Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 3 – Casse-noisettes

Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 3 – Casse-noisettes


Grabuge chez les Furet

A 20 heures, Nicolas Furet, s’apprête à déjeuner en tête à tête avec Pauline, son épouse en regardant le journal télévisé, les gosses (les grands gosses) sont sortis.

Deux mots sur le couple Furet. Pauline Furet est une jolie femme aux cheveux blond vénitien et aux yeux bleus, elle aurait pu se mettre en couple avec cinq ou six prétendants différents, Furet n’était pas le plus beau, mais c’est lui qui avait la meilleure situation. Refrain connu !

Après une période d’amour fou, les choses se calmèrent un peu, étant aussi lucides l’un que l’autre, ils se doutaient bien qu’ils se trompaient mutuellement, mais n’en faisaient pas un casus belli, et se gardaient de toute évocation.

Les choses se compliquèrent lorsqu’à la suite d’un accident cardiaque, Nicolas Furet dû prendre des médicaments à vie. Seulement cette médecine avait un effet secondaire très gênant, si la libido et la bandaison de l’homme fonctionnaient correctement, l’éjaculation était devenue difficile et même parfois impossible.

Il aurait pu continuer à baiser mémère qui avait pris la chose avec philosophie :

« Du moment qu’il bande… »

Mais il en attrapa un complexe, il se sentait diminué et n’osait plus toucher sa femme, ils leur arrivaient d’avoir quelques rapports de temps en temps mais de plus en plus rarement.

Furet compensait à l’extérieur entre boites gays et dominatrices en cuir, et puis il était parfois sollicité dans le cadre de son travail, la chair est faible et on ne résiste pas à la vue d’une jolie paire de seins. Dans ce cas-là il s’arrangeait pour simuler ! Eh oui les hommes, ça simule aussi !

Pauline qui elle ne travaille pas ne tarda pas à succomber de son côté aux charmes de Michel Van der Mersche, qui habitait à quelques numéros de son pavillon, il était expert-comptable et travaillait à domicile.

Un jour il l’aborda sous un prétexte futile, cinq minutes plus tard elle buvait un café chez lui, dix minutes plus tard, ils se pelotaient sauvagement. Elle se retrouva très vite avec sa bite dans la bouche et ce fut le début d’une liaison torride.

Tenez cet après-midi…

– Allo ! Ça te dirait de venir boire un petit café ? Demande Van der Mershe au téléphone.
– J’arrive !
– On fait comme d’hab ?
– D’accord, je me change et j’arrive.

Le scénario est bien rodé, Pauline s’habille d’un tailleur pied de poule et d’un chemisier blanc après avoir gainée ses jolies jambes de bas en voile noir, maintenus par un porte-jarretelles. Elle se coiffe d’un chignon et chausse des lunettes à grosses montures qui ne lui servent d’ordinaire qu’à regarder la télévision. Et elle ne met pas de culotte…

La porte est ouverte, elle se rend directement dans la cuisine, prépare un café et s’en va le porter à son amant.

– Ah, te voilà salope ? Tu en as mis du temps ? S’écrie Van der Mershe jouant au patron.
– J’ai fait aussi vite que j’ai pu, monsieur !

Pauline aperçoit alors de l’autre côté de la pièce un homme qu’elle n’a jamais vu. Elle croit deviner ce qui va se passer, Michel lui ayant déjà joué ce genre de situation.

– C’est la salope dont je t’ai parlé ! Lui dit Michel. C’est une bonne suceuse de bites.
– Pas mal ! Commente l’inconnu.
– Je vais d’abord la punir pour son retard ! Enlève ta jupe, salope. Voilà tourne-toi, montre ton cul à Monsieur Jean-Paul !
– Pas mal ! Commente ce dernier ! Qui ne doit savoir dire que ça

Pauline se couche ensuite sur les cuisses de Michel Van der Mershe, lequel commence à lui frapper le cul en cadence.

– Pas si fort ! Proteste Pauline.
– Tais-toi !
– Pouce ! J’ai dit pas si fort ! Je n’ai pas envie que mon mari voie des marques.
– La dernière fois tu n’as rien dit !
– La dernière fois, justement j’avais des marques et je n’ai pas envie de recommencer.
– T’exagères pas un peu ?
– Si t’arrêtes pas, je me barre !
– Bon, je vais faire moins fort.

Et pendant que Pauline reçoit sa fessée, chaque coup faisant rebondir son joli cul, Jean-Paul à sorti sa bite de da braguette et commence à s’astiquer.

– S tu veux qu’elle te suce la bite, il faut lui donner un peu d’argent, lui dit Michel
– Ah, bon c’est une pute ?

L’homme sort deux billets de son portefeuille et les tend à Pauline

– Maintenant, fous-toi à poil et va le sucer !

L’homme à une grosse bite, mais Pauline après s’être déshabillée s’en débrouille et lui tète le gland avec avidité. Michel se rapproche et sort à son tour sa queue de sa braguette. Pauline suce alors les deux queues alternativement jusqu’à ce que son amant soit bien bandé, alors ce dernier la contourne et l’encule.

Une queue dans la bouche, une autre dans le cul, elle n’est pas belle, la vie ? Elle aime cette sensation de rempli que lui provoque les mouvement de va-et-vient de Michel Van der Mershe dans son cul. Excité par la situation ce dernier ne tient pas la distance et éjacule prématurément. Jean-Paul vient prendre le relais, sa grosse bite a un peu du mal à passer mais y parvient toutefois.

Deux bites à la suite, dans son cul ! C’est la fête ! Cette fois, elle commence à sentir des frétillements annonciateurs de sa jouissance proche, elle hurle tandis que l’homme continue de la pilonner jusqu’à ce qu’il éclate à son tour.

Pauline qui connait bien les lieux s’en va s’essuyer dans la salle de bain, puis se rhabille sans faire attention aux commentaires post-coïtaux que s’échangent les deux machos. Elle ramasse ses deux billets. L’affaire n’a duré qu’une dizaine de minutes.

– Allez, j’y vais, t’as pas bu ton café, il doit être froid.
– Refait m’en un autre ! Et puis un pour Jean-Paul, aussi !
– Je ne suis pas ta bonne !

Réflexion qui provoque le rire idiot du prénommé Jean-Paul.

Mais maintenant que nous avons fait un peu connaissance avec la petite dame, revenons à ce soir, 20 heures…

On sonne.

Cordoba et son complice Ramon ont tout prévu, un petit scénario dans le cas où c’est Furet qui vient ouvrir, un autre si ce n’est pas lui.

C’est Pauline qui vient ouvrir à la grille d’entrée, aussitôt Cordoba la noie sous un flot de paroles :

– Bonjour, c’est Damien, avec Juju, on est de passage à Paris, on voulait faire la surprise à Nicolas, il est là ?
– Oui ! Nico, c’est pour toi ! Répond-elle par reflexe.

Le Nico se pointe, et sans lui laisser le temps de réagir, Cordoba l’enlace.

– Nico, t’as pas changé, ça fait combien de temps qu’on ne s’était pas vu ?

Furet a du mal à se dégager. Cordoba se remet à déblatérer.

– Putain, c’était le bon temps, j’ai apporté une bonne bouteille on va arroser ça…

Et tout en parlant, il avance dans la petite allée de graviers.

– Stop ! Je crains qu’il ait une confusion ! S’écrie Nicolas.
– Mais non, tu te souviens de mon nom de famille ?
– Non justement, on se serait connu où ?
– Au bar de la mallette ! La mallette comme une mallette. Tu te souviens, maintenant ?

Et soudain Furet devint tout blanc.

– Vous voulez quoi ? Chuchote-t-il.
– Juste un renseignement, on peut rentrer.
– Tu les connais ? Demande Pauline Furet.
– Oui, oui, je t’expliquerai.

Tout le monde se retrouve dans l’entrée. Ramon en referme la porte pendant que Cordoba s’adresse d’un air peu amène à Furet.

– Où qu’est la mallette ?
– Quelle mallette ?
– Je repose la question pour la dernière fois, où est cette putain de mallette ?
– Ecoutez, on peut peut-être discuter calmement, vous vous rendrez compte qu’il s’agit d’un malentendu…

Nicolas n’a pas vu venir le coup, son nez saigne d’abondance.

Pauline crie et fait le geste de s’en aller on ne sait où à l’intérieur de la maison, Ramon la rattrape et la gifle violemment, elle tombe et pleure.

– Salaud ! Hurle Nicolas.

Il ne voit pas venir le deuxième coup qui lui éclate l’arcade sourcilière.

– On continue ou tu nous renseignes ?
– Mais je ne sais pas de quoi vous voulez parler, foutez-nous la paix, bordel !
– Bon on va faire autrement, toi la salope, tu vas te déshabiller.
– Non, mais vous êtes fou ! Tente de protester Pauline. Au secours !
– Tu fermes ta gueule ou je te bute, et maintenant tout le monde dans la cuisine.

On fait asseoir Nicolas, Ramon lui maintient la main droite appuyée sur la table.

– Ne serre pas ton poing où je te fous des baffes.

Cordoba fouille dans les tiroirs, il en ressort un casse-noisettes.

– Mais c’est très bien ça ! Dit-il en coinçant l’index de Nicolas dans l’ustensile.

Il serre un peu ! Furet hurle.

– Bon, toi la poufiasse, si tu ne te déshabilles pas immédiatement, je casse les doigts de ton mari les uns après les autres.
– Mais vous êtes complètement fou, on ne vous a rien fait !

Cordoba augmente la pression sur le casse-noisettes et écrase le doigt de Furet qui après avoir crié nous fait un malaise.

– A poil, la poufiasse, on t’a dit !

Pauline, dans un état second se déshabille.

– Elle n’est pas mal, ça doit être une belle salope ! S’exclame Ramon. On la viole ?
– Salauds, salauds ! Ne peut que répéter Pauline.
– On la violera si cet abruti refuse de nous dire où est la mallette.

Alors Nicolas Furet revenant péniblement à lui, capitule :

– Donnez-moi un papier, je vais vous écrire l’adresse.
– Ça m’étonnerait que tu puisses écrire, je vais noter.

Il indique, l’adresse, l’étage, la porte.

– C’est qui ?
– Une masseuse !
– Elle travaille toute seule ?
– Oui
– Elle est là tout le temps ?
– Non, c’est son lieu de travail.
– Elle s’appelle comment ?
– Chanette
– Jeannette comment ?
– Chanette, pas Jeannette. C’est un pseudo.
– Tu lui as donné quand, la mallette ?
– Lundi après-midi !
– Après le cinéma ?
– Oui !
– Merde ! On s’est fait marron.

Nicolas ne comprend pas la dernière réplique, mais Ramon, si ! Selon toute vraisemblance la mallette a d’ores et déjà été récupérée par Jiménez dans la journée.

– On va se faire engueuler ! Ronchonne Ramon, on fait quoi ?
– Je réfléchis ! Répond Cordoba.
– Je peux la baiser ?
– Attends ! Jimenez est au courant depuis quand pour l’adresse ? Demande-t-il à Furet.
– Je lui ai donné tout à l’heure, vers 18 heures ! Répond-il sans réfléchir aux conséquences.

Du coup Cordoba jubile !

– T’as son numéro de téléphone à la masseuse ?
– Dans ma voiture !
– Allez debout, Furet, on va aller le chercher ! Ramon surveille-la pouffe, mais n’y touche pas.
– Mais, pourquoi ?
– Je t’expliquerai !

Cordoba accompagne Furet jusqu’à la voiture.

– Ouvre-la et reste tranquille, c’est dans la boite à gants ?
– Oui !
– Pourquoi tu le laisses dans la voiture ?
– C’est mon téléphone professionnel, à la maison, je n’en ai pas besoin.

Cordoba tripote le téléphone

– Je trouve pas !
– Faut chercher à « Microsoft ».
– Hein ? Ah, je vois : monsieur prend ses précautions

Cordoba appelle le numéro

– Merde, un répondeur ! Fulmine-t-il en enfouissant le téléphone dans sa poche. Je le garde ! Rentre, je t’accompagne à l’intérieur. On va vous laisser mais, au cas où tu nous aurais raconté des conneries, on serait obligé de revenir. Et inutile de porter plainte, parce que dans ce cas-là, on serait obligé de raconter que tu as piqué des documents confidentiels à ton employeur.

Cordoba et Ramon s’en furent alors rejoindre leur moto garée un peu plus loin.

– Pourquoi tu n’as pas voulu que je m’amuse avec la fille ? Demanda Ramon visiblement contrarié.
– On est en France, coups et blessures, c’est pas trop puni, le viol c’est plusieurs années de prison.

Dès les deux affreux sortis, Pauline pique une crise nerveuse. Nicolas que son doigt fait horriblement souffrir attend, prostré, qu’elle se calme, il réalisa alors son erreur :

Il aurait dit à ces bandits que Jimenez avait été prévenu lundi en début après-midi, ce qui était la configuration la plus plausible, l’affaire en serait sans doute restée là. Mais là Jimenez allait être doublé…

« Pas si sûr, une chance sur deux… » tenta-t-il de se rassurer.

Mais non, en réfléchissant davantage, il comprit mieux, le répondeur de mon téléphone avait renseigné le bandit sur mes horaires. Il se rendrait sur place à la première heure.

Jimenez se vengerait fatalement de cet échec et Furet savait malheureusement comment. Que faire alors pour se sortir de cette situation ? Se demandait-il.

Me prévenir (moi, Chanette), mais il n’avait plus mon numéro puisque son téléphone avait été embarqué. Se rendre sur place demain matin, mais il tomberait sur les deux barbouzes. Prévenir Jimenez, mais comment ? Il n’avait pas son numéro, celui-ci masquant systématiquement ses appels.

– Qu’est-ce que tu fous ? Fais quelque chose, appelle les flics ! Finit par murmurer Pauline.
– Je ne peux pas, j’ai fait une grosse bêtise, si la police s’en mêle, je perds mon boulot ?
– Une grosse bêtise ? C’est quoi ta grosse bêtise ?
– J’ai piqué un document, je pensais qu’il n’y avait aucun risque, et en fait c’est une histoire politique avec des barbouzes…
– Bravo ! Et t’as fait ça pour de l’argent ?
– Que je ne toucherais jamais…
– T’es vraiment un gros connard !
– Je ne suis pas parfait, tout le monde peut faire des conneries.
– Peut-être mais avec tes conneries, j’ai failli être violée.

Nicolas ne répondit pas, son doigt le faisait tellement souffrir qu’il en avait mal au cœur, et puis il ne voyait pas bien comment gérer la suite.

Il eut quand même une idée, peut-être qu’en se rendant à l’ambassade du Nueva-Costa demain matin à la première heure, il pourrait retrouver Jimenez…

– Bon on fait quoi ? On ne va pas rester plantés dans la cuisine toute la nuit ! S’impatiente Pauline.
– Faudrait que tu m’emmènes aux urgences, j’ai trop mal au doigt et je ne pourrais pas conduire.
– OK, laisse un mot pour les gosses, faudrait pas qu’ils s’inquiètent.
– Pauline, je ne peux pas écrire :
– Alors je vais le faire.

Aux urgences après quatre heures d’attente on diagnostiqua une fracture de la phalange médiane de l’index droit qu’on lui plâtra avant de le libérer et on le fit « bénéficier » d’un arrêt de travail de trois semaines.

Mercredi 13 janvier

En rentrant de l’hôpital, Pauline Furet avait avalé un somnifère. Nicolas, lui, savait qu’il ne trouverait pas le sommeil et continuait à tenter de démêler les ficelles d’une situation qui lui échappait. Son dernier espoir était l’ambassade du Nueva-Costa. Hésitant à conduire à cause de sa main accidentée, il s’y rendit en taxi de façon à y être pour 9 heures.

– Je voudrais parler à Monsieur Jimenez.
– Il n’y a pas de Monsieur Jimenez ici. Répond le planton.

« J’aurais dû y penser, ce n’est pas son vrai nom ! »

– Alors je voudrais voir l’ambassadeur.
– De la part ?
– Mon nom ne vous dirait rien, mais c’est une affaire d’état, il s’agit de documents sur les comptes en France du général Diaz.
– Un instant, je vous prie.

Le type s’éloigne un moment, passe un coup de fil, puis revient et indique à Furet qu’un attaché d’ambassade va le recevoir.

C’est l’attaché qui se déplace dans le hall, maigre et moche, allure de croque-mort :

– Yé vous écoute !
– En un mot, j’ai été contacté par une personne de votre ambassade, il m’a dit s’appeler Jimenez, grand, très brun, grosses moustaches, lunettes fumées.

Nicolas attend une réaction de son interlocuteur mais celui-ci reste aussi impassible qu’une statue de cire.

– Vous ne voyez pas qui c’est ?
– Continuez, yé vous prie !
– Il faut que je retrouve cette personne.
– Explique-moi pourquoi ? Yé pourrais peut-être vous renseigner.
– Je devais mettre à la disposition de Monsieur Jimenez une mallette contenant des documents sur les comptes du Général Diaz. Des voyous sont venus chez moi pour m’obliger à leur dire où était cette mallette.
– Merci pour ces informations ! Conclut l’attaché en faisant deux pas en arrière signifiant par-là que l’entretien était terminé.
– Mais c’est tout, vous ne pouvez rien me dire d’autre ?
– Ne vous inquiétez pas, nous maîtrisons la situation. Répondit-il avant de quitter l’endroit

Et Nicolas se retrouva dans la rue, complètement anéanti.

Ramon et Cordoba se sont retrouvés au bistrot à 8 heures. Le portable de ce dernier sonne, c’est son chef :

– Allo, bonjour commandante !
– Alors, ça y est ?
– On attend 11 heures.
– Vous me confirmerez, je veux le contenu de la mallette à 15 h 30, je vous envoie le lieu de rendez-vous par SMS.
– A vos ordres, commandante :
– Attention : Jimenez ne va pas baisser les bras, Furet a dû photocopier tout ça, à défaut des originaux, il se servira des photocopies. Il faut empêcher ça et donc éliminer Furet.
– On saura faire !
– Non, pas d’élimination physique, il faut éviter de provoquer tout ce qui ressemble à une enquête. On va faire virer Furet de sa boite, vous allez faire un mail au directeur de la banque avec copie au responsable de la sécurité. Votre taupe vous fournira les adresses mail. Prenez un papier et un crayon, je vais vous dicter le texte… Vous ferez ça dans un cyber-café à partir d’une adresse bidon, d’accord ?
– D’accord ! Répondit Cordoba un peu déçu quand même.

Banque de l’Atlantique sud

A 9 heures, Jean-Michel Grondin, le directeur de la Banque de l’Atlantique Sud téléphone à son responsable de la sécurité.

– Vous avez dû recevoir en copie un mail un peu bizarre plein de fautes d’orthographe, jetez un coup d’œil quand même.

Blondberger, le responsable de la sécurité relut le mail dans lequel il était question entre autres choses d’un document officiel certifiant d’importants transferts de fonds provenant de la Banque d’Etat du Nueva-Costa. Le mail mettait nommément en cause Nicolas Furet dans la disparition du document. Il appela la chef de service et demanda qu’on lui communique le dossier.

– C’est une photocopie ! Précisa-t-elle en le lui tendant le document. L’original est probablement entre les mains de Monsieur Furet, mais Monsieur Furet est absent aujourd’hui.
– C’est Monsieur Furet qui vous a dit qu’il avait emprunté le document ?
– Non pas du tout, il y avait une note à l’emplacement du dossier signée de sa secrétaire. Je vous l’ai apporté.
– Très bien !

Philippe Blondberger comme beaucoup de responsables de la sécurité était un ancien policier gradé à la retraite. Il regrettait les longues séances d’interrogatoires au cours desquelles il s’amusait à harceler les gens. Ce qu’il préférait c’était les petits comparses, les témoins actifs, ceux qui savaient deux ou trois choses mais qui se croyaient assez futés pour les dissimuler. Blondberger prenait un plaisir sadique à les faire craquer. A la banque, il avait rarement l’occasion d’exercer ses talents, il n’était pas là pour ça, alors il se dit que ce matin, il allait pouvoir s’amuser. Mais avant de convoquer la secrétaire de Furet, il se fit communiquer ses notes professionnelles et son cursus au sein de l’entreprise, passa quelques coups de fils aux personnes qui l’avaient eu sous ses ordres, c’est fou ce que les gens adorent parler des autres.

Daisy Rollin a un vrai look de secrétaire de direction : la presque quarantaine, port altier, visage agréable, jolis yeux bleus, cheveux auburn coiffés en chignon strict, lunettes à grosses montures, tailleur beige, chemisier blanc légèrement entrouvert en haut, escarpins (achetés en solde) et formes intéressantes.

Elle ne comprend pas la raison de cette convocation chez ce Blondberger qui traine une réputation épouvantable, mais comme elle ne voit pas bien ce qu’on pourrait lui reprocher…

Après l’avoir fait asseoir, Blondberger lui tend une feuille blanche :

– Ecrivez : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».
– Pardon ?
– Vous avez parfaitement entendu, écrivez, s’il vous plait !
– J’aimerais bien comprendre.
– Vous comprendrez en temps utile, pour l’instant contentez-vous d’écrire.
– Et si je refuse ?
– Si vous refusez de collaborer, je possède assez d’éléments pour vous faire embarquer par la police pour complicité de substitution de documents.

Du coup Daisy commence à paniquer :

– Mais enfin, c’est ridicule.
– Je suis ici pour démêler une affaire dans laquelle vous êtes empêtrée jusqu’au cou, alors vous arrêtez vos jérémiades et vous écrivez ce que je vous ai demandé, il y va de votre intérêt.
– Je rêve ! C’est quoi la phrase ?

Blondberger la répéta. Et Daisy l’écrivit en poussant des soupirs d’exaspération.

– Voyons voir, c’est bien la même écriture.
– La même écriture de quoi ?

Il lui tend la feuille manuscrite apportée par la chef de service.

– Vous reconnaissez avoir écrit ce papier ?
– Evidemment que je le reconnais, ce n’était pas la peine de m’imposer tout ce cinéma !

S’il y avait une chose que ne supportait pas Blondberger, c’était qu’on ose lui tenir tête, il se jura alors de briser cette « pétasse arrogante ».

– Parlez-moi sur un autre ton ! Eructa-t-il.
– N’abusez pas de votre autorité, vous n’êtes plus à la P.J. Nous allons arrêter cet entretien, je n’ai rien à me reprocher et si vous voulez continuer à m’interroger, j’exigerais que ce soit en présence d’un délégué syndical.
– Ne vous donnez pas cette peine, j’avais pratiquement terminé, je désirais savoir si vous étiez ou non la complice de Furet, maintenant, je sais !
– Vous savez quoi ? S’énerve Daisy.
– Vous êtes sa complice ! C’est le contraire qui aurait été étonnant puisque vous êtes sa maitresse.
– Mais c’est faux !
– Arrêtez de mentir, on vous a vu !

Daisy devient livide, se demande pourquoi elle n’a pas quitté l’entretien comme elle l’avait annoncé, aimerait le faire maintenant, mais quelque chose la pousse à savoir jusqu’où Blondberger va aller dans l’ignominie.

– Vous devriez arrêter d’écouter les commérages, ce n’est pas parce que j’ai flirté cinq minutes avec lui que je suis sa maitresse.
– Aller à l’hôtel avec un homme, vous appelez ça « flirter cinq minutes », vous ? Bluffa-t-il.

« Comment peut-il être au courant ? »

– Ben oui, puisqu’il ne s’est rien passé !
– Et c’est sans doute pour ça que vous y êtes retourné plusieurs fois !

Déstabilisée par le bluff de Blondberger, Daisy analyse mal la situation, au lieu de lui balancer qu’elle est encore libre de coucher avec qui bon lui semble, elle croît judicieux d’inventer une explication vaseuse visant à démontrer qu’elle n’est pas la maitresse de Furet. Grossière erreur.

– Monsieur Furet est plutôt bel homme, très attirant et très respectueux, j’ai succombé à ses charmes. Mais comment dire ? Au lit, ce n’est pas terrible, je n’ai donc pas renouvelé l’expérience.
– Vous mentez !
– C’est ça traitez moi de menteuse, vous vous croyez tout permis ? Et arrêtez de m’interrompre, je n’avais pas fini ! Donc je continue : devant son insistance, il m’a proposé avec beaucoup de tact de me donner de l’argent.

Une énorme brèche vient d’être ouverte par Daisy, Blondberger n’a plus qu’à s’y faufiler comme un fox dans un terrier.

– Autrement dit, vous faites la pute !
– Je me fous de vos jugements de valeur, j’avais besoin d’argent et cela n’a pas été une corvée. Mais je ne suis pas la maitresse de Furet.
– Autrement dit, vous feriez beaucoup de choses pour de l’argent ?
– Je n’ai pas dit-ça !
– Mais moi, je le pense ! A qui avez-vous refilé les documents sur les comptes du général Diaz ?
– A Monsieur Furet, je l’ai même écrit.
– Et il vous a payé combien pour ça ?
– Pourquoi m’aurait-il payé ?
– Parce que vous êtes une pute, débarrassez-moi le plancher ! Votre compte est bon !

Les nerfs de Daisy lâchent, elle sanglote.

– Foutez-moi le camp, ce n’est pas le bureau des pleurs ici !
– Vous n’êtes qu’une vielle pourriture infecte !
– Ça aussi, ce sera notifié dans mon rapport.

Daisy rejoint son bureau et sans ranger ses affaires, elle prend son sac et son manteau et file à l’adresse de son médecin traitant, solliciter un arrêt de travail.

Blondberger attend que le directeur soit libre afin de lui faire un rapport oral. Entre temps une bonne âme est venue lui apprendre que Daisy s’était « sauvée en courant », aggravant par-là même son cas. Il jubile, Blondberger.

Grondin, le directeur est perplexe :

– Vous êtes sûr de vous ?
– Quasiment, son compte est dans le rouge, son ex ne lui verse plus sa pension alimentaire, elle a eu une facture de garagiste impayée. Elle joue les putes occasionnelles. Et pour tout arranger, elle m’a insulté et elle a quitté son poste sans prévenir personne. Au minimum elle est la complice de Furet ou d’un autre. Au pire elle a fait le coup toute seule.
– Et Furet ?
– Arrêt de travail, monsieur !
– Comme par hasard ! Reste à définir le rôle de Furet dans cette histoire, Vous me ferez un rapport écrit. Je vais transmette tout ça à l’inspection générale.
– Dois-je comprendre que vous me dessaisissez du dossier ?
– La question n’est pas là, chacun son métier, je vous ai juste demandé de vérifier si ce mail était sérieux ou non, vous m’affirmez qu’il l’est, c’est ce que j’attendais de vous, la suite n’est pas de votre ressort.
– Pourrais-je vous demander à titre de faveur exceptionnelle de conserver ce dossier.
– Non, Monsieur Blondberger, cette affaire peut avoir des suites préjudiciables pour notre établissement si elle fuite, de plus nous risquons des complications avec le ministère des affaires étrangères. Je peux avoir votre rapport écrit dans une heure ?
– Parfaitement monsieur.

« Gros connard ! » Ronchonna Blondberger en quittant le bureau directorial.

Une heure plus tard, Jean-Michel Grondin, convoquait dans son bureau Gilbert Pottier, l’inspecteur général en lui demandant de venir avec « l’un de ses meilleurs collaborateurs ». Il leur décrivit l’affaire, leur présenta le mail anonyme et le rapport de Blondberger.

– Si vous pouviez faire vite, c’est peut-être rien du tout, mais dans le cas contraire ça peut faire du bruit. Vous avez carte blanche, je veux un premier rapport demain matin à mon arrivée. Euh, ne perdez pas trop votre temps à aller voir Blondberger, je lui ai juste demandé d’initier l’affaire, mais ce ne sont pas ses oignons. J’aimerais aussi qu’on me mette en sécurité toutes les photocopies du dossier Diaz.

En sortant, l’inspecteur général Pottier, prit son homme de confiance à part.

– Fait vachement gaffe, Chauvière, c’est bien la première fois que le patron met le nez directement dans une affaire comme celle-ci, on marche sur des œufs, ça sent la barbouzerie, fait ton boulot, mais pas d’excès de zèle. Démarre tout de suite, je mets une personne pour s’occuper des vérifs préalables, les comptes, les notes, les comptes rendus d’entretiens, les agendas et tout le bazar, on te fera suivre par mail ce qui est important.

Furet

Nicolas Furet a du mal à mettre de l’ordre dans ses pensées. Comme beaucoup de personnes en situation compliquée, il cherche à minimiser les faits.

« Jimenez arrivera peut-être avant les deux salopards, et puis même s’il n’arrive pas avant, ce n’est pas parce qu’il m’a menacé qu’il va mettre cette menace à exécution, ça lui apporterait quoi ? Et puis si réaction, il doit y avoir, ce sera demain, aujourd’hui il ne se passera rien, mais demain : comment faire ? Soudoyer le facteur afin qu’il ne distribue aucune lettre dans la rue ? Pas évident ! Et puis rien ne dit que les photos seront distribuées dès le lendemain, et puis ça ne règlera pas le problème de l’envoi des photos au boulot. Tout raconter aux flics ? Ils ne feront rien. Prévenir la banque, leur dire que ma famille était menacée, ils vont me rire au nez quand ils recevront les photos. Je suis coincé, je ne peux prendre aucune initiative. La pire des situations ! »

Sans aucun plan, il se mit à déambuler dans les rues de Paris… Il faudrait qu’il ait une discussion avec sa femme. Demain et les jours suivants, il s’arrangerait pour relever le courrier, mais cela ne suffirait peut-être pas, les photos pouvaient aussi bien arriver par porteur spécial… Mais dans ce cas comment la préparer ? Il se gara et alla réfléchir dans un bistrot devant un demi à peine frais.

A 11 heures, Chauvière sonne au domicile de Nicolas Furet, il n’y a personne, il patiente dans sa voiture jusqu’à 12 h 15, puis n’ayant vu personne entrer s’en va à la recherche d’un endroit pour déjeuner.

Nicolas, lui ne déjeune pas, il n’a pas faim. Après avoir tourné et retourné ses soucis dans tous les sens, il en arrive à la pire des conclusions : le divorce va devenir inévitable : son épouse a les idées larges, mais de là à apprendre qu’il suce des bites ! Quant à sa carrière professionnelle, il peut faire une croix dessus. Il se voit déjà SDF quémandant des tickets restaurants dans le métro !

Une seule petite lueur d’espoir lui trotte dans la tête : son professeur de philosophie ne lui avait-il pas enseigné que « les choses ne se déroulent jamais comme on imagine qu’elles vont se passer ». On se console comme on peut !

S’armant de courage, il prend direction de son domicile.

Le médecin de Daisy ne reçoit pas avant 13 h 30, mais sa secrétaire l’informe qu’une place est disponible à 13 h 50. Elle est révoltée par la méchanceté gratuite avec laquelle Blondberger l’a traité. Elle pourrait aller voir les syndicats, attaquer aux prudhommes, mais elle sait aussi que ce sera sa parole contre celle de Blondberger, celui-ci ne reniera pas jamais ses propos et se complaira dans la mauvaise foi. Une plainte contre elle n’aboutira jamais, mais sa réputation dans l’entreprise est probablement foutue. Elle va se retrouver à la rue sans ressource. Un seul homme peut éventuellement l’aider à s’en sortir c’est Nicolas Furet.

Son portable professionnel ne répond pas, les renseignements lui fournissent son numéro de téléphone fixe. Elle appelle, ça sonne dans le vide, elle laisse un message « Rappelle-moi, c’est super urgent. ».

A midi et demi, Nicolas Furet rentre chez lui, ne trouve personne, mais comme dans les mauvais films, une lettre trône en évidence au beau milieu de la table de la salle à manger.

« La rupture ! Déjà, elle n’a pas perdu de temps. »

Mais ce n’était pas ça. Il lit :

« Il va falloir qu’on se parle sérieusement. J’ai la trouille pour moi, pour toi, et pour les gosses, Caro va me prêter les clés de la maison de sa mère. J’envoie les gosses à Bordeaux chez mamie. Rejoins-moi vite. Bises. »

Furet poussa un ouf de soulagement, non seulement sa femme ne semblait pas trop fâchée, mais cet éloignement imprévu réglait de façon inespérée, le problème de la réception des photos compromettantes dans sa boite aux lettres.

« Mais elle est où, la maison de Caro ? »

N’en sachant rien, il fallait qu’il téléphone à sa femme afin de le lui demander, mais rien ne pressait. Auparavant, il fallait qu’il puisse livrer à son épouse une version « présentable » de ses démêlés avec Jimenez. Il avait été tellement obnubilé ce matin par le problème des photos qu’il avait négligé cet aspect des choses.

Il vérifia néanmoins si ses téléphones n’auraient pas enregistré un message de sa femme contenant des précisions complémentaires.

Il n’y avait rien sur son portable personnel, en revanche, le fixe affichait un message en attente de consultation. Ce n’était pas sa femme, c’était Daisy Rollin.

Dans ce message, elle le tutoyait, ce qu’elle ne faisait d’ordinaire que dans leurs moments d’intimité.

Il l’appela, la trouva très énervée, refusant de s’expliquer au téléphone. Elle lui proposa un rendez-vous à 14 h 30 place du Chatelet qu’il accepta.

Ne trouvant pas de taxi de disponible à cette heure-là, il se résout à prendre les transports en commun afin de s’y rendre.

Jimenez

Jimenez et Pablo font équipe pour cette mission en France, mais ne s’apprécient guère. Le premier est jugé par ses supérieurs comme un agent secret redoutable d’efficacité mais parfois trop personnel dans ses décisions. Pablo est moins doué, mais n’a aucun scrupule, il est sadique, aime voire souffrir, et tuer lui procure comme une sorte de bonheur intérieur. C’est Jimenez qui est le chef, et ce dernier a délégué à Pablo le soin de faire ses rapports à leur supérieur hiérarchique dont ils ignorent la véritable identité.

La veille, Pablo lui a envoyé un message l’informant que la mission serait terminée aujourd’hui.

Et comme il s’agissait théoriquement de leur dernière soirée en France, Jimenez a proposé d’aller en boite arroser ça. Pablo d’abord réticent a accepté à condition qu’ils soient tous deux rentrées à minuit.

En fait de minuit l’affaire s’est terminée à 4 heures du matin, Ils se couchèrent ronds comme des queues de pelles et n’émergèrent que vers midi.

– Merde faut qu’on aille chez la pute !
– On se prend une douche, on boit un café et on y va, il n’y a pas le feu ! Répondit Jimenez.
– J’espère qu’on ne se sera pas fait doubler, normalement on devait se lever de bonne heure. Bougonna Pablo.
– Doublé comment ? Les gars de Diaz doivent être persuadés que la mallette est déjà dans l’avion.

A suivre

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Une réponse à Chanette 23 – La mallette noire par Chanette – 3 – Casse-noisettes

  1. Forestier dit :

    Mais c’est un vrai thriller que nous avons là !
    Passionnant il est vrai, et puis Madame Furet viens nous y mettre un peu de sel, je veux dire un peu de cul.
    j’adore

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