Trente et un chameaux par Lena Van Eyck

Trente et un chameaux
par Lena Van Eyck

 

Préambule

J’avais perdu ce texte tapé à la machine à écrire au milieu des années 1980. Le récit est authentique, il m’a été narré oralement par Carole, j’en avais simplement fait une transcription littéraire dans le style épistolaire, (le récit parlé et le récit écrit n’obéissant pas forcement aux même règles). Je l’avais proposé à une revue qui publiait des « lettres érotiques » et qui ne l’a pas retenu. Je l’ai retrouvé… dans mon fouillis…

« Bonjour Léna

Comme convenu je te raconte par le détail cette étrange « cérémonie » à laquelle j’ai participé il y a quinze jours dans le Loir et Cher chez Jean-Pierre.

Jean-Pierre avait loué mes services du début de la soirée jusqu’au lendemain midi. Il m’explique que ce soir, le thème sera le marché aux esclaves et que les invités pourront nous acheter suivant le principe de la vente aux enchères !

Ça ne va pas la tête, je ne suis ni un objet ni une bête de foire ! J’émets donc une vigoureuse protestation et fait part à mon hôte de mon intention de ne pas rester.

Je le connais bien, Jean-Pierre, si je décide de partir, il fera la gueule mais respectera ma décision.

Il m’explique quand même en long et en large que tout cela n’est qu’un jeu, que parmi les invités il y aura Machin, Truc et Bidule que je connais déjà et qui sont des gens très respectueux, bref, il m’embobine et ajoute, que le montant de l’enchère me reviendra intégralement. Ce dernier argument fut bien sûr décisif.

- Tu auras peut-être droit à quelques coups de cravaches. Ajoute-t-il.
- Du moment que ce n’est pas trop fort et qu’on ne me marque pas…

En attendant le début des hostilités, je me remaquille et discute avec les autres filles, il y en a deux que j’avais déjà croisé, je fais connaissance avec les trois autres. Nous serons six esclaves.

Jean-Pierre a réuni un casting de folie : imaginez : une blonde, une rousse, une blackette, une beurette, une asiatique… Et moi, grande brune à la peau claire.

Il nous fait mettre en tenue, saroual blanc ridicule pour le bas, voile transparent pour le haut, ça c’est très joli, chacune à sa couleur, jaune, rose, parme, vert, blanc, le mien est bleu. On se ceint la taille avec une ceinture de danseuse du ventre, le machin doré avec plein de chapelets de perles et de médailles qui en dégringolent, tout ça en toc, faut pas rêver non plus !

Vers 20 heures, ça commence, on nous fait monter sur une petite estrade d’environ 50 centimètres de haut dissimulée derrière un rideau rouge.

Une estrade dans un appartement ? Et oui, il parait que ça se loue. Certains riches bourgeois se payent parfois un concert privé d’un grand interprète classique, (qui sont donc aussi putes que nous !) Evidemment avec une estrade, c’est plus classe. J’ignorais toutes ces choses avant de venir, j’en ai appris beaucoup au cours de cette soirée !

Le rideau se lève ! Je manque de pouffer de rire, j’ignorais que les invités de Jean-Pierre devaient respecter un dress-code. En fait tout ce beau monde s’est passé un keffieh sur la tête à la façon des bédouins. Nous faisons toutes un joli sourire au public : que des hommes à l’exception d’une femme qui est venu avec son mari. Ils applaudissent. J’ignorais qu’on applaudissait les esclaves avant de les acheter ! Je reconnais quelques visages, des amis de Jean-Pierre. Sa bande ! Je reconnais aussi un animateur de télé bien connu, c’est lui qui s’est fait accompagner de sa femme. Ce mec est, dit-on, bourré de fric.

Puis commence la présentation. Musique ! Des mélopées orientales comme il se doit ! Chacune doit se déshabiller, se déhancher et s’exhiber pendant la durée du morceau de musique, soit à peu près trois minutes, à la fin on annonce son prénom, et après, zou on passe à la suivante. Pendant mon propre show, je me souviens d’un truc qu’on m’avait appris quand j’étais strip-teaseuse et entraîneuse, je me choisis une cible dans l’assistance et je ne le quitte pas des yeux. Pourquoi pas le mec de la télé ?

Après cela vint la séance de pelotage. Jean-Pierre, lui aussi coiffé d’un torchon de cuisine à la manière de Yasser Arrafat, prit la parole :

- Ces demoiselles vont maintenant passer parmi vous, pendant cinq minutes, pas une de plus, vous allez pouvoir tâter la marchandise…

Il a bien dit « tâter la marchandise » ! Effectivement, on descend de l’estrade et tout le monde s’agglutine autour de nous. Festival incontrôlé de mains baladeuses, qui me fait demander s’il s’agit d’êtres humains ou bien de poulpes ! Et que je t’attrape un sein, et que je te tripote le cul, et que les mains sur la chatte tentent d’aller plus loin qu’il conviendrait.

- On reprend tous nos places !

Pas trop tôt, ces cinq minutes furent franchement pénibles.

Arrive alors une secrétaire équipée d’un carnet de notes, la quarantaine, lunettes à grosses montures, cheveux noir en chignon, tailleur noir, (tiens, elle n’est pas déguisée, celle-ci !) pas mal, elle distribue un bout de papier et un crayon à chaque invité.

- Voilà, précise Jean-Pierre, les filles vont se présenter à nouveau pour qu’il n’y ait pas de confusion, puis vous aller les noter de 0 à 5, on additionnera tout ça et on commencera les enchères avec celle qui aura eu la note la plus basse.

Pendant que ces messieurs dames peaufinent leur bulletin de vote, Jean-Pierre et la secrétaire nous font passer chacune la tête et le visage dans un carcan. Ainsi affublées, notre hôte, qui s’est équipé d’une cravache nous examine une par une, nous fait se retourner et distribue des coups de cravaches. Je remarque que la petite asiatique y échappe, elle a dû dire qu’elle n’aimait pas ça et Jean-Pierre en tient compte ! Un bon point pour Jean-Pierre, malgré le fait que ce salaud prenne un plaisir évident à me faire rougir le cul.

Ensuite il nous fait mettre toutes à genoux en rang d’oignons. Le spectacle à l’air de plaire particulièrement à un type au premier rang, le visage tout rond et tout rose, le nez trop petit… un petit, non plutôt un gros cochon car il a sorti au grand jour son engin reproducteur et se masturbe hardiment. Il aurait tort de se gêner, c’est bien une soirée sexe, non ?

La secrétaire ramasse les bulletins et s’en va les compiler dans un coin de l’estrade sur une chaise, puis donne les résultats à Jean-Pierre qui les regarde à peine, je suis persuadé que c’est truqué, mais quelle importance ?

- Mesdames Messieurs, nous allons procéder dans quelques instants à la vente de ces demoiselles, mais avant j’ai un petit gadget à vous proposer ! Si le gadget veut bien s’avancer.

Le gadget est une espèce de pâtre grec frisé comme un mouton et ma foi, assez joli garçon, il est complétement nu et glabre, il salue l’assistance qui lui répond par ce qu’il est convenu d’appeler des mouvements divers.

A mon avis, Jean-Pierre dont je sais les tendances bisexuelles, a voulu faire une sorte de clin d’œil à ses invités, mais je me trompais, ce n’était pas tout à fait ça…

Mesdames Messieurs, si quelqu’un en veux, il est à vendre ! Je rappelle que les enchérisseurs éventuels ont le droit de tester tous les produits proposés…

« Les produits ! » On est des « produits ! »

… pendant seulement trois minutes et ensemble. Le test n’est pas gratuit, il coûte un demi-chameau qui ne sera remboursé que si vous emporter la mise !

C’est quoi cette nouvelle monnaie : le chameau ???

- La mise à prix est de 5 chameaux, qui veux tester la marchandise ?

Deux mains se lèvent ! Je n’aurais pas cru ! Le premier est une espèce de type taciturne avec une barbe mais sans moustache ce qui lui donne un air de professeur Mortimer, l’autre (et là je suis sur le cul) est la dame accompagnant le type de la télévision.

Ils montent tous les deux sur l’estrade, la dame commence à caresser le pâtre grec de façon assez soft, Mortimer, lui, se met à lui peloter les fesses tandis que Jean-Pierre passe derrière et lui administre un coup de cravache sur les cuisses suivi d’un ordre sec.

- Suce !

Pâtre grec s’agenouille se demandant par qui il doit commencer, mais Mortimer décide à sa place, sortant sa bite et la lui fourrant dans la bouche. Ça devient chaud tout ça !

- Et si vous échangiez vos rôles ? Leur propose la femme.

Pâtre grec se relève alors, et sans hésiter une seconde, Mortimer s’empare de sa queue et la suce. Pendant ce temps la femme roule un patin au bel éphèbe.

- Le test est terminé ! 5 chameaux ! Qui le prend le gadget pour 5 chameaux ?
- Moi ! Dit la femme.
- Quelqu’un veut surenchérir ! Monsieur peut-être ?
- Non, ça m’aurait intéressé, mais galanterie oblige, je le laisse à madame. Répond Mortimer.
- C’est très gentil je vous revaudrais ça ! En fait c’est un cadeau pour mon mari !
- Vous m’en direz tant ?
- Je vous en dirais peut-être plus tout à l’heure.

Arrive le tour de Martine la rousse.

- Il fallait bien une dernière, c’est elle, mise à prix 5 chameaux. Qui est intéressé ?
- Moi, intervient un grand binoclard.

C’est le seul. Jean-Pierre l’interpelle quand il monte sur scène.

- Prenez cette cravache et donnez-lui en dix coups, ça lui apprendra à être la dernière !

Et tandis que les coups cinglent, j’aperçois que la dame de la télé, son mari et le pâtre ont reculé de deux rangs afin de s’installer tous les trois, le pâtre au milieu, pour une bonne partie de tripotage.

Il n’y a pas eu de surenchère, grand binoclard a emporté le lot pour 5 chameaux et je ne sais toujours pas la valeur d’un chameau !

Ensuite ça devint routine, la beurette dut sucer trois hommes qui firent monter les enchères à 15 chameaux. Beurette vendue ! La blackette eut quatre hommes autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. L’un deux était gros cochon, il emporta la mise à 18 chameaux. Au tour de l’asiatique, cette fois c’est cinq hommes qui montent sur l’estrade, mais je viens de comprendre que certains trichent, ils payent le prix du test mais ne renchérissent pas. 11 chameaux seulement pour l’asiatique.

Reste à vendre : la blonde Karita, un véritable canon et moi-même.

- Voici Carole, mise à prix 10 chameaux !

Et hop en voilà cinq sur scènes autour de moi, je ne comprends pas que Jean-Pierre, ne pénalise pas les tricheurs. Il y a parmi les testeurs, le gars de la télé qui n’a pas participé aux tests précédents, je me fais un plaisir de le sucer mieux et plus longtemps que les autres.

- 10 chameaux, qui dit mieux ?
- 11 chameaux ! Tente un petit rondouillard
- 12 chameaux! Tente un troisième
- 13 chameaux ! lance un quatrième
- 14 chameaux ! Répond le gars de la télé
- 15 chameaux ! Reprend le premier.

Moi je préfère le gars de la télé, et comme j’avais commencé à le faire tout à l’heure j’essaie de fixer son regard.

La bataille fait rage, il ne reste plus que le rondouillard et le gars de la télé

- 28 chameaux ! Lance rondouillard
- 29 ! Répond Télé
- 30 ! Reprend l’autre du tac au tac.

- 30 chameaux ! 30 chameaux ! Qui dit mieux ?

Télé se tait, je le regarde de nouveau dans les yeux lui fait un sourire enjôleur.

- 31 chameaux ! Finit-il par lâcher.
- 31 chameaux ! 31 chameaux Qui dit mieux ? Personne ! Adjugé vendue ! Vous pouvez venir chercher votre achat.

Télé me prend par la main et me conduit au troisième rang où Madame et le pâtre continuent de se tripoter.

La belle Karita n’eut qu’un seul amateur qui la rafla à 10 chameaux, le montant de la mise à prix. Ce qui prouve bien l’idiotie de ce système de vente puisqu’une fille dix fois plus belle que moi a donc été estimée trois fois moins…

Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises. Jean-Pierre reprit la parole.

- Je vois que tout le monde n’a pas été servi…

En fait c’était faux, je me suis aperçue après que les gens misaient en groupe, tout le monde étaient donc servi même si certains groupes étaient mieux servis que d’autres

- …J’ai, continua-t-il, quelques articles en solde. D’abord Marie-Claude, la secrétaire, je n’en ai plus besoin, elle a tenu les comptes de façon méticuleuse et il faudra messieurs dames avant d’aller batifoler, passer à la caisse. Marie-Claude, retirez ce tailleur ridicule, que l’assistance puisse voir votre cul !
- Bien sûr, monsieur !

Pas si mal à poil, la mature ! Trois types virent se faire sucer et elle eut l’air de se débrouiller fort bien. Vendue 15 chameaux après une petite enchère, mieux que Karita !

- Et maintenant, la dernière surprise, je reviens de suite.

Jean-Pierre revint avec une femme nue, tenue en laisse et se déplaçant à quatre pattes.

Murmures dans la salle, certains savent de qui il s’agit : c’est sa femme. Vendue 20 chameaux après qu’elle eut sucé quelques bites !

Cette fois la vente est finie. Jean-Pierre nous refait un laïus que je n’entends pas étant occupé à doigter le cul de Madame télé, on ne peut pas tout faire à la fois !

Mes mouvements de doigts n’empêche pas ma « propriétaire » d’interpeller Mortimer qui se radine.

- J’ai apprécié votre geste tout à, l’heure, si vous voulez maintenant vous joindre à nous, nous vous accepterons bien volontiers.
- J’avais un autre plan, mais je crois que je vais accepter le vôtre.

Je ne raconterais pas la partouze par le détail, d’abord parce que ce n’était pas l’objet de cette lettre, ensuite parce qu’elle n’a pas vraiment tenu ses promesses.

Disons qu’au départ les trois hommes se sont mélangés, sucés, pénétrés de façons diverses et variées pendant que Madame s’occupait de ma personne (et vice-versa). Les sexes ont ensuite finit par se mélanger à leurs tours, mais une heure après les hommes étaient amorphes, et madame télé avait un petit creux, on est donc redescendu où un excellent buffet (oriental, bien sûr !) nous attendait tous.

Curieuse expérience, le fantasme est masculin, la façon dont il fut traité l’est peut-être encore plus. Alors qu’est-ce que j’en pense vraiment, je n’ai pas eu la réponse tout de suite, refusant de l’admettre.

Au-delà du business, cette soirée a eu quelques côtés un peu amusants, d’autre franchement pénibles (le pelotage collectif), mais ce que j’en ai retenu c’est que quand deux hommes se sont battus pour moi à coup d’argent afin de me posséder (si peu en réalité), j’en ai ressentie une grande fierté, je me suis dit « ma grande, tu es si désirable que des hommes sont prêt à payer très cher pour t’avoir » à ce point que si un jour on me propose de nouveau une telle expérience, j’accepterai sans hésiter.

Je t’embrasse très tendrement.

Carole »

Deux précisions :

1) La loi française est ainsi faite que même s’il s’agit d’un cadre privé, même s’il s’agit de rapports entre des adultes consentants, même si les organisateurs n’ont rien touché du montant des enchères, l’organisation d’une telle mise en scène tombe sous le coup des lois réprimant le proxénétisme. Absurdité, quand tu nous tiens !

2) Carole ne m’a jamais précisé à combien équivalait un chameau, mais la somme qu’elle a récoltée devait être coquette, elle s’est offert une croisière avec !

Léna Van Eyck, 1985 et 2012

Le tableau « Vente d’une esclave à Rome » est de Jean-Léon Gérôme (1824-1904)

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2 réponses à Trente et un chameaux par Lena Van Eyck

  1. Valentin dit :

    En tous les cas, je me suis bien marré, c’est déjà ça !

  2. pluviose dit :

    Le texte est volontairement provocateur, il n’est que de lire la postface pour le comprendre, cela se veut un soufflet aux absurdités féministes qui placent leur théories au-dessus de al simple liberté individuelle. en ce sens ce texte est salutaire et puis c’est bien écrit, c’est agréable à lire… Mais pour ceux ceux et celles qui ne découvrirent cet auteur talentueuse qu’à travers ce texte, allez donc voir les merveilles qu’elle a écrite su ce site

  3. Jonas dit :

    Un peu déçu ! Non pas que ce soit mauvais, la plume est alerte, c’est bien écrit avec un certain humour, mais Lena a fait tellement mieux !

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