Pauline et le trottoir (Sylvie) par Marie-Paule Perez

Fantasmes de femmes – Fantasmes interdits 2

Je remercie Sonia K. pour ses précieux conseils sans lesquels cette
nouvelle n’aurait pu être

Et ça y est, ça me reprend… Il y a combien de temps que je trimballe ce
fantasme récurent ? Rapide calcul je vais avoir trente cinq ans, donc ça
doit faire vingt ans ! Vingt ans ! Comme le temps passe, putain ! Putain
c’est d’ailleurs le cas de le dire, car c’est cela mon fantasme. Il n’est
pas resté figé, il a connu des variantes… mais il est toujours là

Intervention de l’auteur : Non, non, je ne vais pas vous faire le coup du
récit vérité, de toute façon toute histoire vraie et forcément arrangée, et
toute fiction contient des éléments de vérité… Mais sachez tout de même qu
l’histoire que je vais vous compter n’est point le fruit de mon
imagination. Elle me fut relatée lors d’une soirée qui avait commencé dans
une ambiance assez chaude, par un jeu assez croquignolet où les personnes
que le sort désignait, se devaient de raconter un souvenir érotique.

On reprend donc le récit…

Que dire de moi, Pauline, blonde décolorée, un visage qui plait, des formes
qui n’ont rien d’exceptionnelles, mais qui existent et puisqu’il paraît que
c’est mon truc des jolies jambes… Par contre, je ne suis pas très grande.
Que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir et puis, c’est juste pour que
vous ayez une idée du personnage, parce que ce qui vous intéressent pour le
moment ce n’est pas tellement de savoir comment je suis, mais de savoir ce
que je fais !

Et, bien je vais vous décrire tout cela, j’ai la chatte toute poisseuse, et
ma main droite n’arrête de la frotter, que pour se glisser de temps à autre
à l’entrée de l’anus. Juste à l’entrée, j’irais plus loin sans doute tout à
l’heure. Je ne peux concevoir une séance de masturbation sans me toucher le
trou du cul, c’est d’ailleurs en ce qui me concerne plus psychologique
qu’autre chose, mais il me semble que toucher cette partie de mon intimité
participe à transgresser un interdit encore puissant. De l’autre main je me
caresse les seins, les bouts habituellement recroquevillés aux sommets de
leurs mamelons sont à présent fièrement sortis, je me les pince aussi fort
que je peux, regrettant simplement que je ne parvienne jamais seule à
obtenir le même effet que quand cette « caresse » m’est prodiguée par une
tierce mimine. Je suis à fond dans mon fantasme, un type aux traits
indéfinis est monté avec moi après m’avoir demandé le traditionnel « c’est
combien ? » En chambre, il me demande de me dévêtir pièce par pièce, lui
reste habillé et s’assoit sur une chaise, pendant que je lui dévoile mes
charmes. Je commence à enlever mon corsage blanc, déjà largement ouvert, et
lui dévoile mon torse paré simplement d’un soutien gorge de fine dentelle
rouge, puis, je retire ma jupe, je le regarde fièrement pour mieux l’exciter
et lui demande de se branler sa bite devant moi, il le fait très lentement
afin de ne pas compromettre la fin de la séance. Je dégrafe à présent de mon
porte-jarretelles, enlève avec une lenteur toute calculée mes bas résilles
et lui fait admirer mes belles jambes ! Je l’interpelle, lui demande de me
dire si elles sont belles, il me répond oui, il ne va pas dire le contraire,
mais le but de l’opération est ailleurs, je lui demande de me les caresser,
il se lève alors, je n’ai plus que ma culotte à enlever.

Bref retour à la réalité, le fantasme plus le travail de mes doigts ont fait
leur œuvre, je mouille de plus en plus. Alors par pur réflexe, j’intervertis
mes mains, la droite toute mouillée va venir caresser mes tétons érigés, et
l’autre plonge vers sexe, puis après l’avoir juste humidifier se dirige vers
mon anus, que cette fois ci je pénètre de mon index en lui faisant effectuer
quelques mouvement de va-et-vient. A nouveau j’échange mes mains, je n’en
peux plus…

Dans mon fantasme le client est maintenant nu comme un ver et me pénètre
sauvagement alors que bizarrement j’ai de nouveau enfilé mes bas résilles
sur mes jambes et même remis mes chaussures…

Je frotte mon clitoris de mes doigts glissants, j’imagine le « client » en
train de jouir comme un cerf en rut et je m’éclate, mon corps fait un arc de
cercle au-dessus des draps avant de retomber, pantelant, épuisé, mouillé,
mais satisfait.

Je reste un instant vautré dans mon jus. Cette masturbation m’a fait du
bien, mais je reste avec mes problèmes. Quels problèmes ? Attendez, je ne
peux pas vous parler de tout à la fois ! Et bien figurez-vous que mon mec,
après presque dix ans de vie commune n’a rien trouvé mieux que de me larguer
pour aller vivre avec ma meilleure (ex) copine. Classique et désespéramment
banal, me direz vous, mais ça fait mal.

Après avoir eu la haine, après avoir pleuré, je me suis remise, et j’ai
essayé de trouver quels seraient les côtés positifs de la situation…, sortir
en boite ? Trop vielle ? Draguez, me faire draguer ? Mais comment ? Pourquoi
pas Internet ? Alors j’ai chatté ? Mais quelle perte de temps, la moitié des
mecs présents sont là uniquement pour l’excitation du moment, d’abord
personne ne croit que vous êtes une femme, alors il faut donner de la voix,
et puis après c’est le contraire, c’est la meute, l’indémêlable meute ! Mais
pour ce qui est d’obtenir un rendez-vous sérieux, ça devient assez
compliqué. J’en ai eu un quand même, mais quand je l’ai aperçu au bistrot
avec le journal l’équipe (quotidien sportif français à grand tirage et au
contenu incompréhensible pour les non initiées) roulée dans la main gauche,
je me suis enfuie lâchement.

J’ai donc changé de tactique, à défaut de trouver l’amant de mes rêves,
l’Internet m’aidera peut-être à trouver la bonne méthode pour le dégotter.
Du coup quand on dépasse le stade « tu baises, tu suces ? » les chats peuvent
devenir intéressants… Et si les considérations « bateau » sont légions
d’autres savent manifestement parler pour dire quelque chose… Et alors que
je demandais comment réellement me faire draguer sans tomber sur un beauf
primaire… un type me répondis que la question était peut-être mal posée et
qu’au lieu de partir dans l’inconnu…

- Je suppose que tu as des fantasmes ?
- Oui !
- Des fantasmes sur des pratiques ou sur des situations.
- Sur une situation ! Répondis-je presque instinctivement.
- Essaie donc de la concrétiser ?

Je restais comme deux ronds de flanc devant mon ordinateur, incapable de
répondre…

- Tu es devenu muette, dis-moi ce que c’est ton fantasme et je vais essayer
de t’aider !

Ben, non je ne lui dirais pas que mon fantasme c’était de jouer la pute ! Et
ne sachant plus comment continuer cette conversation, je coupais,
dubitative.

Tu parles que je vais concrétiser cela, je ne suis pas folle tout de même !
Ce que je me demande c’est pourquoi il me poursuit depuis ma première
adolescence ? Sans doute parce que pour moi le sexe n’a jamais été quelque
chose de spécial, le sexe n’est ni sale, ni diabolique, ni divin, mais
terriblement banal, et quand j’ai demandé à mes parents au nom de quoi il
fallait absolument que je me cache la zézette, que je me cache pour aller
faire pipi, et que je ne devais pas essayer de regarder les zézettes des
autres petites filles et encore moins les zizis des petits garçons, ben je
n’ai tout simplement pas compris pourquoi ! Et je ne le comprends toujours
pas ! Je n’ai jamais compris non plus pourquoi l’amour devait être exclusif,
l’amour physique lié à l’amour tout court, et uniquement orienté vers les
gens du sexe opposé.

Le sexe c’est bien, et parfois c’est même super, mais ses activités non pas
à être rangées dans des catégories à part…

Sans doute est-ce pour cela que quand j’ai appris l’existence de la
prostitution, non seulement cela ne m’a pas choqué mais ce milieu m’a alors
fasciné !

Le corps n’est pas une marchandise disent les biens pensants de tous bords !
Pas d’accord, dans le monde marchand qui est le nôtre (et comment
pourrait-il être autre que marchand ?) Tout le monde le vend son corps ! Il
fait quoi d’après vous le gros costaud à l’entré du super marché : Il loue
ses muscles et sa force à une société de gardiennage, et l’ingénieur
informatique passionné de simulation de vol et qui travaille pour une
société de consulting, il vend bien les capacités de son cerveau. Et à ce
que je sache tout le monde trouve cela normal, alors pourquoi
s’offusque-t-on tant quand au lieu de muscles, au lieu d’idées, il s’agit de
sexe ? Et puis il y a un autre principe c’est celui de la liberté de faire
ce qu’on veut de son propre corps, y compris de se prostituer.

Oui, mais les maquereaux ? Ah ! L’argument massue, celui auquel on ne peut
rien répondre, peut-être que les proxénètes ne sont pas tous des salauds, il
y en a sans doute qui sont gentils avec leurs filles ? Mais je ne creusais
pas trop le sujet… me contentant de rêver d’une prostitution libre et
volontaire… jusqu’au jour où j’appris que ça existait ! Voilà qui
réconciliait ma morale avec mon fantasme !

Ce n’était qu’un fantasme, pourtant j’en extériorisais les aspects que je
croyais liés à la fonction. J’aimais le genre « pute » mais sans exagération,
c’est pour cela sans doute que je me décolorais en blonde, adorait les
rouges aux lèvres et les vernis à ongles rouge cerise, ainsi que les
sous-vêtements froufroutants.

Concrétiser ce fantasme ? Je me surprenais à évoluer dans ma réflexion.
Après la première période de refus net et instinctif, un petit mais alors un
tout petit  » pourquoi pas ?  » Et puis le glissement vers le  » si je le fais,
je fais comment ?  » Et là ce fut le bide, je ne me sentais pas assez  »
engagé pour passer une annonce « , allez draguer un mec dans un bar me
semblait d’un parfait farfelu… Laisse tomber, Pauline…

Et puis l’idée me vint comme ça un beau matin ! Si j’allais voir ? Juste
voir ! Pourquoi faire ? Pour rien, pour voir ! Me répondis-je en me mentant
à moi-même. Je m’habillais alors très simplement, ne souhaitant pas me faire
remarquer, et me contentais d’un jeans et d’un tee-shirt discret…

C’est la première fois que j’arpentais cette rue chaude, on n’y vient pas
par hasard, à part les filles, les sex shops et quelques grossistes en
prêts-à-porter il n’y a rien à voir.

Mes les filles justement… Elles n’étaient pas vraiment comme je l’avais
imaginé, peu d’entre-elles arboraient des tenues provocantes, la tendance
allait sinon du sexy mais sage, petite jupe et décolleté tout ce qu’il faut
de suggestif, jusqu’à des tenues qui ne pouvaient faire deviner les
activités de celles qui les portaient, des jeans, des pantalons en toile,
des tailleurs…

Je fis toute la rue, puis quand il n’y eut plus rien à voir, je m’aperçus
que cette curieuse ambiance m’excitait presque, alors je la refis dans
l’autre sens ! Cinglée, j’étais cinglée, je n’allais pas refaire le chemin
une troisième fois ? Si mais cette fois ci, je souhaitais aller plus loin,
il me fallait trouver un prétexte pour discuter avec l’une d’entre elles !
Mais que trouver ?

Je me payais une halte dans un bistrot ou derrière un diabolo menthe
j’essayais d’échafauder des scénarios qui tiennent un peu la route, l’une
des solutions qui me tentaient était carrément de payer une passe, et une
fois dans la chambre, j’aurais payé mais on se serait contenté de discuter,
mais est-ce que ça se fait, ce genre de truc ?

Et au bout d’une demi-heure de réflexion j’hésitais entre le  » casse-toi
Pauline  » ou le grand jeu consistant à demander à une de ces dames comment
on fait pour le devenir à son tour !

Restait à mettre au point les formes, plus facile à dire qu’à faire, il ne
s’agissait pas de débouler avec mes gros sabots  » bonjour madame la pute ?
Moi aussi je peux jouer au même jeu que vous…  » Et puis à trouver celle
que j’oserais aborder…

Et c’est parti pour refaire la rue, pas évident, je vais un peu dans les
rues adjacentes que j’avais négligé et où les tenues sont légèrement plus
osées, Je cherche une fille qui est seule, si je me fais rembarrer, je n’ai
pas envie de me faire humilier devant quinze nénettes. Il faut aussi que son
visage transpire une certaine gentillesse ou disons une certaine
disponibilité… Pas évident !

Pourquoi pas cette fille qui doit approcher la quarantaine, en blouson de
cuir et mini jupe, le visage est doux encadré par de beaux cheveux auburn.

Pas de bol, un mec l’approche, je crois que je vais être bonne pour
continuer mes recherches, mais non, l’importun s’en va importuner une autre
péripatéticienne et me laisse donc le champ libre :

- Excusez-moi de vous déranger !

Sourire poli de la fille qui doit s’attendre à une demande de chemin !

- Vous allez sans doute me trouver bizarre mais j’aimerai que quelqu’un
m’indique comment faire si je veux pratiquer le même métier que le vôtre ?

J’ai dis ça dans un souffle et je suis rouge comme une tomate !

- Hein ?
- Vous souhaitez que je répéte ?

(En serais-je seulement capable ?)

- Non, mais vous êtes sérieuse ?
- Oui !
- Je ne peux pas vous expliquer ça, comme ça sur le trottoir en cinq
minutes, mais sérieusement vous y pensez vraiment ?

Ça ne fera que deux fois qu’elle me demande si je suis sérieuse. Mais elle
ne m’envoie pas balader, c’est déjà ça, je me raccroche aux branches…

- Si nous pouvions en discuter un quart d’heures…
- Après mon travail, alors…
- Euh, si vous voulez, je vous paie le prix d’une passe et on en discute
tout de suite !
- Décidément j’aurais tout vu dans ce métier !
- Euh, vous acceptez ?
- Viens dit-elle !

Je la suis, je n’en reviens pas que la chose ait été si facile ! On traverse
la rue, je me demande où est son studio mais c’est vers le café qu’on se
dirige, je suis un peu déçue, j’aurais aimé m’imprégner de l’ambiance d’un
studio de passe.

Alors, on a discuté.

- Pourquoi tu veux faire ça ? (et hop pour le tutoiement)
- C’est un fantasme…

Je lui explique tout, elle me regarde dubitative.

- Je suppose que pour vous… que pour toi aussi c’était pareil ?
concluais-je
- Non, j’avais des ennuis d’argent, ça m’a dépanné et puis, je suis restée

Oups ! Je découvre beaucoup de choses aujourd’hui, mon fantasme va-t-il
résister à toutes ces démythifications ?

Elle me dit son prénom, Sylvie, elle me raconte, les clients… leurs
fantasmes, leur comportement…

- Tu te figures que ce ne sont que des pipes et des levrettes, ben non,
certains vont te demander de les fouetter, d’autres de les sodomiser,
d’autre de leur pisser dessus !
- Ah !
- Ben, oui ce qui fait que certaines craquent, pour faire ce métier il faut
aimer le sexe, mais sous toutes ces formes, il faut aimer jouer, et le
premier jeu c’est de dominer ton client, il faut lui faire comprendre que
c’est toi qui mène le jeu quel que soit l’argent qu’il te donne. C’est
essentiel, une pute n’est pas une femme soumise, c’est une femme qui loue
librement son corps, mais en garde la possession, Je peux refuser un client,
je peux aussi le foutre à la porte s’il me prend la tête, je peux aussi
refuser une pratique !
- Tu refuses quoi ?
- La sodo par principe, et la scato parce que ce n’est pas mon truc…
-
Et puis elle me parle des mauvais côtés du métier, les clients agressifs,
comment dédramatiser, les clients collants avec qui il faut user de
diplomatie, les rivalités entre filles, les insultes de groupe de jeunes qui
arpente la rue pour se moquer des professionnelles, les problèmes bassement
matériels, le refus des crédits pour les voitures, la difficulté à trouver
un logement, un logement pas un studio de passe… le prix des chambres, la
sécurité… et puis l’engrenage du métier, l’habitude de l’argent facile, la
peur que quelqu’un nous reconnaisse, le grand vide quand il faut raconter sa
vie à ceux qui ne savent pas,…

- Et concrètement si je voulais commencer ?
- Je peux te prêter ma chambre pour quelques passes, ça se fait, normalement
tu me devrais un petit quelque chose là-dessus mais on verra ça plus tard !
- Ah, oui au fait ça fait une demi-heure qu’on cause, je te dois combien ?
- Laisse tomber !
- Il n’y a pas de raison !
- Laisse tomber, considère que c’est un service, j’ai répondu à tes
questions, je t’ai mis en garde, tu ne me dois rien !

J’étais assez gênée, allait donc venir le moment du rendez-vous réel, du
grand saut, j’aurais encore toute la soirée et toute la nuit pour
éventuellement y renoncer.

- Il y a un truc qui m’a intéressé dans tes fantasmes Reprit Sylvie. C’est
quand tu m’as dis que tu fantasmais sur les interdits, en fait, tu
transgresses !
- Oui c’est un peu ça !
- Et sur les pratiques marginales, tu transgresses aussi !
- A peine, il m’est arrivé de me foutre une carotte dans le cul, mais bon !
- Et les femmes !
- Les femmes ?
- Tu n’as jamais fantasmé sur les femmes !
- Non, enfin si, un peu, parfois dans mes fantasmes de… pute, excuse-moi
du terme il y a une autre femme, mais c’est parce que le client l’a demandé.
- Elle est comment la femme ?
- Blonde !
- Dommage qu’elle ne soit pas auburn !

Je comprends l’allusion ! Ben voilà autre chose ! Je ne réponds pas, je ne
sais pas quoi dire.

- Tu n’as jamais croisé une femme, en te disant celle-là je me l’enverrais
bien !

Elle m’énerve avec ses questions, pourquoi n’est-elle pas plus directe ? Au
moins ce serait clair ! Mais alors que je souhaitais l’éloigner du sujet je
préfère, faire l’intéressante en voulant l’étonner :

- J’ai fais mieux que ça, je m’en suis déjà envoyé une !
- Il y a longtemps ?

Pas folle la nana, elle s’arrange pour me faire raconter le truc, de vieux
démons que je croyais calmés vont ressurgir, mais je me prends au jeu, je
raconte.

- Assez, oui j’étais jeune et en vacances chez de la famille à la campagne.
On était toute une bande et ça flirtait pas mal, il y avait dans le village
une très belle jeune fille avec une belle prestance, la chevelure de feu
comme on dit et je m’étonnais qu’elle fasse bande à part, comme je m’en
étonnais auprès de mes camarades, j’ai eu alors droit comme toute réponse
« Ne t’y frotte pas, c’est une gouine » Déjà je n’ai pas aimé la réponse, je
n’aime tout ce qui ressemble à de l’exclusion. Alors par esprit de
contradiction j’ai été l’aborder…
- Carrément !
- Oui je lui ai glissé un papier dans les mains quand elle est sortie de la
boulangerie, je lui disais que je voulais la rencontrer à la sortie du
village et qu’elle n’avait rien à craindre.
- Elle est venue ?
- Oui, sa réaction m’a fait rire, elle était sur le qui-vive, elle m’a dit
« si c’est un guet-apens, je te préviens qu’il y a mon frère dans la voiture
derrière avec une carabine…  » Je l’ai rassuré, je lui ai dis que j’étais
profondément choquée de la façon dont les gens la considéraient et que si
elle le voulait bien, je pouvais lui offrir mon amitié pour les quinze jours
qui me restait à être ici !
- Et alors ?
- Le lendemain on a été se promener en pleine campagne, on s’est arrêté dans
un sous bois, on a discuté, elle m’a mis en garde, m’a demandé si j’étais
consciente de prendre un risque. Je lui ai répondu que je savais très bien
ce que je faisais, trente secondes après on s’embrassait, trois minutes
après on se tripotait les seins et on a quitté le coin qu’après une heure de
galipettes.
- Vous avez fait quoi ?
- Tu veux vraiment des précisions !
- Je les imagine, mais j’aimerais bien les entendre.
- On s’est masturbé réciproquement, et après on s’est mis en soixante neuf
et on s’est sucé, ça a duré une éternité, c’était trop bon, c’était la
première fois que quelqu’un d’autre me faisait jouir. J’ai cru alors que
j’avais trouvé ma voie.
- Il n’y a pas eu de suite ?
- Non, le lendemain elle ne pouvait pas, le surlendemain elle avait un
empêchement, le jour d’après c’était autre chose, bref elle me fuyait. Je me
suis arrangée pour qu’on se voie juste cinq minutes. Alors elle m’a dit que
j’étais la reine des connes et que je ne comprenais rien, et devant mon
insistance elle m’a presque crié qu’elle était tombée amoureuse de moi, et
que sachant que cela ne mènerait nulle part, elle préférait arrêter tout de
suite. Je n’ai pas su quoi répondre.
- Pourquoi tu pleures ?
- Je ne pleure pas ! Mais pourquoi tu me fais raconter ça, aussi ?
- Si tu me l’as raconté c’est que tu avais envie de le faire ! Et tu n’as
jamais eu d’autres expériences.
- Non j’ai passé les derniers jours de vacances en boudant tout le monde,
quelques temps après j’ai fait la connaissance d’un garçon qui me faisait
rire, il était sympa, s’occupait bien de moi, et m’a fait oublier ma
rouquine, quand aux lesbiennes, et bien elles ont après cela disparues de
mes fantasmes… enfin presque.

Sylvie me sourit, j’ai l’impression complètement idiote que l’ai excité avec
mon histoire à trois euros

- Et tu n’as jamais eu l’occasion de recommencer !
- Non, mais je n’ai pas cherché
- Et l’envie ?
- L’envie ?
- L’envie de recommencer ?
- Non, enfin, si, enfin je ne sais pas !
- Tu ne serais pas contre, quoi ?
- Il faudrait des circonstances, il faudrait que la fille me plaise…
- Et que tu plaises à la fille ?
- Aussi oui !

A nouveau, un sourire éclaira le visage Sylvie, c’est incroyable comme un
simple sourire peut changer le visage d’une femme ! Elle prit ensuite une
profonde inspiration

- Ouais… Tu sais ce que j’aurais du faire avec toi, c’est t’emmener en
chambre, me faire payer et te dire maintenant on fait l’amour et après on
discutera si tu veux ! Tu aurais fais quoi ?
- J’en sais rien, je me serais peut-être sauvée en courant, tout dépend de
la façon dont tu y serais prise !
- T’es pressée ?
- J’ai tout mon temps !
- Allez suis-moi, je t’embarque !

Je ne réfléchis même pas, je la suis comme si la chose allait de soi, on
monte un escalier assez sinistre et on pénètre dans ce qui ressemble plus à
une chambre de bonne qu’à un studio. Il y a sur une planche une véritable
collection de godes de toutes tailles, des instruments de flagellation sont
accrochés au mur, il y a des menottes, des pinces.

- Il faut vraiment que je me procure tout ce fourbi ?
- Mais non, c’est la collection de la fille de nuit, la plupart des objets
ont été offert par des clients
- Mais, je voulais te demander…
- Rien du tout ! Me coupe Sylvie. Tu vas me payer la passe, tu vas t’occuper
de moi, et après on rediscutera peut-être !
- Euh, c’est combien !
- C’est xxx euros, mais si tu rajoute un billet je serais encore plus
gentille.

Je suis subjuguée, Sylvie sans s’occuper de moi plus que ça est en train de
se déshabiller et se retrouve bientôt complètement nue ! Et non, elle ne
garde ni ses bas, d’ailleurs elle n’en n’avait pas, ni ses chaussures… elle
est nue comme un ver. Elle n’est pas mal, une jolie peau un peu cuivrée qui
lui fait de belles épaules, les seins sont moyens avec de gros tétons bruns,
les jambes bien galbées, bref un beau brin de fille, bien conservée. Elle
fait quelque pas, ramasse l’argent que j’avais posé sur une petite table et
m’interpelle :

- Ben alors, qu’est ce que tu attends, déshabille-toi !

C’est complètement surréaliste, je suis là dans la chambre d’une prostituée
rencontrée une heure avant en train de me déshabiller et je m’apprête à
faire l’amour avec elle ? Ça y est, je suis nue, Sylvie me dévore des yeux,
elle vient à ma rencontre et sans préavis se met à me sucer les seins, je me
laisse faire, elle passe d’un téton à l’autre et me pelote les fesses en
même temps ! Ce petit jeu dure cinq bonnes minutes, puis ma complice
s’arrête brusquement, se jette sur le lit, se met sur le dos et écarte ses
jambes !

- Viens t’occuper de moi !

Bon j’arrive, je la caresse, sa peau est douce et m’attarde un peu sur ses
seins, je les goutte, drôle d’impression que le contact des ses bourgeons
turgescents, mais ça m’excite, ça m’excite…

- Viens me lécher !

Je me positionne entre ses jambes écartées, et m’approche, elle est rasée de
façon assez curieuse, les poils pubiens forment un léger triangle brun, par
contre la vulve est imberbe de même que le départ des cuisses. Ou bien elle
se rase tous les matins ou alors c’est de l’épilation laser ! Je n’ai jamais
vu de sexe féminin depuis ma petite fantaisie avec ma camarade de vacance.
Les grandes lèvres sembles gonflés d’excitation et sont luisantes de
mouille. Sylvie serait donc réellement excitée, et de savoir que c’est moi
qui lui provoque un tel état me rempli de satisfaction ! J’écarte un peu
tout ça, c’est d’un très joli rose foncé. J’ai soudain envie d’y goûter. Ça
tombe bien c’est justement ce qu’elle souhaitait, j’embrasse un peu ces
chairs délicates du bout de mes lèvres, puis soudan prise d’une frénésie
incontrôlée ma langue s’agite, balaie, tournoie, lape, s’enivre de se
curieux mélange sucré salé. Sylvie râle de plaisir, je voulais prolonger le
plaisir, mais manifestement je la sens prête, dois-je attaquer à présent le
clitoris, lui demander me semble incongru, alors je commence, si cela ne lui
convent pas, elle me le fera savoir… ça doit lui convenir puisque les
râles se rapprochent, je fais de mon mieux actionnant mon petit bout de
langue sur ce curieux zizi miniaturisé, elle continue de mouiller de façon
impressionnante, et je comprend maintenant le rôle de la serviette posée
préalablement sur le dessus de lit. Je la sens soudain se raidir, et la
voilà qui hurle ! Elle n’est pas bien, elle va alerter la maison ! Ça ne
rate pas on frappe à la porte !

- C’est quoi ? questionne Sylvie
- Tout va bien Sylvie ? Demande une voix féminine.
- Ça baigne ! Répond cette dernière sans rire !

Elle se lève !

- Ben, dis donc, ça fait du bien ! Clame-t-elle !

Je ne sais pas trop quoi lui dire, et mon propre plaisir alors, elle
pourrait me rendre la politesse, je ne comprends même pas qu’elle n’y pense
pas, à moins qu’elle ait une idée derrière la tête… Une question me
taraude pourtant l’esprit :

- Tu jouis comme ça souvent ?
- Quand je me lâche seulement ! Répondis Sylvie sibylline.
- Mais avec les clients !
- Il est exceptionnel que l’on jouisse avec les clients, non pas par blocage
ou je ne sais quoi de psychologique mais tout simplement parce que les
conditions ne sont pas réunies pour que ça se fasse. Mais il y a des
exceptions, j’avais un client qui me suçait divinement, il est parti en
province, je ne vois plus…
- Son truc c’était de te faire jouir ?
- Ben oui comme fantaisie on peux trouver pire, non ? Les premières fois, je
faisais semblant, il ne s’y prenait pas trop bien, alors je l’ai guidé, je
lui ai appris à le faire… et il était fou de joie quand je l’ai revue, et
tu sais pourquoi il était fou de joie ?
- Dis ?
- Parce que il pouvait maintenant faire jouir sa femme !
- C’est dingue !
- Comme tu dis, et ça n’empêche pas toute une bande d’abruti de proférer les
pires conneries sur les putes et leurs clients !

Sylvie s’assoit sur le bidet et entreprend de se laver ses parties intimes.
Un bidet, quel horreur, ça existe encore ces machins là ?

- Il y a de tout chez les clients, le premier tri c’est en bas, sur le
trottoir, c’est ça d’ailleurs l’avantage du trottoir c’est qu’on peut trier.
Tu refuses poliment tu dis  » ça ne m’intéresse pas  » tu détournes la tête,
et tu ne lui réponds surtout plus… En chambre c’est plus difficile, mais
si le mec à une propreté douteuse ou s’il est bourré et que tu ne t’en étais
pas aperçu, tu lui rend le fric et tu le vires… ce n’est pas toujours
évident…
- Je n’en avais pas imaginé toutes ces complications !
- Que veux-tu c’est un métier, ça s’apprend, et le meilleur apprentissage,
c’est le terrain ! Jamais je ne t’encouragerais à le faire, je veux que ce
soit clair, on est dans un système qui nous marginalise, c’est parfois un
fardeau à porter, il n’y a pas que l’argent dans la vie !
- Alors pourquoi tu restes ?
- Parce que j’y suis bien, j’ai une bonne clientèle de base, des mecs avec
qui je sais exactement ce qu’ils veulent, et puis il se créent des liens,
des complicités, il m’arrive d’aller au restau avec certains, et même en
chambre on parle de tout, on papote, en fait il ne viennent pas chercher que
du sexe…
- La plupart viennent pour assouvir des fantasmes que leur femme leur
interdit. Si tu savais combien de bonnes femmes refusent encore de faire des
pipes à leurs maris ! Mais d’autres viennent tout simplement parce que je
crois que l’homme est fait pour avoir plusieurs femmes, alors au lieu de
s’embarrasser d’une maîtresse ils viennent nous trouver !

Sylvie commença à se rhabiller !

- Tiens je te rends ton fric, c’était juste pour le fun !

Je sautais sur l’occasion :

- Garde le et fais moi jouir !
- Non, je te dois un panard, tu l’auras, mais pas aujourd’hui et celui que
je vais t’offrir je te garantis que tu ne regretteras pas, mais pas
aujourd’hui !
- Dis moi pourquoi ?
- Parce que c’est moi qui décide, c’est toujours la pute qui décide, il faut
apprendre à dire non, c’est la première chose ! N’accepte jamais des actes
sans préservatifs, n’accepte pas que l’on t’attache, n’accepte pas deux mecs
à la fois sauf si tu les connais, refuse les scénarios qui te débectent,
pareil pour les pratiques… et surtout ne te fais jamais embrasser sur la
bouche !
- C’est une tradition ?
- C’est plus que ça, c’est l’affirmation que tu fais ce que tu veux,
uniquement ce que tu veux, et que même si le mec te paye un pont d’or tu
n’est jamais à vendre, on te loue pour des services, c’est tout et tu n’as
même pas à te justifier, non c’est non !
- Tu ne l’as jamais fait alors
- Si mais ça à une signification profonde, ce geste n’appartient pas à la
prostitution, cela signifie simplement que les rapports seront désormais
différents, que tu change de statut, ce n’est plus la pute que le mec vient
voir, mais la  » pute qui embrasse « , c’est une situation exceptionnelle,
mais qui peut être dangereuse, tomber amoureux de son client ne mène nulle
part, du moins la plupart du temps. Tu peux aller avec un client jusqu’à une
énorme complicité, jusqu’à de l’amitié, mais ne va pas au delà !

Tout en parlant, Sylvie est en train de ramasser des affaires et les
entasser dans un sac de sport.

- C’est pour ça que je te dis non aujourd’hui pour que tu t’en souviennes
toujours ! Tu dois savoir dire non, fermement, définitivement.
- Tu as fini ta journée ?
- Ouai, normalement je finis dans une demi-heure mais j’ai la flemme de
redescendre.
- Tu montes souvent avec des femmes !
- Jamais !
- Jamais ?
- C’est extrêmement rare qu’une femme nous aborde pour une passe, une fois
par contre j’ai monté un couple.
- Il n’y a pas de femmes prostituées pour les femmes ?
- Bien sûr que si, c’est même une spécialité, ça s’appelle les michettes,
mais simplement ça ne se passe pas sur le trottoir, ça ce passe dans des
clubs ou par petites annonces… Bon on descend ensemble ?

On descend l’escalier, on croise une des ses collègues suivi de son
client…

- Je vais par là, toi aussi ?
- Oui ! Je t’ai fais perdre de l’argent, ça me contrarie un peu.
- C’est pas bien grave, tu sais parfois le matin, je décide ne pas venir
tout simplement parce qu’il ne fait pas beau, ou parce que je me sens
fatiguée ou tout simplement parce que je n’ai pas envie, alors on ne va pas
chipoter pour une demi-heure et puis ça m’aura permis de te connaître, ça
donne du piment à l’existence…

On a été jusqu’au métro, on s’est fait un bisou, elle m’a refilé son numéro
de portable

- Réfléchis bien ! M’a-t-elle redit

Et voilà… Me revoilà toute seule avec ma conscience ! J’ai découvert un
milieu que je caricaturais, je pense que le fantasme n’y survivra pas, alors
a quoi bon concrétiser ? Mais le fait d’avoir fait jouir une fille me donne
de nouvelles perspectives.

J’ai bien dormi cette nuit là ! J’ai mis mon réveil pour être prête au cas
où, mais ma décision est pratiquement prise, je n’irais pas m’embarquer là
dedans et la chatte de Sylvie restera un merveilleux souvenir

On souffle un peu !

Et c’est là chers lecteurs que l’on s’aperçoit que la littérature est aussi
très pute, pace que je fais exactement ce que je veux avec le lecteur !

Par exemple :

Hypothèse 1 : J’arrête le récit à ce stade, la fin est ouverte, le lecteur
la finira dans sa tête ou il ne la finira pas

Hypothèse 2 : On, vous fait le coup d’un an après, elle retrouve Sylvie par
hasard dans Paris, bisous, bisous, retrouvailles, elles se sautent et se
mettent en ménage, quant à Pauline elle se prostitue ou elle ne se prostitue
pas, c’est selon l’humeur de l’auteur.

Hypothèse 3 : c’est celle que vous lirez en lisant la suite de cette
histoire car c’est celle qui fut racontée lors de cette soirée évoquée en
introduction !

A suivre donc !


Marie_paule_perez@hotmail.fr

Ce texte a eu l’honneur d’être désigné comme premier prix du meilleur
récit lesbos pour l’année 2004

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Une réponse à Pauline et le trottoir (Sylvie) par Marie-Paule Perez

  1. Mary_belle dit :

    Un texte qui ne se contente pas d’être excitant, il est aussi intelligent

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