Delia – 1 – par Clairane

CHAPITRE I

Il ne me restait plus que quelques balboas en poche. Et cette adresse dans
mon carnet. Je sortais du Consulat où j’avais déclaré le vol de tous les
papiers et de l’argent qui étaient dans mon sac, pris brutalement à
l’arraché alors que je descendais du car. J’étais à Panama-capitale,
Panama-city. Je ne devais y faire qu’escale après un reportage le long du
Canal et avant de reprendre un avion, à Mexico, dans six jours. Le consul en
avait demandé quatre pour me refaire une identité et ma Banque quasi autant
pour un dépannage d’urgence. Le soleil était haut et brûlant déjà. A l’ombre
d’une terrasse j’essayais de faire le point et de reprendre souffle.
Il ne me restait que ma petite valise qui contenait l’essentiel du peu de
vêtements que j’avais, mes notes et photos et ce carnet rescapé trop grand
pour mon sac volé où figurait le numéro et l’adresse de Delia, Delia
Gonzales-Rota. Mais personne ne répondait. J’avais laissé un message par
deux fois sur le répondeur.
Il ne me restait plus que quelques balboas en poche et cette soif et ce nœud
au creux de l’estomac. Je me sentais sale, perdue et rêvais d’une douche
fraîche et de changer mon jean pour une jupe large.
Quant au soir je téléphonai une quatrième fois c’est une voix féminine,
chaude et préoccupée qui me répondit :
- mais pourquoi ne pas avoir donné votre adresse ? J’attendais que vous
rappeliez depuis plus d’une heure déjà et je croyais que vous aviez trouvé à
vous dépanner…Venez … Vous avez mon adresse. Prenez un taxi…

La maison était somptueuse, résolument moderne et relativement proche du
Centre. Le salon, immense, occupait tout le rez-de-chaussée. Une mezzanine
ouverte qui s’avançait en proue, au premier, servait de second salon et
devait desservir, par un large couloir, quelques trois ou quatre chambres.
Au bas de l’escalier, en jean également, Delia m’accueillit. Elle devait
finir une trentaine heureuse et quelque peu sportive. Le cheveu très brun
était tiré en torsades vers l’arrière dégageant un front haut et bombé,
volontaire. La lèvre était large et large le sourire qui s’offrait sans
manière. Plutôt grande elle avait l’allure des danseuses andalouses, taille
cambrée, sein arrogant et l’œil noir, brûlant.
Je fus bientôt douchée, habillée, fraîche, reposée et détendue. Dalia
m’attendait dans le petit salon ouvert du premier étage qui ressemblait à la
dunette d’un bateau avec des jus, des fruits, son sourire lumineux, ses
cheveux défaits en vagues sur les épaules et une jupe blanche de coutil très
remontée sur ses jambes bronzées.
Je lui avais déjà sommairement expliqué la situation, nous en reparlâmes
avec mille détails. J’appris qu’elle vivait et travaillait ici depuis cinq
ans, représentante pour toute l’Amérique Centrale d’une Société de matériel
hospitalier, seule s’exclama-t-elle dans un grand rire menteur, et quand
elle me demanda à brûle-pourpoint :
- Tu es amie de Marion ?
Je me sentis rougir.
Oui, bien sur que j’étais une amie de Marion. C’est elle qui m’avait donné
son adresse sans autre explication. Mais j’étais plus qu’une amie de Marion
. J’avais été son amante, sa fiancée, sa maîtresse, sa confidente. Elle
avait été pour moi….
Delia me regardait avec un air narquois. Je sentis une jalousie stupide me
mordre le cœur. . Nous étions séparées mais toujours amies depuis plus de
trois ans.
- Ah ! S’exclama-t-elle soudain en s’affalant sur le sofa et en ébouriffant
ses cheveux.. La petite fille rougit. Jalouse peut-être…
Et elle partit d’un grand rire carnassier. Je me sentis nue, dévoilée. A ma
honte, à ma pudeur bousculée se mêlait le sentiment un peu trouble d’être
avec une femme que Marion avait peut-être aimée, désirée… et cela créait
entre elle et moi une rivalité qui soudain m’était désagréable. Je me sentis
bête et jalouse. Elle me fixait, une étincelle au fond de l’œil, un rire
arrêté au coin des lèvres.
- Marion ne t ‘a pas parlé de moi ? Demanda t elle.
Je répondis d’un hochement, soudain fermée.
Elle sourit, s’approcha, s’assit tout contre moi, sa cuisse nue contre ma
cuisse, prit ma main entre les siennes.
- Mais moi je te connais si tu ne me connais pas… tu es la sale petite
gouine qu’elle se prit à aimer alors qu’elle sortait et quasi vivait avec
moi, à Paris, il y a plus de cinq ans de cela et dont elle me racontait les
baisers, les caresses, les soupirs, les colères, les doutes et les
rendez-vous…
Elle s’interrompit s’approcha plus encore prit ma bouche entre ses lèvres et
ajouta :
- Ne t’inquiète pas et ne sois pas jalouse. C’est vraiment de l’histoire
ancienne. Je suis vraiment heureuse de te connaître et avoue que c’est une
histoire quand même étrange de se retrouver ici, je dirai l’une contre
l’autre à quelques dix mille kilomètres de Paris… et puis tu es belle,
très belle, très excitante même… mais ne t’inquiète pas je ne vais pas te
violer non plus…. du moins pas avant qu’on aille dîner et s’amuser…je
t’emmène ? En route pour Panama by night.
Panama-city ressemblait à toutes les capitales d’Amérique centrale.
Etouffante, américanisée, climatisée, ennuyeuse et conventionnelle. Délia
qui connaissait son monde m’emmena dans un petit restaurant du nord de la
ville. Installées sur une terrasse qui dominait un lac où chantaient les
crapauds-buffles, Delia fut chaleureuse et infiniment drôle et sut par ses
rires et réparties bousculer mes craintes, ma fatigue, mes peurs, jalousies,
doutes et autres ennuis. A peine sorties de la voiture qui nous ramenait
elle passa son bras sur mes épaules frôla ma hanche de sa hanche et serrées
l’une contre l’autre nous retrouvâmes le salon et un grand canapé où, sans
plus attendre, enlacées nous tombâmes. Sa bouche d’autorité avait pris la
mienne, sa langue déjà fouillait ma bouche léchait mes lèvres, mon cou. Elle
dégrafa mon chemisier, glissa une main sous ma jupe sans cesser de me
murmurer des mots doux, de respirer fort, de gémir doucement de m’appeler du
nom de toutes les fleurs de son jardin. Elle fut nue bientôt. Je fus nue et
nous roulâmes serrées fort l’une contre l’autre, ivres plus d’amours et de
désirs que du pisco chilien dont nous avions fait ample consommation. Je
m’abandonnai toute, honte bue, impudique, à ses léchures, ouvrant large les
cuisses, me montrant, m’exhibant à ses yeux gourmands, cherchant sa bouche,
tétant ses seins, offrant, impudique, à sa langue vorace, sa bouche, ses
lèvres, sa salive, mon sexe rasé imberbe et nu, adolescent, les réclamant à
voix de plus en plus forte, bouche, langue, dents, baiser, bave, folie,
plongée dans une ivresse où n’existait plus que cette bouche qui n’en
finissait pas de me dévorer, de me boire, savourer, de se nourrir de moi, de
me téter con, clito, chatte, toute ma femellité enfin évidente et ravie, de
me rendre femme enfin, de me rendre heureuse.
- Continue, continue, encore ma chérie…encore..
J’appuyais sa tête contre mon ventre, sa bouche contre mon sexe, dansait, me
frottait sur ses lèvres, m’écartelais plus et plus encore, coulait, pleurait
des larmes de bonheur, l’appelait  » chérie… amour..  » Des mots qui
remontaient de si loin et qui étaient si bons. Du désir qui m’inondait, je
sentais que naissait le sien, que ma folie si brutale et étrange, engendrait
la sienne. Je me glissais contre elle et nous nous chevauchâmes, tête-bêche,
longtemps, savamment, follement. Son clitoris était dur et quasi-noir sous
le poil ras et mouillé, son odeur rappelait le musc, ses cris, mes amours
défuntes. Elle se branlait follement sous ma langue, et je léchais et je
buvais, me goinfrais de sa rosée, de son miel, d’un plaisir ainsi montré,
exhibé, parfumé, offert, donné. A la jouissance hurlée succédèrent des
regards, des frôlements, de sourires, quelques mots  » Marion….  » prononcés
par qui ? Nous baignions dans la chaleur, la sueur, la salive, la bave, le
miel de nos baisers, de nos lêchures, de nos jouissances et…Et le désir
renaissait sans cesse. L’envie de lécher, l’envie de s’offrir, l’envie de
prendre, de mordre à tous ces fruits offerts. Fruit de son sein lourd aux
tétons noirs, fruit de sa peau qui sentait la cannelle, fruit de sa bouche
aux lèvres bombées et brillantes de nos jus, fruit de son regard lourd de
nos plaisirs, fruit de sa hanche, de sa cuisse, de sa couleur orangée, fruit
de son con trempé, de son cul, anus étoilé que ses doigts, pour me faire
chanter, soudain se mirent à aimer, mouiller, défoncer et branler …

Je me réveillais tard. Bien évidemment. La maison était silencieuse que je
parcourus, nue sous un tee-shirt orange. Sur la table d’un salon, que je
n’avais pas quitté et où je m’étais endormie, un flot de jus de fruits
m’attendait.. attendait que j’émerge, que je reprenne pied dans la réalité
de ma situation. J’étais à panama-city. J’étais journaliste. Encore
débutante malgré quatre ans déjà passés dans la profession. J’étais, je
venais de m’en rendre compte, encore amoureuse de Marion et je venais de
prendre un des plus beaux pieds sensuels et sexuels de ma vie…. avec une
ancienne amie de cette même Marion que je venais de retrouver au creux de
mes entrailles et sous les mots et les lêchures d’une de ses anciennes
amantes…Jus de fruits, goyaves, ananas, mangues, oranges, papayes…je
décidais de me recoucher.

FIN DU CHAPITRE UN – Clairane -Tout droit reservé.

Clairane44@hotmail.com
Première publication sur Vassilia, le 23/09/2001

Ce contenu a été publié dans Histoires, Récits, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>