Femme de port par Anne_Walter

1 – Le mauvais cuir
J’ouvre les cuisses. Le cuir de ce fauteuil anglais ne me plait pas, de la
mauvaise qualité certainement, quand le revêtement colle à la peau c’est que
le cuir est mauvais. D’ailleurs, ce fauteuil… il me fait penser au canapé
de mes beaux-parents, du simili aussi somme toute, avec des espèces de pieux
qui le traversent, pour presser et oppresser, bien serrer la bête, avec le
dossier haut donc le regard hautain, d’un bon maintien il est vrai sur les
cotés mais des accoudoirs évasés, évasifs… alambiqués… je n’aime pas ce
fauteuil, d’autant que l’on y est mal assis, c’est çà le pire ! On y joue et
on y glisse, on y gagne à être vu mais les maigres moyens de la compagnie ne
doivent pas nous permettre de faire mieux :
on a choisi l’apparence plutôt que l’efficacité…
« Y’a pas qu’chez nous !  » j’entends dire… moi je me contente du style,
c’est mon outil de travail… faut dire aussi…

J’ouvre les cuisses. J’écarte encore un peu plus pour découvrir cette fente
mystérieuse. C’est à ce moment là généralement que le silence est d’or.
Juste quelques secondes de gorges nouées et de souffles retenus, juste un
instant avant que ne monte le bruissement salvateur, la délivrance qu’ils
attendaient, le Mmm ou le Ahh qui les libèrent. Après, la tempérance fait
que, ce lieu qui les ignore les devine confus et impudents, enfermés dans
leur paradoxe, à la fois heureux d’être ici et honteux d’être là. Chaque
soir c’est un jeu différent pour ces semblables, l’atmosphère s’alourdit au
gré de leurs humeurs mais ce qu’on subodore se révèle toujours être à
l’identique : les hommes se distinguent et se ressemblent tous !

Déjà, avant que le rideau ne soit levé, la lumière s’est éteinte, ne reste
qu’un tamisé rouge et jaune à peine perceptible. Juste un rai de gaîté dans
ces velours ridicules et sinistres, ridiculeusement sinistres. Il ne faut
pas qu’on les voie. Il ne faut pas qu’on les reconnaisse. Pas de faux pas
SVP !
Non, ces gens là, ils passent dans la rue, par hasard, dans le quartier
chaud, entre la froidure du port et le centre déserté, la nuit est claire,
le Dam n’est pas si loin, les dames sont si proches, ils découvrent
l’affiche, leur regard s’est égaré, ils jettent un oeil aux alentours des
fois que, ils respirent un grand coup et ils rentrent. C’est une victoire,
ils ont osé… tu vois c’était facile, puisque tu es là… sans faire
exprès… La caisse est discrètement placée à l’abri par la porte auvent,
tant mieux, les autres n’en sauront rien. En tremblant un peu ils cherchent
le billet qui donnera le ticket qui donnera la suée – du moins
l’espèrent -ils -, le sésame est cher mais on ne peut s’en priver, puisqu’on
est là, çà fait tellement longtemps qu’ils en avaient envie… et puis au
diable l’avarice, demain sera un autre jour…
Ils ne sont pas seuls et çà, çà les embêtent, mais ils ne se voient pas, ils
ne se reconnaissent pas, pas de faux pas jusque là, alors ils cherchent dans
ce rouge pompeux ( ! ), la meilleure place pour voir sans être vu – une
reconnaissance près de l’allée centrale – on ne sait jamais, mais tout est
pris, il faudra se résoudre à s’asseoir juste au bord, l’estrade est à un
mètre, tant pis, on verra bien mais les autres aussi. çà, çà les embête…
mais ils sont là à  » l’insu de leur plein gré « … destin quand tu nous
tiens…

Ma main descend lentement le long du corps, elle s’attarde sur le téton, il
se durcit encore un peu s’il le pouvait – il aime, le téton – mon ventre
attise la caresse, mes doigts s’égarent vers le nombril, un trou qui n’en
est pas, il n’y à rien à combler alors ! Alors, puisqu’ ILS attendent,
puisqu’ ILS le veulent, je ne peux pas les faire languir davantage… et moi
non plus : ma main se perd entre mes jambes…
Oh, bien sûr, le geste est récurrent, mais on ne s’y habitue pas. C’est une
perpétuelle sensation de découverte, la caresse est banale et le plaisir
unique. Il y a mille chemins, il y a mille espoirs, il n’y a qu’une solution
pourtant : l’Evidence.
Les  » PAR 15  » m’éblouissent. Ces satanés projos me cachent tout ces « je
suis là par hasard « … du moins après le troisième rang. Je les devine, le
regard probatoire, s’interrogeant ainsi un peu sur mes capacités et beaucoup
sur les leurs, je les sens, leur transpiration coupable les imprègne, je les
touche à ma façon, virtuelle que j’aime être, ils sont tendus pour ne pas
dire crispés, réels, eux.

J’appuie sur le bouton, celui qui allume la lumière dans leurs yeux. Moi,
les rayons me transpercent, m’accablent et me chavirent. Mes doigts se
réservent à l’envie ; seul, tout seul, l’index de la main gauche trace sa
ligne de plaisir sur mes lèvres endormies, le réveil n’en est que plus
charmant.
La main droite en soutien, je relève un peu la jambe, il faut qu’ils voient
tout ce que je peux montrer, ils ne doivent rien ignorer de mon intimité,
c’est le contrat, c’est mon deal, mon plaisir et le leur, eux pour moi et
moi pour tous. L’exhib est quelque chose de fort. Cela fait peut-être 3mn
que je suis nue, attisant leur regard, égayant leur soirée, je suis déjà
ailleurs, transportée et prise par… le jeu…
L’excitation s’emballe, tout à l’heure, quand la suite surviendra, je ne
serai plus moi je crois, il me semble que je ne supporterai pas ce plaisir
démoniaque, et pourtant, à chaque fois, pour eux un peu, pour moi surtout,
je recommence.

Je ne résiste pas bien longtemps. Ces orifices mis à l’index, pleurent leur
condition. C’est un soulèvement, pas une révolte : juste une évolution.
Caresser le clito puis ces lèvres charnues, d’un doigt ne suffit plus ! Il
me faut du renfort pour tout ce réconfort. C’est donc la main entière qui
s’active à mon con ! Je n’amuse pas l’terrain, je branle la galerie ! Les
doigts se livrent à des caresses sans concession, passant et repassant le
long de l’entrecuisse, appuyant leur attaque par de brefs attouchements
clitoridiens, jetant leurs forces au centre de mon corps, oui, là, juste là,
où le désir est le plus fort : un majeur courageux s’enfonce dans mon vagin,
j’y laisse quelque énergie mais aussi bien des râles.  » la foule  » beugle
avec moi… en catimini…
 » Un con est un être délicat et fragile, la preuve, il pleure quand on
l’caresse !  »
J’ai le con qui pleure, mais il y a tous ces cons qui rient, qui ahanent et
qui suintent. C’est pour eux que je suis là et je veux du respect !
Certain en ont, du respect… et d’autres choses sans doute… comme cet
homme ici, au premier rang, à un mètre de l’estrade, sur ma droite, comme il
a l’air gêné ! ( C’est pour mieux t’apitoyer mon enfant ), comme il parait
surpris ! ( C’est pour mieux t’émouvoir ma chérie ) et comme il a l’air
petit ! ( c’est pour mieux te pourfendre, quand tu seras à lui )… comme il
paraît… je parais… comme il a l’air sincère… et coquin…

Je ne vois plus que lui qui ne voit plus que moi. Nos regards se sont
croisés, nos destins quelque part.
Malgré les projecteurs, je distingue ses yeux bleus ou verts je ne sais,
tendance de braise en tous cas, tellement le feu s’allume à chaque échange.
Ses cheveux poivre et sel trahissent sa quarantaine, il a aimé la vie comme
la vie l’a détesté peut-être, quelque chose le caractérise mais je ne sais
pas quoi encore, je l’ai remarqué, lui, quidam expiatoire. Il est venu – le
hasard ? – j’étais là – de la provocation ? -
Il me touche avec ses yeux, je lui donne avec bonheur, je me tourne un peu
vers lui -excentré -, pour qu’il savoure ce moment de partage, faute
professionnelle, j’ignore les autres pour m’attirer à lui et je ne devrais
pas, c’est pas le contrat, pas le deal…
Il ne dira rien, mais je sais qu’en son for intérieur il bout assurément.

Les autres – ILS -, m’invectivent en silence. Je connais tous leurs mots, je
sais toutes leurs rancoeurs, pas contre moi, contre ILS :

 » Humm, Salope ! C’est çà vas-y caresse-toi le bouton, mets-toi un doigt
dans la chatte, oui voilà, continue, t’aime çà ma chienne hein ? ; n’hésite
pas, je veux un doigt dans l’cul maintenant, tu vois qu’çà fait du bien, ahh
la pute si j’pouvais monter sur scène qu’est ce que j’lui mettrais, ah la
vache, elle est insatiable cette gonzesse…  »

Puisque je sais tout leur discours, j’anticipe mes mouvements. Je me lèche
les doigts que j’enfourne à nouveau, j’ai le regard coquin envers ceux que
je vois, je leur jette mon corps en pâture, il y a les regards coquins de
ceux que je ne vois pas, ILS ne me jettent pas la pierre, ILS en redemandent
:

 » Allez vas-y branle-toi bien Salope ! Ecarte bien les cuisses que tout le
monde en profite, ha çà a l’air de te plaire de te doigter en public !
Continue ma petite pute adorée tu vas y arriver… voila, comme çà, encore,
sois pas timide ( ! ), mets toi les deux doigts, oui, dans le fion, c’est
çà, et ton autre main, voila, parfait, dans le con, bah dis donc ! Si avec
çà tu jouis pas ! Oh putain de salope de chienne !!!  »

C’est vrai, je suis au bord de la jouissance. ILS l’ont bien senti. Mes
index, majeurs et compagnie, fourragent à qui mieux-mieux, tous mes trous
investis, je vais bientôt me livrer, trop de cyprine a coulé, je dois sortir
vaincue ou me rendre… à l’Evidence, Il faut que je me calme, ou que je
n’explose, ce n’est pas dans le contrat çà, quel dilemme !
Je suis trop chaude pour réfléchir et mon temps est compté (si si ! ),
bientôt il sera trop tard, je dois prendre la décision maintenant, en pro,
comme une femme de caractère, comme une pute qui sait se tenir, comme une
Salope d’envergure, le S majuscule SVP, comme une grande dame !

Alors ?

Alors, j’entends le public dispenser ses humeurs au travers du théâtre,
c’est comme un râle unique, commun et solidaire, comme un,… et solitaire,
avec moi çà fait deux, çà fait d’eux des gens bien quand on y pense, le
partage çà fait du bien en passant…
J’ai choisi la tautologie, m’abandonner à la victoire : je jouis, je jouis,
je jouis !
ILS entendent cette jouissance et ils me la renvoient, boomerang. J’exclame
leurs plaisirs, ils n’attendaient que çà les salauds !, ils en réclament
encore, il faut que je leur donne une suite pour assouvir toutes ces
privations, ces angoisses et ces haines ; Ce râle est inhumain, mais c’est
çà qu’ils voulaient, jeter toute cette souillure qu’ils croyaient seuls à
détenir : ils se disaient mauvais, ils découvrent que c’est bon, être
ensemble, à jouir comme tout le monde, c’est une communion entre moi et
eux… je sais qu’ils apprécient ce moment solennel et je ne me fais pas
prier, à deux doigts du blasphème, le pilori non merci… ni même le
pilon… je libère toute les âmes de leur mauvaise conscience et la mienne
en même temps ! Dieu que c’était bon !

Je m’abandonne ainsi, quelques instants sereins, qu’ILS reprennent leur
souffle et que je reprenne « mes esprits « . Dans cette lascivité temporaire,
je me sens un peu conne d’avoir joui sans retenue comme une amatrice, putain
je suis une pro quand même ! J’aurais dû ! J’aurais pu ? En tous cas je sais
qu’eux au moins n’ont pas trop de regrets, leur ticket chiffonné dans le
fond de la poche, cela valait la peine que je leur ai vendu.
ILS attendent la suite. Et si c’était fini ? Après tout, ils m’ont vu… me
dévêtir, m’asseoir sur ce mauvais cuir, me caresser sans complexe ni
raison… ILS m’ont vu de leurs yeux, à un mètre de l’estrade, presque à
pouvoir me toucher, et surtout, surtout ! ILS ONT JOUI COMME J’AI JOUI,
ENSEMBLE ! ON A JOUI !
Cela devrait suffire non ?

Lui, il reste là. Il a apprécié sans doute la prestation que je leur ai
offert, mais il se doute bien que le spectacle ne s’arrête pas là. Peut-être
un peu plus courageux, sans doute un peu plus inconscient ou même encore
plus déluré, il a dû s’attarder sur les affiches de l’entrée. Il a vu ces
quelques clichés de la scène à plusieurs, des photos racoleuses certes mais
combien excitantes, le quidam ordinaire, pléonasme coquin, ne put se
retenir… alors il sait qu’il faut rester.

Au début du spectacle, ils sont un peu gênés. Ils n’osent regarder autour
d’eux de peur qu’on les reconnaisse, ils mâtent un peu quand même, des fois
qu’eux reconnaissent… et puis comme dans tous les théâtres du monde, les
trois coups retentissent, ils sont  » dedans « .
J’ai mon coeur qui bat à 100 à l’heure lorsque je rentre sur le plateau, le
lourd tissu s’efface, je suis  » devant « , je suis à eux.
Au théâtre ce soir, les décors ne sont pas de Roger Harth et Donald Cardwell
est au chômage. Minimaliste est mon salon, maximiser est le but du gérant…
il y a un fauteuil et une table basse… un miroir et un bar en retrait…
cela suffira bien pour faire ce que l’on a à faire…
Je pénètre dans cet antre. Il n’y a pas d’applaudissements, au mieux une
légère intention. C’est qu’ici les gens sont discrets vous savez, d’ailleurs
il n’y a personne dans la salle, simplement des passants qui jettent un
oeil, comme çà… juste comme çà… alors…

Alors ?

Alors, je joue mon rôle de femme rentrant à la maison après quelques courses
éreintantes, j’avance d’un pas décidé dans mon pseudo appartement, je pose
mes sacs près du pseudo mauvais fauteuil en soufflant largement pour montrer
ma fatigue, et comme pour toutes les pseudo ménagères lassées de leur
journée, je décide de faire un strip-tease devant le miroir du salon… tout
ce qu’il y a de plus naturel en somme, la vie en raccourcie, le Théâtre avec
un grand T, du Cocteau ou du Goldoni, presque Racine en plus léger…
presque Feydeau en plus sérieux… presque.
Subrepticement, les bretelles glissent une à une. Lentement afin de parfaire
ce public, je laisse descendre la fermeture de ma robe. Je suis devant la
glace. Mon corps se dévoile peu à peu aux regards indécents, l’étoffe qui me
cachait est maintenant à terre, je me découvre pourtant tandis que la
chaleur m’étouffe.
D’un profil approximatif, j’offre mon point de vue. Ils me toisent, je me
tais, y’a rien d’intéressant à dire. Je parle à l’intérieur de moi. Une
voix. Qui m’encourage et qui me tanne ! Un souffle interne, entre la raison
et l’envie, l’excitation est à ce prix : Je suis une Salope voyez-vous !

Lui, il reste là. Assis près de l’estrade, près du miroir. Je ne l’ai pas
remarqué encore. Lui a déjà fait le rapprochement. Il me regarde, que dis-je
! Il me pourfend, me traverse et m’ausculte : il me voit peu à peu, prenant
chaque image pour les mettre dans sa poche (celle de gauche ), il me devine
petit à petit et s’interroge sur la finalité, « être ou ne pas être « ,
j’expire, çà l’inspire… c’est bien du théâtre…
Mon soutien gorge ne soutient plus rien. Toutefois il faut remarquer qu’il
n’avait pas grand chose à soutenir. Maintenant qu’il est sur le rebord de la
psyché, ballotant et ballot, mes seins se sentent libres comme l’air,
j’inspire, lui… expire…
Ne reste que le bas. Les bas et tout cet attirail qui fait de moi une pute.
Attirer le mâle, voilà ma raison d’être. Alors, mes ustensiles de cuisine au
fessier, je m’accommode, néo-moderne et rétro silencieuse dans cet
accoutrement. Je soulève une à une, les jarretelles qui portent, j’enlève
délicatement ces dessous qui m’habille, j’active la libido de ces hommes
perdus, bientôt je serai dévêtue, totalement impudique, soumise à leur
vindicte et à leur tutoiement.
Lui, il ne perd pas une miette, il me voit sans détours, presque, il
pourrait me toucher, presque, il attend son tour… peut-être… un jour…
pas cette nuit…

2) Acte II
Pas cette nuit…

Car c’est le tour de Roger ( prononcez rodjeur à l’américaine please ).
Roger c’est le petit nouveau. Il faut qu’il se contrôle – pas comme avant
hier -, je ne pourrais pas rattraper ses bêtises à chaque fois… Merde
alors ! Trois mots à dire – trois trucs à faire et il a du mal ! Non de non
! Je veux bien l’aider à prendre de l’assurance dans ce job mais il faut
qu’il y mette un peu du sien. Il ne nous fera pas le coup du trac tous les
soirs… même si je sais ( du moins j’imagine ) qu’être  » l’Homme  » demande
beaucoup de maîtrise, ce soir il n’a pas le droit à l’erreur !

J’entends la porte de « l’appartement  » qui se referme. Le clac du pêne est
son signal d’entrée en scène.
Là encore, le public reste silencieux, toujours cette discrétion qui traîne
dans la salle, toujours ce vide qui nous pèse, bientôt ces mots que Roger
doit me dire :

 » hi dear, where are you ?  »

L’interrogation est forte ! Du côté du public qui attend la suite infernale
comme du pseudo mari sur les planches qui cherche sa femme… c’est d’un
suspense Hitchcockien… d’un texte de premier ordre… on en a tous le
souffle coupé… l’intonation sans doute… Rodjeur y a mis tout son
coeur… il faudra qu’il mette le reste tout à l’heure… Rodjeur a tout
compris cette fois.
Roger me cherche, Roger me trouve. Je n’ai pas bougé de mon mauvais
fauteuil. Je n’attendais que çà, que Roger me surprenne, abandonnée et nue,
qu’il crie ou qu’il comprenne cette nudité lascive, ce besoin d’évasion
éphémère, c’est dans le scénario, mon contrat, son deal… Rodjeur ?
Ce soir, Roger a des airs d’Eroll Flynn, il ressemble à mon beau-frère le
jour de son mariage ( avec un noeud différent… ) Ou peut-être un Belmondo
moustachu, en tous cas, il y rapproche les gestes et la parole qui font de
lui un acteur flamboyant. Sa seconde  » tirade  » est un régal :

 » What ?  »

On devine la clameur retenue de notre public chaleureux, l’insoutenable est
de ce monde, je vous le dis assurément, le jeu artistique est à son comble
et comme le théâtre c’est pas du cinéma, pas de coupure de pub ! La réclame
c’était avant, là on est dans l’action, la vraie, saura-t-elle lui répondre
? …
Elle sait, la salope, elle sait ! Elle laisse parler son corps, pas besoin
d’un long discours, ses formes parlent pour elle, explications ? Pas la
peine, même si Roger doit feindre de se poser le problème ô combien
difficile à résoudre  » mais pourquoi est -elle nue, une main entre les
jambes le souffle court et saccadé ? Hein mais pourquoi ?  »
A cet instant, l’auteur a griffonné sur le recueil quelques remarques
indéchiffrables. Mais sans ces précieuses apostrophes, notre metteur en
scène – qui est aussi le producteur – n’a pu que s’en remettre à mon
expérience et à ses bas instincts. Sans doute le jeu d’acteur en eut été
affecté profondément si l’écriture avait été moins pattes de mouche !
C’est ainsi, les grands écrivains ont de petits… défauts.

Roger ne reste pas longtemps dans l’expectative, c’est prévu dans la pièce.
D’autant qu’à la décrire, la seconde est bien longue mais à la vérité le
temps reste le même : juste une seconde pleine et entière.
Roger ne se pose plus de questions. Roger s’approche du fauteuil. Je le
regarde. Roger sourit ( quel acteur ! ). Roger déboutonne sa braguette et
sort son instrument de travail. L’instrument en question ne fonctionne pas
encore, il n’y a pas de bouton ON ni de code PIN, un comble ! il faut
l’activer manuellement pour le mettre en branle…
A la force du poignet, j’engendre le mouvement, en un mécanisme complexe,
mon effort produit son effet, c’est du bon boulot, l’engin est en état de
marche, le flux tendu est une solution universelle… presque une Evidence.
Je sens Roger un peu crispé, mais je maîtrise la situation – pas comme
avant-hier – le trac m’a – t-il dit, encore faut-il que je le suce.
Roger se laisse faire. Comment pourrait-il en être autrement ? Roger y met
du sien quand même, il avance délicatement vers moi, je n’ai pas à tendre le
cou comme une oie que l’on gave. J’aime à sucer Roger. Sa queue a le goût de
l’automne, l’amer mélange du chêne mouillé et du marron dont on farcit la
dinde. C’est un compromis entre Brandon – mon partenaire d’été – et Nick qui
fait l’hiver et le printemps, sans doute le plus atypique mais aussi le
mieux doté. Sa bite est un cadeau de Noël avant l’heure et j’en profite
comme il se doit. Il pourrait faire la pluie et le beau temps s’il le
voulait. Le seul reproche que je pourrais lui faire – sacré Roger – est
d’avoir les couilles asymétriques, étrangement la gauche bien plus haute que
la droite, ce qui génère une fâcheuse tendance à ballotter à contre temps,
Mozart n’y pourrait rien et moi je m’en accommode…
Roger n’a pas perdu de temps. Du costume cravate suit case ne reste qu’un
pantalon et le slip à ses pieds. Je n’ai pas perdu mon temps non plus. Cette
saveur d’octobre me requinque quelque peu, j’étais par trop distraite sans
doute après notre jouissance, ce public m’a épuisé.
Une bonne pipe et tous vos maux s’effacent !
Roger est de bonne grâce ce soir : j’y mets toute mon ardeur pour montrer  »
aux passants  » ce dont je suis capable et il ne rechigne pas. J’ai beau
tenir un rythme infernal, à la bouche comme à la main, du plus juteux baiser
au moins tendre mordillement, aucun signe de faiblesse, à chaque coup de
langue, à chaque envie défiée, rien, rien que du bonheur à sucer
l’instrument, un pipeau sans reproche, au pire une goutte de mouille qui
s’échappe, au mieux un râle de mon acteur qui suit les instructions, bref
Roger assure comme jamais !

Et lui ? Que fait -il ? Dans ma fellation princière, j’ai perdu de vue mon
quidam préféré, celui qui était près de l’estrade. Il est toujours là, plus
rouge que tout à l’heure je crois, plus mûr sans doute, plus excité encore,
sûrement, et pourtant.
Il a la main sur la bouche. Non, il ne baille pas – il ne s’ennuie pas
j’espère -, non, il… réfléchi !
C’est cela, il réfléchit. Il pense à ce spectacle que je lui donne – que
Roger et moi lui donnons – il a certainement vu ce jeu d’acteurs quelque
part, il en est persuadé, mais oû déjà ?
Un quidam qui réfléchit et c’est le monde qui s’interroge. Je ne veux pas
qu’il s’échappe, je ne veux pas qu’ILS m’échappent ! tout faire pour les
rendre captifs ! Bon sang ! pour une fois que Roger assure, il ne faut pas
perdre de temps, il nous faut enchaîner…

C’est là, que l’on s’aperçoit que ce métier demande quelques facilités
d’adaptation et d’improvisation mais que la mise… en scène a son
importance tout autant : si gouverner c’est prévoir, prévoir c’est donc…
éviter les… emmerdements !
Ici, si le public en a plein le cul c’est le monde à l’envers !
Laurie doit rentrer en scène tout de suite, que l’enchaînement soit
efficace, que le public reste haleté jusqu’à la fin !

3) Partenaire particulière
Laurie est une fille délicieuse ( dans toute l’acception du mot ). On ne se
connaît pas depuis très longtemps, mais elle m’a conquise en un rien ! C’est
une fille de nuit grande et belle comme le jour, elle a un visage d’ange sur
un corps de rêve, un tempérament de feu dans une peau de velours…
Heureusement pour moi, elle est « réglo » et ne travaille pas tous les
soirs… sinon elle serait à ma place !
Nous nous sommes rencontrées par hasard, un soir, plutôt un matin très tôt,
à la sortie du Paradisio.
Je pestais en français contre tous ces vélos enchevêtrés les uns aux autres,
ne réussissant pas à récupérer le mien. Evidemment des « vacherie » et des
« putain de saloperie de vélo de merde ! » Au pays des tulipes vers 1h du
matin ça se remarque ! … et Laurie m’a remarqué…
Gentiment elle m’a aidé, patiemment elle est parvenue jusqu’à ma bicyclette,
jouant des chaînes et des guidons comme une vraie mécanicienne. De la
pédale, elle devait en connaître un rayon…
Après, in french, on a… sympathisé ! Je l’ai découvert peu à peu. Elle m’a
dit qu’elle venait de Bordeaux, qu’elle était tombée follement amoureuse
d’un hollandais prétendument producteur de cinéma et qu’elle l’avait suivi
pour faire carrière… Evidemment… la star ne fut qu’une étoile filante et
dans ce 7e art comme pour le 7e ciel, les films ne demandaient pas une
grande mémoire mais plutôt un physique à combler…
Oh, bien sûr, les films X lui plaisaient au début, cela lui permettait
d’assouvir son appétit sexuel qui semblait insatiable, mais petit à petit
elle voyait bien que le hollandais la délaissait et que cette vie promise ne
serait jamais qu’un égarement, elle s’était fait berner comme bien d’autres
avant elle : Gouda-goujat. En quittant son « Dave », elle avait réussi à
décrocher un job dans une librairie française mais à mi-temps et les fins de
mois étaient forts difficiles ; c’est ainsi que je lui proposais d’entrer
dans notre  » troupe « .

Comme prévu sur le plan B ( issue de secours dictée par la prod. ), Laurie
fait son entrée. Le client est immédiatement réactif ! Des sifflets
admiratifs nous parviennent de la salle et même quelques applaudissements de
la part des moins mielleux ou des plus excités !
Quelques jurons aussi de cette salle cosmopolite…
L’auteur de la pièce devait être bien fatigué, il n’a pas jugé bon de
préciser le rôle exact de Laurie, aussi notre metteur en scène a décrété
qu’elle serait ma voisine-amie-confidente… et amante de Roger à
l’occasion. L’occasion se présente :
Laurie entre dans la pièce et nous découvre – Roger et moi – en pleine
activité. Elle bafouille un anglais approximatif :

« OH, well I see, uhm…may I have a…  »

Elle n’a pas fini sa phrase que Roger se retourne lui fourguant dans la
bouche, l’objet pressenti de sa demande. Laurie ne se fait pas prier – elle
n’est pas là pour çà – elle le suce avec délectation. Roger se met bien de
profil que le public y puise pour son argent. C’est qu’elle aime çà la
coquine ! Et elle sait y faire en plus, Roger ne me démentira pas. Elle
s’est assise sur la table basse pour être un peu plus à l’aise, entraînant
avec elle le pipeau délectable, de ce fait, je me retrouve  » seule  » à mater
sa sucée, le cuir me colle, son vit la cale. Comme je ne peux pas rester
passive ( ! ), je me lève pour m’occuper un peu de la nouvelle venue. Avec
elle, c’est un véritable délice à chaque fois, c’est dans ces instants
magiques que j’aime à jouer cette pièce… cet auteur a pensé à tout
décidément…
A mon tour je m’assieds sur la table, derrière elle. Elle profite goulûment
de notre cher Roger, pendant que je descends sa fermeture éclair. Notre
public est subjugué et le gérant se frotte… les mains. Sa robe doucement
s’écarte, découvrant sa poitrine aux yeux énamourés. Splendide ! Pas
d’autres mots pour ces seins magnifiques que j’empoigne avec bonheur, c’est
du bon du beau du bonnet, du 95C peut-être, je ne sais pas, je profite à
pleine main en tous cas de mon rôle de lesbienne et Dieu que j’aime çà !
J’essaye d’accompagner son mouvement de va-et-vient, je la caresse en
cadence, je presse et je malaxe, je soutiens et je tire, je pince les tétons
à chaque temps, pas besoin d’un métronome, ce n’est pas du tango, pas du
ternaire malgré ce que l’on pourrait supposer, non, du bi, du binaire
assurément, du fox-trot peut-être, du deux temps en trois mouvements, Mozart
s’en accommoderait mais moi je m’y perds un peu…
J’aperçois mon Roger qui commence à tirer… la langue, Laurie est « trop »
douée pour notre ami, il va falloir refréner ses ardeurs. Un petit signe à
Roger et il s’écarte un peu, me laissant basculer Laurie doucement sur la
table. Elle se laisse faire, docile en cet instant – pas toujours -,
dubitative quant à la suite… on improvise…
Un instant, juste un instant, je suis toute seule avec Laurie. Roger n’est
plus là, le public est parti et même mon quidam a disparu… je peux avoir
Laurie pour moi jusqu’à la fin du temps…
Je suis à genoux au-dessus d’elle et je me penche pour l’embrasser. Elle se
joue de moi et cela nous fait rire. A moitié dévêtue, comme elle est
aguichante !, Elle gonfle ses poumons pour me montrer encore, elle me fixe,
m’attire comme un aimant, elle passe sa langue sur ses lèvres, suce ses
doigts et mouille mes mamelons, elle sait me faire languir, Putain que çà
m’excite !
A ce petit jeu là elle gagne à chaque fois, en guise de récompense, elle
dépose son sourire sur mes lèvres et je ferme les yeux, je garde tout pour
moi, rien pour les autres, même s’ILS sont revenus, même si Rodjeur est là,
en stand-by pour l’instant, même si le gars du premier rang s’accroche
toujours à moi, même si… on était bien toutes les deux… m’aime si…
Roger s’impatiente un peu, sa queue faiblie et ce n’est pas bon pour sa
réputation. Il retrousse la belle en un geste. Elle n’a pas de culotte et
çà… çà crée du mouvement dans la salle… c’est qu’elle est sacrément bien
roulée notre Laurie… je vous avais prévenu !
Même Roger, marque un temps d’arrêt devant cette chatte béante, elle est
rosée à point, mouillée à souhait et chaude comme il les aime, il déguste
cette pénétration comme une gourmandise, il profite à baiser un canon de ce
genre et il a bien raison. Laurie m’appelle du regard quand il s’enfonce en
elle. Moi, je l’embrasse et la caresse, je l’envie et la rassure aussi, mon
tour viendra, il me suffit d’attendre…

Roger s’emploie de bon coeur à l’ouvrage. Son sexe d’un beau calibre
disparaît entièrement dans ce merveilleux con, et ses boules dissymétriques
viennent buter l’une après l’autre vers le centre de la belle.
Laurie a fait du cinéma et çà se voit. Dans l’improvisation, elle a
naturellement pivoté pour offrir la meilleure prise… de vue… le meilleur
angle possible. Le client est exigeant, ILS en veulent encore un peu plus,
alors je me relève et vient soumettre ma croupe à la vue de Roger et au su
du public. J’offre par-là même, mon minou et le reste à ma coéquipière.
Laurie aussi est exigeante, elle en fait toujours plus : elle s’agrippe à
mes fesses pour m’attirer vers elle, je vois ses yeux coquins qui me
demandent encore et sa tête disparaît entre mes cuisses offertes. Je sens de
suite sa langue me lécher.
J’aime. C’est un moment exquis et nous sommes tous aux anges. ILS matent
comme des fous et se gavent de sexe à ne plus respirer, mon quidam n’en
crois pas ses yeux, je le fixe intensément pendant que Laurie me suce à
satiété, reste Roger qui lime ma copine en soufflant comme un baiseur de
fond…

Roger l’empale sans ménagement, maintenant, il doit être tangent et le
cercle qui l’entoure n’en mène pas large non plus. A l’apathie qui était sur
le point de survenir quand je pipais Roger, a succédé une agitation générale
qui me perturbe un peu. C’est moi la plus ancienne, c’est à moi d’assurer !
L’entrée de Laurie a déchaîné la foule, certes ! Mais il faut nous
maîtriser. Je sens Roger au bord de l’explosion, alors je me retire de
Laurie promptement, glissant sur sa poitrine je descends rapidement le long
du corps de rêve. Je pousse ainsi Roger de son divin refuge, il ne m’en
voudra pas, un petit peu sans doute de le frustrer au moment fatidique mais
il sait que le métier doit passer avant tout, après ces mises en bouches et
une entrée royale, la sauce n’est pas pour maintenant… je me réserve en
plat de résistance… t’en fait pas Roger… tu ne seras pas privé de
dessert pour autant…
Il se tient la bite à deux mains, Roger. C’est qu’il est bien monté le
garçon et que baiser une miss comme Laurie n’est pas une sinécure, ce soir
c’était limite éjac non contrôlée.
Roger !  » Faut que tu muscles ton jeu !  »
Pendant… pendant que Roger se reprend quelque peu, je m’attelle à la tache
qui me va comme un gant !
J’ai piqué la place de notre ami entre les jambes de ma collègue, c’est vrai
qu’elle est belle… quelle chatte… quel délice… elle est toute à moi…
Je lui écarte encore un peu plus les jambes afin d’en faire profiter tout le
monde, je lui caresse le ventre lentement en jetant un coup d’oeil vers la
salle, c’est là que j’entends une voix… rassurez-vous, pas la voix du bon
Dieu ( quoique ), pas comme Jeanne la pucelle ( non vraiment pas ), non,
plutôt une voix qui me semble reconnaître mais que je distingue à peine…
ce Quidam peut-être ? …

 » Allez, bouffe-lui un peu la nature !  »

En Français en tous cas !

A ces mots je ne sens plus ma joie, j’ouvre largement la bouche et vient
m’imprégner de ses effluves intimes. Je tourne avec ma langue autours de son
clito, je tourne avec mes doigts autour de chaque téton, je m’enivre de ses
odeurs âprement délicieuses, Laurie m’offre sans vergogne, cent surprises et
sans peine… je mange son bouton d’amour, je l’aspire, le mordille, elle
remue du bassin… mes poignes sont des ventouses accrochées à ses seins, je
la touche, elle me sent, je la sais, toute entière, je la suce, je la lèche,
ses lèvres sont trempées, de nos humeurs diverses, laquelle est sa cyprine ?
Laquelle est ma salive ? Son jus d’amour est bon, je me délecte de sa
mouille, elle ondule de la croupe…
je lâche un instant sa poitrine, ma langue veut aller plus loin, j’ouvre sa
vulve à pleines mains et tire au coeur de sa chair, mais le geste est
difficile… mes doigts prennent la place de ma langue dans ce con trop
profond, trop beau pour être vrai, si vrai que ma main en entier pourrait y
disparaître…
Laurie a relevé la tète et je sens son regard. Elle veut voir elle aussi,
tout ce qu’elle peut ressentir, son souffle devient court, le mien n’est
plus du tout… je ne respire plus… je vis dans son bonheur, sa matrice
est mon âme, son vagin est le mien !
Roger n’est pas en reste, il reprend du service en rusant quelque peu. Il
délaisse sa verge pour mon cul qui se tend. Le sieur Roger peut profiter de
 » l’occaz « , mes trous sont à dispo, l’auteur l’a noté, quelque part…
euh… page 3… la dernière je crois… ( j’ai bien appris la pièce môa
môssieur ! )…
Je sens d’abord une main qui s’insinue, qui cherche et qui me trouve. je me
penche encore un peu plus de façon à ce qu’ILS s’amusent aussi, la main de
Roger sont les yeux de tous ces égarés, autant leur en donner… sa main se
fait pressante, ses doigts m’infiltrent comme bon leur semblent, c’est bon
ce qu’ILS voient, c’est bon ce qu’il me fait, il a le doigté, j’ai
l’expérience, on peut les satisfaire…
Je continue à sucer ma Laurie, je ne veux pas arrêter, elle est vraiment
trop bonne, mais je la sens aussi de plus en plus fébrile, trop chaude, sa
peau me brûle, des flammes sortent de Laurie-fice et les pompiers c’était
tout à l’heure, elle s’étiole, je fonds avec, Roger en profite, l’enculé !,
C’est ce qu’il a dans la tête, m’enculer, après çà, j’y pense et je me
consume, y ‘a t’il quelqu’un pour éteindre l’incendie ? Vaut mieux pas
penser, ILS consomment !

Laurie n’en peut plus mais ! elle explose en un gémissement qui fait frémir
la salle, il y a des rires, il a des pleurs, chaque homme de ce cénacle a
joui encore une fois, même par procuration, « mon » Quidam comme les autres,
peut-être mieux encore, il a pensé si fort que j’ai senti son souffle, ses
mots et ses remerciements, les mêmes que par procuration mais en plus
personnel, la voix de tout à l’heure crie à mon intérieur…

 » Quelles belles Salopes vous êtes ! j’aimerai vous avoir toutes deux dans
mon lit et je vous retournerai, et je vous retournerai, et je vous
retournerai… »

Le disque est rayé mais je vois ce qu’il veut dire, je sens ce qu’il veut
faire, et à Laurie aussi, je sais ce qu’il veut croire… la voix intérieure
se défoule, se déchaîne, se… rend à l’Evidence…

 » Je te ferai venir cette Laurie et toi
Ce sera à l’hôtel ou peut-être chez moi.
J’assisterai béat à votre gougnottage
à vos amours lesbiens qui me mettront en nage,
et quand vous s’rez repus d’avoir eu ces émois,
de tant de bonnes choses qui ne serons de moi
je vous donn’rai les miennes à goûter en partage,
de celles qui nous donnent un si bel héritage.
vous jouerez les suceuses, les putes de bon aloi,
je vous laisserai faire, vous f’rez feu de tous bois,
et quand je serai chaud, vous me verrez si sage,
Qu’il vous viendra au fond comme un drôl’ de présage !
vous pos’rez la question  » la première c’est bien moi ?  »
magnanime entre deux, je prendrai à la fois
la brune appétissante qui ne fait pas son âge
et la jeune à côté à la si belle image,
je limerai petite, ton cul et à la fois
je sucerai la chatte, de l’autre qui me noie
je vous mèn’rai toutes deux vers d’autres paysages
oû le plaisir n’est là que pour faire des ravages,
quand tout aura jailli, et quand Laurie jouira
à ton tour tu voudras, pénétrée comme çà
accueillir tous mes rêves à ton plus beau rivage
tu me diras encore ! J’en veux sur le visage !  »

Heureusement pour nous, l’auteur de la pièce n’est pas cette voix
intérieure,…
… l’alexandrin c’est bien pour prendre son pied… mais pas nu comme un
vers…

4) Nirvana
Laurie s’est lâchée, elle a joui comme une dingue, comme si elle était
seule, comme lorsqu’elle me raconte ses moments d’onanisme torride, ses
fantasmes et ses rêves, comme eux quand ILS éjaculent et comme lui, sans
doute, quand il a du plaisir. Je sens encore en moi comme sa vibration, ce
déclic et son feu, elle tremble, que j’aime à ressentir cette caresse
virtuelle qui cause à tout jamais une fierté cachée et tout le
tremblement… je l’ai fait jouir, elle a joui grâce à moi, j’aime…
Elle se repose, Laurie. Sur mes lauriers. Il s’active beaucoup le Roger…
il ne veut pas que le public retombe… il joue avec mon cul… une
partition à deux mains maintenant… il joue avec eux aussi apparemment…
j’entends quelques jurons… phoques ! Phoques ! ( ? ), mais l’acoustique
est incertaine… j’avoue prendre bien du plaisir à notre jeu de rôles…
Roger s’est accroupi. Il me lèche la fente sur toute sa longueur, j’apprécie
la langue qui me goutte, me désire et me prend, il remonte le salaud ! Je
sais où il veut en venir ! Mon petit trou est prêt à recevoir.
Roger est un expert en annualités, je l’ai déjà remarqué à plusieurs
reprises malgré le fait qu’il soit dans la troupe depuis peu, il sait y
faire et çà m’excite encore davantage. Il plaque d’abord mes fesses à
pleines mains, il maîtrise ce cul que je lui offre, les pouces vers
l’intérieur, tout doucement il découvre la raie en écartant délicatement
cette chair indolente, les pouces – eux – se rapprochent peu à peu vers le
centre, le centre d’intérêt, et quand enfin le néant apparaît, il joue de
mon séant, avec sa langue qui me mouille, avec ses doigts qui me perforent
bien gentiment, il m’humidifie de sa salive et de ces humeurs mélangées, il
fait çà avec élégance, presque avec respect, on voit que Rodjeur est un
gentleman.
Les spectateurs s’impatientent, Roger aime jouer avec les nerfs des autres,
il les fait mariner, mariner, ILS en sont aux cents pas, mais c’est moi
qu’il retourne !
Fuck ! Fuck ! ( Il suffisait de se faire déboucher )… le son est meilleur
maintenant, fuck ! Fuck !… cela vient du fond de la salle et même du fond
du coeur… Roger peut me sodomiser, tous les hommes ici présents sont avec
lui… à défaut d’être en moi…
Ma rosette est prête, Roger prépare son saucisson. Il me tapote les fesses
avec son membre pour reprendre de la vigueur. Je suis toujours inquiète
quand je vois le machin qui va me pénétrer et pourtant Roger ne m’a jamais
fait mal, c’est d’une mécanique bien huilée, un maître en la matière…
c’est un technicien du cul notre Roger, un spécialiste  » hors paires « …
Je sens lentement son braquemart qui me transperce, c’est chaud, c’est
profond mais c’est bon !
Roger m’empale, la salle s’emballe aussitôt. J’entends çà et là de vives
réactions. Ce ne sont que des mots, des insultes courtoises, salope ! En
multilingue, pas besoin d’interprète, on se doute de la signification. Ce ne
sont que des gestes, des signes et des doigts bien levés, des majeurs et des
pouces pour les plus remontés, des annulaires humides pour les plus timorés.
Ce ne sont que des hommes après tout…

Laurie a eu pitié de moi. Après un instant d’égarement elle s’est reprise
enfin. Elle avait un trou… de… mémoire… peut – être mais nous n’avons
pas de souffleur, c’est vraiment dur ce théâtre.
L’auteur avait écrit au rebord de la page ( la dernière encore ) : la
partenaire doit pivoter de façon à être en position du 69…
Laurie colle au texte à la lettre et au reste à la perfection, mais la
situation n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît, Roger me pourfend
copieusement et « la partenaire » à quelques difficultés à se caler sous moi.
C’est une question d’équilibre, et la table basse qui nous soutient
n’inspire pas vraiment la confiance…
Oh je sais  » y’a pas mauvais outils y’a que des mauvais ouvriers « , oui…
bah… j’voudrais bien vous y voir… moi…
Laurie a trouvé sa position idéale, elle s’active immédiatement en suivant
le mouvement. J’ai du mal, personnellement à m’occuper d’elle, Roger
m’encule jusqu’à la garde et chaque coup de semonce semble être supérieur au
dernier, cela ne fait pas mal, non, mais çà me gigote de tous les cotés, je
me retiens au rebord de la table et aux pieds de Laurie… quant à nos
braves môssieurs qui passaient… il m’est bien difficile de faire autre
chose que de les regarder. Aussi çà excite tout le monde, ces regards
éperdus.

C’est la scène préférée de Roger, c’est qu’il a pris rapidement ses marques
! L’habitude du texte ?
Il aime voir mon trou resserré et ce sphincter qui se dilate, au rythme
qu’il désire, aux secousses qu’il me donne, à son vit, à ma mort, à mes
illusions perdues, à ses couilles qui me touchent, à cet amour rebelle, à
mon offrande heureuse, à eux, à moi, je me noie dans cette histoire d’ Ô, il
aime mon Roger, m’enculer en partage, avec eux, avec lui, au-dessus d’elle
qui lui suce les bourses…
Cette sodomie… Cela ne me déplait pas mais je n’y ai que le plaisir de me
savoir soumise et entubée devant tout ce parterre ; Le vice de l’exhib que
j’attends de leurs yeux, c’est çà mon vrai orgasme, cérébral mais jouissif.
Heureusement Laurie travaille d’arrache pied, sa langue lèche mon con et la
pine de Roger, elle en prend pour nous deux à chaque fois et cela doit être
bon pour elle comme cela est bien pour moi… de cette jouissance pensée et
de ce contact réel… le nirvana n’est pas bien loin !

Roger attend le bon moment. C’est nul doute l’instant le plus important de
la pièce. Cela ne dure que quelques secondes, tous retiennent leur souffle
quand Roger se contient, il ne faut pas foirer c’est le clou du spectacle,
c’est une pièce de théâtre où le geste est porté à son apogée, cela sera
soudain et furtif à la fois, il n’y aura pas de seconde prise et le monteur
est sur les planches, les bobines en ont de drôles…, il y a peut-être des
travelos mais pas de travelling, bref pas de cinoche, faut vraiment des
baloches !
Celles de Roger sont pleines et la conclusion s’annonce… pas inopiné-ment
mais assez brusquement :
Il se retire d’une manière subite et se masturbe énergiquement au-dessus de
mes fesses. Laurie en même temps s’est dégagée de moi, qu’elles me
soutiennent quand l’appareil s’élèvera.
Roger explose, Roger s’envole,  » Allo papa tango Charlie ? j’met la sauce !
 »
Roger a dû gueuler comme à son habitude mais je n’ai rien entendu dans cette
confusion… la salle semble s’être levée pour l’épilogue…
je sens le foutre chaud qui s’écoule sur mes reins :
… « ok bien reçu, il n’y a pas de tour de contrôle « , Rodjeur…
Devant cet aréopage, notre ami me couvre de son sperme qui coule vers mon
dos, Laurie se fait un malin plaisir à l’étaler et se sucer les doigts. La
coquine garde tout pour elle, je sais qu’elle aime çà mais moi aussi ! J’men
fous demain ce s’ra mon tour na !

J’entends encore les applaudissements et ce brouhaha de potache. Les
potiches – elles – n’ont pas bougé certes, mais elles sont prêtes à éclater,
cette pièce les mets dans un état !

Je me sens fatiguée et confuse… j’ai la tête qui tourne… je suis
couverte d’un produit… visqueux… on dirait du sperme… la salle
s’éloigne et pourtant… mon quidam se rapproche… il me semble…
Mais où est donc Laurie ?… Roger t’était bon tu sais !… la nuit s’est
éclipsée… tamisé rouge et jaune… le Dam n’est pas si loin… mon quidam
m’invective… en français !…

 » Tiens ! Prends çà Salope ! Tu m’as fait bander toute la soirée faut qu’tu
payes maintenant ! ahh… »

Je le cherche mais il n’est plus près de l’estrade… je suis si lasse…
dans le cirage… sa bite quel machin ! Juste au-dessus de moi… Rodjeur…
en si simple appareil… Laurie, je t’aime… ne t’en vas pas… ILS ont
bien aimé, je panse… je rêve… j’ai mal à la tête et je ne devrais pas…
pas là en tous cas… je pense… la tour de contrôle… mais quelle tour de
contrôle ? … j’en ai marre de ce fauteuil, ce n’est que du mauvais cuir…
ce ne sont que des passants égarés… j’veux mon vélo !… j’entends
encore… et puis…
PLUS RIEN

5) coup de théâtre
… Plus rien… que cette étrange sensation… au loin… ce noir désir…
ce soleil de minuit… rien d’autre que ces images rouges et jaunes…
laminée… je dors… je souffle… j’exulte à perdre haleine… j’expulse
tous mes mauvais souvenirs… juste quelqu’un de bien… une étude de
valeur… monochrome… il reste des ombres et…

La lumière inonde la chambre de l’hôtel krasnapolsky.
Elle m’aveugle.
J’ai des frissons et pourtant je suis chaude. Par la fenêtre le Dam exhibe
fièrement son obélisque, plus petit que celui de la Concorde. Je me réveille
doucement dans cette blancheur inattendue, la pièce me parait vaste et
calme, cependant…
Je m’étire comme si je voulais grandir encore. Je n’entends de la
circulation infernale qui règne au dehors, qu’un sifflement léger. C’est un
matin pas comme les autres, d’habitude c’est l’enfer qui frappe à ma porte,
aux environs de 7h… aujourd’hui il frappe dans mon crâne mais je ne bosse
pas, c’est un week-end prolongé et je suis en congé ! Qu’il est agréable de
lézarder au lit ! Ce n’est pas si fréquent, il faut en profiter. Une moitié
de moi est encore dans la nuit, c’est une longue remontée vers la vie
ordinaire et la folie du jour.
J’ai mal à la tète, trop mal. Mieux vaut que je reste endormie encore un peu
afin de prolonger ce qu’il me semble avoir été une nuit délectable,
d’ailleurs j’ai la bouche pâteuse, la nuit était une fête sans doute le jour
sera comme il sera… je serai évasive, nonchalante et heureuse…
Les idées s’embrouillent et la pièce est toute bouleversée. Le plafond
m’apparaît bien trop lourd, la moquette trop épaisse sur ces murs…
quelques idées noires dans ce décor immaculé… une foutue tour de contrôle
ne cesse de me crier qu’il a lâché la sauce… rodjeur ?… non, pas
rodjeur, je ne comprends pas très bien…

Walter est au-dessus de moi. Un obélisque plus petit que celui de la
concorde. Son machin n’est qu’un truc comparé à Roger. Il tient sa queue
toute flasque, dégoulinante de foutre : l’enfoiré s’est branlé dans mon dos
pendant que je dormais !
Voilà ce que je sentais tout à l’heure ensommeillée encore : la semence de
mon homme quand Roger m’inondait… mais j’ai la tète qui me raisonne… qui
est donc ce Roger ?… je connais ce prénom, son visage me dit quelque
chose, mais je n’arrive pas vraiment à l’identifier… il ressemble à… On
dirait… Patrick !, l’ex à ma frangine… leur mariage n’a duré qu’un an…
le pilote de ligne… oui c’est çà… Roger est Patrick, j’en suis toute
retournée ! Patrick est Rodjeur !
Que vient-il faire dans ma nuit celui là ?
Les rêves sont aussi compliqués que les femmes, on peut les deviner qu’à
force de ténacité :
Je ne fais pas exception à cette devise macho, j’en accentue le caractère !
Tant pis pour vous les hommes, tant pis pour toi Patrick, à en croire
quelques psychanalystes, tu aurais pu en profiter…

Walter est au-dessus de moi, encore.
Ses yeux sont plutôt verts ce matin, la braise n’est plus dans ce regard, je
préfère quand ils sont bleus, il m’aime dans ce cas là… j’ai le dos humide
de sa masturbation et le liquide fécond s’écoule sur le lit, me voilà dans
de beaux draps !
Walter est au dessus de moi, toujours.
Comme il à l’air embarrassé, à genoux et la bite à la main. Ce n’est pas
dans ses habitudes, il faut dire aussi que nous sommes partis en week-end
pour rompre cette monotonie. Il se rapproche de moi à me coller encore, d’un
baiser sur le front il murmure un sourire puis juste à mon oreille il me dit
ses excuses Sur ce, il se lève et s’en va, se laver des souillures qu’il m’a
faites…

Moi aussi il faut que je me ressaisisse, je m’assieds sur le rebord du lit.
Bizarrement le plafond revient à sa place, la moquette n’est plus collée au
mur, seule subsiste une barre, là, juste au milieu de mon front mais cela ne
fait pas partie du décor. Je suis enfin debout, la fenêtre m’attire, la
curiosité naturelle qu’ont les femmes envers les autres et la lumière.
J’émerge peu à peu dans cette ville inconnue, Amsterdam est une dame
mystérieuse, aux ressources cachées, au bitume discret, je n’écoute que son
âme qui cogne dans la mienne. Je regarde la rue. Le monde m’apparaît au loin
comme des lignes droites qui se croisent en tous sens, il ondule à
l’approche du Dam puis disparaît en un tourbillon autour du monument : le
monde est plat au loin et rond en son milieu, Ptolémée et Galilée avaient
tout deux raison…
Je voudrais sentir cette Amsterdam, mais l’atmosphère est climatisé, le
double vitrage vous fait croire au silence et l’ouverture bloquée vous
condamne à l’aseptisé… modernité j’écris ton nom…

Je me passe un peu d’eau sur le visage, cela me remet quelques idées en
place. J’ai une tète de déterré, j’avoue que la glace me fait peur. C’est
une gueule de bois assurément !
Walter entrouvre la porte de la douche, sarcastique :

-  » t’as pas trop mal aux ch’veux ce matin ?  »
-  » bah si un peu…  » Je n’ose pas trop avouer mon mal de crâne
épouvantable…
-  » remarque, çà s’rai plutôt ailleurs que tu devrais souffrir, ah ah ah  »
Walter éclate de rire
-  » hein ?  » je suis perplexe
-  » dis donc, je t’avais jamais vu comme çà, le Champagne çà te déchaîne !  »
-  » le Champagne ?…  » quelques images me reviennent mais c’est encore trop
flou…
-  » qu’est ce qui t’as mis le Patrick cette nuit ! Et dire que je n’ai même
pas pu en profiter !  »
-  » ah Patrick…  » c’était bien lui, mais je ne vois pas le rapport avec
mes rêves…
-  » et sa nana, comment déjà… euh… Laurie, quel canon !, Le salaud ! …
 »
-  » C’est çà Laurie et Patrick, mais…  » je revois un instant les beaux
yeux de Laurie mais Walter m’interrompt

-  » bon, j’espère que tu vas te rattraper aujourd’hui, cette nuit tu m’as
fait tellement bander que j’ai été obligé de me faire une petite branlette
tout seul ce matin !  »
-  » oui bah merci, je suis collante de partout !  »

Walter sort de la douche. Il rebande comme un taureau. On ne devrait pas
parler de choses comme çà dans une salle de bain.

-  » c’est pas tout çà, mais une petite pipe au réveil me ferait le plus
grand bien…  »
-  » j’ai la bouche pâteuse !  »
- « justement je te propose un bon dentifrice pour nettoyer tout çà !  »
-  » écoutes Walter, je ne suis pas en forme du tout, on peut pas remettre çà
à plus tard ?  »
-  » non Anne ! Tu dis toi-même qu’avec une pipe tous les maux s’effacent !  »

C’est vrai, je le dis, dans ce cas… c’est dur… mais je ne peux pas lui
faire le coup de la migraine quand même avec tout ce qu’il a dû rater cette
nuit d’après ce que je comprends…

Bon gré mal gré, je m’agenouille au désir de mon homme. Je suis soumise
quelquefois…
Walter me remplit la bouche de son braquemart vicieux. Je ne me sens pas
très bien mais il faut que j’accomplisse mon devoir conjugal. J’y vais bien
gentiment, en suçant lentement le dard de mon mec, mais il se fait pressant,
il me tire par les cheveux :

-  » eh dis donc, te fous pas de moi, tu me la fais comme à Patrick hier : à
la salope. Tu sais si bien le faire quand tu veux !  »

Je vois ce qu’il veut dire, du moins je crois savoir, mais je n’ai aucun
souvenir de cette fellation à mon ex beau-frère…
aujourd’hui l’auteur, n’as pas cru bon de définir quelconque didascalie, je
fais comme je veux mais surtout comme je peux…
Je m’active corps et âme à mon affaire et encore plus aux siennes…
Je prends sa queue à pleine main et je le branle énergiquement, tandis que
je donne çà et là des coups de langue bien léchés. Je sens son regard sur
moi, il a sans doute ses yeux bleus, la braise y’ a qu’çà d’vrai !
Il gémit quelque peu, le bonhomme, mais çà ne suffit pas.

-  » attends attends, j’vais te baiser dans la bouche  » me lance un Walter
essoufflé

De fait, il me prend la tète à deux mains et commence son mouvement de va et
vient. Son rythme est saccadé mais pas asymétrique ( ? ), il s’enfonce plus
profond dans ma gorge, moi qui ne tiens pas la forme olympique ce n’est pas
vraiment le bon remède mais je ne sais pas comment lui dire, et puis… on
ne parle jamais la bouche pleine, c’est impoli… D’ailleurs il a pitié de
moi, il voit bien que je suis mal, il se retire.

-  » allez ma salope adorée, donnes moi ton cul maintenant ! il doit être
bien dilaté après ce que t’a mis Patrick…  »

Je n’ai pas la force de répondre, il me retourne, je m’agrippe à la
baignoire, je sens qu’il écarte mes jambes.

-  » dommage que Laurie ne soit pas là, j’aurais bien aimé qu’elle te prépare
comme elle l’a fait hier !  »

La seule image de Laurie qui me revient à l’esprit, est son regard de feu et
ses seins si…

Je n’ai pas le temps de me souvenir plus avant, il me prend par derrière.
Même si sa queue est en dessous de la moyenne ( je pense, d’ après ce que je
connais… ), elle est encore trop grosse pour mon petit trou. D’autant que
bien trop excité, il ne m’a pas « préparé « .

-  » aie… arrête ! Tu me fais mal !  »
-  » allez allez, pas de chichi avec moi, t’en fais pas avec les autres !  »

Evidemment cela me cloue le bec, je n’ose me rebiffer.
Il m’encule sans vergogne, le coquin, et il ne pense qu’à lui. J’ai mal mais
je me tais.
Je le sens en moi. Â pénétrer mon antre, il me ravive quelques bribes…

… Oui, c’est çà Roger, encule-moi bien, que je te sente jusqu’à la garde,
j’aime quand tu me sodomises et quand Laurie me lèche, Walter devrais me le
faire plus souvent…

Il force le passage, le salaud, je le sais bien à point, il s’enfonce au
maximum…

… minimiser les coûts est le but de la maison, maximiser le rendement est
le but du gérant…

Walter s’atèle à m’empaler, il jure de tous ces mots :

-  » ah putain qu’t'es bonne ! Tu le sais qu’t'es bonne toi hein ma salope !
Et gouine avec çà ! Une vraie pute comme je les aime ! Je t’encule et t’aime
çà hein ?… »
-  » oui, j’aime çà…  » je réponds timidement, dans la situation présente je
ne peux pas dire mieux…
-  » T’as dû le sentir le Patrick avec la queue qu’il a, à croire que t’en
rêvais depuis longtemps, hein ma chienne ?  »

Je sais que bien souvent, ses paroles dépassent ses pensées, excité comme il
est, rien ne sert de le contredire, d’ailleurs il n’a pas tout à fait
tort…

-  » AHHHHHHHHHH….  »

D’un râle, il déchire la pièce, il me défonce. Il me transperce à toute
vitesse, ses mains m’arrachent les hanches, je ne sens plus rien, Il s’est
vidé, le bougre, j’ai la tête défaite et… le trou plein…
C’est sans doute ce qu’on appelle communément  » avoir la tête dans l’cul
« …
Il termine son exécution en un coup de rein lamentable, mais il ne s’en rend
pas compte.
Il est là, je suis lasse. J’ai la tête qui siffle comme un réacteur de
Fouga, il souffle comme un magister.

Son sperme coule le long de mes cuisses, je me relève comme je peux et me
réfugie sous la douche…
Un moment de sérénité, presque de plénitude si mon crâne me laissait
tranquille. Le filet d’eau me fait le plus grand bien, je resterais des
heures à me laisser mouiller, je m’abandonne à cette eau, elle s’écoule sur
et en moi, je me régénère, me purge, c’est un lavement de tout mon être…

Walter a commandé un petit déjeuner. Ce palace ne fait pas les choses à
moitié, les plateaux posés discrètement sur la table regorgent de nourriture
et un bouquet de fleurs vient parfaire la présentation.
( vu le prix, c’est la moindre des choses… )
J’enfile ma robe de chambre et je rejoins mon homme. Il a son sourire
sardonique d’après l’amour.
Il se tait, il m’observe, il attend, il joue…
Je me sens un peu bête, j’ignore tout de ma nuit, je ne me rappelle que ce
théâtre, tout est vague et censuré…
Il se décide enfin à rompre ce silence :

-  » Quand je pense qu’il a fallu que l’on aille dans cette boite au fin fond
d’Amsterdam pour retrouver Patrick, c’est carrément incroyable, çà fait quoi
? Hein ? Dix ans qu’on l’avait pas vu ? Le monde est p’tit quand même !  »
-  » Tu sais Walter, il faut que je te dise… euh… je ne me souviens pas
vraiment…  »
-  » Ah bah… tu m’étonnes qu’à moitié ! Avec tout c’que t’a picolé ! Toi
qui disais adorer le Champagne, on peut dire que t’as apprécié !  »
-  » j’ai bu tant que çà ?  »
-  » Oh lala, je ne t’avais jamais vu autant boire… ni autant te lâcher
devant des inconnus…  »
-  » des inconnus ?  »
-  » si tu me dis çà… effectivement, là je crois que t’as perdu la mémoire
!  »
-  » raconte moi ! J’ai fait des bêtises ?, Déconne pas ! Dis moi ce qui
s’est passé !  »
-  » euh… eh bien… c’est assez simple en fait… euh… on était dans ce
club dont tu m’avais parlé…
Çà tu t’en souviens quand même ?  »
-  » oui jusque là je te suis… et alors ?  »
-  » et alors… on est tombé sur ton ex beau-frère avec sa gonzesse, le top
du top entre nous soit dit !  »
-  » bon bon çà va, n’en rajoute pas s’il te plait !.. Et puis ?  »
-  » bah, il a payé une bouteille… t’as voulu payer la tienne… on s’est
tous retrouvés un peu schlass… surtout toi !  »
-  » comment çà ?  »
-  » d’abord tu voulais absolument l’appeler Roger… on sait toujours pas
pourquoi m’enfin… tu t’es fâché à un moment alors on t’a laissé faire,
finalement çà l’a amusé… et puis après tu t’es mis dans la tète de nous
faire un strip-tease… tu penses bien que tout l’monde était d’accord…
moi çà m’excitait terrible ! …  »
-  » çà m’étonne pas d’toi çà !  »
-  » comme tu t’en étais vraiment bien sortis, Patrick euh… Roger… t’a
rejoins sur le podium et tu l’as sucé comme une dingue !  »
-  » ouh lala ! Et tu ne m’as pas arrêté ?  »
-  » tu m’as envoyé paître comme jamais, je suis resté au bord de l’estrade
toute la soirée sans pouvoir te toucher ! Tu étais si catégorique ! je n’ai
pas insisté, d’autant que le spectacle me plaisait bien… et au public
aussi… »
-  » quel salaud ! Je vais passer pour qui maintenant !  »
-  » mais pour ce que tu es ma chérie : Une bonne petite épouse et une sacrée
salope !…
Gouine de surcroît !… ce n’est pas pour me déplaire…  »
-  » gouine ?  »
-  » Oh que oui ! C’est la première fois que je te vois avec une autre fille,
crois-moi, tu étais dé-chai-née !
De voir en plus cette Laurie et toi dans un 69 improvisé, çà valait le
déplacement ! J’espère que tu recommenceras, je suis preneur !  »
-  » çà me fait peur tout çà, je ne me souviens pratiquement de rien, oui
juste un instant de plaisir avec Laurie quand j’y réfléchis mais c’est à peu
près tout…  »
-  » à peu près tout ! Tu rigoles !  »
-  » quoi, j’ai fais pire ?  »
-  » pire non, enfin… euh,… mais Le sieur Patrick t’a enculé en public
quand même… et je peux te dire que t’en voulais encore ! … t’as mis la
boite sans dessous dessus ! finalement, comme il était bien tard – je
voulais dire bien tôt – et que t’avais foutu l’bordel, le gérant nous a
gentiment prié d’aller nous coucher… j’dois dire sympa le gérant… il a
pris tout à ses frais pour avoir animé la soirée… il nous a aussi invité à
revenir… souvent… surtout toi et Laurie… à mon avis, vous serez reçues
comme des princesses…  »
-  » et ben ! Tu parles d’une soirée ! j’te crois qu’à moitié mais…  »

Ainsi, mon rêve n’en n’était pas vraiment un. Malgré ce carré blanc au coin
droit de mes songes, je distinguais en effet quelques ombres, une trace de
mon forfait nocturne, quelques images stroboscopées de Patrick qui me prend,
un sentiment de victoire quand Laurie m’emprisonne, une raison connexe à
détester les hommes quand les femmes sont comme elle, une délicatesse dans
ce monde de brutes, de cons et de truands, une relance au plaisir, le vrai,
de celui que l’on donne sans compter, de celui que l’on reçoit sans avoir
réclamer. Je voulais me confondre, m’impliquer plus encore, me jeter un
défi, du passage à l’acte, inconsciemment, si j’étais quelqu’un d’autre, une
autochtone, une pro de la provoc., pas de murs, pas de liens, comme une
signature unique pour deux comptes bancaires, être une pute rien qu’un
instant, une vrai que l’on tire et que l’on crache, à moitié réalisé,
c’était cela mon rêve, à moitié seulement, c’était cela mon fantasme, ma
mémoire, ce qui restera dans mes… annales !

Walter mets un édulcorant dans son café tandis que je me contente d’un thé
citron. Je suis abasourdie de ce récit et tout est si confus, si loin et si
proche à la fois, presque ce goût de cyprine dans ma tasse,
des images çà et là, cette queue que je lèche, bien plus grosse que mon
Obelix, ce quidam qui me guette, Walter sans aucun doute… aspirine,
aspirine, alka-seilzer…
Je n’ai pas vraiment faim, je n’ai surtout pas soif. Il faut que je me lève
me dégourdir un peu. J’entrouvre le rideau, l’Amstel est à mes pieds,
presque, les house-boat alignés, presque les péniches, je devine au lointain
tous les marins de Brel, ceux qui pissent comme il pleure, dans la senteur
des frites et des harengs, les relents nostalgiques, je me sens communier,
presque, avec le pays des moulins des tulipes et du shit, j’exige qu’il se
souvienne de tout ce que j’ai oublié, je vais et je viens dans ce curieux
discours, désemparée, j’entends qu’il me pardonne, j’attends les nuits
prochaines et juste des vagues… des planches… de vagues souvenances…
de l’inédit… une nouvelle vie… une autre peau… comme une actrice…
pour me muer… presque… en femme de port.

FIN
J’espère que ce récit vous a plu et j’attends vos commentaires sur ma bal :
anne-walter@wanadoo.fr

Déjà publié (chez Joëlle…):  » Mezzanine « ,  » oh my God ! « ,  » Celluloïd
bretonne « .

ndw : l’illustration de ce récit nous a été fourni par l’auteur

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