, elle fait très vieille France. Lui c’est Thibault, la même tranche d’âge, maigre, sec, brun, assez quelconque, mais avenant. On échange quelques banalités, ils étaient dans le même train que nous, mais avaient pris leur temps pour prendre un petit déjeuner.

- Comme ça si le temps s’y prête et qu’on est en forme, on va faire une première longue balade, si ça vous dit, vous pourrez venir avec nous ! Propose Thibault.

Je refuse poliment au prétexte que nous souhaitons nous reposer, je n’ai pas trop envie de me coltiner des gens que je ne connais pas, c’est mon côté sauvage.
Chacun alla donc de son côté, afin de s’installer, on a grignoté sur le pouce avec Anna, puis histoire de se reposer d’un voyage de nuit assez fatiguant, nous avons été prendre une douche avant de se laisser gagner par une sieste réparatrice (et fort sage)

Cyril s’est mis en embuscade, d’où il est et à l’aide de ses jumelles, il peut surveiller la cour devant le corps de ferme. Il faut qu’il puisse parler aux deux filles sans la présence du couple. Comme Thibault et Delphine sont partis depuis un moment, l’affaire se présente plutôt bien. Il n’a plus qu’à attendre que ces demoiselles veuillent bien montrer le bout de leur nez…

Nous nous sommes réveillées en fin d’après-midi, le petit couple n’était pas là, et nous décidions alors de faire une petite promenade de santé avant de préparer le dîner. C’est au moment de se mettre en route qu’un moteur de voiture nous surprend. Le véhicule stoppe dans la petite allée en contrebas à 50 mètres de la ferme, et s’engage dans le chemin rejoignant la courette. C’est Cyril ! La présence ici de ce gros plein de soupe qui nous avait regardées si bizarrement à l’agence ne me dit rien qui vaille.

- Euh mesdames ! S’égosille-t-il, dès fois qu’on ait pas entendu son arrivé pétaradante.

Il s’approche de nous, nous regarde de façon toujours aussi appuyée, surtout Anna d’ailleurs, laquelle a un geste d’agacement :

- Qu’est ce qui se passe ?
- J’ai une bonne nouvelle pour vous.
- Et bien dites-la !
- On a négocié avec l’agence qui vous a vendu le séjour, ils vous font cadeau de la location de la voiture, j’ai réussi à convaincre mon frère de leur téléphoner.

Il est tout content de son gros mensonge, à ce moment-là, il ignore comment il gérera la suite, il paiera de sa poche si les choses se passent bien et si ce n’est pas trop cher, sinon il verra ! Il s’attendait à une manifestation d’enthousiasme de la part des deux femmes à cette annonce, mais le contact reste froid, très froid…

- Ça me semble être la moindre des choses ! Répond Anna, merci de vous êtes déplacé pour nous le dire ! Autre chose ?
- Non, vous savez, je suis désolé que mon frère vous ait si mal reçu, il ne faut pas lui en vouloir, il a des ennuis en ce moment… Commence Cyril
- Tout le monde a des ennuis ! Le coupais-je. Bon, on vous laisse, on partait en promenade.
- Ah, oui, il y a des jolis coins par là, si vous voulez, je peux vous indiquer les belles balades, je connais bien la montagne…
- Ecoutez, nous n’en doutons pas un seul instant, mais, pour le moment on a besoin de rien ! Au revoir monsieur.

Cyril

Cyril est vexé, il ne s’attendait, certes pas à ce qu’on lui saute au cou vu ce qu’avait été l’ambiance du matin, mais un sourire éclairant le visage d’Anna lui aurait suffi, il retourna vers la voiture qu’il avait empruntée à son frère, dépité. Un moment, il envisagea de remettre à une autre fois la masturbation qu’il avait envisagée de s’octroyer, mais il se reprit, ce n’est quand même pas ces deux pétasses qui allait l’empêcher de prendre du plaisir !

Il fit avancer son véhicule de trois cent mètres, se gara, puis s’avança dans un épais fourré, il dégotta assez vite un endroit qui lui convenait, il se déshabilla alors presque complètement, ne conservant que ses chaussures et ses chaussettes. Il aimait être nu, dans cet état, il se trouvait presque beau, un peu enveloppé, certes, mais il trouvait que cela lui allait très bien. Il ne comprenait pas pourquoi les filles ne s’intéressaient pas à lui, comme si seule l’apparence physique comptait, il se trouvait pourtant des tas de qualités, il connaissait plein de choses. Depuis qu’il avait récemment abordé ce sujet sur Internet, il savait aussi que certaines femmes ne détestaient pas une certaine corpulence masculine, il suffisait de chercher, de multiplier les occasions de rencontres, mais il ne se pressait pas.

Cyril commença sa masturbation, il avait prévu de le faire en évoquant le visage d’Anna-Gaëlle, mais il chassa cette idée, il hésita pour la remplacer entre la serveuse du café du commerce et le minois de l’actrice qui jouait le rôle de « Buffy contre les vampires » à la télé, mais l’évocation fantasmatique ne fonctionnait pas trop. Malgré tout, sa mécanique digitale parvint à faire raidir convenablement son membre. Il était tout content de le voir comme ça ! C’est qu’il l’aimait bien son zizi, il en était fier, et de le voir bien bandé l’excitait davantage. C’était comme il se plaisait à le dire une sorte de mouvement perpétuel : il s’excitait de se voir excité. Le visage d’Anna revint le hanter. Il renonça cette fois à le chasser. Cette fille n’était peut-être pas si méchante, elle était peut-être tout simplement de mauvais poil ? Oui c’était ça ! Il referait une seconde tentative d’approche, il ne savait pas trop comment, il chercherait, il trouverait bien… Sa main agitait maintenant sa verge de façon frénétique, une petite goutte de pré jouissance apparut sur son méat. Il s’en barbouilla le gland qui devint luisant. Ça allait trop vite, il décida de faire une pause, il se caressa, se pinça légèrement les tétons, puis s’enfonça premier doigt dans l’anus, puis un second. Mais toutes ces diversions, loin de raidir son sexe le rendaient encore plus près de l’explosion. Il réclamait sa main. Il s’en empara, voulu contrôler la vitesse de ses mouvements mais emporté par l’excitation se mit à l’agiter avec une folle frénésie pour finir par envoyer son sperme dans les fougères.

Petite balade

- Ils ne sont pas cons ! Commenta Anna, maintenant, ça va être difficile de dénoncer le contrat.

Notre ferme est légèrement en retrait en amont du petit village abandonné, nous contournons la ferme et on se fixe comme objectif le sommet de la pente sur laquelle, nous sommes. Les distances en montagne sont toujours trompeuses, et les chemins pas évidents, on renonce au bout d’une grande demi-heure à aller jusqu’au bout, et on entame la descente. On se figure toujours que descendre sur ses sentiers escarpés est plus facile que de monter ! Pas du tout, moins fatiguant, c’est vrai, mais bien plus casse-gueule, dix fois, vingt fois on manque de se retrouver la bobine par terre, on en rigole, on s’amuse, on respire à pleins poumons. Anna est radieuse, cette petite escapade nous a fait un bien énorme y compris « moralement ». Finalement cet endroit nous plaît, et nous avons pratiquement gommé de notre esprit les vicissitudes de la matinée. Nous étions cette fois bien parties pour rester quinze jours ici.

Le couple revenait lui aussi de sa randonnée, nous avons tout naturellement échangé quelques propos fort élogieux sur cet environnement qui nous émerveillaient tous… Et puis les choses se gâtèrent un peu…

- D’habitude, je vais toujours à la mer, mais cette année je voulais être au calme, loin des gens, loin du bruit, changer de vacances quoi, pour une fois… S’enthousiasmait Anna

C’est alors que le dénommé Thibault, jusque-là fort courtois cru bon de nous faire partager sa grande détestation des vacances balnéaires :

- … ce n’est pas sain tous ces corps nus étalés…

Oups ! Je prends alors mon ton le plus sec :

- Je ne vois pas du tout ce que les vacances à la mer peuvent avoir de malsain. A ce que je sache, il n’y a jamais encore eu de viol public sur une plage… Bon, allez rajoutais-je à l’attention d’Anna, on va rentrer se changer, j’ai l’impression qu’un gros orage se prépare !
- Les vacances c’est pas de l’exhibition, quand même ! Reprend l’autre zèbre qui veut avoir le dernier mot.
- Ecoutez, chacun fait ce qu’il veut du moment qu’il n’emmerde pas les autres, alors pensez ce que vous voulez, mais s’il vous plaît, c’est notre premier jour de vacances, vous n’allez pas commencer à nous faire la morale !
- Et Dieu, alors ? Vocifère Thibault au bord de la crise de nerf.
- On s’en fout ! Répond Anna toujours aussi diplomate.
- Il y a bien quelqu’un qui a créé tout ça ! S’égosille-t-il en faisant un grand geste de la main en direction des sommets.
- Je n’ai pas envie d’en discuter ! Répondis-je.
- Vous fuyez la discussion !
- Bon, ça commence à bien faire. Je n’aime pas que l’on m’impose une discussion, c’est différent. Je suis sûre que si je vous en imposais certaines, vous feriez une drôle de tête. Et maintenant foutez-nous la paix !

Cette fois il ne répondit pas

- Il va falloir se farcir ce cornichon pendant quinze jours ! Soupire Anna.
- Bof, on les ignorera, c’est tout, qu’est-ce qu’on en à faire ! Alors sinon, on reste ?
- On va dire qu’on reste !

Delphine

Delphine ne comprend pas, c’est la première fois qu’elle voit Thibault perdre son calme aussi rapidement. Elle lui en parle, il ne trouve pas d’explication, invoque bêtement le changement d’air. Catholique, mais peu pratiquante, contrairement à sa meilleure amie qui l’avait entraîné au rassemblement organisé pour la visite du pape en France, c’est à cette occasion qu’elle avait fait la connaissance de Thibault, qui poursuivait des études de pharmacie, l’homme était prévenant, courtois, possédait un certain humour et n’était pas sans un certain charme, certes elle se serait bien passé de son rigorisme religieux, mais savait aussi que personne n’est parfait et que les choses évoluent avec le temps. Il était d’ailleurs plus rigoriste qu’exalté et n’arborait pas comme certains une attitude de fan devant le personnage du vieux pontife. Quand Thibault lui avait proposé de se fiancer, elle avait répondu qu’il était trop tôt, qu’ils ne se connaissaient pas encore assez. C’est si facile de ne dévoiler que ses qualités quand on ne vit pas avec l’autre. En fait, elle était incapable de dire si elle l’aimait ou non. C’était pour Delphine sa seconde liaison « sérieuse » avec un garçon, la première s’était terminée par un fiasco, elle en était ressortie avec pas mal d’illusions en moins et un pucelage à jamais perdu. Curieusement Thibault ne lui avait jamais demandé si elle était vierge. Il faudrait donc qu’elle l’en informe. Cette quinzaine de vacances ensemble constituerait donc un test. Il n’était pas question de relations sexuelles et auraient chacun leur chambre… Mais dans ce domaine aussi Delphine n’était pas contre ce que les choses évoluent.

Thibault

Thibault était énervé, déjà cette épreuve de quinze jours de vacances l’affolait à plusieurs titres car sous son masque de catholique très rigide se cachait un être fragile. Thibault avait bien conscience de ne pas être parfait, il avait notamment de gros problèmes avec le sexe, si tout son discours le rejetait, son corps en réclamait, et c’était souvent qu’après des jours d’abstinence, des images « salaces » se formaient dans son esprit, il savait alors que seule une efficace masturbation pouvait le calmer. Il en avait pris son parti, se disant que le mariage le remettrait sur des rails un peu plus catholiques. C’est aussi pour cela qu’il avait choisi Delphine. Dans les milieux qu’il fréquentait, il avait côtoyé des filles encore plus rigides que lui, celles-là étaient sans doute incapables d’admettre un seul travers, Delphine lui paraissait plus compréhensive, encore fallait-il qu’il ait le courage d’aborder avec elle ces problèmes, et cela le terrorisait.

Mais il y avait autre chose, depuis qu’il avait découvert le visage de Christine, une question le taraudait : où l’avait-il déjà rencontré ? Il pensa d’abord à un simple flash dans le métro ou dans la rue, la mémoire est parfois si capricieuse ! Puis il se rendit compte que l’explication n’était pas bonne… Il y avait la voix ? Où avait-il entendu cette voix ? Il avait beau chercher… Etait-ce pour cela que cette femme le mettait si mal à l’aise ?

Première nuit

L’orage est tombé juste avant le dîner, coupant court à notre idée de le prendre dehors. Cinq minutes d’une violence inouïe, des tombes d’eau, la cour toute détrempée, un tonnerre assourdissant, des éclairs peu rassurants, puis le calme. On s’est retranchée dans la cuisine avec Anna et on s’est envoyé une bonne plâtrée de tagliatelles. On avait prévu de l’accompagner d’un petit rosé, mais impossible de trouver un tire-bouchon dans cette baraque, ce n’est pas bien grave, l’eau de la source est très bonne et demain nous achèterons un tire-bouchon…
La chambre est petite, mais n’a pas besoin d’être plus grande. L’éclairage provenant uniquement des chevets est réduit au minimum. On s’apprête à se coucher :

- Putain, ces volets, je n’arrive pas à les fermer à fond ! Tempête Anna.
- C’est pas grave, j’aime autant qu’il y ait un peu d’air, allez dodo !

Je ferme la lumière, Anna sort de la chambre probablement pour aller pisser, elle pisse tout le temps ! Au bout de cinq minutes, la voilà qui revient, on va peut-être enfin pouvoir dormir.

- Rallume un peu, on ne voit rien !

Elle est chiante, j’éclaire avec la petite lampe de ma table de nuit. La vision de la nudité d’Anna dans le clair-obscur est tout à fait troublante, la pale lumière sculptant les courbes de son corps. J’ai soudain l’envie irrésistible de lui embrasser les seins.

- Je croyais que tu avais sommeil ?
- Juste un bisou, on dormira mieux après !
- Tu éteins !
- Je préfère te voir, hum c’est bon…

Le voyeur

L’homme est dans la cour, l’orage a rendu l’atmosphère moins étouffante. Le ciel est à nouveau dégagé laissant apparaître un somptueux champ étoilé. Ce spectacle l’apaise. La dernière lumière de la maison s’est éteinte depuis cinq minutes… Mais voici qu’elle se rallume ! L’homme attiré par le mince filet de lumière s’échappant de ce volet mal fermé s’approche : il n’en croit pas ses yeux !

Nous


Est-ce la magie de cette lumière qui n’en est pas une, réduisant mon amante à ses courbes, ou la volonté d’éliminer l’accumulation de stress de la journée, toujours est-il que j’ai brusquement envie de faire l’amour. Mes sucions sur ses seins commencer à produire de l’effet sur Anna qui se met déjà à geindre, mais elle reste passive, je l’abandonne, lui fais un sourire qu’elle ne voit sans doute pas. Force sans doute de l’habitude de nos deux corps qui se connaissent, elle me rend d’instinct la pareille, emprisonnant de ses lèvres mes pointes érigées, je me pâme à mon tour tandis que nos mains se font baladeuses, et j’empaume ses fesses comme si mes mains venaient de les découvrir. Nos bouches se mélangent avant de partir à l’assaut de nos corps insatiables. Saveur salée d’une épaule, d’un bras, d’une cuisse, d’un petit ventre… Nous nous sommes retrouvées dans la soixante-neuvième position de façon quasi automatique, je suis au-dessus d’elle comme presque toujours, sans doute parce que c’est moi la dominatrice ! Sa chatte a tôt fait d’être sur ma bouche.

- Dis donc, ça sent un peu le pipi tout ça !
- Et alors tu ne vas pas me dire que ça te gène ?
- Fais-moi une goutte !
- Je ne vais pas pouvoir, je viens de faire…
- Méchante !
- Lèche-moi ! Si tu ne me lèches pas, je ne te lèche pas !
- Tu vas voir : Répondis-je m engouffrant à nouveau dans son intimité que ma langue balaie.

L’humidité de ma bouche rencontre celle que son sexe ne tarde pas à prodiguer. Anna a toujours été une grande mouilleuse et je m’en régale, tandis que mon propre clitoris vacille sous les coups de langue de chat octroyés par ma partenaire préférée. Je me sens venir vite, accroche le drap de façon nerveuse avec mes ongles, me retiens de crier, afin de ne pas réveiller nos colocataires, je reprends mon souffle, puis fais venir à son tour Anna vers le plaisir. Elle fut beaucoup moins discrète que moi, récupéra quelques secondes puis se mit à rigoler. Quelques secondes après nous étions blottis l’une contre l’autre et le sommeil nous rattrapa aussitôt, sans que nous ayons éteint la lumière du chevet.

Le voyeur – suite

Il a beau se dire quelque part que c’est contre nature, mais ces deux formes qui se frôlent, qui se caressent et qui se font l’amour dans ce clair-obscur possèdent quelque chose de rare, ce n’est plus de l’érotisme ordinaire, c’est autre chose, c’est déjà une occasion rarissime de pouvoir observer un tel spectacle, il sait déjà que sans doute plus jamais dans sa vie il ne sera de nouveau l’observateur de ce genre de choses. Alors pourquoi ne pas profiter de cette vision qui le subjugue, mais surtout qui le met dans un état physique le rendant incapable de tout autre raisonnement. Son sexe est dur comme une pierre. Il le sort, il sait bien qu’excité comme il est-il n’aura besoin que d’un minimum de mouvement de masturbation pour jouir. Mais il veut retarder ce moment. Quand les deux filles repues de leur plaisir se sont enlacés l’une contre l’autre et ont cessé de bouger, il se dit que peut-être elles allaient reprendre cette trop courte scène après un nécessaire repos. Mais quand il vit qu’elles s’endormaient, il comprit à regret qu’il n’y aurait sans doute plus de suite ce soir. Alors après s’être refait le film de ce spectacle dans sa tête il se masturba. Comme prévu cela alla très vite, il éjacula avec une force assez rare, à ce point qu’une giclée atterrit sur le volet.

Il cherche quelque chose pour s’essuyer, fouille ses poches, en ressort un kleenex froissé, il l’approche du volet provoquant un inquiétant cliquetis et élargissant la mince ouverture. Il prend peur et détale.

Première nuit (reprise)

Le bruit nous réveille, sans bien réaliser, je me précipite à la fenêtre, je ne vois rien, de toute façon il fait un noir d’encre. Anna qui s’était enfuie dans la cuisine revient avec un énorme couteau à découper.

- C’est quoi ?
- Un coup de vent, je suppose, répondis-je sans y croire. De toute façon qui essaierait de rentrer par la fenêtre il y a les barreaux ?

On s’est recouchée peu rassurées, on a eu du mal à se rendormir.

Dimanche

Cet incident me préoccupait, je n’ai rien d’une Sherlock Holmes en jupon et ne savait pas trop comment trouver l’indice qui me rassurerait, d’autant que je ne souhaitais pas trop en parler avec Anna. Mes pas me portèrent presque naturellement à l’extérieur de la fenêtre de la chambre. Et là… Le choc ! Le terrain en simple terre battue avait été rendu meuble suite à l’orage et révélait de très nettes traces de pas. Quelqu’un avait donc traîné ses baskets ici et il n’était pas difficile d’imaginer qui cela pouvait être ! Sur un bout de papier, je reproduisais tant bien que mal l’empreinte bien caractéristique qui dessinait une sorte de Y. Continuant mon inspection, je remarquais aussi sur l’extérieur du volet une étrange salissure blanchâtre…

Nous avons pris notre petit déjeuner à l’extérieur, sous notre coin de tonnelle, sans nous presser, quelques minutes plus tard, nous voyons sortir Delphine et Thibault, je me demande qu’elle allait être leur attitude après le petit incident de la veille. Si la fille nous salue avec le sourire, son compagnon semble mal à l’aise, un simple bonjour, quoique j’ai l’impression un moment qu’il veut nous dire quelque chose, mais rien ne sort, je le regarde droit dans les yeux, répond à son salut de façon aussi brève que lui, il pousse une sorte de soupir, esquisse un sourire :

- On descend faire des courses, précise Delphine

Je me demande à ce moment-là s’ils ne vont pas nous demander de les emmener en voiture, mais comme de notre côté nous ne relançons pas la conversation, ils s’en vont en nous souhaitant une bonne journée. Ainsi, se délimitaient nos futurs rapports, polis, mais distants. Voilà qui nous convenaient parfaitement.

En descendant en ville pour faire quelques emplettes, je demandais à Anna de s’arrêter devant l’agence :

- Attends-moi, j’en ai pour cinq minutes !

J’entrais et comme je le pressentais, Cyril n’était pas là :

- Je suis venu changer mes chèques, je viens de me rappeler qu’à la banque xxx, je n’ai plus beaucoup de sous… Euh, au fait j’aurais aimé parler à votre frère.
- Il n’a pas prévu de passer aujourd’hui. Qu’est-ce que vous lui voulez ?
- Vous lui direz que la prochaine fois qu’il aura envie de mater, qu’il prenne des chaussures plus discrètes !
- Pardon ?
- Vous vous souviendrez ou il faut que je vous l’écrive ? Bon, je peux avoir un reçu pour les chèques ?

Ce n’est qu’après que je me suis décidée à confier à Anna ce qui se passait, estimant qu’il ne serait ni sain, ni intelligent de lui faire durer ce genre de cachotterie. Je m’attendais à une crise, il n’y en eut pas, elle manifesta même un calme exemplaire, souhaitant simplement que l’on achète une bombe lacrymogène et une torche électrique.

La journée se déroula sans incidents notables, elle resta ensoleillée jusqu’au soir. Nous décidions donc de dîner dehors. A l’autre extrémité de la cour, nos voisins de vacances avaient eu la même idée…

- Zut, on a oublié d’acheter un tire-bouchon ! Râle Anna.

Qu’à cela ne tienne, je décide d’aller demander aux deux zouaves s’ils n’en ont pas un.

- Non, désolé, on n’en a pas ! Répond Thibault.
- Il y en a peut-être un dans le tiroir de notre cuisine, et puis sinon tu as ton couteau suisse ! Proteste Delphine
- Non, non il y en a pas, j’ai regardé.

Bon tant pis, je regagne ma place, ça fera notre deuxième dîner à l’eau de source, après tout, elle n’est pas si mauvaise !

Delphine et Thibault

- Pourquoi tu mens ? Demande alors très posément Delphine à son camarade de vacances.
- Je n’ai pas pensé tout de suite au couteau suisse, et après je n’ai pas voulu me déjuger.
- Tu n’as pas pensé que tu avais un couteau suisse, toi qui es toujours à la recherche d’astuce pour faire quelque chose. C’était bien la peine de me pondre toute une théorie sur le mensonge, qu’est ce qui te prend. Va le chercher et prête leur !
- Pas trop envie de me lier à ces bonnes femmes !
- Mais enfin elles nous demandent un petit service, un jour on aura peut-être besoin aussi…

La fille se lève, grimpe au premier, puis redescend avec le tire-bouchon :

- Excusez mon copain, il n’a pas de mémoire ! Dit-elle simplement.

Nous (Intermède)

Chic, alors ! Nos brochettes seront meilleures. On ne peut malgré tout s’empêcher de lorgner sur la table de nos colocataires où malgré leur volonté manifeste de ne pas parler trop fort, ça à l’air de s’engueuler sévère. A tel point qu’à un moment Delphine laisse l’autre planté là et monte en courant dans leurs appartements, visiblement au bord de la rupture nerveuse.

Delphine et Thibault (suite)

Thibault n’en mène pas large, la bonne tactique consiste à laisser passer la crise, puis à avoir une franche explication avec Delphine. Encore faudrait-il qu’il y voie clair dans sa pauvre tête déjà occupée par ce visage qui l’obsède, ce visage dont sa mémoire refuse de dire où il l’a déjà rencontré. Un souvenir sans partage sans doute, car Christine, de son côté ne se pose manifestement pas la même question. Il est donc inutile d’aller la voir et de lui poser la question : « on ne se serait pas déjà rencontré quelque part ? »

Delphine ne comprend pas, quelque chose perturbe Thibault, mais elle n’a aucune idée de ce qui peut justifier une attitude aussi étrange. Mettre sur le compte de l’énervement son attitude de la veille, sans doute ! Mais qu’il récidive ce soir dépasse son entendement, d’autant que pendant la randonnée de l’après-midi, il était loin d’avoir retrouvé l’enthousiasme du premier jour. Pour la première fois, l’idée que ces vacances débouchent sur un échec s’insinua de façon forte dans son esprit.

Seconde nuit, puis lundi

Avant de nous coucher, Anna balaya la cour, maintenant plongé dans l’obscurité la plus totale de sa torche électrique s’assurant qu’il n’y avait aucun opportun, ensuite, je l’aidais à déverser plusieurs seaux d’eau devant la fenêtre afin qu’ils détrempent le sol. Nous nous sommes endormies enlacées l’une contre l’autre, après avoir laissé la lumière allumée pendant environ cinq minutes, mais nous abstenant ensuite de toute provocation.

Le matin, un spectacle impensable s’offrait à nos yeux, la terre avait de nouveau été piétinée, mais avec d’autres chaussures ! Cet abruti avait donc interprété les propos rapportés à son frère au premier degré.

- Bien, ce soir on sort l’artillerie lourde ! Dis-je à ma copine.

La journée fut ensuite marquée par un événement bizarre. Je ne sais pourquoi mes pas me portèrent dans le petit recoin où nos voisins de vacances avaient installé un petit séchoir à linge. Je ne sais pas non plus pourquoi mes yeux se portèrent sur cette paire de baskets accrochée par des pinces. Mais je vous laisse imaginer le choc ! La semelle était marquée du même Y que les premières traces de pas !

Bon, alors pas de panique, on se concerte avec Anna : première hypothèse, celle qui vient immédiatement à l’esprit c’est qu’on s’est trompé de coupable, ce ne serait donc pas Cyril notre voyeur mais Thibault ! Seconde hypothèse plus prosaïque, ce modèle de chaussures est peut-être tout simplement très répandu et on ne sait plus qui c’est ! Nous avions de toute façon décidé d’en finir, il suffisait d’améliorer très légèrement le plan prévu pour ce soir.

Ce jour-là, Thibault est parti seul en randonné, il nous a juste saluées d’un murmure, quant à Delphine, nous avons juste échangé quelques mots, elle nous a confié alors qu’elle ne se sentait pas « en forme » et effectivement ça se devinait.

Troisième nuit

La nuit venue j’installais une ficelle sur la partie centrale du volet de gauche, la fit passer le long du pied de lit afin de créer un effet de poulie, puis en laissait l’extrémité à ma portée sur ma table de chevet. De son côté, Anna entreprit de poser sous le rebord extérieur de la fenêtre presque tout ce que la cuisine contenait de poêles et de casseroles dans lesquelles elle prit soin de placer un certain nombre de cuillères petites et grandes.

Il ne restait plus qu’à attendre. Vers 11 heures on rallume, il ne se passe rien, on éteint, on attend encore cinq minutes, on rallume, toujours rien. Nous décidions alors de faire une troisième tentative. Lumière ! Moins d’une minute plus tard, nous entendons une véritable cacophonie le voyeur s’est empêtré dans les casseroles. D’un coup sec, je tire sur la ficelle libérant le volet. Anna active la torche électrique, de l’autre main elle tient la bombe lacrymogène.

Une silhouette qui s’enfuit.

- Arrête-toi ou je tire ! Gueule Anna !

Faut peut-être pas exagérer, l’objectif, c’est simplement de lui faire peur afin qu’il nous foute la paix ! Mais l’ordre est efficace, l’individu pile net, lève les bras au ciel dans un geste dérisoire.

- Retourne-toi, connard !

Il le fait, mais déjà nous avions reconnu Thibault ! Anna se met à l’engueuler :

- Bravo ! C’est bien la peine de jouer les moralistes, pour ensuite venir faire chier le monde, va te coucher minable, mais si jamais tu recommences…
- Mais, Thibault, qu’est-ce qui se passe !

Ça, c’est l’intervention (non prévue) de Delphine, inquiétée par tout ce bruit.

- Ce n’est rien, il y a eu du bruit…

Je cherche à minimiser l’affaire, maintenant qu’il a eu la trouille de sa vie, il est inutile de l’enfoncer davantage, mais cet abruti me couvre de sa voix et vocifère :

- Elles sont complètement folles. Je me suis reculé pour regarder les étoiles et je suis tombé dans une batterie de cuisine.

Je prends une profonde inspiration, essaie de me forcer à ne pas relever, mais je n’en ai pas la volonté :

- Hypocrite ! Lâchais-je simplement en habillant ce mot de tout le mépris dont je peux être capable.
- Rentre ! Lui demande Delphine qui parait déboussolée.
- Salopes, putains ! Sales gouines !
- Comment ça, « sales gouines », comment tu peux savoir ça ? Répond Anna

Et puis apercevant le détail qui tue, elle ajoute :

- Allez, dégage ! Mais faudra nous expliquer pourquoi tu regardes les étoiles, la braguette ouverte !

Thibault affolé, regarde son entrejambe, balbutie quelque chose d’inaudible, Anna enfonce alors le clou :

- Et les traces de pas hier et avant-hier, et la tache de sperme sur les volets, c’était les étoiles aussi ?

L’homme craque, il ne répond pas, s’en va un peu plus loin en courant et passe derrière la ferme. Avec cette obscurité, il ne peut aller bien loin…

Delphine est descendue après avoir enfilé à la hâte un jogging. Elle appelle Thibault, c’en est pathétique. La situation est surréaliste. On vient de se débarrasser d’un emmerdeur et la farce tourne à la tragédie. Elle est à présent en pleurs, quémandant des « qu’est ce qui s’est passe ? » « Qu’est ce qui s’est passe ? ». Ça ne va pas être évident ! Et puis la voici qui recommence à l’appeler : « Thibault, Thibault ! ». Il faut bien que je dise quelque chose d’autant qu’Anna me parait bien énervée, mais ce n’est pas si simple, Delphine m’interrompt sans cesse, semble ne rien comprendre et chiale comme une madeleine.

- Ecoute, Delphine, je veux bien essayer de t’expliquer encore une fois mais tu me laisses parler, OK ?
- Oui !
- Ce n’est pas très grave, mais ton copain a pété les plombs, ça fait trois jours qu’il nous espionne à travers le volet, il nous a foutu la trouille parce qu’au départ on ne savait pas que c’était lui, alors on a décidé de lui faire peur à notre tour, tu comprends ?
- Mais pourquoi ? Il regardait quoi ?

On ne va pas lui faire un dessin non plus ! Elle veut qu’on l’aide à le retrouver, ça n’a aucun sens, on s’habille sommairement, on contourne la maison on balaie avec la torche. En vain ! On persuade Delphine d’aller se coucher et d’éventuellement en rediscuter demain. Elle nous fait une épouvantable crise de larmes, mais finit par rejoindre sa chambre.

Thibault s’en veut à mort, à la honte de s’être fait prendre, s’ajoute celle d’avoir été si imprudent. Et puis surtout il sait maintenant où et comment il a déjà croisé Christine…

Thibault : un an auparavant, dans le métro, à Paris ligne 4

Thibault est un mystique, la religion n’a de sens pour lui que dans sa complexité. Il n’admet pas que la recherche de la sainteté ne soit pas plus partagée. La vie des saints le fascine, surtout ceux et celles qui ont choisi de s’auto-mortifier. La lecture des supplices que s’imposait Sainte Marie-Madeleine de Pazzi le bouleverse, se faire couler de la cire de bougie sur le corps, voici qui réveille sa nature profondément masochiste. Mais il ne se sent pas assez courageux pour passer aux actes. La flagellation lui parait plus simple, mais là encore, il n’arrive pas à se dépasser. Si quelqu’un pouvait l’aider se mortifier ? Ses fantasmes l’entraînent alors à rêver à d’improbables universités anglo-saxonnes où seraient prodigués des châtiments corporels ! Transformer son masochisme inconscient en sacerdoce le tente, mais il sait aussi qu’il ne sera jamais prêtre, la fonction ne l’intéresse pas, et puis surtout il se sent incapable d’en assumer les vœux de chasteté, le sexe le sollicite de trop. Alors peut-être une communauté monastique ? Mais après renseignement aucune ne lui convient, alors, en fonder une ?
Il en était là de ses réflexions quand son regard fut attiré par un journal abandonné par un voyageur qui venait de se lever. Machinalement, il s’en empara et le feuilleta…

L’annonce était rédigée avec une pointe d’humour :

« Un bon coup de fouet pour éliminer le stress ! Une spécialiste très sévère vous attend… »

Suivait un numéro de téléphone. Pourquoi pas ? Se dit alors Thibault, il avait entendu parler de ces femmes qui se font payer pour faire subir des sévices à leurs clients, s’il fallait en passer par-là… Il découpa l’annonce et la rangea dans son portefeuille. Il mit plus de quinze jours à se décider, mais il finit par prendre rendez-vous.

Il se souvient, cette femme, de taille moyenne, le visage très ovale, la peau éclatante, elle le fait entrer, et le fait se déshabiller dans une sorte de salle d’attente. Elle lui demande ce qu’il veut, elle le tutoie, il est presque gêné d’avoir à lui parler.

- Cinquante coups de cravache ! Répond-il simplement

Elle le regarde se dévêtir, s’étonne qu’il conserve son caleçon, il doit préciser que voulant des coups sur le dos, se déshabiller entièrement serait inutile. Il est mal à l’aise. Il ne comprend pas quand la femme lui demande s’il souhaite qu’elle enlève quelques vêtements, il comprend encore moins quand elle lui parle de jouissance sexuelle. Il craint d’être tombé sur une prostituée  » ordinaire  » là où il cherchait une fouetteuse, une simple fouetteuse. Déjà, il cherche les mots pour fuir, mais elle sait se reprendre, elle reformule sa prestation, lui indique qu’elle va donc l’attacher et le fouetter sur le dos et que les choses en resteront là.

Elle frappe fort, il a mal, mais il est venu pour ça. Elle pourrait même frapper plus fort, il est venu pour avoir mal, uniquement pour avoir mal, et il a envie d’avoir mal. Elle lui parle, lui pose des questions idiotes, lui demande s’il aime ça ! Elle est incapable de comprendre ses motivations, il ne répond pas, elle insiste, il est obligé de lui dire :

- Ne me parlez pas, fouettez-moi c’est tout !

La flagellation terminée, elle lui demande s’il est satisfait. Il ne sait pas trop s’il est satisfait, mais s’apprête à repartir avec ce qu’il est venu chercher. Et puis voilà qu’elle lui fait l’article, lui demande s’il reviendra, lui propose un tas de trucs, un vrai catalogue. Il s’affole ne veux rien entendre, affolé de découvrir la liste de toutes ces turpitudes.

Mais soudain un mot le fait réagir, elle a parlé de bougie…

- Vous faites quoi exactement avec les bougies ?
- On allume la bougie, on attend que la cire soit chaude et on la fait couler sur ta peau !
- Comme Sainte Marie-Madeleine de Pazzi ?

Elle ne sait pas qui sait. Il peste contre le manque de culture religieuse des gens, il lui explique l’anecdote.

- Je peux te faire pareil ! Propose-t-elle

Surmontant ses dernières craintes, il lui demande s’il serait possible de tenter de suite l’expérience. Il doit lui redonner de l’argent, mais il s’en fiche, c’est pour lui une chance inouïe, il va ressentir ce qu’a éprouvé la sainte, alors il offre son dos déjà endolorie par la cravache aux gouttelettes de cire chaude. Il est étonné de l’effet produit, moins douloureux que la flagellation. La femme lui demande de présenter son torse à présent et la bougie coule sur ses pointes de seins. Il est en extase psychologique, mais pas seulement psychologique, il produit à présent une érection qui pour lui est totalement incongrue, une érection incontrôlée, bientôt son sexe s’agite de soubresauts et il éjacule dans son caleçon. Il est désorienté, honteux, murmure quelques mots d’excuse. La femme se propose de l’aider à se nettoyer, tente de lui parler… En pleine confusion il se rhabille sans avoir retiré toutes les taches de cires sur son corps et quitte le studio…

Trop de choses d’un coup, et Thibault avait du mal à trier tant les scènes se jouaient et se rejouaient dans sa pauvre tête. Il y avait déjà cette femme, cette dominatrice dont il n’arrivait pas à comprendre pourquoi elle avait essayé de l’entraîner vers autre chose que ce qu’il était venu chercher, il y avait cette éjaculation qu’il avait d’abord ressenti comme honteuse et pour laquelle il s’interrogea si elle l’était vraiment, mais surtout, c’est cette expérience de la douleur reçue qui l’interpellait. S’il ne fallait que ça pour devenir un saint, la chose n’était décidément pas trop difficile ! Passe encore la cravache car il pouvait comprendre le souci de la professionnelle de ne pas frapper comme une brute, mais la bougie ? Ce truc était aisément supportable… Qui étaient donc ces saints qui allaient chercher leur sainteté dans des mortifications masochistes qui réveillaient les pulsions sexuelles ? Il passa plusieurs semaines à douter. Rien n’était clair, il se disait que quelque part, on cachait ou on déformait la vérité. Il hésitait entre une religion plus libérale face au sexe et une autre débarrassé de sa mythologie, mais restait attaché aux valeurs morales traditionnelles de l’église. En voilà des contradictions peu faciles à assumer ! Il décida de s’en entretenir avec un confesseur, mais là où il attendait des réponses rassurantes, il n’entendit que du langage en bois. C’est alors qu’il prit la décision de se rechercher une âme sœur qui pourrait devenir sa compagne et sa confidente, elle devrait être dans ses idées mais aussi ouverte à la discussion… La visite en France du vieux pape lui permit de trouver…

Et voilà, rien ne s’était passé comme prévu, il n’avait jamais osé tout dire à Delphine, et ces vacances qu’il pensait à risques tournaient à la catastrophe !
Il n’était pas bien loin derrière la maison, il avait avancé dans l’obscurité jusqu’à ce qu’il rencontre un arbre au large tronc. Quand il s’aperçut qu’on le cherchait, il se dissimula derrière. Il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre, le sommeil ne viendrait sûrement pas… Et demain il partirait.

Au bout d’une heure, il commença à sentir le froid. Il se résolut à regagner sa chambre dans laquelle il se barricada, il prépara son sac à dos et l’esprit en pleine confusion entreprit d’attendre les premières lueurs de l’aube. L’idée de confier à Delphine tout ce qu’il avait caché jusqu’ici l’effleura, mais ne sachant s’il aurait ce courage, il décida de lui préparer une lettre. Il ne se coucha pas mais croisa ses bras sur la petite table, s’y enfouit le visage et finit par s’assoupir.

Delphine

Delphine avait bien mal dormi, malgré cela elle n’avait pas entendu Thibault rentrer dans la chambre mitoyenne. Quand elle jugea que sa nuit était terminée, et alors que l’aube pointait à peine, elle sortit sur le balcon qui faisait office de palier et constata qu’un filet de lumière s’échappait du pas de la porte. Elle hésita à frapper, ne le fit pas et poussa légèrement le battant qui n’avait pas été fermé à clef. Elle perçut mieux alors les ronflements du jeune homme, et se retira, circonspecte car si cela la soulageait d’une angoisse, des tas d’autres perduraient.

Cette nuit, elle avait pris sa décision, elle n’allait pas gâcher sa vie avec un type qui était sans doute bourré de qualités mais dont l’attitude devenait de moins en moins compréhensible. Il n’était donc pas question qu’elle reste ici. Il lui faudrait s’organiser mais elle envisageait désormais un départ le lendemain voire le surlendemain.

Il lui restait une lessive à terminer, elle se rendit donc en bas dans le petit lavoir, où une bassine remplie de linge en train de tremper allait l’occuper un moment. Encore une idée de Thibault qui avait trouvé cette idée géniale, alors qu’il était si simple de profiter de leur descente dans la vallée pour le confier en laverie. Il y avait son linge à lui, elle eut un moment l’idée de ne pas s’en occuper. Mais elle n’était pas méchante.

Mardi

9 heures : On a déjeuné rapidement avec Anna, nous n’avions pas trop faim, nous avons évoqué les événements de la veille. Nous ne pensions pas que les choses iraient aussi loin, nous voulions simplement faire en sorte que notre voyeur nocturne attrape une bonne trouille qui lui fasse passer l’envie de recommencer. Et puis on se force à parler d’autre chose :

- Je t’ai pas dit, commence Anna, hier en rentrant, pendant que tu faisais je ne sais pas quoi, j’ai un peu fouiné dans le coin, j’ai vu un truc marrant, viens voir…
- Là tout de suite ? Attend un peu ! J’ai même pas mis de culotte.
- Quelle affaire avec ton grand machin, (elle désigne mon immense tee-shirt qui me sert de robe de chambre d’été) ça ne se voit pas. Viens me presse-t-elle, c’est à deux pas.

Je suis Anna, et on descend un petit chemin qui avait sans doute été pratiqué jadis mais que la végétation s’efforçait à présent de gommer. Contrairement à moi, elle s’est mis une petite culotte en coton, que son tee-shirt trop court n’arrive pas à masquer quand elle marche ! Petit spectacle insolite et érotique qui ne me laisse pas indifférente.

- En fait, c’est un raccourci pour rejoindre la route, j’ai vu nos deux zouaves passer par-là l’autre jour, je m’étais demandé pourquoi !
- C’est ça que tu voulais me montrer, un raccourci ? Rigolais-je
- Non, viens voir !

On est pas très loin de la ferme, peut-être à cinquante mètres, on quitte le chemin, on emprunte un sentier à peine visible, on contourne un gros tronc d’arbre, et voilà que devant nos yeux on découvre un petit bout de mur en ruine, il doit en rester juste un peu plus d’un mètre carré.

- C’est là que j’ai trouvé un drôle de truc, m’indique Anna. Elle se baisse devant moi, faisant se mouler ses belles petites fesses dans son mini short rose, ce doit être instinctif, je lui tape dessus.
- Aie !

Elle se redresse et tient dans ses mains une petite plaque de bois, un artiste inspiré y a gravé un rapace dressé sur ses ergots, mais c’est l’arrière-plan qui surprend car on peut y apercevoir une femme agenouillée en train de gratifier un homme d’une vraie turlutte.

- C’est dingue, hein ! S’exclama-t-elle
- Dommage que ce soit si abîmé, on l’aurait rapporté en souvenir.
- Quoique, je peux toujours trouver quelqu’un qui me le restaure, et après je l’exposerais dans ma galerie à l’entrée.
- Tu crois vraiment que ça vaut le coup ?
- Je vais voir, il n’y a personne qui vient, je vais faire pipi, regarde !
- Qu’est-ce que tu veux que je regarde au juste ? Si quelqu’un vient ? Ou alors ton pipi ?
- Ce n’est pas incompatible, andouille !

Anna se baisse, écarte sa culotte, me regarde avec tendresse et commence par uriner. Par jeu je glisse ma main afin que son jet me la mouille, puis je me lèche les doigts.

- Oh toi, tu as envie de faire des bêtises ce matin !
- Comment tu as devinée ?
- Attends, on faire autrement ! Dit-elle se retenant de continuer, puis se relevant :  » Viens donc boire à la source !  »

Moment de folie ! Moment d’envie ! Nous improvisons nos postures, Anna s’adosse à un tronc, légèrement arc-boutée, moi en dessous d’elle accroupie le dos dans le même sens que ma complice, la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte à trente centimètres de son vagin. J’attends, elle se lâche… Trop vite et trop abondamment, ma bouche ne peut pas tout recevoir, mon gosier encore moins, je recrache ce que je n’avale pas, j’en fous partout sur mon tee-shirt.

- Pas si vite ! Bafouillais-je

Elle tente de contrôler son jet, je bois ce que je peux mais il n’y a plus grand chose, ce n’est pas sa première urine matinale, mais la seconde ou la troisième moins prodigue et moins goûteuse. D’habitude arrivées à ce stade de nos fantaisies dorées, je lui nettoie la chatte de ma bouche, sans doute est-ce l’air de la montagne qui me fait délirer, je n’ai pas avalé la dernière goulée, je me redresse, fait l’œil coquin, approche mon visage de celui d’Anna, cherche sa bouche, attend qu’elle s’ouvre et transverse son contenu dans la sienne, légèrement surprise mais amusée, elle s’éclabousse, on rigole comme des bossues.

- On est toutes mouillées. On va attendre que ça sèche pour rentrer ! Constatais-je.
- C’est de ta faute, fallait pas me provoquer… Mais c’est pas grave les gens croiront que c’est de la flotte !
- T’as raison, viens là tu m’excites de trop ce matin !

On se roule un vrai patin, j’en profite pour lui peloter les seins

Thibault et Delphine

Thibault se réveille, il peste après lui, il s’est endormi et maintenant quitter la ferme discrètement ne sera pas forcément évident. Avec précaution il ouvre la porte, n’aperçoit personne, il respire un grand coup, attrape son sac à dos, se fait la réflexion qu’il devrait être plus lourd, réalise alors qu’il a laissé des affaires que Delphine sera obligée de se coltiner.  » Pas très fair-play, mais tant pis  » se dit-il. La chambre de sa (par conséquent) ex copine est entrouverte, il passe devant silencieusement, descend les escaliers extérieurs, pour l’instant ça va, plus que la cour à traverser afin de gagner le petit chemin qui mène à la route. Ses pas s’accélèrent, les battements de son cœur également…

Delphine pend le linge qu’elle vient de rincer et de tordre. Incrédule, elle aperçoit le jeune homme s’en aller, sac sur le dos…

- Thibault !

Il s’arrête net, par réflexe, mais le regrette aussitôt

- Tu peux me dire où tu vas ? Crie la jeune femme.
- Je m’en vais, je t’ai laissé un mot.
- « Laissé un mot » ? Tu ne sais plus parler ?
- Ecoute Delphine, il y a des choses qui sont difficiles à dire, j’ai préféré écrire, comme ça chaque mot est pesé. Adieu Delphine !

Mais celle-ci ne désarme pas, l’incompréhension se mêle à la colère

- Mais qu’est-ce que tu as donc à te reprocher ?

L’argument fait mouche et il ne sait pas quoi répondre. Il avance sans rien dire.

- Je n’aurais jamais pensé que tu me décevrais à ce point ! Ajoute la jeune femme. Elle hurle les premiers mots, sanglote les derniers.

Thibault est de plus en plus circonspect, il attend d’être hors de la vue de Delphine, puis il pile. L’idée de se confesser, de tout dire l’effleure, après tout l’occasion est là, la consoler, et peut-être comprendra-t-elle ? Et puis revenir est la seule façon de récupérer cette lettre qu’il a écrite et qu’il ne trouve maintenant plus terrible. Il hésite, il ne sait plus quoi faire !

Anna et moi

- C’est quoi ces cris ? demande soudain Anna, se libérant de mon étreinte.
- On dirait bien Delphine, ça à l’air de chauffer.
- Son zigoto est revenu alors !
- On fait quoi ?
- Rien on garde nos distances, mais on reste correct, on fait comme s’il ne s’était rien passé hier soir.
- Je te préviens, s’il recommence ses conneries, je le colle au mur

On sort du fourré… Et là à quinze mètres de nous, Thibault est planté en plein milieu du sentier…

Thibault

Il fallait sans doute un déclic pour qu’il prenne une décision définitive. Le déclic était devant lui ! Il n’avait aucune envie de devoir supporter ces deux nanas. Son choix était donc confirmé, il rentrerait à Paris. Restait à savoir comment passer, avancer c’était tomber dans les griffes de ces deux folles, reculer pour rejoindre la route risquait de le faire à nouveau rencontrer Delphine !

Nous

- Vous descendez faire des courses ? Lançais-je à Thibault.

Il me regarde bizarrement sans me répondre, il n’a pas l’air d’aller fort.

- Je vous demande ça, parce que si vous pouviez nous ramener un petit pot de sauce tomate ?

Il ne répond toujours pas, mais il se met à avancer, je sens qu’Anna va s’énerver, ça ne loupe pas.

- Je ne vois vraiment pas pourquoi vous faites la gueule ! Si on doit encore coexister une dizaine de jours, on veut bien faire un effort mais faudrait que ce soit réciproque !
- Je m’en vais, comme ça il n’y aura plus de problème ! Il a à ce moment-là de la haine dans les yeux.  » Et de toute façon je vous ai assez vu !  » rajoute-t-il

Par définition le lapsus est involontaire, mais celui-ci est terrible !

- Non mais je rêve, tu ne crois pas que tu inverses un peu les rôles, non ? Tu nous mates pendant trois jours, et maintenant tu joues les victimes.
- Bon écoutez, je vous présente toutes les excuses que vous voulez, mais laissez-moi passer !
- Tu n’as qu’à passer par la route, lui répond Anna, teigneuse, en lui barrant carrément le chemin.

C’est peut-être ce qu’il aurait fini par faire, mais les choses se passèrent un peu différemment. Thibault se retourne, et aperçoit la silhouette de Delphine qui a été attiré par les bruits de conversation. Il prend alors son élan et nous fonce dessus à la façon d’un rugbyman, il est frêle mais avec son sac à dos ça fait quand même une bonne masse. Anna a le réflexe et le temps de s’écarter, pas moi, je dégringole, me retrouve sur les fesses, ils ont beau être bien charnues, ça fait quand même vachement mal, et détail trivial mon grand tee-shirt à moitié mouillé s’est remonté tout seul et me voici la chatte à l’air !
Anna ramasse un caillou et s’apprête à le lui balancer.

- Non ! Criais-je en même temps que Delphine
- T’es trop gentille ! Tu t’es fait mal ?

Je n’ai pas le temps de répondre, l’autre s’est un instant arrêté à un angle du chemin et nous aboie dessus :

- Vous me prenez pour un imbécile, mais je sais bien que vous m’aviez reconnu depuis le début ! Vous espériez quoi ? Grosse pute !
- Pourquoi grosse ? (Ça c’est une réponse réflexe)
- Allez au diable ! Hurle-t-il avant de rajouter « toutes les trois ! »

Il finit par disparaître. Anna et Delphine essaient de me relever, cette dernière ayant ce geste dérisoire de réajuster le pan de mon vêtement afin de cacher mon sexe. Nos regards se croisèrent à ce moment-là et je crus déceler dans le sien l’amorce d’un trouble. Rien de cassé, je m’en tirerais probablement avec un énorme bleu au cul.
Delphine a les larmes aux yeux, mais elle veut savoir.

- C’est vrai que vous le connaissiez ? Demande-t-elle.

Je n’en sais rien, c’est vrai que je ne vois pas bien où j’aurais pu rencontrer un zigoto pareil, et puis je ne peux pas avoir le souvenir exhaustif de tous les gens que je rencontre, ne serait-ce que mes clients… Mais là je pense plutôt que soit il confond, soit il dit n’importe quoi… L’imaginer comme client aurait tendance à me faire sourire… Et puis tout d’un coup, ça y est, je le remémore, ce jeune homme timide stupéfait de découvrir la cire chaude de mes bougies ! Ça alors !

Chanette (réminiscence)

On voit un peu de tout dans ce métier, et si certains souhaitent être dominés suivant des scénarios élaborés et en « goûtant » un peu à tout, d’autres ont des demandes très basiques, ils veulent par exemple qu’on les fouette, point. C’était le cas de ce jeune homme frêle et un peu timide. Il voulait cinquante coups de cravache et il était là devant moi en caleçon.

- Tu me retires ce truc ! Ordonnais-je.
- Je ne préfère pas, frappez-moi juste le dos !
- Tu n’aimes pas les coups sur les fesses ?

Le mec devient rouge comme une écrevisse.

- Non, non, juste le dos !

Je n’insiste pas, certains sont plus masos que soumis, et contrairement à ces derniers ils sont souvent rigides dans les choix de leurs pratiques. Je lui pose encore deux ou trois questions :

- Est-ce que tu voudras jouir ?
- Non, non, je ne viens pas pour ça !
- Est-ce que je me déshabille un peu ?
- Non, non…

Manifestement mes questions l’affolent, je n’insiste donc pas.

- Bon, OK, on va faire comme ça ! Je t’attache ?
- Oui !

Je le frappe alors comme il le désire, parfois je fais compter les coups à mes victimes consentantes, mais avec lui j’y renonce, je m’efforce d’ajuster ma frappe à son endurance, il m’a l’air plein de bonne volonté, mais il manque de résistance à ce point que je renonce à essayer de fouetter plus fort. Je tente un « tu aimes çà, hein ? » Il me répond qu’il préfère que je ne m’exprime pas. Arrivé à cinquante, je lui en donne un de plus, et j’arrêtai.

- Voilà, c’est fini, ça t’a plus j’espère.
- Ça va, je vous remercie !

Il est debout devant moi, en caleçon prêt à se rhabiller. Je lorgne vers son sexe, il bandouille.

- Si tu veux, une prochaine fois on pourra faire d’autres choses.
- Non merci, je ne crois pas que ça m’intéresserait.
- Qu’est-ce que tu en sais, il faut tout essayer, si tu veux j’ai un martinet, des pinces… On peut aussi faire des choses avec des glaçons, avec des bougies…

Alors que manifestement, ma liste pourtant expurgée n’avait pas l’air de l’intéresser, voici qu’au mot « bougie », son visage se réveille de façon tout à fait inattendue.

- Des bougies ? Vous faites quoi avec des bougies ?
- Et bien je les allume, et je fais couler la cire un peu partout sur ton corps !
- Comme Sainte….
- Je n’ai pas l’honneur de connaître !

Il me raconte alors l’histoire d’une religieuse qui se faisait couler de la bougie sur le corps et qui a été canonisé. J’aurais tout entendu dans ce métier. Je refoule l’envie d’éclater de rire !

- Mais ce n’est pas dangereux ?
- Mais non, je connais mon métier !
- On pourrait, là tout de suite ?
- Chiche ! Mais il faut me régler une autre séance.

Il n’hésita pas, encore une fois, il refusa de se mettre entièrement nu. Je commençais par le dos, éloignant d’abord la bougie, puis la rapprochant pour augmenter la chaleur de la goutte de cire. Il supportait sans problème, se contentant de pousser de légers gémissements. Sa réaction me paraissait normale, la bougie fait peur aux non inities mais est moins douloureuse que la cravache. Je le fis ensuite se retourner et c’est cette fois avec une chandelle dans chaque main que j’attaquais son torse en m’efforçant d’enfouir sous la cire ses minuscules tétons. Cette fois, il bandait dur sous son caleçon. J’en étais à me demander s’il fallait que je gère cette érection, quand je vis son sous-vêtement se tacher subitement d’une bonne quantité de sperme.

- Je suis désolé, je dois être un peu fêlé ! Se crut-il obligé de dire, le visage rougi par la confusion.
- Pourquoi désolé ? Tout cela est parfaitement normal.
- Je ne crois pas, non.
- Tu as la salle de bain là-bas pour te nettoyer, tu veux que je t’aide à enlever la cire ?
- Non ça va !

Il y fit un passage éclair, j’aurais aimé essayer d’échanger quelques mots avec lui, me montrer sous un autre visage, cela fait partie des petits trucs qui donnent parfois au client l’envie de revenir, et en la matière je n’ai pas à forcer ma nature. Mais ce fut impossible, à la question de savoir s’il reviendrait, il me répondit qu’il ne savait pas, ce qui en soit voulait déjà tout dire.

Reprise

- Je ne me souviens pas ! Mentis-je alors, mais pouvais-je dire différemment. Peut-être qu’on s’est croisé chez quelqu’un ?
- J’ai une crème pour les chocs, c’est pratique d’avoir ça en montagne, venez, je vais vous la trouver.

Elle change complètement de sujet semblant nous indiquer implicitement qu’elle a déjà tourné la page « Thibault », je la suis, il serait quand même amusant qu’elle aille, elle, jusqu’à m’appliquer du baume sur les fesses… Non ne rêvez pas, amis lecteurs, tout cela c’est passé le plus simplement de monde. Delphine faisait maintenant preuve d’un grand calme, d’un étonnant grand calme. Nous nous sommes isolées quelques instants avec Anna :

- Fais-moi voir ton cul !
- Tous les prétextes sont bons !
- Voyons voir ! Bof, ce n’est pas pire qu’après une séance de martinet !
- Moi je ne trouve pas !
- Alors je te la mets sa crème ?
- Vassy tartine-moi le cul

Fin de matinée

Vous descendez en ville ? Ça vous embête de me faire deux trois courses ? J’ai mal dormi, j’ai la flemme d’y aller ! Nous demandera Delphine un peu plus tard.
- Non, bien sûr !

Delphine

Delphine regarde s’éloigner la voiture, elle se sent soudain très bien, libérée des contraintes que lui imposait Thibault. Finalement, peut-être que cette rupture, elle la souhaitait inconsciemment. Elle a besoin de réfléchir, elle pensait ne pas s’attarder ici, mais elle vient de changer d’avis, ici elle est seule, à l’abri des conseils « prêt à servir » de ses bonnes copines ou de sa famille. Elle décide de se préparer, puis elle ira faire un tour.

Cyril

Cyril peste après lui-même en montant à pied la route qui mène aux sources bleues. Ce n’est pas son but, mais il est obligé de traverser, ou à la rigueur de contourner légèrement l’ancien village afin de se rendre un peu plus haut, il n’y a qu’à cet endroit qu’il trouvera les plantes rares qu’un restaurateur parisien nouvellement installé dans la vallée lui commande régulièrement. D’ordinaire il fait ça de bonne heure, pouvant ainsi emprunter la voiture de son frère, mais ce matin il a fait tomber sa Gameboy, et il a perdu du temps à essayer de la faire refonctionner. Maintenant il est presque midi, et même avec le décalage de l’heure d’été ça commence à chauffer. Soudain, il entend le moteur d’une voiture : Il se retourne déçu, c’est le véhicule de location des deux pétasses qui ont loué le rez-de-chaussée aux sources. Il se met sur le côté pour la laisser passer… L’auto le double puis freine et s’arrête ! Il ne comprend pas bien, et c’est encore pire quand il voit les deux nanas sortir et se diriger vers lui… tout sourire !

- Bonjour ! Commence Anna ! La journée va être chaude on dirait, non ?
- Ça c’est sûr ! Répond Cyril étonné de la soudaine amabilité de celle qui l’avait si méchamment envoyé promener l’autre jour.

Lui qui cherchait sans trouver, un prétexte pour l’aborder de nouveau, et elle est là devant lui, c’est inespéré, mais il reste sur ses gardes, flaire un possible piège. En fait, il est mal à l’aise !

- On est passé à l’agence pour vous voir, mais vous n’y étiez pas, et votre frère était occupé avec un tas de monde…
- Vous vouliez me voir ?
- Oui, c’est à propos du message qu’on a laissé l’autre fois à votre frère. Ben on est désolé, mais on s’est rendu compte que c’était pas vous !
- Je ne comprends pas !

Les deux femmes, elles, réalisent que le frère de Cyril ne lui a jamais fait suivre ce message, sans doute s’en foutait-il royalement. Du coup leurs excuses deviennent dérisoires.

- Bon alors écoutez, on va simplifier ! L’essentiel c’est qu’on n’a sans doute pas été très gentilles avec vous, alors voilà on tient à s’excuser. On a rien contre vous, on trouve même que vous avez été sympa de venir nous proposer le petit arrangement pour la bagnole. Et on vous souhaite une bonne journée !
- Ah, bon c’est par erreur que vous étiez fâchées après moi, alors ?

Comme quoi quand il veut, il n’est pas si bête qu’il veut s’en donner l’air !

- C’est exactement ça !
- Super ! Ça me fait plaisir ! Vous êtes super mignonnes !

Nous

Du coup, il se met à nous reluquer avec des yeux un peu bizarres. Il est incorrigible. Et Anna qui en fait toujours de trop, lui fait un petit bisou sur la joue, avant de se diriger vers la voiture. Quelques instants après nous repartons vers notre location.

Cyril et Delphine

Il est super content, le Cyril, du coup il sifflote comme un pinson et n’ayant plus de prétexte pour ne pas traverser le village il s’engage dans le petit raccourci. Au bout de quelques mètres, il aperçoit une silhouette, une femme qui cueille des mûres dans un petit fourré. Surtout ne pas lui faire peur ! Il se racle la gorge !

- Tiens c’est vous ! Dit Delphine, le reconnaissant !
- Oui, je vais faire un brin de cueillette un peu plus haut !
- Ah, oui ! Vous cueillez quoi ?

Il lui explique ! Delphine a l’air intéressée. Normal il est en train de partager un  » secret  » et comme il est d’excellente humeur, tout ça passe très bien. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il se fait cette étrange réflexion  » Une femme est en train de s’intéresser à ce que je raconte, ce doit être la première fois, et c’est une femme de la ville en plus ! Evidemment, elle n’est pas vraiment canon, mais pourquoi ferais-je le difficile ?  » Là, son attitude veut changer, ce n’est plus la promeneuse de rencontre avec qui il parle, mais quelqu’un qui pourrait peut-être s’intéresser encore plus à lui ! Mais comment faire, il n’a aucune expérience ? Et puis soudain : le flash : il fait quoi ? Cette femme n’est pas seule, comment avait-il pu l’oublier ?

- Votre ami est descendu à la ville ? Demande-t-il comme pour s’assurer qu’il existe toujours.
- Ce n’est plus mon ami, il est parti, définitivement, et je n’ai pas envie d’en parler !

Non ! Cyril n’en revient pas ! Jouera-t-il le rôle du mufle qui vient de suite s’immiscer dans la couche laissée chaude par l’amant disparu, mais il ne connaît rien de leurs rapports, encore heureux qu’elle ne pleure pas, il n’aurait pas su la consoler. Vite parler d’autre chose :

- Vous devriez vous aider d’un bâton pour écarter les petites branches.
- Oui, je n’y avais pas pensé !
- Sinon vous aller vous écorcher les mains !
- Mais non !
- Ce serait dommage, elles sont très belles vos mains.
- Elles sont comme toutes les mains.
- Non, donnez !

Il prend alors sa main droite dans les siennes.

- Non regardez la peau est douce, les doigts sont fins, ce sont des belles mains !

Mais c’est qui ne la lâche pas, et qu’il se met à l’effleurer de quelques très légères caresses !

- Vous me la rendez ?
- Oui, voilà !

Son regard est bizarre, elle n’a pas eu l’air fâchée de cette petite caresse manuelle, mais que faire à présent ? Delphine s’aperçoit de son trouble, lui fait un sourire. Il lui rend, son visage se rapproche imperceptiblement. Delphine se recule, mais conserve son sourire.

- Je vais vous laisser ! Euh… on pourrait se revoir !

Ça a dû lui coûter à Cyril c’est la première fois qu’il propose quelque chose de ce genre à une femme.

- Mais bien sûr !

Toc-toc-toc dans le cœur de Cyril !

- Alors demain à quelle heure ? Parvint-il à balbutier
- On verra ça tout à l’heure, parlez-moi de vous, vous faites quoi dans la vie, vous travaillez avec votre frère ?

Il lui explique tout ça. Une heure après ils sont encore en train de discuter, enfin  » discuter  » est un bien grand mot, c’est surtout Cyril qui parle, une nouvelle fois il propose de prendre congé, elle ne le retient plus cette fois mais est d’accord pour le revoir le lendemain vers 10 heures au même endroit. Cyril hésite à lui proposer de l’embrasser chastement mais finalement, il n’ose pas !

Il part le cœur joyeux, il est le plus heureux des hommes. Il va revoir Delphine, ce sera son premier rendez-vous ! Il ne sait pas encore comment ça va se passer. Il faudra qu’il fasse attention, qu’il ne commette pas de bêtise. Le matin il prendra une douche complète avec shampooing et sans oublier de se laver les dents, pour le reste il verra bien, mais il faudra qu’il lui apporte quelque chose, ça se fait, mais quoi donc ? Et puis combien de temps cela durera-t-il ? Il faudra bien qu’elle rentre à Paris. Pourquoi ne pas la suivre, l’idée de vivre dans cette ville de dingue l’affole un peu mais que ne ferait-il pas pour vivre comme tout le monde ?

Marrant ce mec, se dit Delphine, elle revient à la ferme avec son panier de mûres, les deux femmes du rez-de-chaussée font peut-être déjà la sieste. Elle récupère les courses qu’elles lui ont laissées sur le rebord de sa cuisine, puis s’installe sous la véranda avec une tranche de jambon et un bout de fromage. Elle va se coucher après. Mais malgré la fatigue elle ne trouve pas le sommeil. Des pensées bizarres lui traversent l’esprit : un avenir « différent » : s’établir ci, prendre un petit commerce… avoir un mari bricoleur qui connaisse toutes les astuces de la montagne, qui la dégagerait de tous les problèmes matériels, quelqu’un qui pourrait lui parler de choses intéressantes sans pour cela être obligé de citer la vie des saints ou les évangiles chaque quart d’heure. Et puis ce coin, ce calme, cette sérénité. Mais avec qui ? Bien sûr c’est Cyril qui lui avait mis cette idée dans la tête, mais elle n’allait pas s’installer avec Cyril tout de même. Avec le gros Cyril ! Bien qu’avec un petit régime et un peu de psychologie pour lui faire prendre un peu plus d’assurance… Delphine se rend compte qu’elle délire grave, elle finit par s’endormir…

Nous

On a fait un grand tour avec Anna, on a failli se perdre. Au fond de la cour, Delphine est attablée en train de griffonner je ne sais quoi, peut-être fait-elle des mots croisés ? Manifestement elle nous attendait. Elle se dirige vers nous !

- Alors ? Vous avez fait une belle balade !
- Super, mais on serait incapable d’y retourner, il y a une de ces vues là-haut !
- Vous devez avoir soif, j’ai tiré de l’eau fraîche, je vous en sers un verre ?
- Bonne idée ?

Elle me parait bien étrange cet après-midi la Delphine !

- Je voudrais vous parler ! Dit-elle

Aïe !

- Rassurez-vous ça n’a rien de grave !

Alors ça va !

- Vous êtes plus veille que moi, vous avez sans doute l’expérience des hommes, j’ai besoin de vos conseils !

L’expérience des hommes ! Si elle savait ! Mais je croyais qu’elle allait me reparler de Thibault ce qui me cassait un peu les pieds.

- C’est au sujet de Cyril !
- Cyril ?
- Oui ! J’ai discuté avec lui, il gagne à être connu, il a plein de choses à raconter, il fait un peu gros gamin, je me demandais, je me demandais…
- Oui ?
- On dirait que quelque part je l’attire !

Voilà autre chose ! Delphine laisse échapper un soupir, puis reprend :

- Vous savez avec l’autre qui est parti (quel dédain dans sa bouche quand elle dit  » l’autre  » !) C’est ma deuxième déception, je ne connaîtrais jamais le grand amour, tout ça c’est des conneries, par contre chercher un homme qui m’apportera la sécurité, avec qui je serais bien, qui sera gentil avec moi, pourquoi pas ! Et si en plus je ne le suis pas indifférent.
- Et tu veux savoir quoi Delphine ? (J’ai horreur du vouvoiement dans ces moments-là !)
- Vous ne pensez pas qu’il boive, qu’il puisse être violent, je veux dire, je ne risque pas d’avoir des surprises ?
- Mais Delphine, comment je pourrais savoir ça ?

Ça devient n’importe quoi, la fille à peine débarrassée d’un catholique illuminé s’amourache une demi-journée après la rupture, d’un semi neu-neu local ! Et puis tout d’un coup je me reprends, pourquoi suis-je en train d’affirmer qu’il est « neu-neu » ? Il aime jouer, et alors tout le monde aime jouer, il n’est pas plus absurde de jouer à la Gameboy que de faire un bingo. Il regarde les filles, mais c’est parce qu’il est en manque et au moins il n’est pas hypocrite. Et pour le reste qu’est ce qui me permet de le juger, il est peut-être un peu émotif pour un homme, mais il est loin d’être le seul !

- J’ai rendez-vous avec lui demain ! Je me demande si je ne suis pas en train de faire n’importe quoi ! Si vous pouviez m’aider, me conseiller… Et si vous avez l’impression que je vais dans le mur, dites-le-moi aussi !
- Delphine, encore une fois, on ne se connaît pas, tu te rends compte de ce que tu me demande !
- Si je TE (elle appuie bien sur le TE) le demandes c’est parce que je sais que tu peux le faire.

Cette soudaine assurance ne pas interpellé, on ne fait pas toujours attention à tout, mais le défi finit par m’amuser, c’est vrai que je sais juger les hommes, mais des comme celui-ci, est-ce que j’en ai croisé beaucoup ? Et puis, je suis loin d’avoir sur la question un jugement infaillible

- Tu le vois quand, tu m’as dit ?
- Demain !
- Ok, alors tu n’y va pas !
- Pourquoi ?
- C’est moi qui irais à ta place, je vais discuter avec lui et je te dirais !
- Pourvu que ça se passe bien ! Répondit-elle en guise de conclusion.

Mercredi

Surréaliste l Me voici en train de jouer les entremetteuses testeuses ! La tête de Cyril quand il m’a découvert à la place de l’élue de son cœur !

- Vous n’avez pas vu Delphine ?
- Elle est malade, ce n’est pas bien grave, elle doit nous faire une crise de foie. Elle m’a dit de vous demander de repasser demain, même heure, même endroit.

Voilà qui rassure Cyril qui du coup ne sait plus trop quoi dire, mais moi, si !

- Vous savez, Delphine à l’air de vous apprécier beaucoup !
- Vous dites ça pour me faire plaisir ?
- Pour quelle raison, j’aurais envie de vous faire plaisir ?
- Elle vous a dit quoi ?
- Je ne répète pas, mais je serais vous, je tenterais ma chance !
- Tenter ma chance ?
- Soyez gentil avec elle, n’allez pas trop vite, je ne sais pas si le sexe l’intéresse beaucoup, ce n’est pas cela qu’il faut lui offrir, c’est de la gentillesse, des caresses, de l’attention, et le reste viendra tout seul.
- Si je la caresse, elle ne dira rien ?
- Non ! Sauf si vous commencez tout de suite par les fesses ou par les seins ! Vous comprenez ?
- Elle vous a dit que je pourrais la caresser, et qui ça se passait bien je pourrais… je pourrais…
- Non, elle ne m’a pas dit ça, mais c’est tout comme !
- C’est pas possible !
- Si elle vous refuse quelque chose, n’insistez pas, laisser passer le temps, c’est une preuve de tact, elle saura l’apprécier !
- Merci, merci de tout ce que vous me dites, pourquoi vous faites ça pour moi ?
- Je ne le fais peut-être pas pour vous.
- Pour elle alors ?
- J’en sais même rien, je dois être une drôle de fille.
- Au fait n’oublie pas d’acheter des préservatifs !
- Mais c’est pas la peine… je n’ai jamais…
- Elle n’est pas obligée de te croire !

Ça par contre ça l’embêtait, aller chez la pharmacienne, il n’oserait jamais. Tant pis il prendrait la voiture de son frère et irait en acheter à la ville voisine…

Anne m’attendait au bord de la route au volant de la voiture, on ne revit Delphine qu’au retour.

- Alors ! Il était là ! Me demanda-t-elle
- Oui, je lui ai parlé !
- Tu as le sourire, ça c’est bien passé alors !
- Oui !
- Demain je ne voudrais pas faire d’imprudence, il a l’air si fragile !
- Laisse-le faire, montre-lui que tu as confiance, mais ne le laisse pas tout faire, il faut qu’il sache qu’il y a des limites et que c’est toi qui les fixe.
- … Et le sexe ?
- Fais attention, il n’a pas la même éducation que toi, il comprendra peut-être que tu ne veuille pas faire l’amour tout de suite, mais il faudra y passer.
- Pfff ! Quelle affaire, je ne suis plus vierge !
- Je ne voulais pas te vexer !
- Merci, merci pour tout, ça vous dirait si je vous faisais à manger à toutes les deux ce soir ?
- Tiens, pourquoi pas !

J’appréhendais un peu mais le repas s’est très bien passé, on s’est occupé du pinard et Delphine nous a mijoté une bonne grosse omelette aux lardons et aux pommes de terre. On a quand même pas mal picolé, surtout Anna. Delphine nous a demandé si on était heureuse ensemble, il a fallu qu’on lui explique que j’étais mariée, que je ne voyais pas mon mari souvent et que Anna n’était que ma meilleure amie et même un peu plus mais pas ma compagne. Elle nous a aussi parlé d’elle, de ses certitudes, de ses doutes, de ses hésitations, un moment elle s’est mise à chialer, mais quand on lui a reparlé de Cyril elle est redevenue toute gaie.

Jeudi

Le lendemain un peu avant dix heures alors que nous apprêtions à descendre en courses, elle est venue nous embrasser :

- C’est le grand jour ! Pourvu que tout se passe bien ! Nous dit-elle avant de disparaître dans le petit chemin…

Delphine et Cyril

Delphine avance, prend le premier tournant.

- Bonjour Delphine !
- Bonjour Cyril
- On s’embrasse ?
- Bien sûr

Le baiser est chaste, Cyril effleure les joues de Delphine de ses lèvres, mais celle-ci comme beaucoup trop de gens n’embrasse que dans le vide… Elle le regarde différemment, se demande dans quoi elle s’embarque, mais lui trouve une bonne bouille.

- On fait quoi ? On va se promener ? Propose-t-elle
- Si vous voulez, je connais un coin c’est pas très loin, c’est très joli et personne n’y va jamais.
- On ne sera pas dérangé alors ?

Pourquoi avait-elle ajoutée cette phrase ? Son inconscient, sans doute ?
« Pas très loin », était un peu exagéré, il fallut bien une heure et quelques pentes escarpées pour se rendre sur une sorte de petit plateau rocheux presque vierge de toute végétation, il fallait ensuite contourner un gros rocher et on se retrouvait … sur un tapis de mousse entouré d’une vue magnifique. Pourquoi ce contraste entre les deux côtés de ce rocher ?

- C’est le vent, il a fini par apporter ce qu’il faut pour que la nature pousse, il n’y rien de l’autre côté parce que la pierre a arrêté le vent.

Elle s’amusait de ses explications. Sur la montagne et ses secrets il était intarissable…

- On fait quoi, on reste un peu ici ?

Et sans attendre sa réponse elle s’assit sur le tapis de mousse.

- Ça vous plaît ? demande-t-il.
- Oui, mais on peut peut-être se tutoyer, il y a combien de temps que quelqu’un est venu ici ?
- J’y venais quand j’étais gosse, je connais trois ou quatre petits coins comme celui-là
- Et ben dis donc, tu gagnes à être connu toi !

Il rougit sous le compliment, mais il y vit un encouragement.

- Mon rêve c’était de venir ici un jour avec une fille, mais ça ne c’est jamais fait…
- Jusqu’à aujourd’hui !

Cette fois ce n’était plus un encouragement c’était une invitation, ça ne se passait pas trop comme il l’avait imaginé, ça allait trop vite…

- Vous croyez que… Tu crois…

Elle répondit d’un sourire :

- Oui, je crois !

Il faut qu’il prenne l’initiative, mais il se rappelle aussi des conseils qu’on lui a donnés… Alors y aller doucement, par petites touches… Et le voici qu’il passe le flanc de son index sur la chair du bras de la jeune femme. Elle se laisse faire, il s’enhardit, plus un mot n’est pour le moment prononcé, il caresse cette fois ci avec tous les doigts, puis avec la paume, il remonte, s’intéresse à l’épaule dont la forme lui plaît bien. Que faire à présent ?

- Tu caresses bien !
- Je n’ai pas beaucoup d’expérience !
- Moi non plus !

Alors soudain, le doigt de Cyril se retrouva sur la joue de Delphine rejoint par deux ou trois autres. La jeune femme rapprocha alors son visage de celui de son vis-à-vis.  » Le grand moment  » eut le temps de penser le jeune homme avant que leurs bouches ne se soudent. L’échange fut bref. Cyril avait du mal à faire face à tant de nouveautés : son premier baiser, sa première femme, son premier amour, déjà sa pensée projetait un avenir complètement différent de la vie de célibataire qu’il imaginait être la sienne à jamais. Et puis l’excitation, Cyril bandait comme un garnement. Il eut la maîtrise de penser qu’il ne fallait pas tout gâcher en en réclamant davantage… sauf si bien sûr elle de son côté…

Et bien, elle de son côté, elle avait les yeux embués, quelque chose s’agitait en elle, quelque chose de sauvage, d’irraisonné, quelque chose qui se libérait après avoir été trop longtemps enfouis.

Les deux jeunes gens se regardaient, la parole paralysée par l’émotion. A nouveau ils se jetèrent l’un contre l’autre, mais cette fois si ils s’étreignirent bien plus fort, roulant dans la mousse sauvage, ils ne cessaient plus de s’embrasser tandis que leurs mains caressaient l’autre de façon désordonnées mais oh, combien passionnées. La main de Cyril était passée sous le tee-shirt de Delphine, il osa remonter jusqu’au soutien-gorge, il osa caresser les seins par-dessus le tissu.

Delphine le surpris alors :

- Attend, je vais l’enlever ?

Enlever quoi ? Le tee-shirt bien sûr mais Cyril devint rose bonbon en voyant la jeune femme passer les mains dans son dos prête à faire ce geste qu’il avait vu tant de fois dans des films, ce geste magique par lequel la femme enlève son soutien-gorge pour offrir la vue de ses seins.

L’homme avança ses mains, il caressait sa première poitrine, sa bouche s’avança vers les petits tétons roses et il commença à les gober avec gourmandise provoquant sans trop qu’il ne s’en rende compte d’étranges vibrations chez la femme !

- Déshabille-toi ! Lui proposa-t-elle !
- Là tout de suite ?
- Oui, si tu veux me prendre, je me laisse faire !
- On peut attendre si tu veux !
- Pourquoi faire ? J’ai envie et je suppose que toi aussi !

Se mettre nue, chercher le préservatif dans sa poche, se le passer comme il s’était exercé à le faire la veille au soir… Tout cela se déroula comme dans un rêve. Delphine avait pendant ce temps-là retiré le bas, et s’était couché ainsi nue dans la mousse les jambes légèrement écartées. Cyril savait que les convenances en la matière exigeaient quelques préliminaires, mais apparemment la jeune femme n’y tenait pas pour l’instant.

- Viens, Cyril, prend moi !

Il se coucha sur elle, plaça son sexe à l’entrée de la vulve, y pénétra facilement, et commença une série de va-et-vient qu’il fut obligé de ralentir, afin que son désir ne l’emmène pas trop vite à la jouissance. Mais malgré ses efforts au bout de quelques minutes, il éjacula. Delphine poussa un petit cri. Petite jouissance ou petite simulation, il préféra ne pas chercher à savoir, partagé entre sa joie de ne plus être puceau et son dépit de n’avoir pas été assez endurant.

- Je suis désolé, j’avais trop envie ! Dit-il !
- Désolé de quoi ! Pour moi tout va bien, et puis… on recommencera, non ?

Il se méprit tout d’abord sur ce que signifiait ce recommencement.

- Tu as raison, on va se reposer un peu et puis…
- Non peut-être pas aujourd’hui, mais nous pourrons recommencer plein de fois !

Alors Cyril compris que Delphine le demandait pour amant et il en pleura de joie.

Dernier jour de vacances

Le reste de nos vacances s’est déroulé sans incidents, de jolies balades, des kilos de pâtes (ma ligne !) et pas mal de parties de jambes en l’air avec ma délicieuse complice. Delphine passait la majeure partie de son temps avec Cyril quand il était libre. Le matin de notre départ, nous l’avons redescendue avec notre voiture (gratuite !) de location. Les formalités d’agence étant accomplies, elle a souhaité nous inviter au café. Nous avions le temps, le train ne partait que dans une heure. Elle nous informa qu’elle s’apprêtait à tenter l’expérience de vivre quelques jours avec son amant chez lui avant de prendre d’autres décisions. Je lui souhaitais bonne chance.

- Je voulais te remercier, je crois que je serais heureuse avec Cyril !
- Je n’ai pas fait grand-chose !
- Oh ! Si !
- Euh, j’ai un petit truc qui me turlupine, oh ce n’est pas bien grave, mais je voulais te dire, euh ce n’est pas facile, j’avais préparé mes mots, mais ça ne sort pas… Et puis j’ai peur que tu le prennes mal, ça m’embêterait tellement de te contrarier après tout ce que tu as fait pour moi.
- Si c’est trop personnel, je peux m’éloigner cinq minutes ! Propose alors Anna.
- Non, ce n’est pas la peine. Vous savez Thibault, il avait des défauts mais il ne mentait pas, enfin si je veux dire, il n’inventait pas des trucs, ce n’était pas son genre, quand il disait quelque chose j’avais tendance à le croire…

Ah ! C’était donc ça !

- Quand il est parti il m’a laissé un mot. Le voilà :

« Quand tu liras cette lettre, je serais loin, ne cherche pas à me revoir. J’ai eu avant de te connaître une relation avec une personne qui faisait cela pour de l’argent. Nous n’avons eu aucun rapport mais cette expérience m’a marqué. Je suis quasiment certain que cette personne est l’une de nos voisines de vacances, celle qui a des tresses. J’ai voulu en avoir le cœur net, mais tout porte à croire qu’elle m’avait reconnu, cette présence a sans doute précipité l’échec annoncé de nos vacances communes. Adieu ! »

- Et tu voudrais que je te dise si c’est vrai ?
- Tu n’es pas obligée !
- J’espère bien ! Alors oui, c’est vrai, par contre je ne l’avais pas reconnu.

J’ai failli ajouter  » et ce n’est pas non plus en nous matant par la fenêtre qu’il aurait pu en être certain  »

- Donc je voulais que tu saches que je le savais, mais que pour moi ton métier n’a aucune importance. Je crois que du moment qu’on ne fait pas de mal aux autres c’est l’essentiel. Et puis je me suis dit, cette fille est gentille et elle connaît sans doute bien les hommes, c’est pour cela que je t’ai demandé de m’aider. Je ne le regrette pas tu sais !

Et la voilà qui pleure comme une madeleine. J’ai toujours été sentimentale, je me force à ne pas fais pareil, mais c’est dur. Par contre Anna sanglote à son tour. Les autres clients du bistrot ont dû se demander ce qui nous arrivait.

Epilogue

J’ai un peu correspondu avec Delphine, elle s’est bien débrouillée. Elle est allée fureter chez le notaire pour essayer de comprendre pourquoi seul le frère de Cyril s’occupait de l’agence. Après pas mal d’embrouilles, le frangin a revendu sa part, et c’est désormais Delphine et Cyril qui gèrent la boutique. Ils ont eu un gosse, ils sont heureux… Quand à Thibault il a fondé sa propre secte d’où régulièrement il annonce l’approche de la fin du monde…

Fin

Chanette (Christine D’Esde) 5/2004 – reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

Ce texte a eu l’honneur d’être désigné comme premier prix du meilleur récit pour l’année 2004

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Une réponse à Chanette 10 : Les sources bleues par Chanette

  1. Muller dit :

    J’ai vraiment adoré ce joli récit, c’est plein de choses excitantes, ça parle de respect, d’hypocrisie et ça en parle de façon très intelligente, Bravo ;)

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