Bérénice – Chapitre 3 et 4 par mlle_helened


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La vie reprit son cours. Patrice, sur les chantiers, Bérénice à la comptabilité, à démarcher les fournisseurs pour son mari, gérer la clientèle et en trouver de nouveaux, tout en gardant le vendredi soir pour ses ventes à domicile. Heureusement qu’elle n’avait plus à s’occuper des enfants. Cela dit, elle n’avait commencé cette activité de vente à domicile que lorsqu’Arthur et Emilie avaient quitté le cocon familial. Enfin quitté, c’était vite dit car ils revenaient tous les quinze jours pour faire les lessives et prendre quelques provisions dans le placard à conserves.

Alors qu’elle alignait les chiffres dans son tableau Excel, le téléphone sonna.

- Allo ? Bonjour.
- Bonjour Bérénice. C’est Damien. Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, on s’est rencontrés chez Valérie lors d’une vente de lingerie.
- Damien, Damien, ah oui, ça y est. Bonjour Damien. Comment allez-vous ?
- Très bien. Et vous ?
- Qu’est-ce qui vous amène ?
- Rien de spécial. Enfin, je voulais savoir si vous seriez libre un après-midi.
- Euh, oui, enfin, ça dépend pour quoi.
- Disons, pour parler lingerie.

Instinctivement, Bérénice fit le lien avec son activité et elle pensa aussitôt à un nouveau client.

- Pourquoi pas. Je dois venir sur La Rochelle demain. On peut se voir après mon rendez-vous.
- C’est parfait. A quelle heure ?

Bérénice réfléchit rapidement.

- Seize heures ?
- Très bien, seize heures dans la cour de l’hôtel de ville ?
- Ok ! A demain, acquiesça Bérénice.
- A demain

Bérénice termina son rendez-vous à la Chambre de Commerce et rejoignit le point de rendez-vous. Elle y arriva avec presque un quart d’heure de retard. Mais cette fois, ce n’était pas de sa faute. L’administration ne changeait pas vraiment et restait fidèle à ses habitudes : deux heures d’attente pour dix minutes de conversation avec le responsable de son dossier.

Le visage de Damien se fendit d’un grand sourire lorsqu’il la vit entrer dans la cour de l’hôtel de ville, grouillant de touristes qui la photographiaient de long en large, et parfois même en travers. Tous ignoraient encore qu’un incendie le ravagerait quelques mois plus tard.

- Bonjour Bérénice.
- Bonjour Damien. Désolée pour le retard.
- Ce n’est rien. Ça valait le coup d’attendre. Vous êtes magnifique.
- Merci. C’est gentil.
- Je vous invite à prendre un verre ?
- Si vous voulez…

Ils se dirigèrent vers le port et s’installèrent en terrasse.

- Vous êtes ravissante. Et vos sandales sont très jolies.
- Merci, dit Bérénice.
- Vous êtes habillée tout le temps comme ça ?
- Non, pas vraiment. Seulement quand je suis en rendez-vous ou pour les ventes à domicile. Chez moi, je suis souvent en jean ou jogging. Et parfois, il m’arrive de mettre des bottes en caoutchouc pour aller sur les chantiers de mon mari.
- Vous vous êtes habillée pour moi alors ?
- Pas seulement, répondit Bérénice pour tenter de calmer les ardeurs de Damien
- Oh, moi qui croyais … mais ça fait du bien de voir une jolie femme, habillée avec classe. Ça change du jean basket que l’on voit à tous les coins de rue. La jupe est en voie de disparition.
- Vous êtes sensible aux vêtements des femmes ?
- Très sensible. Si ça ne tenait qu’à moi, j’interdirais le pantalon aux femmes.
- Vous êtes dur. Pourtant, un tailleur pantalon peut être très joli, et même très sexy.
- Oui, c’est vrai. Mais vous êtes si jolies quand vous montrez vos jambes.
- Possible, mais vous n’imaginez pas tout le travail qu’il faut pour juste faire plaisir à vos yeux.

Damien eut l’intelligence ne pas aller plus loin. Il sentait que la discussion pouvait prendre un tournant désagréable.

Ils continuèrent à discuter de leurs vies, du divorce de Damien, de l’activité du mari de Bérénice, de ses enfants.

- Ouh là, il est temps que j’y aille ! dit Bérénice en regardant sa montre. Merci pour le café. C’était très gentil.

Ils se quittèrent en se serrant la main. Damien la regarda partir. Le soleil faisait apparaitre ses jambes fines en contre-jour. Ce n’était que la deuxième fois qu’il se voyaient mais Damien était de plus en plus sous le charme de Bérénice. Même son prénom était à son image : charmant.

Damien multiplia les appels à Bérénice. Parfois elle répondait mais prétextait du travail pour ne pas s’éterniser. Parfois, elle ne répondait pas, écoutant distraitement le message qu’il avait laissé.

Malgré tout, elle se laissa convaincre pour un nouveau rendez-vous, et encore parce que, comme la dernière fois, elle devait venir sur La Rochelle.

Ce jour-là le temps était maussade. Et comme pour faire un pied de nez à la discussion qu’ils avaient eue, elle se contenta d’un jean et de simples baskets. Ils se retrouvèrent dans le même bar, toujours en terrasse qui avait été fermée à cause du temps. Des radiateurs à gaz diffusaient une douce chaleur qui contrastait avec l’extérieur.

En la voyant arriver, Damien fut très déçu. Bérénice esquissa un sourire qui confirmait les goûts de Damien en matière de féminité. Mais le côté obscur de ces goûts était qu’il ramenait presque la femme à un simple objet de décoration qui se devait de porter une tenue bien précise et pas une autre. Cette facette du personnage l’irrita. Ce garçon avait besoin d’être remis à sa place.

4

Bérénice s’installa et commanda un thé. Damien, après avoir fait remarquer sa déception de ne pas la voir en jupe, relança le sujet des vêtements féminins. Bérénice l’écoutait d’une oreille distraite, presqu’agacée de perdre son temps dans ces discussions sans intérêt. Elle réfléchissait à comment le renvoyer dans ses buts. Et surtout comment lui faire comprendre qu’il lui foute la paix.

- J’ai l’impression que vous êtes déçu.
- Oui. Je ne vous cache pas que j’espérais vous voir en jupe et talons hauts. Mais bon, c’est vrai que le temps ne s’y prête pas.
- Vous avez tout compris ! Comment ça va depuis la dernière fois ?
- Ça va. Et vous ?
- Ça va aussi. La routine du travail. Mes ventes à domicile.
- Vous êtes revenue chez ma sœur ?
- Non. Et je n’ai pas de nouvelle de sa part. A la rentrée peut-être.
- Vous me donnez l’impression d’être focalisé sur les tenues des femmes. Fétichiste ?
- C’est vrai que j’aime bien regarder les femmes surtout lorsqu’elles sont habillées avec classe. Mais je ne pense pas que ce soit du fétichisme. Je regarde et ça s’arrête là.
- Pourquoi vous cherchez tant à me contacter ? Vous m’appelez sans cesse, vous me fixez des rendez-vous…

La question abrupte, directe déstabilisa Damien. Il ne s’y attendait pas du tout et n’avait pas préparé de réponse.

- Vous me plaisez beaucoup, avoua-t-il après un moment de réflexion
- Mais je suis mariée !
- Je sais, dit-il, dépité.
- Je ne sais pas si vous envisagiez quelque chose de plus intime, mais si c’est le cas, vous allez vers une grande déception.
- Je m’en doute.

Damien était de plus en plus mal à l’aise.

- J’avais l’intention de faire les boutiques. Ça vous dit de m’accompagner ?
- Ce serait avec plaisir.

Damien régla l’addition et ils se dirigèrent vers la rue commerçante. La pluie s’était arrêtée. Malgré tout, la rue restait déserte. Le mauvais temps et la tempête qui s’annonçait, n’incitaient pas le chaland à mettre son nez dehors.

Bérénice regardait les vitrines. Parfois, Damien se risquait à un commentaire sur telle ou telle robe.

- Vous devriez l’essayer. Je pense qu’elle vous irait très bien, dit-il en désignant un robe noire sans manche et au décolleté avantageux.
- Pourquoi pas ! dit Bérénice. C’est vrai qu’elle est jolie.

Ils entrèrent dans la boutique. Une vendeuse, ravie de voir enfin une cliente, se précipita à leur rencontre.

Quelques minutes plus tard, Bérénice sortait de la cabine d’essayage.

Le visage de Damien suffisait à lui faire comprendre qu’il la trouvait parfaite dans cette robe.

- Il ne manque plus que des talons hauts et vous êtes parfaite.

Bérénice ignora la remarque et continua de se regarder sous toutes les coutures.

- Très bon choix Damien, je la prends.
- Laissez-moi vous l’offrir, dit Damien alors qu’ils s’approchaient de la caisse.
- Non, je ne peux pas. Ce serait déplacé.
- S’il vous plait. Ça me fait plaisir.
- Bon d’accord. Mais c’est la première et dernière fois.
- Promis !

Bérénice s’amusait de la situation. Damien lui mangeait dans la main et si elle voulait, elle pourrait obtenir de lui ce qu’elle voulait.

Ils continuèrent leur promenade, s’arrêtant devant les magasins de chaussures et de lingerie. Damien proposa plusieurs fois de lui offrir d’autres cadeaux mais Bérénice lui rappela sa promesse, faite peu de temps avant.

Ils se séparèrent en fin d’après-midi.

Damien espérait qu’ils se reverraient très vite, et dans la robe qu’il lui avait offerte et les sandales sur lesquelles elle avait flashé et cédé malgré le prix exorbitant.

Bérénice ne se faisait pas d’illusion : les bonnes résolutions de Damien ne tiendraient pas longtemps et il la rappellerait très vite. Par contre, elle ne savait pas ce qu’elle ferait le moment venu.

A suivre

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