Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 11 – Anna s’amuse, pas les autres.

Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 11 – Anna s’amuse, pas les autres.

Pradier et Anna

Jacques Pradier et Anne-Gaëlle, chacun chevauchant son véhicule se sont rendus dans un petit restaurant chinois du quartier latin.

Ils choisissent leurs plats et profèrent des banalités en attendant qu’on les serve. Il la dévore des yeux, mais ne se fait aucune illusion, Pradier n’a jamais été un homme à femmes, il n’a rien d’un play-boy et s’il a su vaincre sa timidité maladive dans ses activités professionnelles, il n’en a jamais rien été dans sa vie privée. Aussi ne s’est-il jamais marié, n’a jamais eu de maîtresse et ses très rares tentatives de coucheries se sont-elles soldées par d’humiliants fiascos.

Le personnage intrigue Anna, qui se demande si le dévouement dont il fait preuve auprès de Chanette est-il si désintéressé que ça ?

« Il va la faire chier, et lui coller aux basques ! Il faut que j’arrive à cerner le bonhomme ! Mais comment faire ? Peut-être en lui laissant croire qu’il a ses chances avec moi ? Ça ne coûte rien d’essayer ! »

– J’espère être libre demain ! Commence-t-elle. On doit me livrer des trucs pour la galerie, mais je vais essayer de m’arranger avec une collègue.
– La galerie ?
– Ah, oui, on ne vous a pas dit, je suis directrice d’une galerie d’art, rue de Seine.
– Ah !

Le propos n’est pas innocent, il s’agit pour Anna de faire comprendre à Jacques que n’étant pas une prostituée, le sexe s’il en est question ne sera pas échangé contre de l’argent.

– Et vous exposez quoi ? Demande bêtement Pradier qui s’en fiche complétement mais il faut bien alimenter la conversation.
– Un peu de tout mais pas mal de trucs un peu érotiques. Vous voulez ma carte ?
– Bien sûr !
– Je n’en ai pas sur moi, mais je vous l’apporterai demain. Il y a longtemps que vous connaissez Chanette ?
– Un an ou deux, elle est sympa et c’est une très belle femme.
– Oui, c’est une vieille copine, ça fait maintenant plus de 10 ans qu’on se connaît, on s’est rencontré dans des circonstances rocambolesques (voir Chanette et la journaliste), c’est une longue histoire, je vous la raconterais si vous êtes sage !

« Ça veut dire quoi « si vous êtes sage » ? Est-ce que ça laisse supposer qu’on aura des moments d’intimité ? »

Et Pradier se met à en rêver !

– Euh, vous êtes mariée ? Je vous demande ça comme ça, je ne voudrais pas être indiscret.
– Non, et vous ? Répond Anna.
– Ben non pas moi !
– Eh bien voilà, nous avons au moins un point commun. Je ne me vois pas vivre en couple… les mômes, la belle-famille…
– Des aventures alors ? Demanda alors Pradier s’étonnant lui-même de sa hardiesse.
– Je ne voudrais pas vous choquer, mais en ce moment mes aventures, ce serait plutôt avec les femmes.
– Ça ne me choque pas du tout.

Pas choqué, Pradier, mais ses minces et fols espoirs s’envolent.

– Mais, continua, Anna, je ne me considère pas comme lesbienne pour autant, certains hommes peuvent parfois m’attirer. Tout cela est surtout une question de contexte, de circonstances, de feeling…
– C’est-à-dire ? Demanda Pradier qui devenait largué.
– C’est compliqué et nous ne sommes pas assez intimes pour que j’emploie des mots crus, mais disons… comment pourrais-je m’exprimer ?

Anna faisait semblant de chercher ses mots et Pradier se demandait ce qu’elle allait bien lui sortir.

– Vous n’appréciez pas tous les hommes, c’est ça ? Tenta-t-il
– Je n’aime pas qu’on me drague, si je veux un homme, c’est moi qui ferais le premier pas. Avec les jeunes c’est compliqué, vous passez tout de suite pour une salope ! Remarquez que je me fous complétement de ce qu’on peut penser de moi, mais ce genre de jugement a une influence sur le comportement, je vous fais pas un dessin.
– Je comprends ! Mentit l’ancien flic
– Alors non ! Ces types-là, très peu pour moi, avec les vieux, je veux dire avec les hommes de plus de cinquante ans, les choses sont plus simples, ils n’ont plus rien à prouver et pas tant de choses que ça à vous proposer. Donc quand il m’arrive une aventure avec l’un de ces messieurs, moi je me suis fait un petit trip sexuel, et eux ils se sont tapé une fille plus jeune qu’eux et pas trop moche, finalement tout le monde est content et on en reste là !

Pradier se dit alors que tout n’était peut-être pas perdu. Dans ses rapports sexuels avec les hommes c’est elle qui devait mener la barque. Il n’aurait donc rien à prouver, il faudrait pourtant qu’il la fasse jouir… mais il s’égarait on n’en était pas encore là, on en était même assez loin, d’autant qu’Anna le sachant en train de mijoter tint à recadrer la conversation.

– Si vous me parliez de ce plan ?
– Le plan pour Furet ?
– C’est ça : le plan pour Furet !

Et soudain Pradier eut une idée, pas une idée pour confondre Furet, mais une idée pour emmener Anna chez lui après le restaurant, mais il fallait d’abord donner le change.

– Mon plan initial était de le surveiller pendant 48 heures, comme ça pour voir si ses activités étaient celles qu’on suppose de la part d’un cadre de banque.
– Et pour l’instant ?
– Ses horaires sont bizarres, on téléphonera demain à la banque pour savoir s’il y travaille toujours… non ce n’est pas peine, il a un portable professionnel, on le lui aurait retiré ou coupé la ligne… on vérifiera quand même ! Il a du courrier pour sa femme et ses gosses dans sa boite aux lettres, mais, ils ne sont pas à la maison, on n’est pas en période de vacances scolaires, n’est-ce pas ?
– Non, je ne crois pas !
– En continuant à le surveiller on risque de rien trouver, ce n’est sans doute qu’un porteur de valise comme on dit. Certains font ça une fois dans leur vie, empochent une prime et ne recommencent jamais plus. Donc demain on va attendre le moment propice, j’ai une carte de police qui fera illusion et je vais vous en bricoler une pour vous, ce ne sera pas bien long.

Et à ce moment Anna commence à baliser.

« Un soi-disant ancien flic qui se propose de faire des fausses cartes ! C’est quoi ce cirque ? »

– Vous faites des fausses cartes ?
– Mais non, je ne suis pas un faussaire, on va juste faire un petit bricolage pour faire illusion…
– Vous étiez vraiment dans la police !

Pradier s’en veut de sa maladresse.

« Déjà ce n’est pas simple d’attirer cette nana chez moi, mais si en plus elle se met à douter… »

Il se croit donc obligé de déballer son portefeuille, rempli de cartes diverses de la préfecture de police, la cantine, la mutuelle, le stand de tir, des photos avec des collègues.

Anna est rassurée.

– On passe chez moi pour faire ça ? Mais on va d’abord prendre des photos dans un photomaton
– Vous habitez loin ?
– Le 19ème
– On y va !

L’appartement de Pradier est modeste et respire le célibataire, table encombrée de journaux, livres, étuis de DVD et de CD, linge sale, verres et tasses non lavés.

– Je suis désolé, je ne pouvais prévoir que j’aurais de la visite, c’est un peu le bordel ! Je vous offre un verre, du whisky ?
– Si vous voulez, mais j’ai une question !
– Oui ?
– Ma présence ici, c’est pourquoi faire ? Parce que votre carte bricolée… maintenant que vous avez une photo vous n’avez plus besoin de moi. ! Lui lance-t-elle d’un ton rigolard.
– Non, c’est vrai ! Admit-il.
– Je peux pisser ?
– Au fond du couloir, la porte à droite !
– Vous voulez regardez ? Lui demande-t-elle en lui faisant un clin d’œil explicite.
– Pardon ?
– Parce que si ça vous fait plaisir, moi ça ne me dérange pas !
– Vous jouez à quoi, là ?
– Vous ne voulez pas regarder ? Il y aura peut-être une suite après ?

Pradier est troublé, mais il peut encore raisonner et répond en bafouillant.

– Je ne sais pas ce que vous voulez faire, mais vous risquez d’être déçue :
– Déçue pourquoi ?
– Vous vous imaginez bien que si je loue les services de Madame Chanette, c’est que j’ai une sexualité disons… un peu particulière.
– Justement, ça n’en sera que meilleur. A poil, esclave !
– Vous rigolez ou quoi ?
– Non, je joue, vous ne voulez pas jouer avec moi ?
– Là ? Maintenant, tout de suite ?
– Allez, à poil ! Et que ça saute, ensuite tu auras le droit de me regarder pisser !

Pradier hésite encore, encore un tout petit peu. Mais quand il voit Anna se passer sensuellement la langue sur les lèvres et les mains sur les nichons, il n’hésite plus et se retrouve rapidement nu comme l’enfant qui vient de naître.

– Hum, mais ça bandouille tout ça ! Constate Anna en lui tripotant la bite.
– Hé !
– Alors tu veux me voir pisser ou pas ?
– Oui, je veux bien !
– Chanette, elle te pisse dessus ?
– Elle me l’a déjà fait, oui !
– Et tu aimes ?
– Maintenant oui !
– Comment ça, maintenant ?
– Au début, je n’appréciais pas trop, mais je l’acceptais en tant que punition. Ça n’a rien d’horrible non plus ! Et puis petit à petit je m’y suis fait, j’y ai pris goût on va dire… Mais elle ne me le fait pas à chaque fois.
– Bon ben moi je vais te le faire, parce que j’ai une grosse envie je ne peux plus tenir.
– Je suis mis devant le fait accompli, alors ?

Pradier est là comme une andouille, la bite demi-molle.

– T’as une baignoire ?
– Non juste le carré à douche !
– O.K. ça va le faire ! Accroupis-toi à l’intérieur, j’arrive !

Anna se déshabille à l’arrache, se faufile dans la cabine de douche.

– Ouvre bien la bouche ! Tu vas te régaler !

Pradier ne fait aucune difficulté et ouvre une large bouche, avalant ce qu’il peut et faisant dégouliner le reste !

– Allez bois, c’est un grand cru !

Mais l’ancien flic ne peut pas répondre, il a avalé de travers et se met à tousser ! Anna lui tapote dans le dos.

– Eh, ne t’étouffe pas, reste avec moi ! Ça va ?
– Oui, ça va !
– C’était bon ?
– Délicieux !
– Tu me nettoies la chatte, maintenant ?
– Avec plaisir !

Pas si pratique avec cette minuscule cabine de douche, mais Pradier parvient néanmoins à se mettre à genoux entre les cuisses d’Anna afin de lui laper la minouche.

– Lèche bien, occupe-toi de mon clito !

Il n’en revient pas qu’Anna lui demande ça ! Des cunnilingus, il n’en a pas fait souvent dans sa vie de vieux garçon ! Alors il a peur de se planter, mais il est au pied du mur, alors il pointe se langue sur le petit bourgeon érigé, le fait frétiller tandis qu’Anna complétement partie commence à glousser de plaisir.

Se sentant encouragé, il continue de plus belle. Anna s’agrippe à ses cheveux (du moins ce qui lui reste) pendant qu’elle jouit.

Il n’en peut plus ! Pradier, c’est la première fois de sa vie qu’il fait jouir une femme, il en pleurerait de bonheur.

Anna sort de la douche, le laissant en plan.

– Je suppose que tu vas te doucher ? Lui dit-elle.
– Oui, répond-il bêtement en regardant sa bite bandée, mais insatisfaite.

C’est qu’il aurait bien continué, Pradier !

Sans se rhabiller, Anna s’affale dans l’inconfortable fauteuil du petit salon. Ce qui vient de se passer relève de l’improvisation pure et simple et de l’enchaînement de circonstances.

Lui espérait sans y croire qu’il se passe quelque chose, alors Anna s’en doutant s’était amusée à le provoquer. Un jeu, puis l’excitation étaient montée, et contre toute attente il l’avait bien fait jouir.

« Bon, il n’a pas pris son pied, s’il veut continuer à faire joujou, je ne vais pas être vache, non plus… »

Revêtu d’un peignoir de bain, Jacques Pradier rejoint Anna, il est à la fois surpris et ravi de la voir encore nue. Il ne bande plus et reste bouche bée, n’osant pas se tripoter le zigouigoui. Anna lui sourit sans rien dire, lui cherche quelque chose d’intelligent à dire.

– C’était pas mal comme petit moment de folie ! Finit-il par murmurer.
– T’as pas joui ?
– Ben non ?
– Je pensais que tu te serais masturbé en prenant ta douche ?

Voilà une idée qui ne lui est même pas venu à l’esprit. Il est un peu déçu de cette suggestion. Mais reste étonné du fait qu’elle ne se rhabille pas

– Tu veux que je te suce ? Lui demande-t-elle.

On ne répond jamais « non » à ce genre de proposition (quoi que ça peut aussi dépendre des circonstances). Aussi Anna se retrouva-t-elle illico presto avec la bite de Pradier dans la bouche.

« Il s’est mal rincé, sa queue sent le savon de Marseille ! »

Mais malgré le savoir-faire de la galeriste, l’homme semblait n’apprécier que modérément cette gâterie. Anna leva la tête, découvrant Pradier, les yeux clos invoquant on ne sait quels fantasmes ! Elle lâcha l’affaire (c’est le cas de le dire)

– La pipe c’est pas trop ton truc, toi ?
– Si, enfin, j’aime bien, mais comment dire…
– T’aimes bien mais tu préfères autre chose, c’est ça !
– On peut dire ça comme ça !
– Moi je veux bien te faire jouir mais il faut me dire ce qui te ferais plaisir !
– C’est-à-dire, j’ai pas ce qui faut ici…
– Il aurait fallu quoi ?
– Je sais pas, moi ? Un gode ?
– Tu aurais voulu un gode dans ton cul ?
– Oui, j’aime bien !
– Bon on va se débrouiller ! Tu n’as pas de capote ? De gants en latex ?
– Ah ! Non !
– Bon je vais m’arranger, je me lave les mains et je reviens ! Toi, dégote-moi une bouteille d’huile d’olive !
– Pourquoi d’olives ?
– Parce que c’est tendance !

Anna se badigeonne trois doigts avec l’huile d’olive, puis après avoir demandé à Pradier de se tourner du « bon côté », elle les lui enfonce dans le fondement.

– Ah ! Ah ! Dit l’homme !
– Quelque chose ne va pas ?
– Non c’est bon !
– Je me disais aussi…

Anna y va de ses aller et retours en excitant à chaque fois la prostate.

Un léger gémissement, la bite de l’homme qui se met à couler ! Une jouissance sans véritable éjaculation mais notre homme est content comme tout et s’en va se rincer la zigounette au lavabo !

– Alors ça t’a plus, c’était sympa !
– Super ! Mais vous allez croire que je si un vieux cochon,
– Mais non ! Et puis, il faut bien se détendre !
– Tu te rhabilles ? Tu pourrais coucher là ?
– Ça ne servirait à rien, demain matin, il faut absolument que je passe à la galerie, ce ne sera pas long, mais bon… je te téléphone dès que je serais libre et je te rejoindrais….

« C’est bien les femmes, ça ! Grommelât-il, pas moyen de compter sur elles… »

Mais bon, il n’allait pas l’accabler, cette charmante personne lui avait fait passer une fin de soirée aussi délicieuse qu’inespérée et qui resterait gravé dans sa mémoire.

Vendredi 15 janvier

Chauvière raconte à Pottier, son chef son petit séjour à Chartres, en l’expurgeant bien évidemment de sa séquence sexuelle.

– Je l’ai senti prête à me dire un tas de choses, si j’y retourne elle va tout me balancer, j’en suis sûr.
– Tu parles ! Elle aura eu le temps de se concerter avec son mari.
– Non je lui ai fait croire que je ne reviendrais plus.
– Bon, ben vas-y, je te fais confiance.

Pottier ne s’aperçut pas que Chauvière venait de rougir comme un gamin pris en faute.

A 8 h 15, Muller, le directeur de Sécurimax a convoqué Maxence, l’un de ses meilleurs hommes.

– J’ai accepté une opération assez risquée, c’est un échange de documents contre rançon, il y a un objectif prioritaire : récupérer le montant de la rançon, et si possible un second : casser le rançonneur. Le client est une grosse légume et il ne souhaite pas que la police interfère, on ne sait rien de la partie adverse, ni qui ils sont, ni combien ils sont, à priori l’échange aura lieu dans la salle des coffres d’une banque. Je lui ai proposé cinq hommes, dont un en moto, le client sera muni d’un émetteur de position et sa mallette également, ça te semble faisable ?
– A priori, oui, on prend en chasse le salopard à la sortie de la banque, on provoque un accident et on fait le boulot.
– Si l’opération se révélait plus risquée que prévue, tu laisses tomber, je te laisse choisir et briefer ton équipe, voilà la photo du client, il a rendez-vous à Montparnasse à 10 heures devant le café « L’espagnol », voilà l’adresse.

Maxence est un casse-cou, ancien caporal-chef dans un régiment de parachutistes, ce genre de mission va le sortir de l’ennui des missions trop pépères qu’il accomplit habituellement. Dix hommes sont disponibles, il les réunit. Il résume brièvement la mission :

– C’est une opération de commando, il y a des risques, on ne connaît pas les lascars d’en face, ce sont peut-être des mecs qui tirent. Ceux qui n’ont pas de couilles ont le droit de se retirer.
– C’est pas une question de couilles, intervient quelqu’un mais j’ai une femme et des gosses…
– Sors de la salle.

Le gars sort, suivi d’un autre, il en reste huit

– Deuxième chose ! On va faire ça comme une opération militaire, autrement dit j’exige une obéissance aveugle et interdit toute initiative perso. Vous emportez vos flingues mais à utiliser uniquement en cas de légitime défense. Tout le monde est d’accord ?

Personne ne bronche, Maxence distribue alors à chacun des huit types un alcotest.

– Soufflez dedans !

Un seul est positif !

– Toi tu sors !
– Mais !
– Tu sors !
– Mais chef….
– Tu sors ! Ceux qui savent conduire une moto levez la main ! Tout ça ? Bon, toi mets-toi sur le côté, tu iras sur la moto. Ceux qui sont ceinture noire de quelque chose levez la main, ok vous deux près de la fenêtre.

Il ne lui en reste plus qu’un à choisir, ce sera le plus costaud. Les autres quittent la salle.

– Chacun prend une oreillette, et on y va, direction Montparnasse.

Boulevard de Montparnasse

10 Heures : « Tout le monde sont là » comme disait Fernand Raynaud. Grondin droit comme un pieu dans son loden, sa mallette à la main, Maxence est assis à côté du chauffeur d’une Mercedes grise, son écran de contrôle sur les genoux, il vérifie si les émetteurs répondent comme il le faut.

Cordoba se pointe, très décontracté, rien dans les mains, rien dans les poches, blouson de cuir fourré, jeans et casquette américaine. Il s’est débarrassé du téléphone portable professionnel de Furet dans une poubelle publique, il ne lui sert plus à rien maintenant et risque de le faire localiser.

– C’est moi que vous attendez, suivez-moi, on y va ! C’est le fric, ça ?
– Oui, mais la fermeture ne se débloquera qu’à 11 heures !

Cordoba ne répond pas et se demande la raison de cette précaution. Il ne tarde pas à deviner.

– Pas de soucis. Votre téléphone portable est éteint ?
– Non !
– Éteignez-le !
– Si vous voulez !
– J’espère que vous n’en avez pas un autre ?
– Non, non !
– Soyons réglo, je ne peux pas me permettre de vous fouiller ici, mais si vous avez un autre téléphone je le saurais…
– Je n’en ai pas d’autre.

– Début de l’opération ! Indique Maxence, on ne bouge pas, on est en contre sens.

Il suit les deux hommes dans le rétroviseur.

– On prend le métro, indique simplement Cordoba.

Grondin ne bronche pas. Ils prennent la direction de Chatillon. Arrivé à la station Pernety, ils descendent le plus tranquillement du monde et restent sur le quai, la rame repart, le quai est vide.

– Je peux savoir ce que vous faites ? Demande Grondin.
– On a déjà semé nos anges gardiens ! Vous les avez eus d’occases ? Persifle Cordoba.
– Vois lisez trop de polars.
– Allez, on monte dans le prochain.

Sur l’écran de contrôle, Maxence les voit avancer, puis s’arrêter un moment à Pernety, puis repartir. La moto les suit en surface, la voiture a plus de mal mais elle assure. A chaque station, Grondin et Cordoba descendent pour attendre la rame suivante.

« Putain, ça n’avance pas, il doit y avoir un problème dans le métro, les voilà Porte de Vanves, ça recommence ! » Bougonne le caporal-chef Maxence.

Hôtel du Midi

Cordoba à l’avantage de connaître le terrain puisque c’est à cet endroit qu’il est descendu à l’hôtel. Il demande sa clé à la réception, monte au second et pénètre dans la chambre avec Grondin.

– Assis, lui dit Cordoba qui sort son revolver et le pointe vers le banquier.
– Rangez ça, je vous prie… Marmonne ce dernier qui n’en mène peu large.
– T’es pas réglo ! Et comme tu n’es pas réglo, ben ça change la donne !
– Je ne comprends pas, l’argent est là…
– Encore heureux, mais tu es en train d’essayer de me faire marron.
– De faire quoi ? Demanda Grondin, peu au fait de ces subtilités argotiques.
– La transaction devait se dérouler en face à face, je ne te l’ai pas précisé, mais je pensais que c’était implicite

Grondin fit un signe d’impuissance comme s’il ne comprenait pas.

– Tu me prends vraiment pour un con ! Ton système d’horlogerie c’est pour gagner du temps ! Et pourquoi gagner du temps ? Pour m’empêcher de partir avec la valise et laisser à tes anges gardiens le temps de nous localiser…
– Mais…
– Tais-toi quand je parle, or tes petits copains ne nous ont pas suivi dans le métro, donc ils ont un autre moyen de nous repérer, ça peut être ton téléphone portable ou alors un émetteur de position. J’ai bon ?
– On est en plein roman !
– Je ne sais pas ce qui me retient de te foutre trois baffes, en fait si, je le sais mais je ne te le dirais pas. Notre accord est cassé, il est 10 h 40 on va attendre 20 minutes et tu vas m’ouvrir ta putain de mallette.
– Ce n’est pas possible ! Balbutia Grondin. Il y a un code.
– Eh bien, tu vas me le donner sinon je vais m’énerver.
– Je ne le connais pas !
– Hein ?
– C’est un code à 18 chiffres, il correspond au numéro d’enregistrement de l’acte de transfert des fonds du général Diaz, il me faut donc le document pour ouvrir la mallette.

Grondin bluffait, tout ce baratin n’était destiné qu’à gagner du temps et à permettre aux équipes de Sécurimax de s’organiser. En cas de nécessité absolue la mallette s’ouvrait avec un code primaire à 4 chiffres.

Cordoba avait prévu plusieurs scénarios, mais pas celui-là. Il avait en revanche préparé une éventuelle fuite. Mais…

– Je suppose que le code a été composé à l’aide d’une copie du document.
– Evidemment !
– Et elle est où la copie du document ?
– Dans mon bureau, dans mon coffre personnel
– Dont t’es le seul à connaître la combinaison, c’est ça ?
– Il faut une clé, je l’ai sur moi, il n’y a pas de double.
– Tu joues un jeu dangereux !
– Vous aussi ! Et si vous pouviez cesser de me tutoyer, ça m’arrangerait.
– Pour avoir une telle assurance, je suppose que tu te crois bordé ? Maintenant on va rigoler, tu vas te mettre à poil ?
– Pardon ?
– A poil ?
– Mais pourquoi faire ?
– Dépêche-toi, je suis pressé !
– Expliquez-moi !
– A poil ou je te fous des baffes !

La menace suffit à faire obtempérer le banquier.

– Tu retires tout y compris ton caleçon ridicule et tes chaussettes !
– Mais enfin, c’est humiliant !
– Tu la veux, ta baffe ?

Grondin avait à présent abandonné sa superbe, il était blême !

– Tourne-toi et penche-toi !
– Mais ? Vous faites quoi ?

Cordoba lui introduit alors brutalement un doigt dans l’anus.

– Vous êtes fou ! Arrêtez ça !
– Je cherche l’émetteur, mais il n’a pas l’air d’être là !
– Un jour vous regretterez tout ça, je vous l’assure !
– Mais oui, c’est ça !

Cordoba sortit de son armoire un jeu de ses propres vêtements.

– Maintenant tu t’habilles avec ça !

Grondin comprit que plutôt que de rechercher l’émetteur, Cordoba préférait le neutraliser en laissant à l’hôtel tous les vêtements et accessoires où il était susceptible de se trouver.

« Mais il reste celui de la mallette. »

– Alors t’es content de tes nouveaux vêtements ? Plaisanta Cordoba.
– Un peu flottant, et les chaussures je vais les perdre.
– Rembourre-les avec du journal
– C’est malin !
– Bon on file, passe devant et ne va pas trop vite.

Grondin va pour prendre la mallette.

– Non, tu la laisses, on reviendra la chercher tout à l’heure.

Grondin comprend alors qu’il n’est plus traçable.

– Non par-là ! Précise Cordoba alors que Grondin allait emprunter l’escalier principal.

Par-là : c’est l’escalier de service qui mène à l’office mais aussi à une cour intérieure qui fait fonction de parking.

Sur place, Cordoba pousse le banquier à l’intérieur d’une Twingo, puis sous la menace de son arme, le menotte et le bâillonne.

– Baisse la tête ou je te fous mon poing dans l’estomac !

Personne ne remarque leur sortie.

La Twingo prend le périph, puis l’autoroute, sort à Versailles, prend la direction de Buc, puis se faufile dans le bois des Gonards. Cordoba gare le véhicule et s’engage dans un petit chemin de terre, il repère assez vite l’endroit où a été enterré le document.

Très vite, il se rend compte que l’endroit a été fouillé et que faute de document on ne pourra ouvrir la mallette.

– Merde ! Mais c’est impossible !

A ce moment, Grondin profitant de l’état momentané de désarroi de Cordoba a un geste fou, se saisissant d’une épaisse branche morte, il fonce comme un forcené sur son adversaire. Cordoba s’en aperçoit à temps, esquive, sort son flingue « par réflexe » tire sur Grondin qui s’écroule raide mort.

– Me voilà bien avancé ! Je fais quoi maintenant ?

Napoléon, le clochard local a entendu une détonation, prudemment il s’approche… il n’en croit pas ses yeux, un type vient apparemment d’en descendre un autre, et il est là comme une andouille en train de mater le cadavre, il regarde autour de lui et semble s’intéresser à un fourré de branches enchevêtrées, il y tire le corps et le pousse dedans en soufflant comme un bœuf, il jette plusieurs branches mortes sur le macchabé, regarde autour de lui, puis s’éloigne.

Napoléon suit Cordoba jusqu’à sa voiture, il en relève le numéro, comme ça sans trop savoir ce qu’il va en faire. Mais à cette heure-là, il est à jeun (enfin presque) et il sait que ce cadavre ne pourra que lui apporter des ennuis (qu’est-ce que tu as vu ? Donne-nous des détails, pourquoi tu ne nous l’as pas signalé avant…)

Il fait un tri dans son barda. Pas facile, c’est qu’il en a accumulé des trucs et des machins depuis qu’il hante le bois, il entasse malgré tout dans son sac à dos : les « lettres de mon moulin », une revue gay à laquelle il manque des pages, mais qui l’excite toujours bien, et l’original de l’ordre de transfert des fonds du général Diaz.

Il prend la décision d’aller à Versailles, il sait que certains trains à destination du Mans s’y arrêtent. Le Mans, ça lui fera une bonne destination, d’ailleurs il adore les rillettes.

Mais tout ça lui a donné soif, il boirait bien un bon petit coup de rouge, comme ça pour la route. Le petit coup est suivi d’un deuxième, puis d’un troisième… Et il ne tarde pas à être cuité comme une brochette.

Il est 11 h 20, Cordoba ne sait pas encore très bien ce qu’il va faire, mais il peut être de retour à l’hôtel avant midi, il amorce un plan, il téléphone à Magda, sa « taupe » à la Banque de L’Atlantique sud.

A suivre

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1 réponse à Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 11 – Anna s’amuse, pas les autres.

  1. Forestier dit :

    La tendance a noyer l’érotisme dans l’intrigue policière se confirme, mais ce petit passage avec Anna et l’ancien flic est là pour nous réveiller les sens. Il faut mieux doser tout ça, Chanette !

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