Madame la baronne et moi par JaponaisVolant

Il y a fort longtemps, je fus invité à une soirée costumée chez le baron Hercule de Basse-Fosse en son château. Je m’étais déguisé en curé en soutane. Monsieur le baron, une homme chauve et bedonnant dans la cinquantaine, apparut, une jeune femme blonde âgée d’une vingtaine d’années aux bras. Il ressemblait à Bernard Blier. Ils avaient revêtu des habits de nobles du 18è siècle. Le décolleté de la jeune dame révélait, sans laisser aucune place à l’imagination, une paire de seins à faire rompre son vœu de chasteté au Pape. Lorsque le baron me vit, il me dit :
- Bonsoir, mon père !
- Euh, je ne suis pas curé, c’est mon déguisement, dis-je
- Bien sûr, c’était de l’humour, jeune homme. C’est une soirée costumée, repris le baron.
- Oui, bien sûr. Cette robe sied à merveille à Mademoiselle votre fille.
- Ce n’est pas ma fille, c’est mon épouse…
(Aïe, l’impair, con que je suis. Espérons que le baron ne m’en tiendra pas rigueur.)
- Je suis confus, Monsieur le baron.
- Ce n’est pas grave, ça m’arrive tout le temps.
Ça, c’est certain !, pensai-je.
J’appris que le baron avait épousé cette jeune fille en secondes noces, jeune fille de basse noblesse dont les parents désargentés avaient persuadé d’épouser ce barbon.
Le banquet
Un heureux sort voulut que je fus placé en face de Madame la baronne. À ses regards, je conclus que je ne lui étais pas indifférent.
- Puisque vous êtes déguisé en curé, pourriez-vous nous faire les bénédicités, mon père ?
- Certainement, mon fils.
- Hum, hum…In de naam van de Vader, de Zoon en de Heilige Geest. Ja, zeker Heer, ja, godverdommedenomdidjû. Amen.*
*Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Oui, certainement Seigneur, oui, nom de Dieu de nom de Dieu.)
- Ce latin ne me semble pas très catholique.
- C’est du flamand, Monsieur le baron.
- Ah, vous êtes belge !
- Oui, mais je me soigne.
- Quel humour, jeune homme !
On nous servit un tournedos.
- Et que fait ce jeune homme ? me demanda Madame la baronne, tout en soulevant sa poitrine.
Je suis sûr qu’elle l’a fait exprès. Bordel, les nichons, je bande.
- Je fais des études de médecine.
- Bravo !
- Très bien ! approuva le baron.
- À ce propos, le devoir m’oblige à vous dire que vos yeux globuleux, votre teint blafard et votre langue chargée m’indiquent que votre foie est en piteux état.
- Houlà !
- Excusez cette question intime mais êtes-vous très assidu auprès de Madame la baronne ?
- On ne peut davantage !
- Puis-je vous prendre le pouls, Monsieur le baron ?
- Faites donc.
- Oui, oui, oui…Votre pouls irrégulier m’apprend que votre cœur est atteint.
- Mon Dieu !
- Et donc, il vous faudra mettre un frein à vos légitimes ardeurs. Les plaisirs du lit risquent de vous être fatals.
- Oh ! Une suggestion, docteur ?
- Eh bien, les jours où vous faites bombance, comme ce soir, par exemple, je vous recommande l’abstinence du devoir conjugal. Et les soirs où vous honorez Madame la baronne, un potage léger aux légumes suivi d’une tisane à la camomille.
- Et pour le banquet de ce soir ?
On venait d’apporter un énorme saumon, aussi rose et appétissant que les seins de Madame la baronne, que Monsieur le baron reluquait (le saumon, pas les seins) avec gourmandise.
- Oh, pour ce soir, autant continuer à vous empiffrer, cela ne fera aucune différence.
- Ah, mille fois merci, Docteur.
- Tenez ! Goûtez ce vin. Vous m’en direz des nouvelles. C’est un Démon de l’Évêque, produit par Pierre Richard.
Rappelez-vous, je suis déguisé en curé…
- Pierre Richard ? L’acteur ?
- Lui-même. Regardez, il m’a dédicacé la bouteille. J’en ai acheté 2 caisses.
Et il me présente la bouteille signée par Pierre Richard avec la mention « À Monsieur le baron Hercule de Basse-Fosse ».
Fin de soirée
- Comment allez-vous rentrer chez vous ? me demande le baron.
- Je n’en sais rien. Il n’y a plus de train à cette heure-ci.
- Qu’à cela ne tienne. Nous avons plein de chambres d’ami.
- Monsieur le baron est trop bon.
Je compris que le baron et la baronne faisaient chambre à part. « Mon coco, une occasion pareille, ça ne se présente pas tous les jours » . J’attendis quelque temps dans la chambre à moi assignée. Après avoir vérifié que le baron dormait à poings fermés, je m’introduisis dans la chambre de la baronne (oui, j’adore m’introduire).
Elle fit « Oh ! », puis me reconnaissant se rassura.
- Madame, j’ai décidé que Monsieur le Baron sera fait cocu cette nuit.
- Monsieur !, fit-elle, feignant l’indignation.
- Madame, si vous ne me cédez pas, je m’en vais céans provoquer Monsieur le Baron en duel dont l’issue, vu son état, ne peut que lui être fatal, et vous vous retrouvez jeune veuve.
- Dans ce cas, Monsieur, je sais où réside mon devoir, dit-elle avec un sourire.
Elle enleva sa robe de chambre et écarta les jambes sans rechigner révélant un mignon triangle d’or. Je rageai à l’idée que jusqu’à présent seul le baron avait pu jouir de ce corps magnifique. Je tombai la soutane. Je révélai Popol. Madame la baronne (à la vue de Popol) :
- Oh ! Fameux goupillon !
Je malaxai ses seins intensément, ce qu’elle apprécia fortement et qui la fit couiner de bonheur.
Tel Ulysse, je fis un beau voyage.
Tel Jason, je conquis la toison.
- Oui, versez-moi votre saint chrême, mon père !
Mon bâton magique la fit jouir, ce qui manifestement était la première fois.
- Mon Dieu ! Mon Dieu !, fut sa réaction, tout au long de ma performance.
Elle était très pieuse même au pieu. Ma besogne terminée, je rejoignis ma chambre. Madame la baronne n’en prit point ombrage car elle savait que c’était une question de sécurité.
Le lendemain
- Ah, mon ami, mon sauveur. Me dit le baron, accompagné de madame.
- N’exagérons rien. Serviteur, Monsieur.
- Madame la baronne a été fort impressionnée par votre érudition et votre performance.
(Ça, c’est sûr !)
- Madame la baronne est trop bonne.
- Ne me disiez-vous pas, ma mie, que la bourse de ce jeune homme était vide ?
- Il me l’a confié, en effet. Dit-elle en me lançant un regard et un sourire complices.
- Euh, c’est juste, je viens de m’en servir, repris-je
- Alors, mon chauffeur va vous conduire jusqu’à la gare.
C’est ainsi que je cocufiai un baron et fis jouir une baronne pour la première fois de sa vie.
Je parvins à renouveler mon exploit auprès de Madame la baronne trois mois plus tard.
Trois ans plus tard, le baron succomba à une crise cardiaque en honorant (ou essayant d’honorer) Madame la baronne.
Son délai de viduité passé, les prétendants ne manquèrent pas. Elle aimait les tester en disant :
– Non, Monsieur, quoi que vous disiez, vous n’aurez point mon cœur.
Lorsque le Marquis Gédéon de Theuze-Many lui répondit :
– Je ne visais pas aussi haut, Madame, ce trait d’esprit lui plut.
Elle lui céda.
Madame la baronne épousa le Marquis Gédéon de Theuze-Many, de cinq ans son aîné (ce qui, vous en conviendrez, est un écart raisonnable).
Elle nagea enfin dans le bonheur complet, tant physiquement qu’intellectuellement.
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P. S. : Toute ressemblance avec un certain film n’est pas une coïncidence. Les cinéphiles l’auront reconnu.
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