Les culottes de Sylvette par Nicolas Solovionni

Je n’aime pas aller au marché ! C’est comme ça, je n’y peux rien ! Ça m’énerve.

Ce week-end j’ai enfin exaucé au vœu de ma vielle tante qui souhaitait depuis si longtemps que je passe un jour ou deux avec elle dans son pavillon de banlieue. Dix fois, quinze fois, elle me l’a demandée ! J’ai dû user tous les prétextes, le boulot, la petite forme, le temps pourri… C’est que je l’aime bien ma vieille tante, elle ne sait pas quoi faire pour me faire plaisir, mais que voulez-vous les sujets de conversations sont rares, et je connais déjà par cœur toutes ces histoires. Mais en cette fin septembre, je me suis lancé, un week-end de ma vie où je m’embêterais un peu, mais cela lui fera tellement plaisir ! Et puis la tantine est une excellente cuisinière, il y aura au moins cela !
Le samedi s’est passé, sans problèmes, je l’ai aidé à faire des courses, puis le soir nous avons dégusté un excellent coq au vin arrosé d’un délicieux Pomerol. Le reste de la soirée a failli être télévisuel, mais j’ai prétexté la fatigue, je suis aller me coucher et je me suis endormi en lisant je ne sais plus quoi. Résultat ce dimanche matin, je me lève de bonne heure. Donc après la douche et le « petit déj », je vais rejoindre ma tante à la cuisine. Elle me vire ! Elle n’aime pas qu’on l’observe préparer la cuisine.
Bon ! Je fais quoi, moi ?
Elle n’a pas une bibliothèque très passionnante, je lui demande s’il elle verrait un inconvénient à ce que j’aille faire une petite promenade.
- Non, pour une fois que tu es là, reste avec moi !
Il ne faut pas chercher à comprendre, il ne faut pas que je reste dans la cuisine avec elle, mais elle ne souhaite pas que je sorte ??? Bon, le bouquin le plus passionnant que j’ai trouvé dans son fouillis, c’est encore le dictionnaire. Pourquoi pas, il y a toujours quelque chose à apprendre, et puis ça passe le temps ! Mais ne voilà t-il pas que vingt minutes après la tata rapplique !
- Hier on a oublié les champignons !
- c’est grave ?
- Il m’en faudrait absolument pour midi, tu ne veux pas aller m’en chercher ?
Chic voilà le prétexte à une bonne ballade
- Bien sûr je vais aller en chercher !
- Oui, mais pas en boites, des frais !
- D’accord des frais !
- OK, ils doivent en avoir au super marché !
- Non ! Va plutôt au marché, tu en trouveras des plus beaux et des moins chers !
Tout à fait la tata, ça ! Elle ferait n’importe quoi pour me faire plaisir, mais elle est à 2 francs près sur un kilo de champignon. Je déteste aller au marché, mais je ne luis dis pas, après tout je peux tricher, je vais aller au super marché, qui lui dira ?
C’est au dernier moment que je changeais d’avis, après tout peut-être y aura-t-il au marché une petite babiole qui pourrait lui faire plaisir ?

Comme d’habitude les étalages de textiles et autres objets divers sont moins envahis que ceux consacrés aux fruits et légumes ! Et c’est avec un certain amusement qu’après m’être acquitté de ma course, je traversai cette partie du marché envahie de bonimenteurs en tout genre, de jouets en plastiques, de livres d’occasions et d’ustensiles improbables.
Mon regard s’égare vers un marchand de vêtements ! Et voici que je tombe en arrêt ! Une merveille ! Une sculpture ! Une grande noire magnifique entre vingt et trente ans, un visage souriant, une peau sombre et satinée, des fesses d’enfer, une poitrine de rêve ! Une apparition surnaturelle ! Elle est vêtue d’un pantalon fuseau gris très moulant et d’un débardeur mauve laissant les bras nus. Ses cheveux sont coiffés de magnifiques tresses.
Je n’ai pas vraiment un physique de play-boy, cela ne m’empêche pas de draguer. Je dis souvent n’importe quoi, et si au moins neuf fois sur dix tout cela se solde par un échec, reste les petits 10% restants. Je fais cela par jeu, c’est une manie comme un autre, je ne peux pas m’en empêcher. Il est rare que d’ailleurs que ça aille plus loin que des petto flirts sans véritables lendemains. Je ne sais pas m’attacher et ne souhaite pas le faire.

Je m’approche, regardant ce qu’elle  » fabrique  » : Elle est en fait en train de choisir des petites culottes. ! Oh pas de la lingerie fine ! Non ! De la bonne culotte bien banale (en coton je suppose) bas de gamme, et ensachée dans de la cellophane.
J’improvise à fonds !
- Mademoiselle, il est dommage que je n’aie pas sur moi une cabine d’essayage portative !
- Pardon ?
- Ben ! oui ! Je me serais fais un plaisir de vous assister et de vous conseiller !
La fille me regarde, elle semble hésiter sur la conduite à tenir. Il m’est arrivé (assez rarement tout de même) de recevoir des baffes !). Je sens que ça va fouarrer. Pas bien grave ! Et puis la surprise !
- Remarquez pourquoi pas ? Mais vous me les offrez alors ?
C’est à mon tour d’être interloqué. Elle ne va quand même pas accepter de me montrer son cul contre des culottes à quatre sous. Mais je crois deviner la suite : je vais les lui payer, elle va me remercier avec un grand sourire et disparaître. Donc c’est un jeu, mais j’aime ce genre de jeu.
- Bien sûr que je vous les offre !
- J’en prends cinq !
- Pas de problèmes !
Je tends l’argent au marchand qui remet les culottes à la fille, qui sans se démonter reprend :
- Mais puisque vous avez décidé d’être généreux, j’ai bien envie de vous demander de m’offrir celle-ci
 » Celle-ci  » c’est une petite culotte en soie bleue, absolument adorable, le prix n’a rien d’astronomique, mais on change malgré tout complètement de gamme !
- Allez-y c’est mon jour de bonté !
Elle demande au marchand s’il y a d’autres couleurs. Oui il y en a aussi une rouge. Elle hésite, me demande mon avis ! Je lui dis que je préfère la bleue. Mais elle n’arrive pas à se décider.
- Je crois vous allez être obligé de me payer les deux !
- D’accord mais après on arrête ! Je n’ai plus de sous !
Je me rends compte que je me suis embarqué dans un jeu dangereux, je suis en train d’offrir des culottes en soie à une inconnue qui risque de disparaître dans les 30 secondes. Je paye, et je tends la main afin que le marchand me donne le paquet à moi et non pas à la blackette. Cette dernière lui fait un signe et c’est cette dernière qui recevra le sachet. J’ai pendant quelques secondes l’immense impression de m’être fait avoir ! Que voulez-vous ? Ce sont les risques du métier !
- Allez venez !
Je n’en crois pas mes oreilles, elle m’invite à la suivre. Et là le marché semble somme toute équitable.
- On va dans ma voiture !
Je crains un moment qu’elle fasse l’essayage dans le véhicule. Pas très pratique ! Non le bois est tout près. Elle me propose d’y aller et se veut rassurante :
- A cette heure là, il n’y a personne ! Plus tôt, il y a les mecs qui font leurs joggings, mais à cette heure, ils sont déjà rentrés !
Je me demande quand même à quelle occasion elle en a autant appris sur les habitudes forestières du coin ? Elle se présente, elle se prénomme Sylvette et elle travaille à la Poste. J’ignore qui lui a enseigné à se conduire avec les hommes, mais elle a une sacré expérience. Ainsi, elle m’empêche de parler en monopolisant la parole, m’abreuvant de banalités sur le temps qu’il fait ici, sur la météo qui se trompe tout le temps, sur le temps qu’il fait en province ou habite son frère qui lui a téléphoné. Puis, sans que j’aie toujours réussi à en placer une, elle me dit qu’elle fait du sport de combat, qu’elle a abandonné le judo, mais qu’elle est ceinture noire, et que maintenant elle fait du karaté. Et histoire d’enfoncer le clou dans le genre  » t’as qu’a pas me croire ! « , Elle me tend une sorte de diplôme que je regarde à peine.
Autrement dit le message est clair : c’est  » ne te frottes pas à moi !  » J’espère que je ne suis pas tombé sur une cinglée qui va me laisser à moitié assommé dans les bois. Il faut toujours que j’angoisse ! Nous voici dans les allées du bois. Elle gare sa voiture. Nous prenons un petit chemin bordé d’une végétation assez touffue, et nous nous arrêtons à une sorte de mini clairière. Je regarde le sol d’un air dubitatif, c’est jonché de marrons, d’aiguilles de pin, et de bouts de branchage. Je ne me vois guère baiser la-dessus si d’aventure nous devions aller jusque là ! Il me revient aussi en mémoire que j’ai toujours sur moi un préservatif dans mon portefeuille. Arrivera ce qui arrivera !
Je n’en crois pas mes yeux, Sylvette est là devant moi, en train de retirer son pantalon, qu’elle plie soigneusement avant de le déposer sur une branche basse, elle enlève à présent sa culotte. Pincez-moi, je rêve ! La voici devant moi, ses magnifiques cuisses noires et sa chatte à l’air ! Quelle vision sublime !
- Hum ! Faut que je fasse un petit pipi ! Ça ne te dérange pas au moins ?
Elle me tutoie, à présent, voici qui est bon signe ! Me déranger ! Oh que non ça ne me dérange pas ! C’est si rare de savourer le spectacle d’une femme en train de faire son petit pipi.
- Non ! Non au contraire !
- Oh ! Toi tu m’as l’air d’un petit vicieux ! dit-elle en rigolant
Elle s’accroupit, écarte un petit peu les lèvres de sa chatte pour en dégager les chairs. C’est très curieux et très excitant chez les noires de voir les muqueuses très roses entourées par la peau noire. Quelques gouttes sortent, puis un abondant filet doré, une vraie fontaine. Je suis fasciné par le spectacle. Ma bite aussi doit être fascinée parce que la voici toute raide. Enfin la source se tarit. La voici accroupie au-dessus d’une véritable marre. Elle cherche quelque chose pour s’essuyer, et le fait finalement avec la culotte qu’elle portait, puis s’étant relevée, elle me la jette.
- Tiens ! Ça te fera un souvenir !
Pourquoi pas ? Je ne suis pas spécialement fétichiste, mais je suis collectionneur ! Je porte la culotte sous mon nez afin de lui confirmer que décidément je suis bien un petit vicieux.
- On les essaient toutes ?
- C’est comme tu veux !
- On va juste en essayer une en coton et puis après on essaiera les deux en soies !.
Elle se tourne alors pour ramasser le paquet. J’ai alors la vision fabuleuse de ses fesses d’ébène ! Je n’en reviens pas ! Un galbe parfait ! Une cambrure de déesse ! Les plus belles fesses de la terre ! Je vais craquer ! Et d’ailleurs je craque, et approche une main pour lui caresser ce derrière décidément trop tentant.
Par réflexe, elle me gifle la main, sans brutalité. J’ai peur qu’elle soit fâchée ! Non elle se tourne, elle a toujours le sourire
- On ne touche pas !
- Excuse-moi !
- C’est tentant tout ça ? Hein ?
- A qui le dis-tu !
Elle essaie la première culotte, celle en coton, Elle se tourne. Me demande. Je réponds.
- C’est quand même pas très sexy, les autres vont aller mieux !
- Bon ! Alors j’essaie la rouge ou la bleue ?
- La bleue !
Elle la passe, c’est quand même autre chose. Je tente un truc :
- Pour se rendre parfaitement compte, il faudrait que tu enlève le haut !
Elle se marre.
- On ferra ça, le jour ou tu me paieras un soutien-gorge !
Curieuse réflexion ! Je ne sais pas si c’est une promesse, mais pour le moment c’est un refus ! Alors je change de tactique. Je me passe ostensiblement la main sur la braguette voulant lui montrer par-là que je suis excité. Elle s’en aperçoit évidemment, mais ne dit mots. Elle essaie la dernière culotte !
- Elle te va bien, mais décidément, je préfère la bleue
- Pas moi, je préfère la rouge, mais comme ça, quand je porterais la bleue je penserais à toi !
Il va falloir que je lui mette les points sur les i
- Je suis bougrement excité, tu sais !
- Ben oui je m’en aperçois !
Ce n’est pas vraiment la réponse que j’attendais
- Euh ! Tu vas me laisser dans cet état là ?
- Ça va se passer !
Elle rigole
- Tu es cruelle !
- Masturbe-toi en me regardant ! Ça ne me dérange pas !
C’est vraiment le minimum que j’escomptais, mais ce n’est que le minimum.
- Tu ne veux vraiment pas me montrer le haut ?
- Pas tout le même jour !
- Bon alors refait voir tes fesses !
Elle se retourne carrément. Apparemment, me voir me masturber ne l’intéresse pas du tout ! Elle se penche un peu en avant, sépare ses jambes et écarte sa chatte avec les doigts. Elle me demande de ne pas l’asperger (Quel romantisme !). Je me masturbe, le spectacle aidant, cela vient assez vite, je gueule ma jouissance.

- Ben voilà elle est contente la quéquette ?
- Oui, elle est très contente !
- J’ai rempli mon contrat, je te dépose quelque part ? dit-elle en se rhabillant.
Je lui demande si elle peut me rapprocher de chez moi. Oui, elle peut. Elle ne dit plus rien. L’émotion est retombée, elle s’est peut-être rendu compte que son coup de folie était un peu bizarre. Je lui dis de m’arrêter 100 mètres avant le pavillon de la tantine.
- Je suis content de t’avoir rencontré (elle me tend un petit carton) Ça c’est mon numéro de portable, le jour ou tu voudras me payer un soutien gorge, tu m’appelles ?
Elle me fit un chaste bisou sur la joue, et me laissa dans cette avenue. La tête pleine d’émotions, je mis la main à ma poche, voulant fumer une cigarette, et je tombais sur la culotte qu’elle m’avait laissée. Je la humais longuement. Cette odeur était autrement plus capiteuse que celle du tabac. Elle ne m’avait pas dit si elle travaillait le lundi. Je décidais donc de l’appeler un de ces mardis.

- Elle allait l’avoir son soutien-gorge gratuit ! Me disais-je !

Trois semaines passèrent. Je me décidais à appeler Sylvette. Le numéro qu’elle m’avait donné était celui de son bureau. Manifestement elle ne pouvait pas parler librement, je la sentis gênée. Elle me demanda mon numéro de téléphone afin qu’elle me rappelle. Elle ne le fit pas.

Je laissais passer encore trois autres semaines et me décidait sans trop y croire à passer un dernier coup de fil. Si j’échouais tant pis, l’aventure m’aurait amusé, ce n’était déjà pas si mal.
- Allô ! Sylvette ? C’est Niko !
- Ah ! Je me demandais si tu appellerais, ça va ?
- Oui, je croyais que c’est toi qui devais me rappeler.
- Oui, je sais, je suis vilaine, mais je voudrais te dire quelque chose !
- Dis !
- Non, je voudrais te l’écrire, par téléphone, je ne peux pas !
Elle me demanda mon adresse, je la lui indiquais, ne me faisant aucune illusion. Elle ne m’avait pas rappelé, ce n’était pas pour m’écrire, pensais-je sans doute si fort, qu’elle tint à préciser :
- Crois-moi sur parole ! Tu auras une lettre dans la semaine ! Je te laisse. Bisous !

Le surlendemain, j’ouvrais effectivement cette lettre. Une belle enveloppe, un beau papier à lettre. Le genre de truc  » de luxe  » qu’on offre en cadeau inutile et qui ne sert jamais. Une belle écriture au stylo plume. Qu’avait-elle à me dire de si secret ?

 » Cher monsieur,

Dire après notre folie de l’autre jour que je ne suis pas du genre à me vendre pour une paire de culotte, te fera sans doute sourire ! Et pourtant c’est vrai ! Lorsque tu m’as abordé sur ce marché, je t’ai trouvé sympathique et amusant, et j’ai voulu jouer un peu ! J’avais prévu de te rembourser en regagnant ma voiture, et puis, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je me suis dis « allons jusqu’à l’orée du bois », et là je t’aurais remboursé puis raccompagné. Et puis tout à été comme ça, les événements m’ont poussé. A tel point (mais, sans doute ne t’en es-tu pas rendu compte ?) que nous aurions pu aller beaucoup plus loin encore, si je ne m’étais pas un peu ressaisie !
Par cet évènement tu es rentrée dans le livre d’image de mon existence. Tu m’as fabriqué un souvenir que je n’oublierais sans doute jamais. Et je pense que pour toi, c’est la même chose. C’est énorme ça ! Entrer dans le souvenir de quelqu’un ! L’affaire m’a amusé et je n’en éprouve aucun remord. Mais ne m’en demande pas plus ! Je t’embrasse tendrement.
Sylvette  »

Cette lettre est allée rejoindre le petit tiroir où j’entrepose quelques souvenirs secrets, et où il y avait déjà sa petite culotte ! Sylvette en écrivant ces quelques lignes imaginait-elle quelle dose d’émotion elles déclencheraient à chaque fois que l’envie de relecture me taquinerait ?
FIN

Nicolas Solovionni © 2000
nikosolo@hotmail.com
Première publication sur Vassilia, le 24/02/2001

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2 réponses à Les culottes de Sylvette par Nicolas Solovionni

  1. Orlando dit :

    Une très belle histoire, plie de retenue mais néanmoins très perverse

  2. baruchel dit :

    Solovionni est vraiment très talentueux et cette histoire très originale est un pur délice

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