Le fétichisme du nez (ou nasophilie) par Hélèna Sevigsky

 

 » Si le nez de Cléopâtre avait été plus long,
Si le grand Paganini n’avait pas joué de violon,
Et si Roméo n’avait pas rencontré Juliette,
On n’en serait pas là !
Ray Ventura (1938) « 

Voici un fétichisme dont personne ne parle, mais qui est pourtant fort répandu !

Quel est ce mystère ?

Le nez est il maudit ?

Une constatation : Lorsqu’on décrit le visage d’une belle femme, il est extrêmement rare que l’on parle de son nez. On va vous décrire la couleur de ses yeux, la forme de ses lèvres (purpurines) de sa bouche (gourmande) de ses pommettes (hautes placées), de ses cheveux (comme-ci comme ça…) de ses dents (d’une blancheur éclatante) de ses fossettes (craquantes). Mais le nez, non, il échappe à l’énumération et rejoint dans l’oubli les oreilles et le menton. Il y a toutefois une exception tenace, le nez retroussé, c’est bien le seul qui a droit de description.

Pourquoi ? Pourquoi ? On nage en plein mystère !

Pourtant on sait bien qu’un nez mal foutu, de travers, trop petit, etc… suffit à enlaidir l’image d’un visage. Le nez est le centre du visage, d’ailleurs n’existe-t-il pas une expression qui dit :

 » Visible comme le nez au milieu du visage  »

Et oui, le nez en est l’exact centre, et s’il peut à lui seul défigurer une personne, il peut à l’inverse lui donner une personnalité très originale. Jules César était dit-on nasophile et sa liaison avec Cléopâtre ne fut pas étrangère à ce fétichisme

« Le nez de Cléopâtre aurait été moins long, la face de l’histoire aurait peut-être changé  » Disait Pascal en 1670 dans ses Pensées.

Et bien le croirez-vous ! Il est tout a fait étonnant qu’aujourd’hui encore cette  » pensée  » irrite un certain nombre de commentateurs qui ne peuvent admettre que cet organe puisse participer à la beauté d’une femme.
Ainsi en parcourant le web, nous trouvons toute une déclinaison de protestataires en tout genre : par exemple :

Cléopâtre n’était pas belle :  » Cléopâtre n’était pas d’une beauté parfaite en raison d’un nez trop long et d’une bouche trop large…  »

Cléopâtre n’avait pas un grand nez :  » Une invention de Pascal !…  »

Il ne faut pas prendre la citation de Pascal au 1er degré :  » On veut surtout dire que Cléopâtre était une femme exceptionnelle, séduisante, très intelligente et cultivée… Son nez royal était en quelque sorte le symbole de ses ambitions politiques qui ont changé le cours de l’histoire  »

Il n’était pas plus long qu’un autre :  » Pascal supposait que Cléopâtre avait le nez long, car à l’époque les femmes camuses passaient pour laides.  »

On a aussi trouvé (c’est complètement hors sujet) un minuscule penseur coincé de la saucisse et bloqué dans son 21è siècle qui se croit autorisé à juger l’histoire  » Si la morale de Cléopâtre eut été moins courte, la face de la terre aurait changé…

C’est quoi ce déchaînement ?

La citation de Pascal est tout simplement la preuve que ce fétichisme est vieux comme l’histoire de l’humanité et nous oserons dire que sans doute Pascal n’y était pas totalement étranger (en tous cas cela nous plait de le supposer)

Allez on est sympa, on ne vous parlera ni de Cyrano de Bergerac ni de Pinocchio !

 

Il y a deux façons d’envisager le fétichisme du nez :

La première est de se focaliser sur l’appendice lui-même. (On érotise surtout le nez de l’autre)

Un nez c’est beau ! Il faut l’affirmer avec force ! Il y en a de toutes sortes, mais les fétichistes du nez auront une préférence marquée pour les grands nez fouineurs, ceux qui vont partout.

 

Que faire avec un nez ?

On peut déjà, le caresser délicatement avec l’index, en suivre les courbes, rien ne vous empêche ensuite de remplacer votre doigt par vos lèvres et d’y apposer un baiser bien sympathique, (Beaucoup de personnes quel que soit leur sexe aiment à embrasser leur partenaire sur le bout du nez ! Voir la tradition du bisou eskimo !) Évidemment si la langue se met de la partie ça va devenir moins classique, mais certain(e) s vont par ce geste se procurer une véritable excitation. Sans doute sera-t-on alors tenter de mordiller avec les dents, faites attention, cet endroit est ultra sensible. La phase ultime va bien sûr être de sucer carrément le nez comme on le ferait d’un sexe masculin, une fellation nasale en quelque sorte…

On va pouvoir aussi demander à celle (à celui) dont on vénère l’appendice nasal de promener son nez sur les parties les plus sensibles (ou les plus odorantes) du corps (le nez de l’autre, les paupières (si, si !) le nombril, le bout des seins, les aisselles, les fesses, le sexe (toutes les parties du sexe), l’anus….

La seconde est de se consacrer à tout ce qu’il est capable. (On érotise surtout son propre nez)

Idée reçue : Par rapport aux mammifères, l’homme serait handicapé de l’odorat ! Faux ! Il est possible que l’appareil nasal soit  » biochimiquement inférieur  » à celui de pas mal de bestioles, mais l’organe n’est pas tout, ce qui est intéressant c’est le traitement des informations reçues par les organes sensoriels au niveau du cerveau… et là jusqu’à preuve du contraire, l’homme reste imbattable…

Simplement l’usage de l’odorat ne fait pas partie de notre apprentissage culturel habituel… De plus il n’est pas codé.
Tout ce que l’on voit a un nom : on peut le retranscrire sous forme de mots ou sous forme d’images.
Idem pour ce que l’on entend : il y a les mots, le solfège et désormais l’enregistrement.
En ce qui concerne l’odorat, le lexique est faible, la retransmission quasi inexistante (sauf à l’identique, mais il n’y a pas de codage)

L’apprentissage de l’odorat se résume à des fonctions primaires : Pour faire manger l’enfant on va lui dire que  » ça sent bon « , pour le rendre propre, on va lui dire que  » ça ne sent pas bon  »
Et on reste ainsi dans le binaire, les odeurs vont donc être classées entre les bonnes et les mauvaises. L’apprentissage de la subtilité en ce domaine sera une affaire strictement personnelle.
Tout cela va rester dans le subjectif et la bonne odeur que sentira une personne pourra être perçue comme mauvaise par une autre
Ou pire, une odeur sentie comme appétissante parce qu’elle émane de l’assiette, deviendra insupportable si elle émane de l’appartement du voisin à 7 heure du matin (poisson, friture…)

Et pourtant, il existe des gens capables de distinguer non seulement de quelle région vient un vin, mais son appellation et parfois l’année de sa mise en bouteille. Certes cette réponse ne vient pas que du nez, mais celui-ci joue un rôle essentiel, l’odeur mêlée à la saveur (détectée par la langue) va restituer ce que nous appelons le goût !
Et puis il y a ces  » nez  » capables de détecter une minuscule trace de parfum sur un objet et qui vont en détecter le nom et celui du parfumeur !

Les odeurs ça s’apprend, mais il faut bien faire le constat que le commun des mortels n’a rien appris du tout. Et non seulement on en ignore tout mais on a décrété comme sale des choses qui ne le sont pas forcément. A l’odeur du sexe et de la nature a succédé l’odeur du déodorant chimique et de l’artifice !

Or il faut savoir que certaines odeurs sont aphrodisiaques, nous devrions donc les recevoir, les capter. Et bien non !

Savez-vous par exemple que les poils sous les aisselles des femmes renferment les mêmes phéromones que celles secrétées par leur sexe… Super, non ! Alors pourquoi les femmes se les rasent-elles ? Inesthétiques ? Qui a dit ça ? Malodorants ? On les a pourtant supporté pendant des siècles ?

Et ces poils du pubis, couvertes d’odeurs si enivrantes, pourquoi cette mode qui consiste à tout raser ? Si vraiment , mesdames vous avez peur que vos poils dépassent le maillot, et bien faites vous désépaissir, faite-vous faire le  » maillot  » comme on dit, mais de grâce n’enlevez pas tout. Votre pouvoir (chimique) de séduction en pâtit !
Le fétichiste du nez n’ignore rien lui des odeurs corporelles, il va (c’est le cas de le dire) mettre son nez partout.

Il sera sensible aux femmes qui ne se rasent pas (ou peu) les aisselles et le pubis, à celles qui ont un léger duvet sur les bras… n’aura pas peur de caresser et d’embrasser celle qui venant de fournir un effort est toute transpirante, il ne craindra pas de porter ses lèvres sur un sexe venant d’uriner, et avec un peu d’imagination on peut aller plus loin encore.

Quelques gestes sont divins comme promener son nez sur le bout d’un sein, le rentrer dans un nombril, pousser l’anus avec, en déposer l’extrémité sur un clitoris érigé ou sur le gland d’un pénis.

L’imagination n’a de toute façon aucune borne. Ainsi on a lu dans un récit une scène où une jeune femme inhale littéralement du sperme dans ses narines pour le récupérer dans sa bouche…

Le fétichisme pourra déborder le domaine des odeurs corporelles pour explorer celles que des êtres chers ont laissées sur leur sous-vêtements, et il n’est donc pas rare de voir ce fantasme associé à celui des petites culottes portées (la vedette du genre) mais aussi les soutiens-gorge, bas, collants, socquettes… Voilà qui nous fait penser à un autre fantasme… peut-être se rejoignent-ils tous quelque part… Qui sait ?

© 11-2003 Hélèna Sevigsky

helenesevigsky@hotmail.com

L’illustration (certains l’auront reconnue) montre la très belle Monica Belluci ! Pourquoi elle ? Et bien parce qu’elle a incarné le rôle de Cléopâtre et qu’elle a un joli nez :-)

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Une réponse à Le fétichisme du nez (ou nasophilie) par Hélèna Sevigsky

  1. Fulmen dit :

    Le nez est central et important pour l’image puisqu’il se trouve au milieu du visage, c’est ainsi qu’un nez ingrat de travers ou trop gros, j’en passe et des meilleurs, est rapidement remarqué et fais souvent l’objet de moqueries. Cette expression illustre bien l’importance du nez :  » Visible comme le nez au milieu de la figure  » ! Ce nez peut donc à lui seul nous rendre beau ou nous défigurer.

  2. Claire dit :

    On en apprend tous les jours ! J’avais un copain qui m’embrassait toujours sur le nez, il devait être nazophile, alors !

    • Verdon dit :

      Allons, allons je parie que vous en savez plus que çà…mais c’est vrai qu’en amour c’est nouveau tous les jours, alors pour vous féliciter de cette remarque je vous dédie ce petit poème qui doit paraître sous peu : »le nez en l’air ».

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