L’inconnue du petit bar par Jean-Sébastien Tiroir

Martin consomme
Dans ce petit bar au bord de la Somme.
Il n’aime pas grand monde, Martin.
Il rouspète le soir, il râle le matin.
Tout ce qui est différent l’insupporte
Et il l’affirme d’une voix forte :
Les putains, c’est immoral,
Les travestis c’est anormal.
Et il lève son verre à la santé de ses certitudes
En trinquant avec la grosse Gertrude.

Ce jour là, entre une superbe créature
Aux bras d’un mec pas franchement gâté par la nature.
Martin s’interroge, s’étonne, il est fasciné.
Par son visage, sa grâce et ses nénés.
Le barman lui apprend que cette superbe jeune femme
Se livre à la prostitution, en un mot vend ses charmes.
C’est contre ses principes et Martin est déçu.
Mais toute la nuit, l’image de cette beauté aperçue
Le hante, et il se dit qu’une seule fois dans sa vie
Il peut provisoirement changer d’avis.
Le lendemain il aborde la belle :
- Il parait que tu es une professionnelle,
Combien prend tu pour juste une branlette ?
- 100 euros et c’est très honnête !
- Mais c’est très cher, de l’argent je n’en ai point légion.
- Oui mais mes branlettes sont les meilleures de la région !
- Non décidément je n’ai pas assez dans ma bourse.
- Essaie, si tu n’es pas satisfait je te rembourse !
Martin finit par accepter, la fille insistant.
Il était vrai qu’elle n’avait point menti sur ses talents.
La branlette que reçut Martin fut inoubliable, historique
Extraordinaire, géniale, un sommet de l’art érotique
La nuit suivante, il l’attend avec impatience au bar
Et, quand elle entre, il l’aborde dare-dare
- La nuit dernière était incroyable, voilà que je m’émancipe !
- Sûr que c’était merveilleux et encore, tu n’as pas goûté à mes pipes…
- Et c’est combien ?
- 150 euros et je te fais ça très bien !
- Alors, je crois que je vais faire une folie !
- Moi, je crois que tu vas aimer ma petite cajolerie !
Bien sûr la pipe fut grandiose, Martin ne fut point déçu.
Cette pipe était la meilleure de toute celles qu’il avait reçu,
Il manqua même de s’évanouir de plaisir.
La nuit suivante, il ne put à peine se contenir,
Tant il était impatient de la voir. Quand elle arrive, il se précipite :
Et nous ne dirons rien sur l’état de sa bite
- Tu es la meilleure ! Dis-moi, pour ta chatte combien cela me coûte ?
- Ma chatte, mais quelle chatte ? Martin a un horrible doute.
- Je me suis fait donc abusé si je comprends bien ce que tu veux dire ?
- Oui je suis une transsexuelle, et alors, ne t’ais-je point donné du
plaisir,
Ma branlette et ma pipe n’étaient-elles point efficaces ?
Et si tu veux je peux te montrer ce que j’ai à la place.
Profites-en demain je repars au Brésil embrasser ceux que j’aimais
Mais peut-être que je reviendrais, dans un an, dans deux ans ou jamais…

Martin s’est dégonflé, il le regrette,
Se dit qu’il a été bien bête,
Et voici plusieurs mois qu’il attend le retour de sa déesse.
Plusieurs mois qu’il rêve toutes les nuits de lui peloter ses fesses

Peut-être qu’un jour il la reverra, dans ce petit bistrot
Où plus jamais il ne dit du mal ni des putains ni des travelos

Ce texte a obtenu le 1er prix Vassilia du meilleur texte « catégorie poésie »
publié sur notre site en 2003

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Une réponse à L’inconnue du petit bar par Jean-Sébastien Tiroir

  1. Forestier dit :

    Un petit poème qui m’a émoustillé en cet après-midi de canicule
    J’aurais bien voulu moi qu’une trans m’encule

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