Professeur Martinov 9 – Professeur Martinov et le « Droit Piquet » par Maud Anne Amaro


Cette histoire, la neuvième relatant les aventures du professeur Martinov peut se lire sans avoir besoin de lire ou de relire les autres épisodes. Faisons juste un petit rappel des personnages : Le professeur Andrej Martinov n’a jamais été professeur, c’est une sorte d’inventeur indépendant, intermédiaire improbable entre le professeur Tournesol et Géo Trouvetout, il est célibataire, sexagénaire et officie dans une banlieue bourgeoise des Yvelines. Il ne s’appelle d’ailleurs pas Martinov mais plus prosaïquement André Martin.

Routine et libido

Quand commence cette histoire, le professeur Martinov travaille seul dans son laboratoire. On lui avait commandé un gadget permettant de conserver le café au chaud en le branchant sur le port USB d’un ordinateur. La difficulté était de créer quelque chose qu’on ne risquait pas de renverser sur la machine en le manipulant. Il est presque midi, le facteur sonne, lui remet un paquet et du courrier.

- Bonjour professeur, je suis en retard, vous avez vu cette neige…

Comme d’habitude, il trie le courrier : quelques propositions de travaux, des demandes d’entretiens… il ne va jamais y arriver tout seul. Quelle idée elle avait eu Béatrice sa collaboratrice de charme, qui excédée par cette inhabituelle rigueur hivernale, avait décidé d’aller faire quelques semaines de bronzette en solo en République Dominicaine ! Une lettre provenait de l’usine qui produisait le fameux « lapin dur » (en pilules ou en solution buvable), cet élixir aphrodisiaque qu’il avait découvert avec Béatrice, il y avait plusieurs années déjà et qui lui avait rapporté une relative fortune (voir Pr Martinov et le lapin dur). Sans doute était-ce le tableau de production trimestriel… Il ouvrit. Le rapport était aussi inattendu que catastrophique : les commandes dégringolaient dans des proportions alarmantes, il lui faudrait faire quelque chose dès le retour de Béatrice ! Il se languissait de son absence.

Certes ce n’était pas sa maîtresse, mais les excentricités sexuelles qu’il leur arrivait de pratiquer, lui convenaient (c’est un euphémisme) parfaitement. Non, sa « vraie » maîtresse c’était la Marianne, la veuve du grainetier et il avait pour projet de lui rendre visite ce soir même. Il avait d’ores et déjà acheté une bouteille de Saint-Emilion, le vin qu’elle préférait, afin de bien commencer la soirée. Ah ! Il faudrait qu’il l’appelle afin qu’elle lui mitonne un bon petit repas comme elle savait si bien les faire en préalable à leurs galipettes.

Mais en cette fin de matinée, Marianne ne répond pas. Bizarre, voilà qui ne lui ressemble pas. Il recommence une demi-heure plus tard après avoir grignoté un bout de pain et de fromage, puis à quatorze heures. Anxieux, il décide d’aller faire un saut chez elle. Evidemment ça ne répond pas et il s’inquiète auprès des voisins.

- Madame Michel ? Elle s’est fait renverser juste devant l’immeuble, elle sortait de chez elle…
- Oh ! C’est grave ?
- On ne sait pas, on l’a conduite à l’hôpital…

Un coup de fil aux pompiers, Marianne a été transportée au Chesnay, près de Versailles. Autre coup de fil. On le rassure mais jambe cassée quand même ! Il prend le car et direction l’hôpital.

Marianne roupille, il ne la réveille pas, lui griffonne un petit mot d’amitié, regrette de ne pas avoir pensé à lui apporter des fleurs, descend en acheter, remonte, puis sort de l’établissement hospitalier. Le voilà un peu désemparé. Il va vers l’arrêt du car, justement en voici un qui arrive et Martinov court afin de ne pas le rater. Ce n’est que quelques longues minutes plus tard, qu’il se rend compte qu’il s’est trompé de direction et qu’il se retrouve à la gare de Versailles-Rive-Droite.

Du coup, il décide de prendre le train vers Paris-Saint-Lazare. A défaut de Marianne, il connaît dans Paris une vieille connaissance qui lui épanchera fort correctement sa libido.

Il se rend rue Saint-Denis, là où officie Josie. Evidemment, elle n’y est pas, sans doute est-elle occupée, se dit-il, ce qui n’a rien d’étonnant : elle est douce et gentille et sait fidéliser sa clientèle. Martinov fait les cent pas, ronge son frein. Une demi-heure plus tard, la belle n’étant toujours pas apparue, il décide de se renseigner auprès d’une de ces collègues :

- Josie elle est là, elle est occupée. Montez l’attendre devant sa chambre, c’est au…
- Merci beaucoup.

Au moins il est au chaud ! Les filles des rues, il y a une éternité qu’il les fréquente. Bien sûr, il lui est arrivé de tomber sur quelques pestes, mais il a surtout rencontré pas mal de filles gentilles, consciencieuses avec lesquelles il a tissé des rapports sympathiques. Et oui, on est à cent lieues de ce que raconte une certaine littérature, vous savez celle où tous les clients sont des tarés et toutes les filles des malheureuses victimes.

La porte s’ouvre, libérant un client manifestement ravi, qui disparaît dans l’escalier.

- Dédé ! Mon cuisinier préféré, il a si longtemps, entre donc !

Bisous, bisous. C’est bien la seule à l’appeler Dédé. Elle l’appelle « mon cuisinier préféré » depuis qu’un jour ils s’étaient échangés des recettes de cuisine. Il la paye en émettant des commentaires de circonstances sur la météo.

Josie est une femme mûre mais merveilleusement conservée. Elle est fine, la peau légèrement mate, avec une coupe auburn au carré qui encadre un visage aussi agréable que malicieux, rehaussé par de magnifiques yeux bleus.

- Allez viens, déshabille-toi. Tu veux qu’on fasse quoi aujourd’hui ?

Martinov allait lui répondre d’improviser, mais Josie surprit son regard lorgnant sur une étagère garnie de godemichés, rangés par ordre de grandeur.

- Ils te plaisent mes godes ?
- C’est rigolo !
- T’en voudrais un dans ton petit cul ?
- Pourquoi pas ?
- Je te fais un spécial cul : fessée, feuille de rose et gode.
- Ça marche !
- Je te domine un peu en même temps ?
- Si tu veux.
- Allez, c’est parti pour le délire.

Elle se déshabilla mais conserva sa guêpière.

- Tu ne me montres pas tes seins, aujourd’hui ? S’inquiéta Martinov.
- Ah ! C’est demandé si gentiment, je ne peux pas refuser. Dit-elle en les lui dévoilant.
- Je peux leur faire un bisou ?
- Tu crois vraiment que c’est de la domination, ça ?
- Tu ne veux pas ?
- Mais si !

Martinov se mit alors à sucer le téton droit de Josie comme un gamin qui téterait son biberon.

- Allez, passe à l’autre, sinon il va être jaloux !

Il ne se le fit pas dire deux fois !

- Bon, finie la rigolade, maintenant tu te mets en levrette sur le lit. Non pas comme ça, en travers, que je puisse te contourner, et tu me tends bien tes fesses, je vais bien te rougir ton petit cul, esclave !

Il obtempéra bien sûr.

- On dit « oui, maîtresse »
- « Oui maîtresse » ânonna Martinov, que ce protocole indifférait totalement.

Josie commença par claquer l’arrière train de notre vert professeur à l’aide de ses mains avant d’aller chercher un long martinet.

- Regarde comme il est beau !

Le martinet n’avait rien d’extraordinaire, sinon que l’extrémité de son manche épousait la forme d’une bite en érection. Sans plus de transition elle lui fouetta les fesses, graduant la force de ses coups en bonne professionnelle.

- C’est bon, esclave ?
- Oui maîtresse !
- Alors si c’est bon, je vais continuer à t’en donner.

Au bout de dix minutes de ce traitement, le cul du professeur avait changé de couleur, mais aussi de température car ça chauffait pas mal.

- Ne bouge pas ! Je vais te faire un truc, et dis-toi bien que je ne fais pas ça à tout le monde, mais toi je t’aime bien, t’as une bonne tête.

Martinov sentit alors la langue de la jolie prostituée lui lécher l’anus en de savantes circonvolutions. Elle tentait de pénétrer dans l’étroit orifice qui s’entrouvrait sous la pression et frémissait sous la caresse buccale.

- Et maintenant le bouquet final. Tu ne bouges toujours pas !

Josie s’harnacha donc d’un gode ceinture qu’elle encapota. Elle se présenta, provocante devant son visage :

- Alors elle te plaît ma bite ?
- Hé !
- T’aimerais bien la sucer ?

En fait non ! Martinov avait certes des fantasmes bisexuels, mais de là à aller sucer un gode revêtu d’une capote…

- Bof !
- Comment ça bof, quand on aime les bites dans le cul on aime aussi les sucer ! Suce esclave !

Le professeur se prêta donc au jeu, puis Josie après lui avoir barbouillé l’anus de gel, le pénétra. Il ressentit une douleur qui faillit lui faire dire d’arrêter, mais peu à peu d’étranges frissons le parcoururent et il se laissa faire, plutôt satisfait de ce qu’on lui faisait subir. Cinq minutes après elle se retira, laissant l’anus de Martinov béant et un petit peu douloureux.

- Tu veux jouir comment ?
- Tu me suces ?

Trois minutes après il éjaculait sous les coups de langue de la belle Josie. Puis vint le rituel, la petite toilette, le rhabillage.

- Tu veux boire quelque chose ?

Il appréciait les filles comme Josie pour qui le client reste un être humain pendant mais aussi après la prestation. Il accepta un verre d’eau.

- Alors, Dédé, c’est quand que tu m’emmènes au restaurant ?

Dingue ! Elle se rappelait de cette vieille promesse lancée un peu en l’air qu’il lui avait faite un jour, sans jamais la tenir.

- Ce soir si tu veux !
- Ce soir ? Et bien oui, pourquoi pas ?
- On fait ça en copains ? Demanda-t-il craignant qu’elle en lui facture le temps.
- Bien sûr !

Ils convinrent donc d’une heure et d’un lieu de rendez-vous.

- A tout à l’heure mon lapin !

Pourquoi parle-t-elle de lapin ? Voilà que ça lui remémore cette affaire de « lapin dur » Mais en même temps cela lui donne une idée.

Il est d’humeur joyeuse, Martinov ; Josie l’a véritablement détendu, c’était le but du jeu ! Il descend la rue vers la Seine, là où sont les sex-shops. Il en choisit un assez grand, entre et se dirige directement vers la caisse. Le gérant a l’air aussi avenant qu’une feuille d’impôts, mais qu’importe :

- Vous avez du « lapin dur » ?
- Non, on ne fait plus, mais on a ça, répond-il sortant un produit de derrière le guichet, ça s’appelle « droit piquet » c’est aussi efficace et c’est moins cher !
- Ah ! Et il a longtemps que vous ne faites plus de « lapin dur » ?
- J’sais pas !
- Il y a d’autres boutiques qui en vendent ?
- J’en sais rien !
- Bon, merci, au revoir.

Le caissier de la boutique suivante était plus aimable, lui expliqua qu’il n’avait pas non plus de « lapin dur » et que ça avait été remplacé par le « droit piquet » depuis un mois ou deux. Notre professeur en acheta donc un flacon afin de l’examiner en laboratoire, puis chemina dans Paris en attendant l’heure de son rendez-vous avec Josie.

Ils dînèrent dans un bon petit restaurant, près de la Seine et papotèrent comme des vieux amis qu’ils n’étaient pourtant pas.

- Je vais te donner mon numéro, précisa Josie. Quand tu reviendras à Paris passe me voir et on se refera un restau… Et si tu n’as pas envie de sexe, et bien ça fait rien, on fera juste le restau !

Une excellente soirée donc au terme de laquelle ils rentrèrent en taxi, chacun de leur côté. Et inutile de vous dire que notre professeur était gai comme un pinson.

L’analyse du « droit piquet », réalisée dès le lendemain ne fut pas bien longue et les résultats éloquents : il s’agissait ni plus ni moins que d’un plagiat intégral du « lapin dur ». Martinov téléphone à l’usine, le responsable a l’air embêté, il confirme la baisse des commandes du « lapin dur » et dit n’avoir jamais entendu parler du produit concurrent. Béatrice devant rentrer lundi, il attendra donc son retour pour voir avec elle comment s’organiser.

Roland Vannier

Roland Vannier est à cinquante ans un éternel marginal (et d’ailleurs Roland Vannier n’est pas son vrai nom). Ingénieur en électronique et spécialisé en téléphonie, il s’est fait révoquer de deux grosses entreprises pour faute grave. Il est aujourd’hui officiellement gérant d’une officine de vente et de réparation de téléphones portables, mais notre homme a d’autres activités, autrement plus lucratives : escroc à la petite semaine, il s’est spécialisé dans le dépouillement de touristes japonais. Non sans avoir préalablement assimilé les rudiments de la langue, il leur refourgue ainsi allègrement des contrefaçons de vêtements de grandes marques, des montres ainsi que des parfums de sa fabrication, à base d’eau de Cologne, de fleurs séchées et d’épices diverses et variées. Les emballages sont réalisés sur ordinateur, en revanche les flacons sont authentiques. Il n’a été inquiété qu’une seule fois et il a écopé de huit mois de prison ferme, mais n’en fit que quatre. Maintenant, il redouble d’attention. Il a de l’argent et comme il ne sait qu’en faire, il claque : voyages lointains, croisières de luxe, hôtels quatre étoiles, restaurants et cabarets pour rupins. Il rêve de réaliser un jour un grand coup, comme ça pour la beauté de l’acte. Il a bien essayé de vendre un faux monochrome, ça n’a jamais marché, idem pour les faux souvenirs dactylographiés du président Pompidou, et encore idem pour ses « fragments de matériel électrique ayant appartenu à Claude François », mais il ne désespère pas, se disant que l’occasion fera bien un jour le larron !

Il est bel homme, Roland Vannier, du moins pour celles qui apprécient le genre brun ténébreux avec des sourcils partout, mais il a cependant un gros problème (un très gros problème, même) dans la vie : il bande mou. Quand il est seul, ça va, mais sinon, il est incapable de pénétrer une femme plus de trente secondes. Il a essayé des tas de trucs, ça n’a jamais marché, il a perdu son temps avec les urologues, les sexologues et autres quéquétologues. Quand le viagra est arrivé sur le marché, son médecin traitant a refusé de lui en prescrire, lui découvrant des problèmes cardiaques incompatibles avec les miraculeuses petites pilules bleues. Il en prit donc son parti, et quand un jour un ami bien intentionné lui indiqua qu’il existait d’autre formes de sexualité, il le remercia à sa façon en lui envoyant un pain en pleine poire. Vannier place sa fierté où il peut : être impuissant n’étant pas pour lui pas une raison pour devenir homo !

C’est un jour en province que ne sachant quoi faire de sa soirée, il s’en alla traîner sa carcasse dans la seule sex-boutique de la ville, regardant s’il y avait des produits nouveaux pour les empêchés de la quéquette, il remarqua le « lapin dur ». Il demanda à voir la notice, il y avait bien de légers effets indésirables annexes mais aucune contre-indication. Il acheta le produit, chercha en vain à draguer, dut attendre le lendemain et découvrit une officine de masseuses asiatiques. On lui précisa suite à sa demande que les massages pratiqués n’étaient que relaxants mais il accepta néanmoins la prestation et avala préalablement une gorgée de « lapin dur ». Miracle ! Dix minutes plus tard, il bandait comme un cerf en rut. La masseuse ne s’en aperçut qu’un quart d’heure plus tard, quand elle le fit se retourner. Baladant ses mains très près de la verge tendue, elle finit par proposer à Roland une petite masturbation moyennant un léger pourboire. Il souhaitait autre chose mais il s’avéra que la pénétration ne semblait pas au programme de la fille, mais que la pipe pouvait s’exécuter de façon tout à fait « exceptionnelle » et moyennant cette fois un triple pourboire. Le marché fut conclu.

Roland eu ainsi droit à 50 ans, à sa première véritable fellation. Ses yeux s’emplirent d’émotion et le triple pourboire devint vite un décuple pourboire, au grand étonnement de la masseuse, peu habituée à de tels élans de générosité.

Un honnête homme aurait remercié in petto l’inventeur du « Lapin dur » mais Roland Vannier n’était pas un honnête homme…

De retour à Paris, Roland contacta Ali le chimique, un personnage équipé de ce qu’il fallait pour analyser n’importe quel produit et qui lui était d’une aide précieuse quand il entreprenait de contrefaire de nouveaux parfums.

Ali lui restitua le résultat qui le rendit dubitatif : le produit était composé d’excipients divers et variés qui permettaient d’indiquer « à base de ginseng et de salsepareille » sur l’étiquette, mais aussi de plusieurs molécules assez compliquées. Il était probable que l’association de plusieurs d’entre elles constituaient la « magie » du produit, les autres étant neutres et présentes uniquement pour donner le change. Ali s’avoua d’ailleurs bien incapable d’indiquer comment les reproduire.

Il fallait donc faire autrement.

Une enquête rapide permit à Vannier de remonter jusqu’à l’usine de fabrication en Franche-Comté. Notre homme s’y précipita donc.

Il tendit à Paul Binder, le directeur de l’usine, la liste des molécules et excipients qu’il souhaitait voir entrer dans la composition du produit qu’il lui proposa de fabriquer. C’était en fait du « lapin dur » dans lequel le ginseng avait été remplacé par du fenouil et la salsepareille par du jus de concombre. Il proposa le nom de « droit piquet ».

- Pour les molécules, je sais que vous savez faire, puisque vous les incluez dans « le lapin dur ».
- Ce n’est pas trop légal, ce que vous me demandez là !
- Certes, mais dites-moi donc combien la personne qui vous fait fabriquer le « lapin dur » vous le payait. Moi je vous l’achèterai 25 % plus cher.
- Ça ne se vendra jamais !
- Oh si ! Vous m’en fabriquez 10.000 flacons pour commencer, je vous les paie cash.
- Je ne crois pas avoir les moyens nécessaires…
- Sauf si vous mettez la pédale douce sur la fabrication du « lapin dur »…
- Bien sûr !

La fabrication lancée, il contacta directement les grossistes, leur revendit à un prix bien inférieur à celui du « lapin dur », mais en exigeant qu’ils n’en profitent pas pour faire gonfler leurs marges. Faisant jouer la concurrence, il parvint à ses fins et deux mois plus tard le « droit piquet » se vendait en sex-shop ou sur Internet presque deux fois moins cher que le « lapin dur ». Roland perdait un argent fou dans cette affaire, mais des sous, il en avait et puis tout cela était de l’investissement. Une fois le « lapin dur » coulé, il réajusterait les prix et l’opération deviendrait rentable, très rentable même.

Lundi

Quand Béatrice arriva au laboratoire de Martinov, celui-ci qui s’apprêtait à l’accueillir en lui parlant de ses soucis liés à la fabrication du « lapin dur » se mit à bafouiller lamentablement. Il faut savoir que Béatrice arborait un véritable port de star, le bronzage était magnifique, sa chevelure blonde naturelle avait été ravivée, et ses lunettes de soleil qu’elle enleva très vite lui conféraient un air de starlette coquine à haut pouvoir érotique.

- Tu es de plus en plus belle, Béatrice !
- N’exagère rien, mon petit professeur.
- Je n’exagère rien, alors parle-moi de tes vacances !
- Sitôt arrivée, je me suis fait draguer par un jeune couple, ils m’ont adoptée, chouchoutée…
- Pas de sexe, alors ?
- Tu rigoles ! Je n’ai pas arrêté de coucher avec eux ! Le type était très doux, très mignon et très correct et sa copine était complètement délurée. Mais arrête de me regarder comme ça mon petit professeur, tu ne vas tout de même pas me dévorer toute crue !
- C’est que ma libido vient de remonter subitement !
- Voyons voir ça ! Répondit-elle coquinement en touchant la braguette du vert professeur.

Celui-ci était enchanté, ravi et anticipait dans sa tête la suite possible des événements.

- Je suis impatient de voir si ton bronzage est intégral.
- Ben non, il n’est pas intégral, j’avais un petit string ! Répondit-elle en lui ouvrant, non sans difficultés, la fermeture éclair du pantalon.
- Tu fais quoi ?
- Je vérifie la remontée de ta libido.

Béa avait à présent sa main sur le slip démodé de Martinov, et le caressait à travers le tissu.

- Tu vas me rendre folle !
- Je sais ! Admit-elle, en extrayant la bite bandée du professeur.

Elle le masturba quelques secondes puis s’arrêta pour aller chercher une chaise.

- Ne bouge pas, baisse ton pantalon, on va s’amuser.

Une fois assise devant lui, elle se déchaussa. Hiver oblige, elle s’était bottée et portait en-dessous de fines chaussettes en voile qu’elle retira. Elle lança ses jambes en avant.


- Alors ils ne sont pas mignons mes petits pieds-pieds tout bronzés ? Je les ai vernis ce matin.
- Adorables ! Consentit le professeur.
- Ben, s’ils sont adorables qu’est-ce que tu attends pour leur faire des bisous.

Il aurait préféré de loin qu’elle reprenne sa masturbation, mais Martinov, philosophe, se dit alors qu’il n’y a pas de meilleur plaisir qu’un plaisir retardé et se mit à embrasser les petits petons de sa collaboratrice.

Celui-ci ne partageait pas la passion des pieds qui habitait Béatrice, mais il n’avait cependant rien contre cette fantaisie et le fait de la pratiquer.

- Lèche-moi les orteils. Tu peux y aller, ils sont propres !

Martinov se mit donc à lécher et à sucer les doigts de pieds de sa complice.

- Allez, mets bien le gros orteil dans ta bouche et suce comme si c’était une petite bite.

Béa jouait parfois ainsi à stimuler les légères tendances bisexuelles du professeur.

- Ça t’excite, hein quand je te dis des choses comme ça ?

Martinov qui avait la bouche pleine, ne put répondre ! Ça l’arrangeait bien, il n’aurait su quoi dire !

Béa décréta alors que son pantalon la gênait et le retira, dévoilant des cuisses et des mollets sublimés par le bronzage.

Excité par cette vision, le professeur continua donc à s’amuser avec les gros orteils de sa collaboratrice en espérant secrètement que l’affaire ne dure pas trois heures.

- Hum, ça fait du bien, ça détend ! Tu me les as bien bichonnés mes petits pieds-pieds !
- Tu as vu dans quel état tu m’as mis ?
- Et tu crois que je suis assez méchante pour te laisser comme ça ?
- Non, tu n’es pas méchante !
- Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
- Ben, j’aimerais bien que tu me suces !
- Ah ! C’est ça les hommes, des pipes toujours des pipes ! Et tu crois que ça m’excite moi, de te faire une pipe ?
- Tu m’as demandé ce qui me ferait plaisir…
- Bon je vais te la faire ta pipe, mais après tu me fais jouir !

Et sans attendre de réponse, elle engoba la bite bandée du professeur et commença à la travailler de la langue et des lèvres, Martinov se pâmait de plaisir. Elle s’arrêta un moment pour se reposer la mâchoire !

- Tu veux mon cul ? Proposa-t-elle vertement.
- Je ne vais pas refuser !

Elle retire sa petite culotte, mais garde son haut, elle se tourne, gigote des fesses.

- Tu les aimes bien, mes petites fesses, hein ?
- J’aime bien tes nénés aussi !
- Ne soit pas trop gourmand, mon petit professeur !

Elle s’est positionnée sur le tapis, en levrette, relevant et écartant son cul de manière obscène. Martinov la caresse un peu de sa langue, mais constate que mademoiselle est tellement excitée que sa mouille a dégouliné jusqu’à son anus ! Il introduit son sexe qui entre avec une facilité déconcertante, il va et il vient, il la pilonne, il la lime, il est en nage, tandis que Béa pousse d’insolites jappements en l’encourageant de la parole. Martinov n’est plus qu’une bête en rut, sa cadence s’accélère encore, il jouit dans un spasme. Les deux amants épuisés restent ainsi emboîtés quelques instants. Puis après que le professeur eut déculé, Béa se retourne telle une diablesse dans une boite à ressort :

- Viens me sucer !

Martinov la lèche ensuite jusqu’à l’orgasme se régalant de ses sucs.

- Attends un peu, lui dit-elle alors, mais reste là, j’ai envie de pipi, tu le veux ?
- Bien sûr !
- Alors bouge pas, et ouvre bien la bouche, on va essayer de ne pas en mettre partout.

Plus facile à dire qu’à faire, Martinov avala ce qu’il put à grosses lampées, hé, c’est qu’elle avait une grosse envie, la Béa ! Le reste fut pour le tapis qui fut bon pour le nettoyage, mais le tapis avait l’habitude !

Il fallut bien après toutes ces « turpitudes » que Martinov mette au courant son assistante de ses déboires avec la production du « lapin dur ».

- OK ! Dit-elle, faut qu’on aille voir, il y a quelqu’un qui a dû refiler la formule à je ne sais pas qui, il faut qu’on mette le responsable en face de ses responsabilités, et s’il ne veut pas coopérer, on verra comment porter plainte !
- D’accord je vais le prévenir qu’on arrive ! Proposa le professeur.
- Non, non, on va arriver à l’improviste ! Il ne faut jamais laisser à l’autre le temps de se préparer, disait euh…
- Qui ?
- Napoléon ?
- Il a dit ça !
- J’en sais rien, mais il aurait pu le dire !

Le contrat passé avec le fabricant prévoyait la possibilité de contrôler inopinément les stocks, le prétexte était donc tout trouvé.

Mardi

Ils voyagèrent en train jusqu’à Besançon, arrivèrent vers 18 heures et louèrent une voiture. Ils avaient prévu de ne se rendre à l’usine que le lendemain.

- T’as réservé où ? Demanda Martinov
- Nulle part, on couche chez l’habitant !
- Tu connais du monde ?
- Devine !
- Carole ? (voir Martinov et la maison de Cendrillon)
- Bingo ! Faut d’ailleurs que je l’appelle.

- Allô ! Ah Béatrice, vous êtes arrivés ?
- Il y a une demi-heure !
- Béatrice, j’ai un souci, je ne pourrai pas vous recevoir avant 23 heures, j’ai déconné avec mon agenda et j’ai un truc ce soir que je ne peux pas reporter.
- Ce n’est pas grave, nous viendrons donc à 23 heures, répondit Béa, bien plus contrariée qu’elle ne le laissait paraître.

Ils tuèrent donc le temps en traînant au restaurant. Et à l’heure dite, ils furent chez Carole.

Cette grande brune est toujours aussi jolie et est, de façon toute à fait inattendue, habillée d’une très élégante longue robe du soir de couleur bleue. Les deux femmes s’embrassent très tendrement. Elle serre la main du professeur.

- Ah, monsieur Martinov, je ne vous ai pas vu très longtemps quand vous étiez venu dans la région, mais je me souvenais bien de votre visage. Bon, vous voyez je suis un peu déguisée, je suis à une soirée… je m’en suis échappée un moment… c’est en rapport avec la gestion de ma galerie, un mec plein de fric qui reprend l’avion pour le Canada dès demain matin, j’étais bien obligée d’y aller, et d’ailleurs faut que j’y retourne. Voilà, je vais vous montrer la chambre d’amis, il y a des lits jumeaux, mais si vous préférez, l’un d’entre vous peut prendre le canapé. On se verra demain matin et demain soir, pour me faire pardonner ce contretemps vous êtes mes invités pour le dîner ! 19 heures ça vous ira ?
- C’est qu’on avait prévu de rentrer demain après-midi, Intervient Martinov, on a nos billets de train.
- Mais mon petit professeur, des billets de train, ça s’échange. Bien sûr qu’on sera là demain à 19 heures, Intervint Béa.

Pendant que Martinov, manifestement très fatigué ouvrait déjà sa valise à la recherche de son pyjama, Béatrice demanda à Carole l’emplacement des commodités.

- J’ai une de ces envies ! Précisa-t-elle.

Dans le couloir, le contact fut fulgurant : Carole se jeta sur les lèvres de Béatrice, qui ne demandait que ça et les deux femmes s’échangèrent un long et fougueux baiser.

- J’espère que demain on aura le temps de faire les folles ! Dit la brune en reprenant ses esprits.
- Moi aussi !
- Ton « collègue » ne risque pas de poser problème ?
- Pas de soucis, il a les idées larges, il est en fait assez coquin, mais ce n’est pas le genre à s’imposer.
- Ah, oui ! Il est hétéro ?
- Très légèrement bi, on va dire.
- Les toilettes sont là !
- Tu te souviens il y a trois ans, tu m’avais regardé pisser, à mon tour maintenant.

Béatrice baisse son pantalon et sa culotte et s’assoit sur la cuvette.

- Oh, que c’est mignon tout ça ! Tu as été au soleil, toi !

Elle la regarde à présent faire couler son petit jet doré dans la cuvette.

- Je ne peux rien faire d’autre, t’as vu comme je suis habillée et puis il va falloir que j’y aille, mais on se rattrapera demain !

Martinov et Béatrice choisirent de dormir tous les deux dans la chambre d’amis, et si le premier s’endormit comme une masse en se mettant à ronfler, Béa ne put trouver le sommeil qu’après s’être énergiquement masturbée.

Mercredi

Carole les réveilla à 8 heures le lendemain matin, leur servant un bon petit déjeuner avec beaucoup d’élégance.

- Je n’ai pas trop de temps à vous consacrer ce matin, je dois accompagner mon canadien à l’aéroport. Mais ce soir, promis, juré nous pourrons papoter comme des pies… et plus si affinités…

Vers 10 heures, ils prévinrent le fabricant de leur arrivée alors qu’ils étaient pratiquement devant l’usine (ce qu’ils se gardèrent bien de préciser). Cinq minutes plus tard, ils s’annonçaient à l’entrée.

- Quoi ? Ils sont déjà là ! Entendirent-ils dans l’interphone.

Paul Binder vint les accueillir, il était visiblement mal à l’aise. Plutôt que de tergiverser, il préféra prendre les devants, tout en arrangeant l’histoire à sa façon.

- J’ai un gros souci : j’ai eu la visite d’un type qui m’a demandé de fabriquer un clone de votre produit, destiné à remplacer le vôtre. Cet homme m’a fait des menaces à peine voilées, il m’a aussi demandé d’éviter de vous prévenir…

Martinov et Béatrice manifestèrent leur surprise, c’était donc au sein même de l’usine que se fabriquait la contrefaçon, ce qu’ils étaient bien loin d’imaginer.

- Comment ? C’est donc vous qui produisez le « Droit piquet » ?

Binder leur confirma, tout en découvrant que ces derniers ne le savaient pas… Peut-être aurait-il dû attendre avant de leur avouer ? Il se demanda s’il n’avait pas gaffé.

- Vous auriez pu trouver le moyen de nous prévenir malgré tout, non ? Nous aurions su être discrets. Intervint Martinov.
- J’avais la trouille !
- Ben voyons, et porter plainte, ça ne vous est pas venu à l’idée non plus ?
- J’en ai parlé à mon avocat, ça lui a paru peu pertinent, je vous dis : les menaces n’étaient que verbales.
- Vous avez les coordonnées du faussaire ?
- Oui, qu’allez-vous en faire ?
- On va voir, je n’exclus pas de déposer plainte pour rupture de contrat.
- Le contrat n’est pas rompu, je m’engageais à avoir en stock une quantité suffisante pour répondre à la demande des grossistes. Ce stock est toujours là, c’est la demande qui ne suit plus !
- Vous êtes un malin, vous ! Et si je porte plainte pour contrefaçon, vous aurez quoi comme argument ?

La douche froide ! Binder pensait encore s’en sortir, mais là il devient blême, incapable de répondre. Martinov enfonça le clou :

- Alors je vais vous dire ce que vous allez faire : vous allez informer vos clients grossistes que la production du « droit piquet » est arrêtée et vous leur proposez du « lapin dur » à la place. Je vous conseille également de ne pas prévenir l’escroc !
- Vous mettez ma vie en danger !
- Ce n’est pas mon problème, monsieur Binder ! Bon alors ces coordonnées ?
- Voilà, voilà ! Mais je vous en prie, ne portez pas plainte. Je suis conscient d’avoir fait une grosse connerie, mais qui n’en fait pas ? Je ne souhaite qu’une chose, c’est me racheter. Tenez si on parlait de tout ça autour d’une bonne table ? Permettez… dit-il en en appuyant sur l’interphone : « Joëlle, réservez-moi trois couverts aux « Trois Marches » pour midi, merci ». On fait comme ça ?
- Non, on ne fait pas comme ça ! Répondit Béatrice en se levant. En revanche, vous allez faire comme nous vous avons demandé de faire. Au revoir, monsieur Binder.

Et Martinov et Béatrice laissèrent leur interlocuteur abasourdi, qui mit une bonne minute à se saisir de niveau de son téléphone.

- Joëlle, annulez-moi la réservation de midi… Ou plutôt non, vous aviez quelque chose de prévu pour l’heure du déjeuner ?
- Euh, non !
- Alors téléphonez leur et dites-leur que nous ne serons que deux et qu’on n’arrivera que vers treize heures. Et vous, je vous veux dans mon bureau à midi pile !
- Mais, c’est que c’est mon heure de déjeuner, monsieur le directeur !
- Vous ne venez pas de me dire que vous n’aviez rien de prévu à midi !
- Ah, oui, c’est vrai !

Il raccrocha, ravi d’avoir trouvé le moyen de se déstresser, mais avant il lui fallait exécuter une corvée : il composa le numéro de Roland Vannier, son vrai numéro, pas celui qu’il avait communiqué à Martinov.

- Je vous rappelle dans cinq minutes, répondit Vannier chez qui la protectionnite devenait une véritable obsession depuis qu’il avait fait un séjour en prison.

Ce dernier sorti et rappela Binder d’une cabine ! L’autre lui déballa tout.

- Mais qu’est-ce qui vous a pris d’aller leur dire que c’est vous qui fabriquiez le « Droit Piquet ». Vous êtes con ou quoi ? Il fallait leur faire croire qu’il s’agissait d’une affaire d’espionnage industriel, que par exemple l’un de vos employés aurait pu refiler les secrets de fabrication à un concurrent.
- Ça n’aurait servi à rien, ils auraient remonté la piste à l’aide des grossistes.
- Oui, mais pas tout de suite. Ça nous aurait fait gagner du temps, on aurait pu trouver une parade.
- Et puis, ils m’ont pris de court. Ils m’ont annoncé qu’ils arrivaient et 5 minutes plus tard, ils étaient à l’entrée.
- Et alors ?
- Ils venaient faire un contrôle de stock, leur contrat leur en donne le droit !
- Et alors ?
- Ben alors, le « lapin dur » et le « droit piquet » sont stockés dans le même hangar !
- Quoi ? J’ai mal entendu !
- Je vous dis, j’ai été pris de court, je pouvais faire déménager mes stocks en une heure…mais là…
- C’est pas possible d’être aussi con ! Vous êtes nul Binder, nul à chier !
- Je fais quoi ? Monsieur Vannier !
- Rien, je vous rappelle dans un quart d’heure.

Vannier sortit de la cabine, furibard. Son projet reposait sur trois fortes probabilités :

- que l’inventeur du « lapin dur » ne s’aperçoive que le plus tard possible de la chute des ventes de son produit.
- qu’il en comprenne la raison également le plus tard possible.
- qu’il ne soupçonne rien, du moins au départ, du côté de l’usine de fabrication.

Rien de tout cela n’avait fonctionné. Si on retrouvait sa piste, il pourrait être poursuivi pour contrefaçon. Autant stopper tout de suite… Mais d’abord acheter une nouvelle télécarte…

Binder était au bord de la crise nerveuse, il avait « pris sur lui » pour ne pas répondre vertement à Vannier, ce qui n’était pas son genre, mais il se méfiait de cet individu. Il convoqua son responsable de production.

- Rémy, vous me faites transvaser tous les flacons de « droit piquet » dans des flacons de « lapin dur ». Vous me foutez dans un camion toutes les étiquettes et emballages de « droit piquet » et vous attendrez mon feu vert pour les foutre à la décharge.
- Euh !
- Quoi « Euh » ? Ce n’est pas clair ? Et débrouillez-vous pour que ça soit fini ce soir. Mettez le monde qu’il faut pour cela !
- J’ai du « droit piquet » en production en ce moment…
- Et bien vous faites arrêter la chaîne, vous n’auriez même pas dû me poser cette question et en prendre l’initiative vous-même, ça allait de soi avec ce que je vous ai dit avant. Ah ! Je suis bien secondé avec des guignols comme vous. Allez disparaissez ! Eructa Binder.
- Bien Monsieur ! S’aplatit Rémy en quittant le bureau.

Binder le suivit quelques secondes plus tard afin d’aller satisfaire un besoin naturel et urgent. Il entendit au bout du couloir Rémy confier à on ne sait qui « Je ne sais pas ce qu’il a le boss, il est d’une humeur massacrante ». Il se retint d’aller lui remonter les bretelles.

Quand il revint son téléphone sonna.

- C’est Vannier. Laissez tout tomber et on ne se connaît plus !
- Voilà une excellente nouvelle et je vous remercie de m’avoir foutu dans la merde, pauvre connard !

Binder était tout fier d’avoir cette fois traité son interlocuteur de connard.

- Deux choses avant de raccrocher : vous avez les coordonnées de ce monsieur Martinov, je suppose ?
- Qu’est-ce que vous voulez en faire ?
- Juste trouver un arrangement avec lui. Je peux les trouver tout seul de toute façon mais j’aimerais gagner du temps.
- Bougez pas !

Il les lui communiqua.

- Dernière chose. Vous m’avez traité de connard, vous inversez les rôles. Alors de deux choses l’une : ou bien vous me présentez vos excuses, ou sinon je peux vous garantir que dans un an jour pour jour au plus tard, l’un de mes amis viendra vous casser la gueule. J’attends une minute.

Binder ignorait évidemment que Vannier bluffait. Dans un sursaut d’amour-propre il fut à deux doigts d’inviter son interlocuteur à aller se faire empapaouter… mais la perspective de vivre une année dans l’angoisse eut vite raison de sa résolution.

- Faut pas m’en vouloir, monsieur Vannier, j’étais énervé.
- C’est pas comme ça qu’on s’excuse, Monsieur Binder.
- Alors je vous prie d’accepter mes excuses, Monsieur Vannier.
- C’est en effet bien mieux comme ça ! Parce que, non seulement t’es un connard, mais t’es une vraie lavette. Ah au fait, Binder, tu vas attendre huit jours avant de détruire le stock de « droit piquet ». Si je ne t’ai pas téléphoné avant ce délai, tu mettras tout à la benne.

Binder chercha une réponse assassine mais l’autre avait déjà raccroché. Il était là derrière son bureau, ravagé par la honte, des sanglots lui montèrent aux yeux. Il barricada sa porte et se mit à chialer comme un gosse.

Que fallait-il faire ? Détruire le stock malgré les instructions de Vannier. Mais il était possible que ce dernier ait l’intention d’en prendre livraison pour le transférer on ne sait où… Et si Martinov se repointait ?

Il lui faudrait donc s’humilier jusqu’à la lie !

- Allô, Rémy ! Ne cherchez pas à comprendre, j’ai un contre-ordre pour les instructions que je vous ai données tout à l’heure : on laisse tomber, on va attendre quelques temps. Par contre vous allez faire transférer le stock de « droit piquet » dans le hangar principal et vous me masquez les étiquettes des boites !
- Je fais reprendre la production, alors ?
- Mais, non ! Pauvre andouille !

Vannier se délectait, il avait toujours été un peu sadique. L’idée de demander à Binder d’attendre une semaine avant de détruire le stock lui paraissait géniale. Vannier se fiant à son intuition, s’était persuadé que Martinov ne porterait pas plainte pourvu que la production de son produit reprenne. Il ne craignait donc pas grand-chose. En revanche, Binder allait vivre une semaine d’angoisse, se disant que si une plainte était déposée et que des enquêteurs tombaient sur le stock, cela pouvait aller jusqu’à la mise sous scellés de l’usine.

A midi tapante, Joëlle frappa à la porte.

- Entrez !

Puis il se souvint qu’il s’était enfermé et alla lui ouvrir.

- Joëlle, autant vous prévenir tout de suite, je suis d’une humeur massacrante !
- Je sais, monsieur !
- Comment ça vous savez ? Eructa Binder.
- Disons que ça se voit ! Se rattrapa Joëlle.
- Joëlle vous aller me sucer la bite !
- Avec plaisir, monsieur ! répondit la secrétaire qui n’en était pas à sa première pipe avec son patron.
- Et après je vais vous prendre comme une chienne. Tenez, verrouillez donc la porte !

Joëlle était une petite rousse assez gironde en fin de trentaine. Les cheveux étaient mi- longs, les lunettes en écaille et le rouge aux lèvres outrancier. Elle se dirigea vers la porte.

- Non pas comme ça, allez-y le cul à l’air et faites tortiller vos fesses !
- Oh ! Monsieur !
- Quoi « Oh ! Monsieur ! », ça vous pose un problème ?
- Non, mais vous êtes un sacré coquin, vous alors !

Elle s’empressa de retirer son pantalon et sa culotte et s’en fut exécuter l’instruction demandée en prenant bien son temps !

- Vous avez décidément un joli cul de salope !
- Hi ! Hi ! Vous voulez que je revienne vers vous à reculons !
- Non, tournez-vous et retirez le haut.
- Comme vous voulez monsieur le directeur !
- Quelle toison ! Vous ne pourriez pas vous raser un peu, non ?
- Vous me dites ça à chaque fois, vous savez bien que mon mari ne veut pas !
- Il est chiant ton mari ! Répliqua Binder abandonnant le vouvoiement fort peu de circonstance. Il ne te laisse pas faire ce que tu veux ?
- C’est un homme ! Répliqua-t-elle tout en déboutonnant son chemisier, laissant ainsi apparaître un soutien-gorge effectivement bien rempli.
- Caresse-les, fais les bouger !
- Hi, hi !

Elle s’amusa à tirer sur ses tétons en leur imprimant un mouvement circulaire, qui entraînait tout le sein avec lui. Binder commençait à bander. Il défit sa braguette et dégagea sa bite.

- Regarde comme tu me fais bander, salope !
- Humm, c’est vrai que vous bandez bien, monsieur le directeur !

Elle saisit l’organe dans ses mains et commença à le masturber très doucement.

- Suce, salope !

Elle s’apprêtait de toute façon à le faire, elle engloutit donc le sexe de Binder et commença à balayer le gland de la langue, puis comprimant ses lèvres, elle commença des mouvements de va-et-vient.

Joëlle savait pertinemment ce qu’elle faisait. Mariée, deux gosses, elle avait un amant mais cet amant n’était pas Binder. Avec ce dernier, elle n’éprouvait aucun plaisir, juste de l’amusement, mais surtout ces petites fantaisies lui apportaient des avantages professionnels non négligeables.

« S’il pouvait jouir comme ça » se dit-elle, en accélérant la cadence.

Mais justement Binder ne souhaitait pas en finir aussi tôt. S’il voulait essayer d’éliminer la forte dose de stress accumulée dans la matinée, il fallait faire durer le plaisir.

- Arrête, salope !
- Vous n’aimez pas ?
- Si mais on a le temps ! Va chercher la règle en bois.
- Vous ne préférez pas me faire ça avec les mains ?
- Va me chercher la règle en bois, salope !

Le fait qu’il la traite sans arrêt de salope avait le don de l’agacer prodigieusement mais Joëlle n’en laissa rien paraître et s’en alla chercher l’objet demandé dans une armoire vitrée dans laquelle s’empilaient des dossiers divers et variés.

- Tu la tiens entre tes dents et tu me l’apportes en marchant à quatre pattes.

Il fallait ensuite monter sur ses genoux.

- Faites attention, la dernière fois, j’ai dû attendre huit jours avant de montrer mes fesses à mon mari.

…parce que pour ce qui était de son amant, elle lui disait que la fessée venait du mari, pas toujours facile à gérer les doubles vies, surtout quand elles sont triples !

Binder ne répondit pas et se mit à frapper les fesses de Joëlle avec vigueur. Il voulait compter, il oublia de le faire et le cul devint rose, puis rougeâtre, puis violacé et boursouflé. La secrétaire tentait tant bien que mal d’étouffer ses cris. Elle était assez maso pour accepter ce genre de fantaisie, mais pas assez pour que la douleur se sublime en plaisir. Des larmes finirent par lui couler des yeux. Le directeur ne s’en aperçut que quand il la fit se relever.

- Je t’ai fait si mal que ça ?
- C’est pas grave j’aime bien ! Mentit-elle.

Se sentant encouragé, il se mit à lui claquer les seins du revers de la main, puis à lui tirer douloureusement les tétons.

- Allonge-toi sur le bureau, je vais t’enculer !
- Mais bien sûr, monsieur le directeur.

L’affaire ne traîna pas : il lui cracha au cul avec toute la poésie dont il était parfois capable afin de lubrifier l’entrée, et tandis que la belle écartait les fesses, il s’introduisit dans le conduit sans difficulté. Il opéra des va-et-vient de plus en plus rapides et finit par lui jouir dans le fondement en poussant un grognement animal.

Il allait mieux, à moins qu’il ne se mente à lui-même en se persuadant qu’il allait mieux. Son sexe n’était pas ressorti très net de cette introduction anale à la hussarde.

- Nettoie !

A ce stade, elle aurait pu refuser sans que cela contrarie le directeur, elle le fit cependant, cela ne la gênait pas tant que ça.

Binder se kleenexa la bite sommairement avant de remettre de l’ordre dans sa tenue. On vous l’a dit, Binder était un poète. Joëlle se rhabilla, s’essuyant le cul comme elle pouvait avec les moyens du bord.

- Vous devriez acheter des lingettes, Monsieur le directeur, c’est quand même plus pratique.
- Je vais te donner 10 euros, tu m’en achèteras.
- Avec plaisir, Monsieur le directeur.
- Bon va te donner un coup de peigne et te remaquiller un peu, je t’emmène au restau.
- Oh ! Ce que vous êtes gentil, Monsieur le directeur !
- Je sais !

Le professeur Martinov

Une fois sorti de l’usine, Martinov demanda à sa complice

- Qu’est-ce que tu crois qu’il va faire, Binder ?
- Il va prévenir ce Vannier, ça c’est sûr. Il faudra qu’on voit avec un avocat… mais avant on peut essayer de contacter ce type. Il faut qu’on soit sûrs qu’il va arrêter ses conneries et le meilleur moyen, c’est de lui foutre la trouille.

Pendant que Béatrice roulait vers Besançon, Martinov s’escrimait avec le téléphone.

- Jamais, il ne répond cette andouille !
- Laisse tomber, c’est peut-être un numéro bidon, ou alors il y a un code pour décrocher, par exemple trois appels rapprochés, puis trois autres cinq minutes après…
- Demain en rentrant, on essaiera d’aller chez lui ! Proposa le professeur
- Bonne idée ! Bon on se trouve un restau, et après, il faudra qu’on trouve à s’occuper jusqu’à 19 heures.
- Ça me gonfle cette invitation ! On va parler de quoi ? Après tout, tu ne la connais pas cette fille.
- On verra bien !
- En fait, tu as envie de te l’envoyer ! Et moi je vais faire quoi pendant ce temps-là ? La chandelle ?
- Tu ne deviendrais pas jaloux, mon petit professeur ?
- La question n’est pas là !
- Si vraiment ça te gonfle à ce point, rentre à Paris, j’irais seule chez Carole, ce n’est pas un problème, et je te rejoins demain après-midi.
- Ouais, peut-être, je vais voir. Répondit le professeur, complètement indécis.
- Bon pour l’instant, je vais me garer, on va au même restaurant qu’hier soir ?
- Bonne idée !
- Mais on va éviter de se gaver, si Carole nous fait une bonne bouffe ce soir, il faut qu’on fasse honneur !
- Pff, si ça se trouve, elle ne sait même pas faire la cuisine !
- Tu arrêtes de faire ton vieux ronchon.

Situation un peu bizarre : Cela n’aurait pas dérangé du tout Béatrice que Martinov ne vienne pas chez Carole, cela aurait permis aux événements d’être plus directs. Elle lui en avait lancé l’idée mais hésitait à insister. Le professeur lui, n’arrivait pas à se décider.

Ils passèrent l’après-midi à arpenter les rues de la ville, découvrant avec intérêt ses curiosités historiques et architecturales, et à 18 heures elle osa lui demander :

- Alors tu fais quoi, mon petit professeur ?
- Bon, je vais venir, sinon tu vas encore dire que je suis un vieux ronchon. Et puis de toute façon j’ai laissé ma valise chez elle.

Ce n’était pas vraiment la réponse qu’attendait Béatrice, qui lui répondit d’un petit sourire forcé.

Voici donc nos deux comparses chez Carole, qui les reçoit vêtue d’une petite robe noire assez courte laissant les épaules dénudées. Ses jolies jambes sont gainées de bas noirs. Et puis surprise !

- Je vous présente Rémy, c’est mon compagnon.

Le Rémy en question est plutôt beau garçon, la trentaine, assez fin et les cheveux blonds, mais Béatrice ne comprend plus. Quand à deux reprises Carole lui avait fait comprendre que l’issue de la soirée serait sans doute coquine, il était évident que pour elle il ne pouvait s’agir que de galipettes entre femmes, une fois que Martinov eut été couché. Mais la présence de ce Rémy changeait tout. Sans doute la Carole s’imaginait que Béatrice allait se prêter à une partouze avec un homme qu’elle ne connaissait pas ?

- Nous sommes un couple très libre ! Crut bon d’ajouter Carole.

« Ben si elle croit que je vais partouzer avec son blondinet, elle se fout le doigt dans l’œil » se dit Béa in petto

Béatrice prit donc son parti du fait que la soirée allait être sans sexe. Mais maintenant qu’ils étaient dans les lieux, les convenances les faisaient y rester. Et allons-y pour tout le cérémonial en commençant par l’inévitable table basse et sa cargaison de biscuits apéritif et de cacahuètes qui vous coupent à moitié l’appétit.

- Mes félicitations, mademoiselle, Carole m’avait vanté votre beauté, je constate qu’elle n’avait rien exagéré ! Se croit obligé d’ânonner Rémy.
- C’est normal, je reviens de vacances ! Répond Béa.
- Alors si j’ai bien compris, vous êtes venus dans la région pour des raisons professionnelles ? Lance Carole.
- Si vraiment ça vous intéresse, je peux vous raconter, c’est assez rocambolesque… répond Béatrice.
- Raconte, raconte, j’adore les histoires rocambolesques !
- Eh bien voilà, je n’ai jamais eu l’occasion de te dire quelle était notre activité. Disons que nous sommes des chercheurs-inventeurs.
- Ça alors ! Et vous avez inventé quoi ?
- Pas mal de bricoles mais rien de fondamental. On a quand même eu un contrat avec l’état pour un produit anti-tags, mais notre meilleur coup ça a été une potion magique, genre viagra. C’est d’ailleurs à ce propos qu’on est venus dans la région.
- Votre potion est fabriquée dans la région ? Demande alors Rémy, soudain curieusement intéressé.
- Oui, à la manufacture Binder !
- Je vois !
- Vous connaissez ?
- Oui, je vous en parlerai tout à l’heure, continuez c’est intéressant !

Béatrice leur raconta donc toute l’histoire, en passant toutefois sous silence les circonstances dans lesquelles Martinov avait découvert que le « droit piquet » avait supplanté le « lapin dur ».

- Et voilà !
- Eh bien quelle histoire ! Conclut Carole, on va passer à table, je vous propose des huîtres en entrée, vous aimez ?

Ils aimaient et elles furent délicieuses.

Intriguée par le récit de Béa, Carole relança :

- Mais pourquoi vous ne portez pas plainte ?
- Ce n’est pas si simple, intervint Martinov, la marque n’est pas déposée. Pour le faire il aurait fallu soumettre le produit à un protocole assez long et aux conclusions aléatoires.
- Vous auriez pu la déposer comme simple fortifiant.
- C’est sans doute ce qu’on fera très vite en rentrant. Là on est un peu dans le vague, on ignore si Binder va obtempérer et dans ce cas on ignore comment va réagir le dénommé Vannier, mais en ce qui concerne celui-ci, on va essayer de le rencontrer et de le bluffer.

Rémy qui finissait de découper le gigot, prit alors une profonde inspiration.

- Figurez-vous que le monde est petit. Il se trouve que j’occupe le poste de responsable de la production à la manufacture Binder. Hier en fin de matinée, le patron qui était d’une humeur exécrable, m’a dans un premier temps demandé de détruire le stock de « Droit Piquet » puis une demi-heure après il est revenu sur sa décision, me demandant juste de le déménager et de banaliser les emballages.
- Ça alors ! s’exclame Béatrice tandis que Martinov manque de s’étouffer dans son verre de vin.
- Vous savez ce que vous devriez faire, reprend Rémy, téléphonez lui demain dans la journée, demandez-lui si le stock est détruit. S’il vous dit oui, demandez qu’il vous le confirme par fax accompagné du procès-verbal de destruction.
- Génial !
- J’imagine déjà sa tête ! Conclut Rémy, dont tout le monde avait compris que ses rapports avec Binder étaient assez tendus.
- Vous pouvez nous en dire plus sur ce Binder ? Demanda Béa
- Oh, c’est un personnage complexe, personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir. Il possède une petite notoriété dans la région : aux dernières élections régionales il conduisait une liste qui s’écrivait « Besançon et lumière » mais qui se prononçait « Baise en son et lumière ». C’était juste après son divorce, depuis il s’est remarié. Il fabriquait des eaux de Cologne pour une chaîne de supérettes mais il a perdu le marché. Il y a eu des licenciements, du chômage technique, l’usine a failli fermer mais il a réussi à trouver quelques contrats, le vôtre notamment, puis sa liste à la con l’a fait connaître (elle était faite pour ça) et on s’est remis à fabriquer des eaux de Cologne, des après-rasage… Ce mec a le sens du commerce, il n’a pas que des mauvais côtés mais il est un peu bizarre parfois, assez trouillard aussi. Et sinon c’est un chieur !

Au dessert, Carole et Rémy s’efforçaient de faire tourner la conversation sur le sexe. Le problème c’est que Martinov ne répliquait pas et que Béatrice s’efforçait d’éviter de relancer, mais la tâche n’était pas si facile.

C’est que notre quarteron de joyeux lurons n’était pas du tout au diapason. Car si on veut bien récapituler, nous avions :
- Béatrice qui se serait bien envoyée Carole, (mais pas son compagnon) une fois Martinov couché.
- Carole qui rêvait d’une petite partouze avec Béatrice et Rémy, le rôle de Martinov n’étant pas bien défini.
- Rémy qui se serait bien mélangé avec tout le monde (mais avec Béatrice en priorité)
- Et Martinov, persuadé d’être quoiqu’il arrive, le largué de la soirée, ayant parfaitement compris qu’il fallait laisser Carole et Béatrice seules au cas où elles souhaiteraient se faire des choses, et subodorant que si Rémy s’en mêlait, ce serait du pareil au même !

Carole résolut alors de changer de tactique. Elle faillit carrément proposer à ses hôtes de faire un strip-poker, mais trouva plus judicieux de se lancer dans l’évocation de soirées avec gages, ce genre d’anecdote se graduant parfaitement aux différentes réactions de l’auditoire.

- Le problème, c’est qu’il faut être parfaitement d’accord au départ. Intervint Béa. Dans ce cas et dans ce cas seulement, et si tout le monde joue le jeu, ça peut être génial !

Carole était assez intelligente pour comprendre le message de Béa, elle s’était tenue prête à demander à ses invités, s’ils seraient d’accord pour jouer. Elle ne se donna pas cette peine, Béa venant l’air de rien de lui suggérer qu’il manquerait son accord.

Et puis soudain, le déclic.

- L’autre fois, on jouait à un truc comme ça avec des amis artistes de passage, Rémy s’est tapé un gage, on lui a demandé d’aller se travestir. Ils ignoraient évidemment que justement le truc de Rémy c’est de se travestir. Il fallait voir la tête des autres quand il revenu habillé en femme ! Et je ne vous raconte pas la suite !

Petit silence stratégique, puis :

- Vous voudriez le voir ?

Ça passe ou ça casse !

Et ça passe. Ça passe même au-delà des espérances de Carole : Martinov voyant là une opportunité lui permettant de ne pas être hors-jeu, s’empresse de répondre « oui, oui ! » quasiment en même temps que Béatrice, qui se dit que l’occasion est trop belle de se « débarrasser » d’un seul coup et en même temps de Rémy et de Martinov.

Devant un tel double « oui-oui » aussi enthousiaste, Carole retrouve tout son punch et envoie prestement son compagnon se travestir. Celui-ci a la délicatesse de prévenir que l’opération risque de durer un quart d’heure-vingt minutes ! Il faut donc sacrifier au temps et Carole propose que l’on quitte la table principale pour rejoindre la table basse sur laquelle on servira le café. Et elle s’en va d’ailleurs le préparer.

- Ça va ? Ose Béatrice.
- On va bien voir, je les trouve rigolos tous les deux.

Carole sert le café accompagné de petits chocolats fins et se place au centre du canapé entre Martinov et sa collaboratrice.

- Ah ! Que je vous prévienne : quand Rémy se travestit, il change de prénom, il devient Romy et adore qu’on lui parle au féminin. Si vous pouviez jouer le jeu, ça lui ferait plaisir !

Et voilà que « Romy » revient. Béatrice s’en fout un petit peu, même si elle apprécie la prestation, mais Martinov lui est subjugué. La grande taille de Romy rehaussée par des escarpins vertigineux la rend impressionnante, elle est vêtue d’une simple guêpière noire et d’un string assorti, les jambes magnifiques sont gainées de bas résille. Quant au visage savamment encadré d’une très jolie perruque blonde, il est maquillé de façon si féminine que la chose en est éminemment trompeuse et troublante. Un œil averti aurait sans doute remarqué que Romy ne s’est pas fait les ongles, (faute de temps sans doute) mais qu’importe !

Romy a fait démarrer sur la chaîne hi-fi un petit morceau jazzy sur lequel elle se trémousse. Elle vient onduler quelques instants auprès de Béatrice, qui évite de réagir, puis elle s’approche de Martinov, dont les yeux s’écarquillent comme ceux du loup de Tex Avery.

- Tu peux me caresser ! Lui dit Romy.

Tel un zombie le professeur lui caresse le haut des cuisses et se rapproche inconsciemment des limites du string. Il se dégage du travesti une curieuse et envoûtante odeur de musc. Le string est devant lui outrageusement rempli, provocateur. Martinov hésite, il sait qu’il ne résistera pas longtemps et quand les filles s’en mêlent et l’encouragent vivement de « vas-y, baisse lui son string », il laisse tomber ses dernières barrières.

La bite de Romy est là, devant lui, presque bandée, ses mains s’en emparent, la caressent, la masturbent un peu, puis sa bouche engloutit tout ça. Et voilà donc notre brave professeur Martinov en train de prodiguer une fellation en bonne et due forme au responsable de la production de la manufacture Binder.

Sa langue et sa bouche s’activent en une folle frénésie, à ce point qu’il ne voit même pas ce qui se passe juste à ses côtés.

Parce que Béatrice libérée de ses appréhensions, s’est carrément jetée sur Carole. Les deux femmes enlacées, collées, déjà à moitié débraillées s’embrassent aussi profondément que baveusement, tandis que leur mains pelotent ce qu’elles peuvent.

La salle à manger s’est installée dans un semi-silence où les voix ne sont plus que chuchotements. Ce qu’on entend c’est le crissement des vêtements, les frôlements des chairs, les bruits de succions, des soupirs et des halètements.

On ne sait pas trop comment le professeur Martinov s’est retrouvé à moitié nu, mais le fait est qu’il l’est bien et que par une juste inversion des rôles, c’est désormais Romy qui lui prodigue une gâterie par devant, tout en faisant par derrière aller et venir son index dans son fondement..

Chacune des femmes voulant manifestement avoir l’initiative des caresses, s’en suivit un pelotage aussi échevelé que désordonné au cours duquel la culotte de Béatrice finit par craquer, ce qui leur provoqua un fou rire nerveux.

- Si tu arrêtais de gigoter, je pourrais mieux m’occuper de toi ! Finit par dire Béatrice.
- Alors d’accord, je me laisse faire, mais je vais d’abord me débarrasser de tout ça !

« Tout ça » c’était les vêtements rejetés à mi-cuisse ou sur les épaules. Carole se déshabilla donc entièrement, imitée par Béatrice. Puis vint s’asseoir dans une posture faussement sage mais craquante.

Béa se penche vers elle, l’embrasse de nouveau, fait durer le plaisir pendant que les mains reprennent leurs ballets croisés : celles de la blonde sur les pointes des seins de la brune, celles de Carole sur les fesses de la chimiste.

Carole finit par s’allonger, les jambes pliées sur l’accoudoir. Béatrice la contourne et la tire vers elle, rendant son sexe accessible. C’est trempé, ça sent la femme, elle écarte les lèvres et elle lèche, s’enivrant de ses sucs. Le clitoris est là, érigé en une impertinente provocation, sa langue va à sa rencontre s’active, s’active encore plus, et bientôt Carole explose bruyamment sa jouissance.

Voilà qui déconcentre l’autre couple. Romy se relève et demande trivialement si Martinov souhaite être pris. Ce dernier opine du chef en guise d’assentiment et se met dans la position adéquate. Romy lui demande de ne pas bouger le temps d’aller chercher un peu de gel et une capote. Il revient, lui tartine le cul et l’encule profondément.

Béatrice et Carole s’embrassent encore, ne se lassant manifestement pas l’une de l’autre.

- Je vais te sucer la chatte ! Lui propose la brune.
- On se met comme ça ? Propose Béa en se débrouillant pour mimer un soixante-neuf avec les mains.
- Non, après !

Alors ce sera après, la soirée ne fait que commencer !

- Humm tu as vu les hommes ? Demande ingénument Carole.
- Quels cochons !
- Et nous on est des cochonnes ! Si on les rejoignait ?
- Après ! Répond Béa, peu motivée.

Un partout, la balle au centre ! Béatrice s’affale sur le canapé, les jambes écartées et fait signe à sa partenaire de venir s’occuper d’elle, comme elle l’avait d’abord suggéré. Carole s’accroupit entre ses jambes et commence à laper le sexe humide, tout en allongeant les bras de façon à pouvoir caresser ses seins simultanément. Béa sait qu’elle ne tiendra pas longtemps, mais qu’importe, le fait de pouvoir jouir à répétition n’est-il pas l’un des avantages de la féminité ? Aussi quand la brune choisit à son tour de lui titiller le clito, elle ne lutte pas pour se retenir, mais au contraire se laisse aller… prenant le risque de déconcentrer de nouveau l’atypique couple d’à côté.


Elle récupère quelques instants, descend du canapé pour embrasser encore sa partenaire. Envie de prolonger ces instants magiques, pas envie de partouzer avec les autres ou tout à l’heure peut-être. Elle fait rouler Carole sur le tapis, il lui suffit désormais de se retourner pour se mettre en soixante-neuf. Et voilà c’est fait ! Reprise des hostilités et histoire de varier les plaisirs, Béa introduit un, puis deux doigts dans l’anus de sa complice. Cette dernière trouve l’idée si excellente qu’elle fait de même. Elles restent dans cette position plusieurs minutes. Puis brusquement, dans un mouvement de symbiose inconscient, elles accélèrent s’appliquant, s’acharnant à donner le plus de plaisir à l’autre. Puis après le feu d’artifice, ce furent encore de nouveaux baisers. Elles sont en nage, échevelées et les cuisses collantes… et puis elles ont envie de pipi. Alors : direction la salle de bains.

Elles y courent en rigolant comme des gamines. Carole se précipite sur la cuvette.

- Non, non ! Proteste Béatrice, je vais m’allonger dans la baignoire, pisse-moi dessus !
- Cochonne !

Elle le fait, Carole appréciant maintenant ces jeux que Béa lui avait fait (re)découvrir quelques années auparavant. Son jet doré asperge la poitrine de la jeune chimiste, qui boira avec gourmandise les toutes dernières gouttes.

- A mon tour !

Carole entre dans la baignoire, s’accroupit et ouvre une large bouche.

- Tu veux me boire ?
- Je veux tout boire !
- Tu ne vas pas être déçue !

Effectivement, Béa avait une si grosse envie que Carole avale de travers et se met à tousser provoquant l’hilarité des deux femmes.

- On se douche ?

Elles jouèrent plusieurs minutes à se savonner les seins, les cuisses et les fesses. Puis petit séchage mutuel à la serviette. Béatrice se serait bien séchée les cheveux, mais Carole se fit pressante.

- On va rejoindre les autres !

Béa se dit alors qu’on ne peut pas toujours dire non et qu’il ne fallait pas qu’elle se plaigne : Carole lui avait déjà tellement donné ce soir !

Mais dans la salle à manger, on était en « fin de représentation ». Romy et Martinov avait inversé les rôles et c’était à présent ce dernier qui finissait de sodomiser le travesti. Le pauvre professeur se démenait comme un diable, le sang lui montait au visage. On l’entendit jouir dans un râle avant de déculer et de s’affaler, à demi-groggy sur le canapé.

- Tu vas bien mon petit professeur ? Inquiéta Béatrice
- Quel pied ! Se contente-t-il de répondre, manifestement ravi.

Jeudi

Arrivés à Paris, gare de l’Est, Martinov et Béatrice prirent un taxi jusqu’à la rue de Montreuil, dans le 20ème, là où était censé habiter Vannier. L’immeuble vétuste et mal entretenu n’avait que deux étages, on y entrait sans aucun digicode. Les boites aux lettres se trouvaient sur le mur de gauche. Ils en comptèrent 37 ! De toutes formes, de toutes couleurs et de toutes dimensions, certaines posées n’importe comment. Certaines dégueulaient de prospectus. Pas celle de Vannier, une jolie boite grise standard. Bien sûr, aucune indication d’étage et le seul occupant présent ne connaissait aucun Vannier. L’adresse n’était donc, c’est le cas de le dire qu’une boîte aux lettres. Dépités, et ne trouvant pas de taxis à cet endroit ils s’en furent rejoindre la Gare Saint-Lazare par le métro.

- Demain, je demanderai à Petit-Couture s’il peut nous aider (voir Pr Martinov et le grimoire magique)
- Pourquoi pas tout de suite ?
- Tu as raison !
- Ah, si tu ne m’avais pas ! Se moqua Béa.

Le lendemain comme prévu, Martinov téléphona à Binder, qui lui confirma que le stock de « Droit piquet » était détruit mais qui faillit s’étrangler quand il lui demanda de lui faxer en retour le procès-verbal de destruction.

- Vous l’aurez demain, mon fax déconne ! Finit-il par dire.

Monsieur Henri, détective.

Monsieur Henri détestait ce genre d’enquête, ce n’était pas amusant. Le téléphone de Vannier ne menait nulle part. Il fallait donc opérer à partir de la boite aux lettres. Une micro caméra fut donc posée à proximité par son associé en bleu de chauffe. La caméra n’enregistrait que les mouvements et les horodatait. Monsieur Henri en conclut que Vannier venait tous les jours ouvrir sa boite en début d’après midi. Il passa donc à la phase 2 de l’opération : la planque. Son associé après avoir introduit dans la boite une enveloppe non personnalisée (mais à l’affranchissement bidouillé, contenant un appel de fonds pour le denier du culte) fit donc semblant de tripoter une armoire électrique pendant trois quarts d’heure, avant qu’un individu ne pénètre dans le hall et ouvre la bonne boite. Celui-ci découvre l’enveloppe, l’ouvre, lit, puis en froisse le contenu. Le but de l’opération était de s’assurer que c’était bien le titulaire de la boite en personne qui venait relever le courrier et non un éventuel commissionnaire. L’associé sort faire un signe convenu à Henri. Vannier est repéré, il est à pied et rejoint à 500 mètres une boutique de réparation et de vente de téléphones portables, dont il semble être le responsable. L’enquête n’est pas terminée. Nos détectives attendent donc gentiment l’heure de la fermeture et suivent Vannier en métro jusqu’à son domicile à Levallois. Il y habite seul, dans une petite maison bourgeoise où la plaque indique son vrai nom « Laurent Pelletier ». Le tour est joué. Affaire terminée ! Il est content Monsieur Henri.

Le professeur Martinov

Petit-Couture fit le reste et téléphona ensuite à Martinov :

- Escroc notoire, condamné à 8 mois de prison etc… etc.… je vous envoie tout ça par Internet avec la photo du bonhomme…
- Je vous dois combien ?
- Rien du tout, mais passez donc un de ces jours avec votre charmante collaboratrice, cela nous rappellera des bons souvenirs.
- C’est promis, dès qu’on en aura fini avec cette affaire, nous prendrons date.

Vannier (nous continuerons à l’appeler ainsi pour la clarté du récit) cherche à se venger. Il n’a aucune haine envers le professeur Martinov qu’il ne connaît même pas, mais ce dernier ayant contrarié ses projets, il estime qu’une vengeance ne pouvait qu’aller de soi. Question de principe, quoi !

Il réfléchit pas mal avant de découvrir la bonne idée. Puis il croit avoir trouvé : Il va proposer à Martinov de bricoler une version en spray de son « lapin dur ». Du coup le produit ne sera plus seulement un excellent stimulant sexuel, mais un aphrodisiaque. Imaginez un coup de spray sur le nez de la personne qu’un monsieur souhaite voir dans son lit et quelques minutes après la voici transformée en nymphomane. La première phase consistera donc à proposer l’idée à Martinov et à lui offrir sa collaboration. Il compte pour cela sur ses talents de bonimenteur et de baratineur. La vengeance interviendra subtilement dans la seconde phase. Il suffira qu’une des femmes qui aura respiré le spray et qui sera donc tombée dans les griffes d’un séducteur aille déclarer qu’il s’agit d’un viol. Vu la mentalité des juges sur ce genre d’affaires, l’issue ne devrait faire aucun problème. Résultat : interdiction du « lapin dur » sous toutes ses formes, Martinov condamné… et du coup la fabrication du « Droit Piquet » pourra reprendre ! Il n’en revient pas, Vannier d’être aussi génial ! Demain il téléphonera à Martinov pour prendre rendez-vous.

- On a des rendez-vous aujourd’hui ? Demanda Martinov.
- Ouais, répondit-elle en ouvrant l’agenda, Monsieur Darius, un type qui veut fabriquer des sprays aphrodisiaques.
- Mais c’est notre domaine réservé, ça !
- C’est ce que j’ai essayé de lui faire comprendre, mais le mec avait un tel bagout qu’il m’a embobiné. Il m’a dit que ça ne nous coûterait pas grand-chose de l’écouter un quart d’heure. J’ai ensuite essayé de le rappeler pour annuler le rendez-vous, mais je n’ai pas réussi à le joindre.
- Pas grave, on lui dira qu’on est pressé. C’est pour qu’elle heure ?
- 10 heures !

A 10 heures précises, la sonnette d’entrée retentit et Béatrice s’en alla ouvrir à son visiteur. Son visage lui rappela quelqu’un, sans qu’elle puisse dire qui. Au lieu de l’accompagner dans le bureau de Martinov, elle eut la présence d’esprit de le loger dans ce qui faisait office de salle d’attente.

- J’ai déjà vu ce mec quelque part ! Déclara Béa.
- Recevons-le, on verra bien !
- Non, va le chercher, il y a quelque chose qui me chiffonne !

Martinov se leva donc, se demanda ce qui pouvait inquiéter sa collaboratrice à ce point, et pila en reconnaissant le visage de Vannier, assez peu différent de celui sur la photo communiquée par Petit-Couture.

- Nous avons un petit contretemps, nous allons vous recevoir dans cinq-dix minutes.

- C’est Vannier ! Chuchota Martinov de retour dans son bureau.
- Vannier ! Mais bien sûr ! Pourquoi est-ce que je ne l’ai pas reconnu ? Et bien ça tombe bien, on voulait justement le voir !
- Béa, tu m’as l’air un peu fatiguée ce matin !
- Je n’ai pas assez dormi !
- Il a pris rendez-vous sous pseudonyme et de plus il ignore que nous connaissons son visage. Alors, on va le laisser parler, on en dira le moins possible et ensuite on improvisera.

Ils firent entrer Vannier, qui commença par reluquer Béatrice en la déshabillant des yeux. Il exposa ensuite avec force bagout, son projet de fabrication et de commercialisation d’un spray.

- Nous réservons notre réponse, Monsieur Darius. Lui dit Martinov une fois que son interlocuteur lui eut exposé son projet en long et en large.
- Serait-ce indiscret de vous demander ce qui vous empêche de me répondre de suite ? Si vos hésitations sont d’ordre technique, on peut en parler, parce que j’ai bien réfléchi à tous les aspects du problème. Ainsi…

Et c’était reparti pour un tour, c’était ça sa méthode de discussion, saouler son interlocuteur, le dominer du verbe. Martinov le coupa :

- Monsieur Darius, l’entretien est terminé, nous vous communiquerons notre réponse sous huitaine.
- Accordez-moi juste cinq minutes, et après promis, juré, je me sauve.
- Au revoir monsieur Darius, répondit le professeur en se levant et en tendant la main.
- Juste cinq petites minutes.
- Si vous ne voulez pas me serrer la main, je n’en ferai pas une maladie, la sortie c’est par là, Béatrice va vous accompagner.
- Attendez-moi une seconde ici, lui proposa Béatrice en lui désignant le fauteuil d’attente, je vais vous faire renseigner un imprimé afin que nous puissions vous recontacter.
- Est-ce bien nécessaire ?
- Ne bougez pas, j’en ai pour une minute.

Revenue dans le bureau, elle indiqua rapidement à Martinov les grandes lignes d’un plan assez flou qui lui était venu à l’idée pendant l’entretien.

- Pourquoi pas ? Mais sois prudente, ce mec est loin d’être idiot !
- Ne t’inquiète pas, mon petit professeur.

Revenue près de Vannier, elle lui demanda d’indiquer sur une feuille son adresse et son téléphone.

- Vous avez déjà tout ça, protesta Vannier, de plus mon portable déconne il faut que je le change, c’est moi qui vous contacterai pour connaître votre décision.
- Mais, nous n’avons même pas votre adresse !
- Inutile ! Je vous dis, je vous téléphonerai.
- Bon d’accord, soyez confiant, je sais comment fonctionne Monsieur Martinov, je pense que nous ferons affaire.

Vannier qui avait presque perdu tous ses espoirs, ne s’attendait pas du tout à cette réplique, et se retrouva tout d’un coup requinqué.

- Vous avez beaucoup de charme, Monsieur Darius, ce n’est plus si courant de nos jours !
- Merci !

Voilà une réflexion qui constituait un véritable appel du pied. Vannier méprisait les femmes qui osaient une telle conduite, pour lui ce n’étaient ni plus ni moins que des « salopes ». Quand la chose lui arrivait, il se faisait un plaisir de les renvoyer sèchement et vertement dans leurs cordes, position d’autant plus facile pour lui qu’il se savait incapable de conclure charnellement un flirt.

Mais à présent tout était différent. Depuis qu’il avait découvert le « lapin dur », il était redevenu un homme, un « vrai », alors pourquoi ne pas profiter de l’opportunité ? Alors il s’entendit répondre :

- Si vous acceptiez, je me ferais un plaisir de vous inviter au restaurant.
- Mais voilà qui me parait une excellente idée ! Répondit Béatrice. On fait ça quand ?
- Pourquoi pas ce soir ?
- Ce soir ? Euh, d’accord.

Ils se donnèrent rendez-vous Gare Saint Lazare et Béatrice pris congé en gratifiant Vannier d’un clin d’œil qui se voulait complice.

- Le poisson est ferré ! Claironna-t-elle en rejoignant Martinov.

Vannier était dubitatif ! Passée l’excitation de la prise de rendez-vous, une foule de questions l’envahissait. Ce serait donc la première fois qu’il emmènerait une femme au restaurant, il n’avait aucune expérience : comment devait-il s’habiller ? Et puis quel genre de restaurant souhaitait-elle ? Et de quoi parleraient-ils. Ayant peu d’amis et étant brouillé avec sa famille, il n’avait l’occasion de faire la conversation qu’au comptoir du bistrot où il prenait son café. Mais il ne se voyait pas parler football ou télévision avec cette Béatrice ! Bof, il pourrait toujours parler voyage, mais tenir la distance pendant une heure et demie lui paraissait une gageure. Alors il crut trouver la solution, il l’emmènerait manger un truc qui se consomme rapidement, une pizza par exemple. Voilà, l’idée était excellente : une pizza, puis au plumard !

Ce n’est qu’un peu plus tard qu’eut lieu le déclic :

Mais comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Cette femme était sans doute lassée de travailler avec Martinov, alors il suffisait qu’il lui offre un emploi dont la nature serait à définir, elle saurait sans doute reconstituer la méthode de fabrication du « lapin dur » qui du coup pourrait être fabriqué dans n’importe quelle usine. Génial, la perspective était géniale et la vie redevenait belle pour Vannier, qui sortit s’acheter un superbe costume neuf, une chemise en soie, une cravate classieuse et des chaussures à la mode. Il acheta aussi de quoi remplir son « bar » ainsi que quelques morceaux de musique douce puis passa le reste de l’après-midi à faire le ménage en grand chez lui (et il y en avait besoin !)

19 heures, quartier St-Lazare.

Béatrice s’est bichonnée. Elle a bien l’intention de lui en foutre plein la vue, à Vannier : petite robe blanche sans manches, décolletée bien comme il faut, le cou orné d’un superbe bijou de famille qui doit valoir son pesant de cacahuètes et puis un joli manteau en cuir par-dessus tout ça parce qu’il ne fait pas bien chaud.

Béatrice lui tend la joue. Chastes bisous.

- On va où ? Demande-t-elle.
- Une bonne pizza, ça vous dit ?
- Je ne sais pas, j’avais plutôt envie de fruits de mer !
- Ah ! Bon alors, allons-y pour les fruits de mer, il y a justement plusieurs restaurants de ce genre dans le coin.

Vannier pesta contre cette pétasse qui venait l’air de rien de doubler le temps de table. Mais le restaurant était tout près :

- Ces messieurs dames désirent un apéritif ?
- Je prendrais bien une coupe de champagne.

Vannier commença à se demander s’il n’avait pas emmené une machine à sous dans ce restaurant, impression renforcée quand Béatrice choisit le plateau « royal » et le vin blanc le plus cher. Certes Vannier avait de l’argent, mais il n’aimait pas gâcher. Pour lui toute dépense sortant de l’ordinaire se devait d’être un investissement. Il est vrai qu’au bout il y avait le « plumard » et surtout si tout se passait comme prévu, le secret de la fabrication du « lapin dur ».

Après avoir échangé quelques banalités, il attaqua :

- Ce Martinov, il fait très vieille école, non ?
- C’est à dire ? Lui fit préciser Béa, ne sachant pas où il voulait en venir.
- J’aurais du mal à travailler avec un tel personnage mais je ne peux pas dire pourquoi.
- Je ne m’en plains pas, sous son air bourru, c’est une personne bourrée de qualités. Je sens que vous êtes inquiet pour le produit que vous nous proposez, ne vous faites pas de souci, tout ira bien, nous en avons reparlé cet après-midi, il nous faudra régler quelques bricoles, mais je vous confirme que l’affaire devrait se faire.

La conversation prenait pour Vannier une tournure imprévue. Il se devait donc d’être plus direct.

- Je peux vous poser une question indiscrète ? Osa-t-il
- Posez, mais je ne vous promets pas d’y répondre !
- Si on vous proposait un emploi bien mieux payé, je suppose que vous quitteriez ce monsieur Martinov.

Ça y est, Béatrice venait de comprendre, elle entra donc dans son jeu. Ce n’était après tout qu’en enrichissement du scénario qu’elle avait prévu.

- Evidemment !
- Une supposition, ce n’est qu’une idée en l’air bien sûr, je crée une petite société, je vous embauche, vous pourriez à ce moment-là travailler sur mon spray, et on se passe de Martinov !

Béa entra si bien dans le jeu de Vannier qu’à 22 heures 30, ils y étaient encore, allant même jusqu’à demander papier et crayon au restaurateur afin de noter un certain nombre de choses. Tout y passa : la filière de production (complètement fantaisiste mais Béatrice avait rapidement compris que son interlocuteur n’avait des notions de chimie que vaguement scolaires), mais aussi le nom sous lequel la société serait enregistrée, les émoluments de Béa et son profil de carrière. Aucun détail ne semblait oublié et Vannier complètement médusé, n’en revenait pas que ce jour soit son jour de chance.

- Vous annoncerez quand votre démission à Martinov ? Osa demander Vannier.
- Je vais le préparer tout doucement pendant que vous accomplirez les formalités administratives, il risque d’avoir du mal à s’en remettre.
- Il était amoureux de vous ?
- Ça ne vous regarde pas !

Vannier comprit que sur ce terrain-là, elle ne le suivrait pas. Ce serait peut-être un problème. Comment réagirait-elle quand elle s’apercevrait que son projet ruinerait Martinov ? Mais bof, se dit-il les trois quarts du travail avaient déjà été accomplis ce soir, ce qui était inespéré, il trouverait bien comment gérer la suite.

- On va peut-être prendre le frais, il est tard ! Lança Béa

Vannier se dit alors que la suite ne serait qu’une formalité (une forme alitée).

- J’habite à Levallois, en métro on y est en dix minutes, je vous offre un dernier verre.
- Un dernier verre ? Volontiers, mais prenons-le plutôt dans cette brasserie là-bas.

Déception évidente de Vannier qui ne comprend plus bien, puis réalise qu’avec toute cette causette, ils n’ont pas encore dragué. Sans doute s’agit-il pour elle, se-dit-il, d’un préalable obligatoire ?

Et les voilà au bistrot. Béatrice traine volontairement pour enlever son manteau, de façon à laisser Vannier s’installer le premier, afin qu’elle puisse se placer en face de lui et non pas à côté, comme il l’aurait souhaité.

Vannier est mal. Il est mal car il ne sait pas trop comment opérer. Béatrice ne dit rien et semble sourire à la lune. Le garçon vient prendre les commandes puis sert. Le silence devient pesant et voilà Vannier obligé d’improviser :

- Ce collier est magnifique !
- Oui, il plait beaucoup. C’était à ma marraine, il faudra que je le fasse estimer, il y en a pour de l’argent ! Mais dites-moi Monsieur Darius, êtes-vous satisfait de cette soirée ?
- C’était merveilleux, Béatrice, je peux vous appeler Béatrice, n’est-ce pas ? Mais la soirée n’est pas terminée, elle ne fait que commencer.
- Je crains que si, Monsieur Darius, je ne couche jamais le premier soir !
- Mais je ne vous demandais pas une chose pareille ! Mentit effrontément Vannier.

Pauvre Vannier qui avait fait le ménage en grand chez lui !

- Ah, au fait Monsieur Darius, il y a une seule chose que nous n’avons pas évoqué : quel nom donnera-t-on à notre produit ?
- On y réfléchira, vous avez une idée, vous ?
- « Droit piquet », ce serait très bien.

Vannier devient rouge comme une tomate.

- C’est déjà pris ! Balbutie-t-il.
- Comment le savez-vous ?

Il est incapable de répondre, son estomac se noue, il ne comprend rien.

- Je voulais dire, ça ne me plait pas comme nom.
- Pourquoi m’avez-vous dit que c’est déjà pris ? C’est la boisson ?
- C’est vrai qu’on a peut-être bu un peu trop ! Concède Vannier, tout content de s’en sortir à si bon compte.

Béatrice s’apprête à donner l’estocade, c’est le moment le plus difficile, elle a imperceptiblement sorti de son sac une mini bombe lacrymogène… au cas où…

- Un truc qui aurait été bien ce serait d’aller récupérer le stock ! Reprit Béatrice.
- Le stock ? Quel stock ? Demande Vannier de nouveau circonspect.
- Le stock de « Droit piquet » qui est entreposé à la manufacture Binder, monsieur Roland Vannier !
- Mais de quoi parlez-vous ? Balbutie ce dernier.
- Ou bien préférez-vous que je vous appelle de votre vrai nom « Laurent Pelletier » ? Nous savons tout sur vous, vos activités, vos adresses, vos antécédents.
- Mais vous délirez !
- Je n’ai qu’un conseil à vous donner : nous n’allons pas perdre du temps à faire de la procédure, mais si on a le malheur d’entendre de nouveau parler de vous, ce sera le dépôt de plainte pour contrefaçon, et ça ne concernera pas seulement notre produit… on vous a vu aux puces faire d’étranges transactions. Faut-il que je continue ?

Vannier est anéanti mais il reste lucide. Les menaces de Béatrice ne l’impressionnent pas, à la limite il ira passer quelques temps en Italie ou en Espagne, histoire de se faire oublier.

- Vous êtes folle à lier, venez, je vous accompagne au métro ?
- Ne vous donnez pas cette peine ! Rétorque Béa.

Elle est malgré tout stupéfaite de l’attitude de son interlocuteur. Celui-ci se lève, l’aide à passer son manteau puis d’un geste rageur il laisse un billet de 10 euros sur la table, se dirige vers la sortie, fait cinq ou six mètres, se retourne et lui lance « Salope ! » avec tout le mépris dont il se sait capable.

Béa sort, prend le métro vers le quartier Montparnasse. C’est en s’asseyant et en ouvrant son manteau que par un geste instinctif, elle passe la main sur son cou. Le collier a disparu ! Elle fait ce que tout le monde fait dans ces cas-là : elle regarde par terre puis redescend de la rame, revient à St Lazare, regarde au sol, revient à la brasserie, demande au personnel… avant de réaliser que c’est très probablement Vannier qui le lui a subtilisé quand de façon incongrue et dans un dernier geste qu’elle pensait de politesse, il l’a aidée à enfiler son manteau.

Elle raconta sa mésaventure à Martinov le lendemain.

- Je crois bien que je l’ai cassé moralement mais je ne pensais pas que le prix à payer serait si lourd. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Je ne peux pas porter plainte, je ne vais pas aller chez lui, il ne m’ouvrira pas, et même s’il m’ouvre, il niera…
- Tu es vraiment sûre que c’est lui ?
- Bien sûr, il doit connaitre des trucs de pickpocket. Normalement un mec qui se fait jeter comme je l’ai fait ne s’amuse pas à faire de la politesse… surtout pour me traiter de salope trente secondes plus tard !
- J’ai peut-être une idée, je donne un coup de fil et je t’en reparle ! Lui répondit le professeur.

- Non mais attends, je t’aime bien mais tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Ironisa Josie au téléphone.
- Attends, je vais t’expliquer mieux !

Il le fit.

- Ah ! Vu comme ça, c’est différent ! Bon d’accord, si ça peut te rendre service ! On ira au restaurant après ?
- Bien sûr ! Euh, la présence de Béatrice ne te dérangera pas ?
- Elle est comment, Béatrice ?
- Elle est gentille !
- Alors ça va !

19 heures – Levallois

On sonne chez Pelletier alias Vannier. Il est surpris, regarde par l’œilleton, découvre une femme qu’il ne connait pas. Il entrouvre.

- Bonjour Monsieur Pelletier, c’est la commission d’urbanisme, j’en aurais pour cinq minutes.

Il la fait entrer. Josie enlève son manteau, son chemisier est en voile transparent noir sans soutien-gorge en-dessous. Vannier ne comprend pas mais soupçonne quelque chose de pas clair. Mais il n’a nullement l’occasion d’approfondir la question, un coup de pied dans les testicules vient de l’envoyer au sol de douleur.

Un raclement de gorge, c’est le signal, Martinov et Béatrice entrent. Vannier est menotté.

Lui faire avouer où était le collier fut une formalité. Un petit tour dans l’appartement leur révéla que l’une des pièces était un véritable entrepôt : fausses montres de marques, faux parfums, fringues contrefaites. Ils déshabillent complètement Vannier, lui arrachant sa chemise au passage, puis à l’aide d’une deuxième paire de menottes, ils lui attachèrent la cheville gauche à une barre de chaise. Il ne pourrait ainsi se déplacer qu’en se trainant. Trois cartons d’objets contrefaits furent vidés juste à côté de lui. Puis les visiteurs disparurent.

La rage. Vannier avait la rage. La première chose qu’il fit fut de récupérer son téléphone portable. Mais s’en servir quand on est menotté dans le dos n’est pas chose facile. Il mit un certain temps à réaliser qu’il pouvait peut-être s’en servir, mais difficilement à l’aide d’un crayon tenu entre ses dents. Prévenir qui ? Les pompiers ! Mais si la police arrivait dans la foulée et tombait sur les contrefaçons ? Il ne restait comme solution que de prévenir l’un de ses contacts. Situation humiliante mais sans alternative. Un bruit de sirène ! Ce ne peut-être pour lui ! Si ! Le bruit s’arrête juste en bas, des bruits de pas dans l’escalier. Sauf à tomber sur des flics myopes, il est bon pour quelques années de prison.

Notre trio est dans le métro. Ils n’avaient pas eu le temps de faire les présentations et on sent une certaine gêne entre Béa et Josie.

Arrivée au restaurant, Josie s’en alla directement aux toilettes, se mettre un soutien-gorge.

- Elle a beaucoup d’allure, ton amie, tu as bon goût mon petit professeur.
- Hé, hé !

Josie revient et s’installe en face de Béatrice.

- Dis-moi, Dédé, je ne voudrais pas qu’il y ait d’ambigüité, Mademoiselle est au courant ?

Béatrice éclate de rire

- C’est toi Dédé ?
- Ben oui, qu’est ce qu’il y a de drôle, je suis censé m’appeler André, non ?
- Oui mais c’est la première fois que j’entends quelqu’un t’appeler comme ça. Bon soyons sérieuses. Je suppose, chère madame, que votre question se rapporte à votre activité ?
- Absolument !
- Alors oui, je suis au courant et rassurez-vous, ça ne me choque absolument pas. Je disais d’ailleurs à « Dédé » que vous aviez beaucoup d’allure.
- Merci, mais je pourrais vous retourner le compliment, vous être véritablement charmante. Célibataire, je crois ?
- Je n’ai pas envie de me fixer pour le moment, je n’en aurais peut-être jamais envie, alors je virevolte, je m’amuse.
- Vous avez bien raison, mais les hommes ne le comprennent pas toujours.
- Je sais, les femmes non plus d’ailleurs.
- Vous voulez dire que vous amusez aussi avec les femmes ?
- Ça m’arrive parfois, oui !
- Peut-être sommes-nous faites pour nous entendre ? Avec le métier que je fais, ma libido ne fonctionne plus avec les hommes mais avec les femmes, ça marche.
- Toutes les prostituées seraient donc lesbiennes ? Intervient Martinov qui aimerait bien savoir.
- Non, certaines sont célibataires et d’autres font la différence entre l’homme qu’elles retrouvent le soir et ceux qu’elles rencontrent au travail.

L’arrivée du serveur venant prendre les commandes coupa un moment cette intéressante conversation, puis Josie reprit :

- Bon, dis donc Dédé, tu ne m’as pas dit combien tu allais me donner pour le petit service ?
- Ton prix sera le mien !
- Alors ce sera un prix d’ami, celui d’une prestation avec moi.
- Tu peux me demander plus…
- Je t’ai dit que c’était un prix d’ami.
- Tu veux l’argent tout de suite ? Répondit-il en sortant son portefeuille.
- Tsss, tu n’as pas compris, la prestation on la fera pour de vrai !
- D’accord, je passerai dans la semaine.
- Pourquoi pas ce soir ?
- Oui, pourquoi pas ?

La discussion se dilua ensuite sur des sujets communs, Béatrice et Josie s’échangeaient des regards de plus en plus équivoques.

- Si je ne me retenais pas ! Finit pas lâcher cette dernière alors que Martinov allait aux toilettes.
- Mais ne vous retenez pas, voir qu’on me désire m’excite énormément.
- Je ne fais pas payer les femmes…
- J’avais compris. C’est quand vous voulez !
- Ce soir ?
- Pourquoi pas, mais vous avez déjà un rendez-vous, je crois.
- On va s’arranger !

En sortant, ils prirent tous les trois le métro.

- Ce n’est pas la bonne direction ! S’étonna Martinov
- Mais si, on ne va pas au studio, on va chez moi ! Répondit Josie.
- Ah, bon ! Et toi, tu changes où ? Demande-t-il à Béatrice.
- Nulle part, mon petit professeur, je vous accompagne !

Josie habitait un bel appartement dans le 16ème

- Voilà, si vous avez la flemme de rentrer, vous pourrez coucher là, il y a de la place. Je vais commencer par m’occuper de Dédé et après la nuit sera à nous. Vous voulez boire quelque chose ?
- Un peu d’eau.
- Béatrice, installez-vous là, vous pouvez regarder la télé si vous voulez ! Viens Dédé, on va dans la chambre.
- Je ne peux pas vous regarder ? Propose Béa.
- Moi ça ne me dérange pas, qu’est-ce que tu en penses Dédé ?
- Ben ça me gêne un peu !
- Pas de problème, Béa va nous attendre !

Une fois en chambre, Josie se rendit à l’évidence.

- Tu ne m’as pas l’air très motivé, on dirait !
- Ouais t’as raison, laissons tomber, mais je vais te payer quand même.
- Et si tu essayais ton produit miracle ? Tu en as sur toi ?
- Oui, mais bof !
- Vas-y, j’ai envie d’essayer.

Ils prirent chacun une pilule, se déshabillèrent et s’allongèrent sur le lit en attendant que l’effet du « lapin dur » se fasse sentir.

- Qu’est ce qui t’arrive, tu avais l’air en forme au restaurant, pourtant ?
- J’en sais rien, ce doit être le choc nerveux. Cette affaire est terminée mais j’aurais préféré une autre fin, une fin à l’amiable.
- Tu ne vas quand même pas le plaindre, ce Vannier ? Je sais pas ce que j’ai, j’ai une de ces soifs.
- Normal, c’est la pilule !

Josie se lève telle une diablesse qui sort de sa boîte, traverse le salon à poil, s’empare d’une bouteille d’eau dans le frigo et revient.

- Ne t’inquiètes pas, tout va bien, lance-t-elle à l’adresse de Béatrice bien sage dans son fauteuil devant la télé.

Ils burent la moitié de la grande bouteille !

- Je me sens toute chose ! Avoua Josie.
- Hé, hé, tu as vu comme je bande, maintenant !
- Hummm, mais qu’est ce qu’il m’arrive ? Allez viens, viens me baiser mon salaud, viens me foutre ta grosse bite dans ma chatte !

Alors le temps de mettre une capote, d’oublier les préliminaires et Martinov besogna sa partenaire, qui poussait d’incroyables miaulements, en moins de cinq minutes. Ils s’affalèrent ensuite, épuisés et dégoulinants de sueur avant de finir la bouteille d’eau.

- Je vais rentrer, je suis crevé ! Proposa Martinov.

Josie l’en dissuada, oubliant (volontairement ?) de se passer une robe de chambre, elle lui proposa de coucher sur le canapé. Les deux femmes l’aidèrent à s’y installer, lui fournirent un drap, un oreiller et une couverture et il ne tarda pas à ronfler (comme d’hab)

Voir ainsi le corps nu et légèrement halé de Josie s’agiter sous ses yeux, réveilla comme l’aurait fait une étincelle, l’excitation de Béatrice.

Animée d’un désir commun et partagé, elles allèrent à la rencontre l’une de l’autre, mais Béatrice se rendant compte qu’elles n’étaient pas à armes égales fit « stop » à sa future partenaire, le temps qu’elle se débarrasse de ses vêtements qu’elle envoya valser n’importe où.

Alors elles purent se rejoindre. Curieusement elles ne s’embrassèrent pas de suite, se testant sans doute, et Béatrice se trouvant un peu embarrassée de dominer en stature son ainée.

Face à face, elles se caressèrent, s’empaumant les fesses, laissant glisser leurs mains contre les bras, contre les cuisses.

- Tu as la peau si douce ! Déclina Josie rompant le silence.
- Ça ne vaut pas la tienne, on dirait du satin !

Les visages enfin se rapprochent, le baiser est sensuel à défaut d’être torride. Les deux femmes se sourient, se contemplent, se trouvent bien ensemble. Elles s’embrassent de nouveau, c’est plus de la tendresse que de la fougue.

Les mains gagnent en audace, caressent les seins. Elles se rapprochent, se serrent, se collent l’une contre l’autre. Encore un petit bisou, encore des caresses.

- J’étais déchainée tout à l’heure, maintenant je suis étrangement calme ! Précise Josie.
- C’est les pilules !
- … Mais ça ne m’empêche pas d’avoir envie de toi !
- C’est réciproque, tu le sais bien !
- Viens !

Josie conduit Béatrice dans la chambre, enlève avec un petit sourire la serviette de bains posée sur le dessus de lit et sur laquelle Martinov l’a pénétrée, puis ouvre le lit et s’y vautre.

Les deux femmes sont l’une à côté de l’autre. Echange de douceur, de caresses, de sourires. Peu de paroles échangées. Volonté réciproque de faire durer ces instants le plus longtemps possible.

Insensiblement, elles passent à la vitesse supérieure, lèvres sur les seins, mains plus audacieuses, baisers plus profonds. Elles savent toutes deux l’explosion imminente. Encore un baiser, un regard rempli de désir, la main de Béa posée sur la chatte de Josie en découvre l’humidité croissante.

- Toi aussi ! Dira Josie, lui rendant la politesse.

Nouveau sourire de connivence : c’est Béa qui n’y tenant plus, se retourne, tête-bêche, écarte doucement le sexe de la jolie prostituée, la caresse quelques instants avant d’y plonger la langue. En même temps, elles rectifient leur position afin que la bouche de Josie puisse en même temps régaler la chatte de Béatrice en un soixante-neuf classique.

Lécher et être léchée, la position n’est pas si évidente : il faut que les deux protagonistes soient au diapason. Elles le sont, ce torrent de tendresse devient un fleuve de plaisir, les langues fouillent, les lèvres sucent. Puis la symbiose s’opère et les deux femmes se mettent à se sucer le clitoris

Béa sent comme une décharge électrique dans son corps, elle se raidit, agrippe de la main les draps du lit, lutte pour ne pas arrêter de donner ce qu’elle offre à Josie. Mais la montée du désir est trop forte, elle s’abandonne, hurle et mouille. Puis avec une volonté inouïe, recolle à sa partenaire pour l’emmener à son tour vers une jouissance aussi forte que la sienne.

Elles s’enlacent les yeux plein de larmes de bonheur.

- Toc, toc !

On frappe. Ce ne peut-être que Martinov

- Entre !

Les deux femmes dans un réflexe de pudeur incongrue cachent leur nudité

- Euh tout va bien ? J’ai entendu du bruit.

Puis il se rend compte de sa gaffe !

- Excusez-moi, je vous laisse dormir !
- Bonne nuit mon petit professeur, fais de beaux rêves, lui répond Béatrice avant de s’endormir sur le doux sein de sa partenaire d’une nuit.

FIN

Maud-Anne Amaro © Mars 2010 La Rochelle

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Une réponse à Professeur Martinov 9 – Professeur Martinov et le « Droit Piquet » par Maud Anne Amaro

  1. Muller dit :

    Une histoire complété de Martinov et Béatrice, c’est bien enlevé, passionnant et très bandant

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