Chanette 34 – Le cas Jérôme – 6 – Olivier et le casseur

Chanette 34 – Le cas Jérôme – 6 – Olivier et le casseur

Jerôme Passant est retourné travailler. Sous un prétexte futile il convoque Claude Leriche, responsable de la sécurité de l’entreprise.

– Dites-moi, Leriche, vous êtes toujours en contact avec le type qui a envoyé ce connard de syndicaliste à l’hôpital ?

Passant s’était ainsi débarrassé pour un bon moment du responsable de la section syndicale. Une voiture volée avait embouti celle du syndicaliste, s’en était suivi une violente altercation. Bilan ; plusieurs côtes cassées et traumatisme crânien. L’enquête policière rangea rapidement l’affaire au titre d’une rixe entre automobilistes et personne n’écouta les protestations du syndicaliste criant à qui voulait l’entendre qu’il avait été victime de nervis anti syndicaux.

– En contact, c’est un grand mot, mais disons que j’ai conservé ses coordonnées.
– J’ai des problèmes avec une bonne femme, une histoire de recouvrement assez compliquée, je vous fais grâce des détails… mais j’aimerais lui donner une leçon, lui foutre la trouille.
– Je vais voir si je peux rencontrer mon contact…
– Attendez, ce que je veux c’est que votre homme entre chez cette personne et se mette à tout casser. Par contre je ne veux pas qu’il touche à la dame, je ne veux que des dégâts matériels.
– Ah bon ?
– Ben oui, une plainte pour intrusion avec coups et blessures, ça fait bouger les flics, une plainte pour dégradations volontaire de biens, ça n’ira jamais bien loin.
– Je comprends.
– Il s’agit d’une voyante. Voici l’adresse de son cabinet de travail avec le digicode, et voici ses horaires…
– OK !
– Quand votre contact aura bien foutu le bordel, vous lui demanderez de prendre une ou deux photos comme preuve de son bon travail.
– OK, comptez sur moi !

Ce matin, j’attends Nœud-Pap, un client régulier et sympathique (voir quelques épisodes précédents). Nœud-Pap est non seulement maso, mais il développe de grosses tendances bisexuelles. Je m’arrange donc pour faire coïncider sa venue avec celle d’un autre soumis qui accepte également ces pratiques.

Et justement, parlons un peu d’Olivier puisqu’il m’a booké pour l’après-midi. Il n’était jamais venu, mais m’avais précisé au téléphone qu’il n’était pas contre le fait de faire des choses avec un autre homme… J’ignore ce qu’il fabrique dans la vie, mais il est vêtu d’un costume qui devait être à la mode il y a 15 ans… Mais quand il se déshabille, je découvre que monsieur est intégralement épilé et qu’il porte des bas et des porte-jarretelles ainsi qu’un string qui n’a pas grand-chose de masculin.

Il me demande la permission de se coiffer d’une perruque blonde et se mettre du rouge à lèvres. Je ne vais pas aller le contrarier mais comme son visage n’est pas spécialement féminin, ça fait un peu ridicule. (Je dis ça mais je ne juge pas, c’est son truc, et ça ne fait de mal à personne)

Après lui avoir marqué les fesses au martinet, je lui fais sucer mon gode avant de lui foutre dans le cul et de l’agiter frénétiquement

– T’aimes ça, hein lopette ?
– Oh, oui, maitresse.

Mon portable sonne. Je décroche, c’est Nœud-Pap qui m’informe qu’il aura un léger retard.

Je fais quoi de mon client en attendant ? Je pourrais le mettre en cage ou l’immobiliser sur la croix de Saint-André, mais je trouve plus amusant de lui faire faire un peu de ménage.

Et le voilà en train de passer le plumeau, c’est d’un comique irrésistible, je me moque de lui et comme Il semble adorer être humilié, je le traite de tous les noms, je balance une balle de tennis et lui demande de me la rapporter à quatre pattes en la tenant par la bouche, puis comme je manque d’imagination je m’en sers comme repose pied pendant que je me plonge dans la lecture de mon polar.

Et c’est ce que je fais depuis un moment, avachie dans mon fauteuil en attendant Nœud-Pap.

On sonne, c’est surement lui.

– Va au coin, les mains sur la tête ! Indiquais-je à Olivier.
– Oui, maîtresse. !

Je vais ouvrir en toute confiance… Et là j’ai devant moi le prototype de la brute épaisse, gros biscotos, crâne rasé, tee-shirt à l’effigie d’un groupe de rock que je n’ai pas l’honneur de connaître.

– Vous devez faire erreur, ce n’est pas ici ! Balbutiai-je.
– Ta gueule !

Il me bouscule et entre en force, il tient à la main une batte de base-ball (qu’il sort d’où ?)

Manifestement il cherche à casser des choses, mais mon salon est très peu fourni en bibeloterie. Qu’importe, il fait voler en éclat mon joli cendrier en verre, puis s’acharne sur le guéridon.

Je crie, je hurle, je vocifère… ce qui ne sert pas à grand-chose.

Et soudain, voilà qu’Olivier lui saute dessus en faisant tomber sa perruque ! Il va se faire massacrer, ce con …

Et contre toute attente, mon client fait une prise de je ne sais quoi (je n’y connais rien en arts martiaux) et immobilise à terre l’agresseur.

– Des menottes ! Vous avez des menottes ? Vite ! Me demande-t-il.

Le type semble tout surpris de se retrouver en pareille situation

– J’appelle la police ? Me propose Olivier.
– Si on pouvait éviter…

Olivier paraît surpris de ma réponse.

– Vous n’allez tout de même pas le laisser filer ?
– Ce n’est pas ça… Expliquais-je en entrainant Olivier dans le donjon afin que le malfrat n’entende pas ce qu’on dit. Mais vous savez… la police va enregistrer une plainte pour l’agression d’une prostituée, vous croyez vraiment qu’ils vont se remuer ? Vous croyez vraiment qu’ils vont chercher à savoir ce que ce mec venait foutre chez moi ?
– N’accablez pas la police… Elle fait ce qu’elle peut.
– Je ne les accable pas, mais disons que je suis lucide, ce genre d’affaire ce n’est pas leur priorité…
– Je vais vous faire un aveu, je suis commandant de gendarmerie en retraite, J’ai beaucoup de temps libre. Je peux m’en occuper mais à condition que vous collaboriez.
– Comment ça ?
– C’est très simple, je vais vous posez deux ou trois questions et si vos réponses me conviennent je prends l’affaire à ma charge.

Et cette très intéressante conversation fut interrompue par la sonnette d’entrée. Je regarde par l’œilleton, c’est Nœud-pap.

J’avais failli l’oublier celui-ci ! J’en fais quoi. ? J’ouvre mais ne le fais pas entrer !

– Ah Marcel, tu vas me maudire, je viens d’avoir un contretemps ! Tu peux revenir demain à la même heure ?
– Rien de grave, j’espère ?
– Non, un truc à régler d’urgence, de la paperasse… Je t’expliquerais.
– D’accord, alors à demain !

Pendant ce temps Olivier a bâillonné mon agresseur afin de l’empêcher de brailler et lui a fait les poches, prélevant le portefeuille et le téléphone portable.

– Je peux vous poser mes questions ? Me demande-t-il
– Bien sûr !
– Vous connaissez vous des ennemis ?
– Je ne vois pas, non ! Ça m’est arrivé d’entrer en conflit avec des gens mais de là à venir tout casser…
– OK ! Devez-vous de l’argent à quelqu’un ?
– Ben non, je n’ai aucun problème de trésorerie, comme on dit.
– Et dernière question, attention je veux une réponse franche, êtes-vous impliquée de près ou de loin, même involontairement dans un trafic prohibé ?
– Si c’était le cas, je n’irais pas vous le dire !
– Répondez quand même en me regardant droit dans les yeux !

C’est tout, oui ?

– Non ! Je ne suis pas en lien avec des trafiquants !
– OK ! On va partir du principe que je vous crois sincère.
– C’est gentil !
– Il va falloir que je prenne quelques dispositions, en attendant où est-ce qu’on peut caser ce connard ?
– Pourquoi pas dans une cage ?
– Excellente idée ! Mais avant je vais essayer de le faire parler, on ne sait jamais !

Olivier enlève le bâillon du bonhomme…

– Qui c’est qui t’envoie ?
– Je t’emmerde !
– Tu préfères qu’on te livre aux flics ?
– Merde !

C’est ce qui s’appelle avoir de la conversation !

– Bon ça ne sert à rien ! M’indique Olivier, à la limite il va nous refiler un nom qui sera le pseudo d’un intermédiaire Je sais gérer ce genre de situation mais il me faut un peu de temps. Il va falloir probablement garder en cage cet oiseau toute une partie de la journée…
– Donc il faut que je décommande mes rendez-vous de cet après-midi ?
– Je ne vois pas comment faire autrement…
– OK ! Je vais te rembourser ton argent puisqu’on n’a rien fait…
– Mais non ! Disons que c’est un avoir.

Oliver s’est rhabillé et passe quelques coups de fils avant de m’indiquer qu’il reviendra à 14 heures.

Me voilà toute seule avec l’autre abruti enfermé dans une cage. J’annule mes deux rendez-vous de l’après-midi et m’apprête à sortir afin d’aller manger un morceau. J’ai l’idée d’emporter le portefeuille et le portable de la brute par pure curiosité. Mais je ne les vois plus. Olivier les a embarqués. Pas grave.

Je reviens vers 13 heures après avoir avalé un sandwich aux crudités et m’être acheté un joli cendrier tout neuf, J’ai aussi commandé un nouveau guéridon chez un marchand de meubles du coin. J’entends l’encagé proférer des borborygmes incompréhensibles. Je réalise que je l’ai laissé bâillonné sans surveillance pendant une heure. C’est hyper dangereux de faire ça, en cas de régurgitation, le mec s’étouffe. Mais en situation de stress je n’y ai pas pensé.

Et là il veut manifestement me dire quelque chose. Mais je fais comment, Certes il a les mains menottées mais rien ne l’empêche de me foncer dessus.

Alors je vais faire simple et ne rentrerais pas dans la cage.

– Si tu veux me dire quelque chose approche toi de la cage, je vais te retirer le bâillon.

Et je prends mes précautions, une paire de gants (s’il lui prenait l’envie de me mordre) et une bombe au poivre s’il n’est pas sage.

La manœuvre se passe bien.

– Alors t’as des choses à me dire ?
– J’ai soif !
– Dis-moi qui t’a envoyé ici et je te donnerais à boire.
– Je connais que son prénom, c’est Raoul !

Je me rends compte alors qu’il peut me raconter n’importe quoi d’autant que c’est invérifiable.

– Et tu l’as rencontré où ce Raoul ?
– J’suis pas une balance.
– Non t’es un gros con, c’est pas mieux
– Et toi t’es une grosse pute… Hurle-t-il.

Je lui pulvérise une giclée de bombe au poivre sur le visage. Ça fait du bien et ça va le calmer pendant quelques temps.

– Et si je t’entends gueuler je recommence !

C’est vrai ça, je suis sans doute une pute (même si ce vocable regroupe des tas de réalités différentes) mais je ne supporte pas qu’on me dise que je suis grosse.

A 14 heures précises (Ah, la ponctualité de la gendarmerie !) Olivier revient.

– J’ai arrangé un plan, en fait c’est tout simple on va le libérer et j’ai un ami qui va le prendre en filature, il est en moto donc quel que soit le cas de figure ça va le faire. J’ai photocopié quelques papiers de son portefeuille. Il s’appelle Daniel Calderoux, j’ai aussi son adresse… On va lui rendre tout ça !
– Le portable aussi ?
– Bien sûr, si on veut lui piquer quand il aura passé toutes ses communications, il faut bien commencer par le lui rendre…

On libère Calderoux, il a encore les yeux tout congestionnés.

– Bon, on va te faire une fleur, on te libère mais à condition qu’on ne revoie plus ta sale gueule. En venant ici tu ne sais pas à qui tu t’affrontes.

Ça n’a pas l’air de le traumatiser outre mesure… et il quitte mon studio en grommelant je ne sais quoi.

Prévenu par Olivier, le sergent Marceau attend l’individu à demi dissimulé derrière un réverbère.

Calderoux se dirige d’un pas rapide vers le métro Trinité. Marceau lui emboite le pas. La filature en métro possède ses règles, mais Marceau, lui aussi ancien gendarme en connait parfaitement les arcanes.

Calderoux est doublement dépité, d’une part parce qu’il a foiré une mission qui sur le papier s’avérait d’une facilité déconcertante, mais surtout par le fait de s’être fait dominer par ce type plus ou moins travelo qui n’aurait jamais dû se trouver là…

« Bien sûr, je pourrais toujours aller raconter que j’ai fait le boulot… Mais Leriche voudra voir les photos… Alors ? Invoquer un bug de mon téléphone, il ne va jamais me croire, et s’il ne me croit pas il ne me paiera pas ! Non, je vais m’écraser, on ne peut pas gagner à tous ls coups. »

Dans la wagon du métro, Marceau observe sa proie.

– Normalement il devrait téléphoner, pourquoi ne le fait-il pas ? Il n’y a peut-être pas de réseau sur cette ligne.

A la station Porte de la Chapelle, Calderoux descend et toujours sans téléphoner se dirige vers le Boulvard Ney et là il pénètre dans un immeuble ancien assez vétuste.

Il n’y a pas de digicode, Marceau laisse passer trois minutes puis consulte les boites aux lettres…

« C’est chez lui ! Me voilà bloqué. »

Marceau rend compte à Olivier.

– Il finira bien par sortir et à ce moment-là tu lui piqueras son téléphone. Propose ce dernier.
– Attends, il ne ressortira peut-être pas avant demain, je ne vais pas l’attendre toute la nuit. J’ai une famille et il faut aussi que je récupère ma moto.
– T’as raison on va faire autrement. T’as une carte tricolore ?
– Juste ma carte de retraité…
– Ça fera l’affaire ! T’as une arme sur toi ?!
– Un Taser.
– OK, je te rejoins d’ici une heure ! S’il bouge tu m’appelles !

Olivier me quitte en m’empruntant mes menottes au passage.

Une heure plus tard les deux anciens gendarmes se retrouvaient en bas de l’immeuble de Calderoux qui n’avait pas bougé.

– Quand tu présenteras ta carte tu mettras ton pouce sur le mot « retraité » pour le cacher ! Et passe-moi le Taser.

La boite aux lettres indique « 3ème gauche ». Ils montent.

– Gendarmerie nationale, ouvrez s’il vous plait !
– Vous avez un mandat ? Demande Calderoux sans ouvrir.
– Oui monsieur, veuillez ouvrir.

Il entrebâille la porte, Olivier actionne son Taser, Calderoux trébuche et se tord de douleur. Ils entrent et menottent le type. Son logement est en fait une unique pièce d’environ 12 m² avec un minuscule lavabo dans un coin. Le lit n’est pas fait. La table est encombrée d’emballages alimentaires divers et de canettes de bières vides, le cendrier déborde, il plane une odeur de renfermé mélangé à celle du tabac froid.

– Maintenant question simple ? Qui est ton commanditaire ?

Pas de réponse. Olivier ramasse son téléphone qui trainait sur un tabouret.

– Débloque-le
– Merde !
– Pas grave on sait faire, on voulait juste gagner du temps…

Le constat est édifiant, Calderoux n’a ni reçu ni passé de communication de la journée.

– OK, on ne partira pas d’ici avant de connaitre le nom de ton commanditaire. Alors soit tu nous le dis tout de suite, soit on te passe à tabac jusqu’à ce qu’on sache.
– Allez chier !

Et Calderoux reçoit une magnifique mandale en pleine poire !

– Fascistes ! Gueule-t-il

Ce doit être la nouvelle insulte à la mode. Olivier lui en balance une autre, son nez coule du sang.

– Si je vous le dis, vous me foulerez la paix ?
– A condition que tu ne te foutes pas de notre gueule.
– Je ne connais que son prénom, c’est monsieur Claude. Mais je ne vous ai rien dit, hein ?

– Et il te contacte comment ?
– Ben, par téléphone.

Sauf que dans le carnet d’adresses de son smartphone il y a aucun Monsieur Claude.

– On ne trouve pas ce bonhomme, tu te foutrais pas de notre gueule ?
– J’allais pas le marquer en clair dans mes contacts.
– Alors il est où ?
– Cherchez à « Raoul »

Olivier a quelques relations bien placées. Il téléphone à l’une d’entre-elles en demandant à qui appartient ce fameux numéro de téléphone marqué Raoul.

La réponse lui parvint 20 minutes plus tard.

– Claude Leriche, responsable de la sécurité chez Colbertson Management. Je vous envoie sa photo sur votre téléphone. Vous voulez d’autres renseignements ?
– Adresse et situation de famille si vous pouvez ?
– Vous aurez ça dans une heure ou deux. Ça voudra bien une bonne bouteille de Côte Rôtie.
– Pas de problème, je vous la ferais livrer demain.

A suivre

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Une réponse à Chanette 34 – Le cas Jérôme – 6 – Olivier et le casseur

  1. Pascalou dit :

    Comme quoi, avoir un gendarme comme client, ça peut arranger les choses

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