Le chéneau de Sophie par Nicolas Solovionni

Bon, ce n’est pas le paradis, mais il faut bien faire avec ! J’ai pratiquement fini de m’installer, quelques trucs à accrocher sur les murs pour rompre la monotonie et ce sera terminé !

Tout de même, j’ai l’air malin dans ce petit studio perché au sixième étage de cet immeuble pas bien récent, mais enfin il faut voir le côté positif des choses, je m’en suis sorti et c’est le principal. Je pourrai aussi bien être SDF à l’heure qu’il est !
Quelques mots là-dessus quand même. L’enchaînement, la spirale infernale qui vous attrape, qui ne vous lâche plus, qui vous fout en l’air ! Une liaison au départ sur mon lieu de travail avec une espèce de bombe sexuelle qui m’a fait tourner la tête. Des mensurations de rêve, un visage de déesse, elle voulait refaire sa vie avec moi. Moi je n’avais pas envie de la refaire, j’étais tranquille en ménage avec une femme adorable qui me passait même mes quelques infidélités passagères. Mais l’autre fut intransigeante, persuasive, ensorcelante, je finis par demander le divorce, si je voulais vivre avec elle, il fallait bien que je quitte ma femme ! Je souhaitais cette séparation à l’amiable, mais l’huile que ma maîtresse jetait sur notre couple en feu était empoisonnée. Les relations domestiques devenaient insupportables. Je me mis en ménage avec la souris. Au bout de quinze jours seulement, je tombais de mes nues, réalisant à quel point j’avais troqué la plus charmante des épouses pour une emmerdeuse née. Je plantais là mon top-modèle et je louais une garçonnière en attendant d’y voir plus clair. Je sais, j’aurais dû m’expliquer avec ma femme. Mais un tel coup de folie est-il admissible ? Est-il pardonnable ? Je n’ai pas eu ce courage !

Et puis l’enchaînement, les tracasseries, régler les problèmes bassement matériels, les voitures, la maison, les meubles, les crédits ; tout le tremblement !

Parallèlement mon attitude avait  » fait tache  » sur ma réputation professionnelle. Directeur de l’informatique dans une entreprise moyenne, je n’avais pas à me plaindre. Sauf que du jour au lendemain on ne me regardait plus pareil ! Je n’ai à vrai dire pas compris ce qui se passait, analysant la situation complètement de travers !

- Un peu gonflé de me reprocher mes frasques ? Est-ce qu’ils se gênent, eux ?

Je compris un peu tard que ce n’était pas mes frasques qui m’étaient reprochés mais le fait que ceux-ci et leurs conséquences avaient des répercutions dramatiques sur mes actes et mes décisions professionnelles, à tel point que je me fis vertement engueuler par le patron pour un truc d’ailleurs pas vraiment important, mais il était furieux et m’annonça tout de go qu’il était prêt à se séparer de moi si je ne me redressais pas !

Je trouvais cette menace profondément injuste, sauf que j’apprenais une heure plus tard que la société machin-chose menaçait de nous réclamer des pénalités, n’ayant pas donné suite à sa demande de mise à niveau de je ne sais plus quel logiciel ! J’avais à vrai dire complètement oublié de confier ce travail à mes équipes, l’enveloppe était restée dans ma corbeille. Le lendemain j’étais à la porte !

Je vous fais grâce du reste, un an de chômage, mais aussi un an de tracasserie en tout genre, le divorce prononcé, mon ex qui demandait une pension alimentaire hors de propos, ma situation financière qui devenait catastrophique. Ajoutons à cela que j’avais bêtement bousillé ma bagnole et que le fisc trouvait très malin de me faire un rappel d’impôt en ces moments-là.

Retrouver du travail ne fut pas évident, j’avais réussi dans cette boite uniquement par mon travail sans aucun diplôme, je n’en avais pas à fournir, je dus accepter de me déqualifier. Allez, je passe, je ne suis pas ici pour me plaindre ! J’ai finalement laissé tomber cette garçonnière au loyer trop élevé pour débarquer ici sous les toits de Paris. Il n’y a qu’une seule fenêtre, elle donne sur la rue, sans vis à vis directs, les immeubles d’en face étant moins haut. Devant la fenêtre est aménagé un petit chéneau !

C’est quoi, Monsieur, un chéneau ? : Un chéneau est une petite rigole, la plupart du temps en zinc qui permet à l’eau qui a coulé sur le toit, d’aller ensuite rejoindre la gouttière descendante. C’est plat, ça fait environ cinquante centimètres de large, ça ne tient pas dans le vide, c’est la fenêtre qui est en retrait, le chéneau est donc posé au-dessus des appartements du 5ème ! Les gens y déposent parfois des pots de fleurs, d’autres s’en servent pour mettre des bricoles  » au frais « . Il y en tous les cas sur le morceau de chéneau qui est devant moi, un certain nombre de saloperies non identifiées que je voudrais bien nettoyer. Je décide de faire simple, je prends un seau d’eau et le jette sur tout cela, les saloperies avancent, mais pas assez, les voici bloquées au niveau de la fenêtre du studio voisin ! Qu’à cela ne tienne, je rebalance un seau d’eau. Ça n’avance pas plus, un troisième, même résultat, j’essaie au balai, mais ne fais que pousser les saletés de quelques centimètres. Je prends donc une serpillière, et monte sur le chéneau, je ne vais pas laisser ça comme ça quand même ! Je repousse les  » machins  » vers ma fenêtre, le mieux sera encore de les jeter à la poubelle… Berck ! C’est dégueulasse !

Mais voilà que mon regard est attiré par… je vous le donne en mille : La voisine est en train de repasser du linge face à sa fenêtre, elle repasse torse nue. C’est une petite blonde, enfin blonde, plutôt châtain très clair, mais la poitrine, alors là, je ne vous dis pas ! Deux magnifiques globes tout ronds qui tiennent tous seuls, deux bons bonnets D. La fille transpire, évidemment la chaleur du fer à repasser… Du coup ses seins reluisent. Quel spectacle ! Je suis subjugué. Je me recule afin qu’elle ne me voie pas ! Mais ce n’est pas évident, je me place juste dans le coin de la fenêtre, elle lève soudain les yeux ! Aie ! Je suis sûr qu’elle m’a vu, je me suis reculé instinctivement, j’attends quelques minutes, je pourrais aussi bien regagner mon bercail, mais non, une force invisible m’oblige en quelque sorte à rester plaqué sur ce chéneau ! J’ose regarder à nouveau sachant d’avance qu’elle à dû ou se couvrir ou tirer les rideaux de sa fenêtre ! Et bien non ! Elle est toujours dans la même tenue ! Elle ne m’a donc pas vu ! J’aurais pourtant juré ! Je reste là plusieurs minutes à la contempler, mais bon, je ne vais pas non plus y passer la soirée, je finis par regagner mon studio, et là prestement je me déshabille intégralement, je me couche sur le lit, et commence à masturber ma bite toute raide, l’image de la voisine dans la tête, je me branle d’abord doucement souhaitant faire durer le plaisir, mais l’excitation est trop forte, je jouis !

Le lendemain soir, à peine rentré, je fus pris d’une pulsion irrésistible, je voulus remonter sur le chéneau. J’étais fou, une occasion comme celle-ci ne se représenterait sans doute pas de si tôt. J’y allais quand même. Déception, elle n’était pas là ! Je décide donc de me préparer à manger, j’ai acheté du poisson, je n’ai pas de farine, je sors en acheter. Et voici qu’en bas de l’escalier je croise qui ? La voisine !
- Bonjour !
- Bonsoir !

C’est tout ! Simplement bonsoir ! Elle est craquante cette fille avec ses gros nénés. J’attends qu’elle soit montée, tant pis pour la farine, je remonte, je regrimpe sur le chéneau. Peine perdue, il n’y a rien à voir ! Elle s’est assise à sa table et griffonne je ne sais quoi, j’attends un peu, je vais finir par attraper des crampes dans cette position, je vais pour partir, quand elle finit par se lever ! Elle retire son tee-shirt ! Non, ce n’est pas possible la chance que j’ai, deux jours de suite, j’ai décidément bien fait de remonter, elle dégrafe ensuite son soutien gorge ! Je n’en peux plus de contempler cette magnifique paire de seins. Mais elle continue, non mais je rêve ou quoi ? Le pantalon dégringole, la culotte aussi, je peux maintenant distinguer les poils de sa chatte, son petit ventre un tout petit peu dodu, elle se tourne, voici les fesses à présent, mais ce n’est pas ce qu’elle a de mieux, on ne peut pas tout avoir !

Et puis elle disparaît, je comprends qu’elle est allée prendre une douche. Connaissant le temps que mettent les nanas à accomplir ce genre d’exercice, il est inutile que je m’attarde d’autant que quand elle va revenir cela va être dans un emmitouflage de peignoir et de serviette de bain. Mais j’ai ma provision d’images, comme la veille je me déshabille, ne gardant que mes chaussettes, et me masturbe, le plaisir est très fort, il y avait longtemps que je n’avais pas joui de façon aussi jubilatoire !

Le jour suivant, je décidais d’adopter une tactique simpliste, je rentre directement, je vais faire un tour sur le chéneau voulant vérifier qu’elle n’est pas déjà rentrée. Non, apparemment elle n’est pas là. Je reviens et j’attends patiemment. Un quart d’heure après, bruit des clés dans la serrure d’à côté, mademoiselle rentre dans son nid ! Je me précipite pour regagner mon perchoir, mais j’entends un bruit, là voilà qui ouvre sa fenêtre. Trop risqué d’y aller dans ces conditions, j’attends, je tourne en rond, ça m’énerve, je me rends compte que toute mon activité en cette fin d’après midi est totalement axée sur ça, ce n’est quand même pas vraiment normal ! Quand même quand j’y pense à la voisine avec sa fenêtre ouverte, heureusement qu’elle a affaire à un voyeur inoffensif, ce pourrait bien être à la place un dangereux sadique… !

Enfin la fenêtre se referme, je vais pour y aller, mais je comprends soudain pourquoi elle vient de la fermer, il pleut ! Mais je m’en fous du moment que ce n’est pas une averse impossible. Je me positionne doucement à l’angle de sa fenêtre, peine perdue, la pluie rend la vision derrière les carreaux complètement trouble, je rentre dépité. Je viens de faire un pas de plus dans l’apprentissage du voyeurisme amateur. Ce pas dit :  » ça ne marche pas tous les jours !  »

Le lendemain fut également un jour de pluie, et le surlendemain, vendredi je ne l’entendis pas rentrer, cela me dépita, ça devenait obsessionnel. Elle avait dû sortir directement ce vendredi soir, sortir ça voulait dire qu’elle était avec un mec, un autre mec, et voilà que je me mettais à être jaloux à présent. Décidément quelque chose n’allait pas dans ma pauvre tête ! J’attendis néanmoins, elle rentrerait peut-être tout simplement en retard, le vendredi est souvent le jour des courses, et puis nul n’est tenu de rentrer toujours à la même heure ! J’attendais, j’attendais, incapable de me concentrer sur autre chose, la télé m’énervait et mon bouquin policier (excellent au demeurant) ne parvenait pas à m’accrocher ce soir.

Je résolus de sortir, Auparavant j’eus l’idée de préparer une feuille de papier pliée en deux dans le sens de la longueur que j’introduirais dans sa boite aux lettres en la faisant dépasser ainsi légèrement de l’ouverture. Je saurais ainsi en rentrant si elle était revenue, et cela même si entre temps elle s’était couchée ! Devant les boites, je me rendis compte que ce projet était ridicule, je ne savais même pas comment elle s’appelait, je remontais vérifier l’existence d’une plaque sur sa porte, juste deux initiales griffonnées sur un bout de carton S.C. Je n’étais pas plus avancé. Je n’avais pas de plan, pas assez faim pour le restaurant, pas envie d’aller au cinéma, je me dirigeais donc vers le quartier des sex-shops et pensait me calmer en regardant quelques vidéos coquines, mais non, l’image de la voisine me poursuivait trop, je ressortis et me mis à errer au hasard des rues jusqu’assez tard, cette fois j’avais un peu faim, je rentrais.

Ne souhaitant pas passer le week-end à péter les plombs j’eus l’idée de m’inviter chez une vielle tante qui me chouchouta avec des petits plats mitonnés, l’air de la campagne me fit du bien. Je me détendais enfin.

Peut-être étais-je calmé ? Toujours est-il que ce lundi en travaillant, j’appréhendais le moment ou je rentrerais. Saurais-je résister à  » l’appel du chéneau ?  » Une bonne thérapie aurait sans doute été d’attendre pour rentrer, mais, non je me dépêchais au contraire, tendis l’oreille sur le mur mitoyen, constatais qu’elle n’était pas là et attendit, me félicitant du temps splendide. Le vice paraissait incurable.

Un bruit de clé, je n’hésite même pas, mon cœur bat la chamade, je grimpe, et me met en position. Elle vient de se débarrasser de ses chaussures et se masse les pieds, elle a manifestement souffert toute la journée dans des chaussures neuves. Quelle joie de la revoir ! Je suis excité comme un pou ! Elle sort d’un sac un certain nombre de documents qu’elle pose sur la table ! Aie ! Elle, va se mettre à travailler ? Non, la voilà qui disparaît, sans doute dans la salle de bain, j’attends, anxieux, je suppose qu’elle est partie prendre sa douche, mais pourquoi alors ne s’est-elle pas déshabillée dans le studio comme la dernière fois ? Je me donne cinq minutes avant de rentrer, la vie de voyeur est décidément faite de frustrations !

Mais la voici qui revient, elle porte une cuvette d’eau dans ses mains, la pose au sol, je remarque alors qu’elle a retiré son pantalon. Juste le pantalon, pas la culotte, mais celle-ci est charmante et laisse dépasser quelques poils, ce spectacle ajouté à celui des ses belles cuisses bien fermes suffit à mon bonheur, j’espère qu’elle va se tourner afin d’apercevoir sinon ses fesses du moins leurs courbes. Mais non, elle s’assoit, trempe ses pieds dans la cuvette et se met à griffonner sur les documents qu’elle a sorti. Je décide donc de patienter, un bain de pied ne dure pas des heures, l’eau va finir par refroidir. Elle est de profil face à la table. J’essaie de prendre une position plus confortable, ce n’est pas évident, j’ai surtout peur de faire du bruit.

Un moment elle regarde par la fenêtre, m’a t-elle vu ? Ce serait une catastrophe, je me recule, j’attends un peu, elle ne regarde plus ! Ouf ! Puis nouveau regard, nouvelle reculade ! Ça va commencer à être dangereux ce truc là. J’avance à nouveau mon visage, elle est toujours là, très calme, elle ne m’a donc pas vue ! Mais peut-elle me voir ? J’attends, il ne se passe rien, à part la vision de sa charmante cuisse, pas grand chose à me mettre sous la dent, mais j’attends quand même, cette flotte va bien finir par refroidir, et elle va passer autre chose. Je crains seulement qu’elle continue à griffonner son papelard. Mais on ne sait jamais, si elle décidait de se déshabiller pour la douche. En fait c’est cela que j’attends, espérant que ce ne sera pas en vain.

Et alors l’incroyable se produisit devant mes yeux de voyeur médusé. La voici qui se met debout, toujours les pieds dans la cuvette, puis elle s’accroupit légèrement, dégage le bord de sa culotte, de mon côté (la chance !) Voilà que j’aperçois sa chatte à présent, mon attente à été récompensée. Mais que fabrique t-elle ? Elle a l’air d’attendre qu’il se passe quelque chose ! Et soudain je comprends, elle a tout simplement envie de pisser et ne souhaite pas interrompre son bain de pied. Elle est folle, elle ne va quand même pas pisser comme cela ! De toute façon ça n’a pas l’air de venir ! Et puis si, ça vient ! Et ça dégringole, un jet doré tombe en filet dans l’eau en clapotant. Ça n’arrête pas, c’était la grosse envie. Je bande comme un cerf ! C’est incroyable de voir ça ! Et elle pisse, elle pisse, ça s’arête enfin. Elle continue d’écarter la culotte, se relève, semble chercher quelque chose sur la table, avise un paquet de kleenex, en prend un, s’essuie le minou, et se rassied ! Rideau ! J’en ai vu assez pour aujourd’hui, je regagne ma tanière, le sexe gonflé, et sans attendre je me déshabille, m’affale sur le lit et entreprend de me masturber ! Me voici à présent tout détendu, et je peux passer à d’autres activités, l’esprit tranquille. Il faudra que j’arrête ce genre de conneries un jour, ça ne peut que mal se terminer, je le sais bien, mais comme disent tous les accros :  » j’arrête quand je veux  »

Le lendemain en rentrant au studio une enveloppe blanche m’attendait sous la porte ! J’ouvre, et découvre une quinzaine de ligne d’une écriture soignée ! Je commence à lire :

 » Je suis votre voisine ! « 

Non ! Je ne suis pas déjà repéré quand même ! La catastrophe ! Je continue à lire tremblant, terriblement mal à l’aise !

 » Ainsi vous êtes voyeur, mais pas très malin, vous vous cachez bien mal. Il se trouve que je suis moi-même un petit peu exhibitionniste ! Alors je vous propose un deal : Matez-moi carrément, ce sera plus simple ! Le jour ou le jeu ne m’amusera plus je fermerai mes rideaux. Mais attention, n’espérez pas autre chose ! Vous n’êtes absolument pas mon genre d’homme et vous êtes trop vieux pour moi ! Vous pouvez mater, je vous en donne l’autorisation, mais c’est tout. Il est bien évident que lorsque nous nous croiserons, aucune allusion même indirecte à nos petits vices secrets ne devra être formulée. Je rentrais ce soir à 19 heures, je me déshabillerais aussitôt et je me masturberais devant vous. Bon délire !
Sophie ! « 

Il y était ajouté un post-scriptum

 » Copie de cette lettre à été déposé en lieu sûr au cas où vous ne seriez pas assez sage…  »

La douche froide ! Comment prendre cela ? Au premier degré ? Ce serait trop beau pour être vrai ! Je ne peux y croire ! Non c’est l’anecdote classique du peloteur du métro à qui la fille dit soudain  » Ne vous gênez pas ! Continuez, je me laisse faire  » le but de l’opération étant que le type, vexé cesse immédiatement. Sauf que dans le métro, il y a le poids du public, pas ici ! Ou alors c’est un piège, dès que je vais apparaître un appareil photo va se déclencher, ou pire un de ses copains baraqués va me faire une tête au carré. Je décide donc la mort dans l’âme d’abandonner l’affaire, et je sors faire un tour.

Je dormis mal cette nuit-là, mais le lendemain, je n’y pensais même plus, j’avais tiré un trait sur cette folie, finalement cette lettre m’avait fait du bien je me retrouvais à présent dans un état normal, et pouvait organiser ma vie de célibataire de façon sereine.

Je croisais Sophie deux fois dans la semaine dans les escaliers, il n’y eut qu’un échange de bonjour, bonsoir, j’ignorais ses intentions, et sans doute n’en avait-elle aucune, mais moi je la fuyais.

Une dizaine de jours passèrent quand un soir, voici que l’on sonne à la porte, je jette un coup d’œil dans l’oculus : Sophie ! Que peut-elle bien me vouloir ? Inquiet, j’ouvre ! Sophie est en robe de chambre, elle n’a pas pris le soin de la serrer comme aurait fait n’importe qui, non le serrage est ample, tellement ample que je distingue toute la naissance de ses seins et le sillon médian. Elle tient une tasse dans sa main ! C’est de la provoc ou quoi ?

- Bonsoir je suis désolée de vous déranger, mais je viens de m’apercevoir que j’ai oublié d’acheter du café, je n’ai pas trop envie de redescendre.
- Vous voulez que je vous fasse un café ?
- Non, vous êtes gentil, mais ce n’est pas ça du tout, je voudrais une dose de café pour demain matin !
- Ah bon !

Je prends quelques mesures de café, les dépose dans la tasse… Elle me remercie et prend congé !

Aie, aie, aie ! Ça me reprend ! Il me paraît évident que rentré chez elle, elle va quitter la robe de chambre, c’est trop tentant. Un piège ? Ah oui le piège ! J’exclus le malabar musclé, quoiqu’on ne sait jamais, reste l’appareil photo, je ne sais pas trop quoi faire, mais je n’ai pas dis que je n’irais pas. Je le prends le risque ou pas ! Je le prends ! J’ouvre ma fenêtre le plus doucement possible, je monte sur le chéneau, j’avance en rampant évitant de faire le moindre bruit. Elle ne m’a pas vu ! Elle est toujours en robe de chambre ! Elle est en train de ranger du linge dans son armoire. Elle jette un coup d’œil vers la fenêtre, instinctivement je me recule, j’attends quelques secondes, j’ose m’aventurer à nouveau… et aie, elle m’attendait, j’ai le temps de voir qu’elle me fait un clin d’œil et qu’elle a posé un doigt sur la bouche, comme pour me dire : »Chut, tout va bien ! ». Mais je me suis reculé horrifié ! Ma tête me tourne ! Je ne sais plus quoi faire ! Et si je me mettais un masque ? Elle pourrait prendre toutes les photos qu’elle veut à ce moment là ! Je rentre chez moi, je n’ose tout simplement pas prendre le risque. Je tends l’oreille sur le mur mitoyen à la recherche d’éventuelles voix de tierce personne, non il n’y a rien hormis le son nasillard de sa radio, mais le piège est peut-être plus pervers que ça, on ne peut pas penser à tout…

Et puis qu’elle idée de venir me relancer, alors que j’étais tranquille, j’ai donc ce soir fait une rechute, il faut que ce soit la dernière !

Le jour suivant, je n’étais pas encore tout à fait calmé, puisque plus ou moins consciemment je guettais le bruit de ses clés. On frappe, ce ne pouvait être Sophie, puisqu’elle n’était pas rentrée. Je regarde. Si, c’est elle, elle revient du boulot, j’ouvre, elle est en tenue de ville, sans absolument rien de provocant :

- Bonsoir !
- Tenez, je vous ai acheté un paquet de café pour vous remercier de votre gentillesse.
- Oh mais je vous en prie, ce n’était vraiment pas la peine !
- Mais si ! Il faut être correct, autant avoir de bons rapports de voisinages, non ?

Elle se fout de ma gueule, c’est sûr !

- Bon, ben merci !
- Au fait, je voulais vous dire quelque chose !

Qu’est ce qu’elle va me sortir à présent ?

- Je vous écoute !
- N’ayez pas peur de moi, je ne suis pas méchante avec les gens qui ne le sont pas ! Et je ne pense pas que vous soyez méchant !

Je réponds par un vague sourire, que répondre d’abord ?

- Bon je vous laisse, reprend-elle, j’ai besoin d’une bonne douche avec toute cette chaleur, bonne soirée !
- Bonne soirée à vous !

Une bonne douche ! Une bonne douche ! Si ce n’est pas un appel du pied, ça c’est quoi alors ? J’évalue la situation, elle est seule, il n’a personne d’autre chez elle, j’ai vérifié avant qu’elle n’arrive, il n’y a aucun bruit. Je sors dans l’escalier, je regarde partout, non pas de  » copain baraqué  » près à surgir pour me faire la fête, à moins que ce rôle ne soit dévolu à quelqu’un habitant l’étage, mais je ne vois pas bien ! Pas de risque de ce côté-là, reste le piège tendance  » photos « , mais bon sang, j’ai bien le droit de me balader sur le chéneau du moment que je ne le fais pas la bite à l’air. Que pourrait-elle bien prouver avec une photo de ce genre ? Je me fais des idées ! J’y vais !

Elle est dans son fauteuil en train de lire un magazine, cette fois je ne me cache plus, je me pointe devant sa fenêtre, on verra bien ! J’attends qu’elle daigne lever le bout de son petit nez mignon ! Mais ça dure, ça dure ! Il doit être passionnant son article ! Elle le fait exprès, si ça se trouve, elle m’a vu, et elle joue avec mes nerfs ! Alors je décide de précipiter les choses et je gratte au carreau. Elle lève la tête, sourit, comme hier elle met la main à sa bouche pour me signifier que la situation est tranquille ! Elle se met debout au milieu de la pièce et retire son tee-shirt, très doucement, puis son soutien gorge. J’ai l’impression qu’elle est très fière de ses seins, elle peut, ils ont magnifiques ! Elle se les caresse. Je bande comme un malade, je pense déjà à la super masturbation que je vais me payer dans cinq minutes. Elle se prend ensuite les tétons entre les doigts et commence à les serrer, à les agacer, à les faire durcir. C’est trop je vais craquer. Elle retire son pantalon, puis sa culotte, je n’avais pas encore vu ses fesses, elle pivote pour me les montrer. Puis alors que j’attendais une éventuelle suite, elle disparaît dans sa salle de bain. Je ne comprends plus, j’attends. La voici qui revient, avec une robe de chambre à la main, elle se l’enfile devant moi, en serre la ceinture, et pour me signifier que le spectacle est à présent terminé elle me fait un au revoir de la main !

Ah, bon ! C’est tout ? Mais c’est déjà pas mal, je regagne mon studio, et comme j’en ai maintenant pris l’habitude je commence à me déshabiller !

- Toc ! Toc toc !

C’est quoi ça encore, pas moyen de se branler tranquille ! Je regarde ! Sophie ! Non, je n’y crois pas ! C’est quoi le piège !

- Une seconde !

Vite fait, je remets le pantalon, tant pis pour le slip et le reste, je regarde à nouveau, je ne vois apparemment personne de planqué, j’ouvre, pas très tranquille tout de même !
- Je peux entrer une seconde ?
- Oui, entrez !
- Reculez-vous s’il vous plait, c’est pour notre sécurité à tous les deux !

Je n’y comprends plus rien, de quoi parle-t-elle ? Elle a refermé la porte derrière elle et tourné le verrou, les risques sont limités, mais qu’est ce qu’elle veut bon sang, qu’est ce qu’elle veut ?

- Soyez sans crainte, je ne suis pas méchante je vous l’ai dit, tout va très bien se passer !
- Mais que voulez-vous ?
- J’ai une bombe lacrymogène dans ma poche, mais rassurez-vous, je suis sûre que je n’aurais pas à m’en servir !

Bon dieu ! Mais c’est quoi ce délire ?

- Bon ! Vous alliez vous masturber n’est ce pas ?

Serait-elle en train d’enregistrer la conversation, et puis j’en n’ai rien à foutre, je décide de jouer la carte de la franchise !

- Oui j’allais me payer une petite branlette en repensant au spectacle que vous m’avez gentiment offert !
- Alors allez-y, je vais vous regarder, c’est tout ce que je vous demande, on va se branler tous les deux en se regardant. Mais on se branle et c’est tout d’accord ?

Ouf ! J’espère qu’elle ne va pas me ressortir une autre surprise de ses tiroirs, c’était donc cela ! Le problème c’est que j’ai attrapé une bonne trouille et que ça m’a fait complètement débandé. Je le lui dis carrément.

- Mais ce n’est pas grave, on va arranger cela ! Mets- toi sur ton lit et déshabille-toi !

J’obtempère à ce tutoiement impromptu, je crois savoir ce qu’elle va faire !

- Tu ne mets pas de slip, toi ?
- Si mais je n’ai pas vraiment eu le temps de le remettre !
- Allez touche-toi la quéquette, c’est tellement rare de voir un homme se branler, quand je demande cela à mes petits copains ils ne veulent jamais, mais en ce moment je n’ai pas de petits copains.

Elle a retiré sa robe de chambre, et comme il y a cinq minutes elle se pelote les seins, les globes d’abord, puis les tétons. Elle va s’asseoir sur une chaise un peu plus loin, écarte les jambes et dirige sa main vers son clitoris. Je ne la vois plus très bien ! Je change de position.

- N’ais pas peur, je me mets dans l’autre sens !

J’aurais certes préféré un autre genre de relation mais je ne vais pas me plaindre, c’est tout de même mieux qu’une masturbation solitaire, et puis quel magnifique spectacle, cette poitrine, cette frimousse, hum ! Je m’astique, je m’astique de plus en plus vite. Sophie elle, s’excite le clitoris, elle le pince, le frotte, l’agace, je sens qu’elle va partir, se serait bien si nous le faisions en même temps, j’essai de me retenir un tout petit peu, de façon à me lâcher quand je la sentirais prête, mais c’est plus dur à faire qu’à dire, je jouis, d’habitude je décharge dans un kleenex, mais là je me suis dit que pour le spectacle autant me laisser inonder le ventre. Elle jouit à son tour, son visage devient tout rouge, elle crie, puis soupire.

- Ça fait du bien, hein ?
- On doit être un peu dingue tous les deux, non ?
- Oui, mais on n’est pas méchant ! Rigole-t-elle !

Elle est ce moment terriblement vulnérable, fatigué par sa jouissance, un peu partie je ne sais où, sa bombe lacrymogène dans la poche de sa robe de chambre laissée cinq mètres plus loin. Mais comme elle le dit, je ne suis pas méchant. Mais je lui aurais bien fait un petit bisou, un truc tout chaste, comme ça sur le bout du nez. Je n’ai ni osé le faire ni même lui demander.

D’un commun accord nous avons convenu que tout cela n’était que du délire et que continuer risquait de nous mener sinon nulle part, du moins dans des directions où nous ne souhaitions ni l’un ni l’autre nous laisser entraîner. Je ne suis plus remonté sur le chéneau, nos rapports ne furent plus que du très bon voisinage sans aucune allusion à cette folie.

Un jour j’appris qu’elle avait déménagé, et l’été suivant, je reçus une carte postale, vous savez ces cartes postales de vacances avec des nanas bien bronzées à poil, il n’y avait que ces quelques mots.

- En souvenir de cette inoubliable folie, pour mon petit voyeur préféré. Sophie !

Une petite larme de nostalgie me coula alors aux coins de mes yeux !

Mai 2001
Niko
nikosolo@hotmail.com
Première publication sur Vassilia, le 21/05/2001

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Une réponse à Le chéneau de Sophie par Nicolas Solovionni

  1. Antonio dit :

    Encore un perle cachée de ce site ! J’ai l’impression qu’il en regorge. C’est vraiment très bien écrit, l’érotisme y très bien dosé, jusqu’à la folie finale et sa conclusion lucide et un peu pessimiste. Du grand art ! Bravo ;)

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