Gazette 510 – Suisse

 

« La Suisse offre un environnement plus sûr pour travailler. En Italie, les rues sont dangereuses, on fait ça dans la voiture et on ne sait jamais ce qui peut se passer… Les Italiens sont obscènes parce que la prostitution dans notre pays est encore taboue.

« Après avoir négocié ses charmes quelques temps en Italie, Carly, 32 ans, a choisi de venir travailler à Chiasso au Tessin, cinq jours par semaine. Elle rentre chez elle à Côme tous les soirs après le travail. Sa qualité de vie, comme celle de nombreux professionnels du sexe dans sa situation, a été transformée depuis qu’elle travaille en Suisse.

L’hebdomadaire américain Newsweek consacre cette semaine un article à ces hommes et femmes pour qui la Suisse représente un «paradis».

« Les choses ici sont beaucoup plus simples. La prostitution est réglementée. Il faut simplement s’inscrire à l’office de police, leur dire que vous vous prostituez et obtenir un permis de travail officiel de travailleur indépendant » explique Carly.

La branche de la police du Tessin en charge des contrôles au sein de l’industrie du sexe est particulièrement efficace contre les abus, selon la jeune femme. « Les contrôleurs ont mon numéro de téléphone portable et je peux les joindre à tout moment en cas de besoin ou de danger. »

Les services de police font suivre aux services des impôts et de la santé du canton les informations des travailleurs du sexe, leur permettant de recevoir une liste de médecins qu’ils pourront consulter gratuitement. « Ces contrôles médicaux ne sont pas obligatoires, mais c’est une bonne façon de montrer à vos clients que vous n’êtes pas infecté(e) », poursuit-elle.

Au Tessin, « ce que je gagne (ndlr soit 8000 francs suisses mensuels environ ou 7500 euros), après avoir payé mes impôts, va directement dans ma poche » Certes, les impôts sont élevés, mais la jeune femme estime qu’ils sont justifiés par les « services parfaits et la sécurité sociale ».

Si trouver un appartement au Tessin n’est pas toujours aisé, celle-ci explique avoir trouvé un arrangement avec un propriétaire, qui lui loue une chambre (l’appartement est partagé avec une autre femme) pour 70 francs par jour en échange de « services ».

La situation risque de changer au Tessin, le gouvernement tentant de durcir les règles du jeu de l’industrie du sexe. Mais pour Carly, « même si le cadre légal devient plus strict, la Suisse restera le paradis pour les travailleurs du sexe italiens en comparaison avec l’Italie. Ce sera toujours plus confortable pour nous. Quoi qu’il arrive, je reste là. »

De l’autre côté des Alpes, la situation est bien différente, note Newsweek. La prostitution étant légale mais pas réglementée en Italie, vendre son corps n’est pas interdit, mais inciter à la prostitution est considéré comme un crime. « Les clients sont traités comme des proxénètes et paient des amendes élevées », résume la sénatrice Maria Spilabott, qui milite pour l’instauration d’un système similaire à celui du Tessin dans la péninsule.

Les 70 000 travailleurs du sexe recensés en Italie sont majoritairement dans les rues, victimes, entre autres, d’agressions ou de pressions de clans mafieux. La taxation des revenus est également très ambiguë et a donné lieu à de récents scandales.

Parmi ceux qui viennent travailler en Suisse, nombreux sont ceux qui préfèreraient rester en Italie, s’ils le pouvaient. Mais il faudrait pour cela que le pays revoie complètement sa politique sur le sujet.

En attendant que les choses changent, Carly reste pragmatique. « mon mari connait mon métier et il me soutient. Un jour, lui et moi aimerions acheter une maison en Suisse et nous y établir. »

Article complet sur le site de Newsweek (en anglais).

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