Le cas du Docteur Lambert par Gigi02


Marre des mecs !

Ras le bol !

Cette fois, c’est fini.

Je viens de larguer le dernier d’une ribambelle de branquignols qui ont meublé mon existence jusqu’à aujourd’hui.

Non pas que celui-là ait été pire que les autres, ou plus moche ou je ne sais quoi d’autre, non, au contraire, il était même au-dessus du lot, si je puis dire ; mignon, gentil, marrant ; mais non, terminé, je reprends ma liberté ; la femme libérée, aujourd’hui, c’est moi !

Marre de ces mecs à qui il faut répéter sans arrêt, et en prenant des gants

 » Dis-moi chéri, c’est quand la dernière fois que tu as pris un bain ? Ou bien « ce serait sympa si tu enlevais tes chaussures quand tu t’allonges sur le canapé  »

Et je ne parle pas des canettes qui traînent les lendemains de match à la télé, avec les copains, ni de la vaisselle et du ménage qui n’entrent pas dans le cadre de leurs préoccupations ordinaires ; ils sont de toute façon assez peu motivés pour ce genre d’activités, et n’ont jamais été formatés pour ça.

Alors, moi, Rebecca, je passe la main ; l’éducation des ados attardés, c’est pas mon rayon.

A vingt-huit ans, je vais démarrer une nouvelle vie, sans mec, sauf en cas de besoin urgent, mais seulement pour une heure, ou une nuit, pas plus ; je vais réactiver pour mon compte le concept de l’amant jetable, celui qui ne sert qu’une fois, façon Kleenex.

Bon, parce que, pour s’envoyer en l’air, quand on est une fille, faut quand même avouer qu’un garçon, on n’a rien trouvé de mieux.

Rien trouvé de mieux ? C’est justement ça qui me chiffonne ; parce que depuis quelque temps, outre ma phobie grandissante des garçons, une envie un peu particulière fait son chemin, tout doucement, dans ma petite tête.

L’envie de me faire câliner par une autre fille.

Lesbienne ? Non, pas vraiment ; simplement l’envie de goûter à autre chose, au-delà des tabous et des stéréotypes – garçons – filles – appréhender le sexe d’une manière différente, moins primaire, plus douce, plus tendre, et peut être, peut-être, trouver mon plaisir là où je ne l’imaginais pas.

Oui, mais cela, c’est du rêve.

Même pas, une ébauche de rêve ; parce que d’ici que j’aie rencontré la gentille fille qui acceptera de partager mon petit lit douillet, il risque de se passer une éternité ! C’est que je me vois mal en dragueuse de nanas, moi ; séduire un mec, ça, je sais le faire, mais une fille ? Pour l’instant, j’ai pas la réponse ; alors en attendant, je vais continuer à câliner Babette, ma compagne de toujours, ma petite chatte adorée.

Bon, cela, c’était ma crise d’il y a deux mois ; depuis, je n’ai pas changé d’avis, bien sûr, mais les choses ont un peu évolué… quelquefois, quand le hasard s’en mêle et qu’il fait bien son boulot

Ça change tout. Même si à l’arrivée, c’est pas tout à fait ce qu’on attendait.

Mais d’abord un mot sur mon job : secrétaire médicale dans un cabinet vétérinaire, la Clinique des Acacias ; bon, clinique vétérinaire – c’est écrit sur la porte – je trouve que cela fait un peu prétentieux pour un cabinet minuscule, et des acacias, j’en ai jamais vux ; mais je m’y trouve bien. Je fais un travail que j’aime d’autant mieux que j’adore les animaux ; en fait il n’y aurait guère que mon patron pour ternir le tableau, parce que celui-là, dans le genre bougon et pas aimable, il tient le pompon, le vieux !

Allez, petit flash- back.

Il y a un peu plus de deux semaines…

*******
- Rebecca, vous avez bien noté que je serai absent du seize au trente et un ?
- C’est noté, docteur, et j’ai pris toutes les dispositions utiles, vous pouvez me faire confiance.
- Mouais, bon ! En tout cas, j’aurai un remplaçant pour toute la durée de mon absence, vous le savez ?
- Le frère de madame, comme d’habitude.
- Non, non, pas cette fois, il s’agit du docteur Lambert.
- Lambert ? Connaît pas…
- Et bien, vous ferez connaissance, voilà tout !

Et bien, on fera connaissance ! Et puis du moment que ce n’est pas le frère de madame, tant mieux, parce que celui-là, pareil, c’est pas un cadeau ! Maintenant, qui est ce docteur Lambert ? On verra bien, ce sera la surprise.

Et effectivement, le lundi suivant, la surprise était là ; et quelle surprise ! C’est une jeune femme blonde, les mains dans les poches de sa blouse blanche, qui m’attendait dans le secrétariat de la « Clinique des acacias « . Grande et fine, le visage anguleux mais harmonieux, mignonne comme tout, il se dégageait de sa personne un charme certain.

- Bonjour, je suis la vétérinaire Anne Sophie Lambert, vous êtes bien Rebecca, la secrétaire ?
- Oui, bonjour, le docteur vous a parlé de moi ?
- Peu importe, dites-moi, comment se fait-il que vous arriviez seulement maintenant ? Ce n’est pas dans vos attributions d’ouvrir le cabinet ?
- Eh bien, c’est à dire que le docteur et moi avons chacun une clef, alors…
- Vos explications ne m’intéressent pas, arrangez-vous simplement pour que la clinique soit ouverte quand j’arrive, et j’espère ne pas avoir à vous le redire ; bon maintenant que ce point est réglé, passez-moi le cahier où vous notez les rendez-vous…

Mon sourire s’est figé instantanément ; j’ai bredouillé quelque chose que je n’ai pas bien compris moi-même et je lui ai tendu le cahier.

Si j’ai parlé d’une surprise agréable, je le retire tout de suite ! Jamais journée de travail ne me fut plus pénible ; nous n’avons pas échangé dix mots ! Seulement l’indispensable mais le pire m’attendait à la fin de la journée.

- Rebecca, naturellement, c’est vous qui vous chargerez de fermer la clinique quand la femme de ménage aura fini son service, n’est-ce pas ?
- Hein ? Mais cela va m’obliger à rester très tard…
- Et alors ? Vous n’imaginez tout de même pas que c’est moi qui vais attendre ici, non ? Je n’habite pas à côté, moi !

Ah la garce ! Et dire que l’espace d’un instant, j’ai été heureuse de trouver en face de moi une femme !

Jeune et jolie et qui correspondait parfaitement à l’idée que je me faisais d’une relation amicale, avec peut-être l’option  » et plus si affinités « … Dure est la chute ! Heureusement que je ne me suis pas envolée trop haut ! Si mignonne et si teigne ! Bien évidemment, le jour suivant fut du même tonneau ; et histoire d’en rajouter une couche, elle alla même jusqu’à me reprocher de lui prendre trop de rendez-vous dans la même journée !

Des idées de meurtre m’ont un instant effleurée…

D’autant plus que le surlendemain.

-Dites-moi, Rebecca, qu’est-ce qu’il y a au premier ?
- Au premier ? Et bien c’est la réserve de produits et les archives, et puis il a aussi une pièce aménagée en salon où le docteur se repose quelquefois quand il est de garde.
- C’est vous qui avez la clef ? Alors, donnez-la-moi.

- Mais pourquoi ? C’est mon travail de gérer ce qu’il y a là-haut et je ne vois pas en quoi…
- En quoi cela me regarde ? Sachez qu’en l’absence de votre patron, c’est moi qui ai la responsabilité du cabinet tout entier ; donnez- moi cette clef !

J’ai dû me retenir pour ne pas lui lancer à la figure, à cette pimbêche ! Non mais pour qui elle se prend !

Je la déteste ! De plus en plus ! Et je crois que je ne vais pas tarder à la haïr vraiment, même si je continue de la trouver très… attirante, physiquement.

Et on aurait dû en rester là, définitivement ; sauf que, l’après-midi même.

- Non monsieur, je ne pense pas que le docteur Lambert puisse se déplacer pour aller voir votre cheval. Le cabinet est spécialisé dans les petits animaux de compagnie mais bon, ne quittez pas, je vais tout de même lui poser la question.

A contre cœur, cela va sans dire ! Tiens, elle n’est pas dans son bureau ! Et la porte de l’étage est ouverte Alors, c’est qu’elle est en haut. Je monte (discrètement parce que je voudrais bien savoir ce qu’elle maquille au premier, la miss), la porte du salon est elle aussi entr’ouverte ; un coup d’œil furtif et j’en reste bouche bée ! Elle est bien là, assise sur le canapé, les jambes tendues ; elle a déboutonné sa blouse, dégrafé son jean, et de sa main droite profondément engagée dans sa culotte, elle est en train de se masturber comme une folle ! Et si j’en juge par le rythme de sa respiration, elle arrive en phase finale et elle ne va pas tarder à jouir !

Une chance, elle ne m’a pas vue !

Je redescends le plus discrètement possible , reprends mon interlocuteur pour lui dire que le docteur est trop occupé pour l’instant pour s’occuper de son cheval et qu’il rappelle plus tard…

Non mais là, c’est n’importe quoi ! Si je m’attendais à ça ! Mais qu’est-ce qui lui prend de s’envoyer en l’air comme ça, en plein après-midi ? Parce qu’une clinique vétérinaire, sexuellement, c’est quand même pas ce qu’il y a de plus excitant ! Elle pouvait pas attendre ce soir ? Et je comprends tout d’un coup que c’était prémédité, son affaire ! Et c’est tout simplement pour pouvoir s’isoler qu’elle m’a demandé la clef du haut, la petite garce !

Seulement voilà, elle a oublié de fermer la porte.

Alors ?

Alors peut-être qu’elle est amoureuse, la miss teigne, et qu’elle éprouve le besoin de se faire du bien quand elle pense à son chéri ; tiens ! Au fait, c’est vrai que je ne sais rien d’elle  Est-ce qu’elle a un chéri, au moins ? Et puis, d’un seul coup une drôle d’idée me traverse l’esprit ; et si elle était lesbienne, elle, vraiment ; et que ce soit moi, l’objet de ses fantasmes ? Plausible ! Se montrer désagréable, voire odieux, pour dissimuler ses véritables sentiments envers quelqu’un, cela s’est déjà vu après tout, et peut-être que je lui plais, à la jolie vétérinaire ! Oui, mais si c’est ça, pourquoi elle me drague pas ouvertement, tant qu’à faire ? N’empêche, ce serait la meilleure ! Et j’avoue que cette éventualité ne serait pas pour me déplaire !

Il faut donc que j’en ai le cœur net, mais comment ?

La provoquer, bien sûr, mais si je sais le faire avec un garçon, pas certaine que je réussisse avec elle ! Enfin, je ne risque rien d’essayer.

Alors pour demain, maquillage un petit peu plus accentué, une jupe bien courte sous ma blouse ouverte, un petit air enjôleur avec un sourire éclatant, on verra bien.

*******
Ça y est, elle a tiqué ! Je l’ai vu ! Un léger haussement de sourcils l’a trahie ; mais cela ne la rend pas plus agréable pour autant ; je dirais même, au contraire ! Et quand elle m’a pris le cahier de rendez-vous des mains, c’est avec sa froideur habituelle, sans la moindre amabilité ; simplement, elle s’est contentée de dire :

- Pas beaucoup de rendez-vous aujourd’hui.

Et il a vraiment fallu que je me force pour lui répondre avec un large sourire.

- J’essaie de ne pas vous en prendre trop, docteur, selon votre désir…

Un haussement d’épaules pour toute réponse ; vraiment charmante !

Peu de rendez-vous, certes, mais pas mal de monde quand même ; et avec en prime deux opérations délicates couronnées de succès à la fin desquelles on s’échange, malgré tout, un sourire de satisfaction, mais, hélas, purement professionnel !

Journée fatigante donc, au terme de laquelle il ne me reste plus qu’à réapprovisionner les présentoirs à croquettes et à lui faire signer deux ou trois courriers qui doivent partir demain matin .

Je souris intérieurement en constatant qu’une fois encore, elle n’est pas dans son bureau ; Non, elle va pas se refaire la séance d’hier, quand même ! Pas tous les jours ! Sinon, je vais vraiment me poser des questions, moi !

Et bien si !

A la différence près qu’aujourd’hui, elle est debout, jambes écartées, la main dans le pantalon dégrafé et elle geint, doucement, en prenant son fade ! Mais c’est pas possible ! Elle a le sexe en feu, cette fille ! Et puis soudain, mon cœur fait un bond dans ma poitrine, car c’est mon prénom que je viens de l’entendre murmurer à travers ses gémissements !

Je rêve ! Ainsi je ne me suis pas trompée ! C’est donc bien moi l’objet de ses fantasmes… ou quelqu’un qui porte le même prénom que moi, mais ce serait là une coïncidence vraiment un peu trop extraordinaire.

J’en reste sans réactions, comme inerte ! Et puis voilà que mon cœur se met à battre un peu plus vite, tout d’un coup…

Alors, je fais quoi ?

Deux possibilités, ou je redescends discrètement, comme si de rien n’était, ou je la rejoins.

C’est dit, je la rejoins ! Bon, jusque-là, elle ne s’est pas aperçue de ma présence, alors je pousse la porte et j’y vais au culot :

-Vous m’avez appelé, docteur ?

Quelques secondes pendant lesquelles il ne se passe rien ; le temps qu’elle réalise ; elle me regarde, prend soudain conscience de sa situation et d’un geste brusque ramène sa blouse devant elle.

- Mais qu’est-ce que vous faites ici ? Sortez !

Sortir ? Oh non ! Et avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir, je colle ma bouche sur ses lèvres.

- Excusez-moi docteur, mais je ne peux pas résister…

Mais elle ne m’entend pas ; ivre de rage, elle me repousse avec une force dont je ne la soupçonnais pas.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous êtes folle ! Sortez ! Sortez immédiatement où je hurle !

Heu, là, je crois que je ferais mieux de ne pas insister ; penaude, je sors à reculons et je redescends.

La petite garce ! C’est quoi la scène qu’elle est en train de me jouer, là ? Je ne me suis pourtant pas trompée ! Je l’ai bien entendu soupirer mon prénom dans son délire ! J’en suis sûre !

Et je me rends compte alors que je me suis mise dans une drôle de situation, parce que là, notre relation va carrément tourner à l’aigre, pour ne pas dire au vinaigre ! Sans compter qu’il va falloir que je m’excuse, maintenant, après ce bide monumental !

Bon, les excuses, d’accord ; elle les accepte ou pas, on verra bien ; mais je ne suis pas du genre à lâcher prise aussi facilement et elle ne va pas se moquer de moi comme ça longtemps, la véto !

Alors, je vais lui griffonner un petit mot que je glisserai dans une enveloppe parmi son courrier et là, d’une manière ou d’une autre, elle sera obligée de réagir.

J’écris :

 » Je m’excuse pour ce trop bref moment de folie, mais je ne le regrette pas, vos lèvres sont délicieuses ! Et si comme j’ose l’espérer, le prénom que je vous ai entendu murmurer est bien le mien, je suis toute prête à approfondir notre relation ; je vous attends chez moi, aujourd’hui, demain ou quand vous voulez « 

Mon adresse, elle est dans le registre de la clinique.

D’ accord, elle ne va sûrement pas apprécier, mais je m’en fiche ; Un peu plus tard, avec le courrier, je la retrouve à son bureau ; elle ne daigne même pas lever les yeux sur moi.

- J’espère que vous voudrez bien me pardonner, docteur, un moment d’égarement…

Elle m’interrompt d’un geste de la main, toujours sans m’accorder un regard.

- Posez ça là, et allez-vous-en ! Je fermerai le cabinet moi-même…
- Mais je…
- Disparaissez ! Et cessez de vous prendre pour le nombril du monde !

Rideau ! Terminé ! Si j’ai pu croire un instant à une happy-end, eh bien, je me suis trompée, et lourdement ! Faut dire que je m’y suis mal prise, aussi !

Reste bien sûr mon petit mot, mais franchement, je ne me fais aucune illusion ; et auquel cas, les jours qui viennent s’annoncent particulièrement difficiles ! Je ne me sens pas très bien, d’un coup ! Et avec le moral au plus bas, dans les chaussettes !

Il faut absolument que je me change les idées ; Je vais appeler Romain, un bon copain, de ceux d’avant ; et peut être que si je m’y prends bien, il aura envie de me consacrer sa soirée.

Naturellement, c’est son répondeur ; je raccroche ; nulle envie de discuter avec une boîte vocale ; un autre ? Va pour Florent.

Idem !

Bon, ça va, j’ai compris ! Inutile d’insister, quand ça va mal, ça va mal ; je crois que je suis bonne pour une soirée plateau repas DVD.

Ce sera « Sur la route de Madison ». Je vais encore verser une larme, mais j’adore le film et Meryl Streep et ce soir, comme je me sens vraiment à l’ouest, exceptionnellement, je m’autorise un scotch, et même deux.

Elle n’est pas venue.

Je me suis endormie sur mon canapé, avec Babette sur les genoux

*******
La journée qui vient va être pénible.

Ce matin, déjà, pas un mot, pas un regard, un vague signe de tête en guise de bonjour et c’est tout.

Ambiance pourrie ! Elle consulte le cahier des rendez-vous sans même m’adresser la parole ; j’ai envie lui balancer des baffes ! Heureusement qu’il y a les clients et leurs gentils toutous pour me faire penser à autre chose ! Au moins ils sont sympas, eux.

La journée s’achève, et franchement, il est grand temps, parce que j’en ai marre de cette atmosphère !

- Rebecca, voulez-vous passer dans mon bureau, je vous prie…

Bon, je devais m’y attendre ; Je crois que l’heure des explications a sonné ! Et son ton ne présage rien d’agréable !

Assise à son bureau, elle finit d’annoter je ne sais quoi sans lever les yeux vers moi ; cela dure un moment. Bon, il ne faudrait pas qu’elle me fasse poireauter trop longtemps comme çà, parce que là, mes nerfs vont lâcher, et je ne répondrai plus de rien !

Enfin, elle pose son stylo, ouvre un tiroir et en sort une feuille de papier que je reconnais comme étant mon petit mot ; elle lève enfin la tête vers moi en tenant ma missive entre le pouce et l’index.

- Vous reconnaissez ce papier ?
- Bien-sûr !
- Écoutez- moi bien, Rebecca, je devrais vous sanctionner pour ce que vous avez fait, mais dans ma grande mansuétude, je ne le ferai pas !

Dans sa grande mansuétude ! Non mais je rêve ! Elle se prend pour qui, la véto ! Et puis, elle se lève, contourne le bureau et vient se planter devant moi.

- Seulement, vous n’allez pas vous en tirer comme ça…
- Que voulez-vous dire ?

Elle me met mon papier sous le nez et l’agite comme un éventail.

- Tenez, reprenez votre littérature…

J’avoue que je ne l’ai pas vu venir ! J’ai à peine saisi mon petit mot qu’elle me prend la tête entre ses mains et qu’elle colle ses lèvres sur les miennes ; oh la vitalité qu’elle a, ma vétérinaire ! Et ce jeu de langue ! Alors ok, je ne refuse pas le combat ; Dieu quelle bataille ; et ça dure ! Jusqu’à ce que je sois au bord de la suffocation : pouce ! Je demande une trêve, je n’en peux plus ! Il faut que je respire un peu, moi ! Elle aussi d’ailleurs, puisque sans concertation, on désunit nos bouches en feu.

Une pause ; mise à profit pour reprendre notre souffle , un regard qui n’est rien d’autre qu’une invite à reprendre la lutte et on se relance dans la bataille avec encore plus d’ardeur, serrées l’une contre l’autre pour se dévorer à pleine bouche ; je sens sa main se poser sur mon sexe à travers mon pantalon ; elle sait bien qu’elle est en train d’ y mettre le feu, à mon trésor, la petite garce ! Fébrilement, elle entreprend de dégrafer mon jean et je pars à la renverse, sur le bureau, envoyant tout ce qui s’y trouve par terre. Je suis obligée de la prendre par les poignets pour l’empêcher d’aller plus loin.

- Non, je vous en prie… pas ici !

Elle à la sagesse de ne pas insister ; simplement, elle me sourit et soupire.

- Vous me plaisez, Rebecca, vous me plaisez beaucoup…

Ça, je crois bien que je l’avais deviné ; mais je ne lui réponds rien ; je me redresse et commence à ramasser les objets épars sur le sol

- Laissez, je vais m’en occuper, et vous pouvez partir, Rebecca, je fermerai le cabinet.

Je ne sais trop quelle attitude adopter pour la quitter ; alors, je ramasse ma « littérature » et je lui agite devant les yeux, comme elle le fit naguère.

- Ça tient toujours, vous savez …

Et je la laisse, perdue dans ses pensées, sans rien ajouter d’autre.

*******
Elle va venir, j’en suis presque sûre.

Si je lui plais, comme elle le dit et qu’elle a réellement envie d’aller plus loin, elle viendra ; surtout que cet après-midi, je ne l’ai pas découragée, j’ai même plutôt fait le contraire ; mais j’aimerais bien savoir à quoi elle joue quand même, parce que son comportement est véritablement des plus incompréhensibles ! Indifférence totale le matin, pour ne pas dire haine, passion déchaînée en fin de journée ! C’est vraiment un cas, cette fille !

Alors, j’attends ; je me suis mise en pyjama et installée devant la télé, mais je suis incapable de m’intéresser à autre chose qu’à la pendule et à ses aiguilles qui tournent ; vite, trop vite à mon goût !

Elle va venir, j’en suis sûre, mais quand ?

Non mais, je ne serais pas en train de tomber amoureuse, moi ?

Allez, je me fixe une heure limite, je me dis que si à neuf heures elle n’est pas là, c’est qu’elle ne viendra plus et j’irai me coucher.

Neuf heures déjà ! Bon, allez, disons neuf heures et demie, dernière limite…

Ça y est ! La sonnette de l’entrée ! Et mon cœur fait un bond dans ma poitrine !

C’est elle ! J’en suis sûre ! La preuve, même sa façon de sonner a quelque chose de désagréable.

Je me retiens de courir pour aller ouvrir et je me rends alors compte que je suis en pyjama, bof, après tout, tant pis !

C’est bien elle, même si l’espace d’un instant, j’ai pu en douter ; c’est qu’elle a troqué sa blouse blanche contre une tenue de motard ; blouson de cuir noir et pantalon assorti ; sous son bras, elle tient un casque blanc à flammes rouges.

On se regarde, sans trop savoir quoi dire, avec l’une et l’autre le même sourire un peu niais.

Finalement c’est elle qui se décide à rompre le silence.

- J’avais peur que vous soyez couchée, j’ai eu du mal à trouver, vous savez, je ne connais pas le quartier… je peux entrer ?

- Oui, oui, bien sûr, entrez et excusez ma tenue, mais j’aime bien être à mon aise, le soir…

Elle pose son casque sur mon chiffonnier et fait glisser la fermeture éclair de son blouson, découvrant un tee-shirt rouge sur lequel il est écrit en gros caractères blancs « je suis nyctalope » 

- Ne vous excusez pas, vous êtes chez vous, et puis cet ensemble de nuit vous va à ravir, il me plaît beaucoup, même si moi je n’en porte pas ; je préfère dormir nue, vous ne dormez jamais nue, vous ?

Pas mal pour une entrée en matière ! Et c’est stupide, mais de l’entendre me parler ainsi, j’en suis troublée au point de bafouiller !

- Cela m’arrive, quelquefois, mais rarement seule…
- Oui, évidemment, c’est mieux…

Ambiance un peu gênée ; on aurait pu se jeter dans les bras l’une de l’autre, comme tout à l’heure, mais non, l’instant de folie passé, la réserve reste de mise ; je l’invite à retirer son blouson et à s’asseoir, sur le canapé ; on se met de biais, pour être face à face. Je la sens hésitante, elle passe la main dans ses cheveux pour les remettre en place, soupire, et puis finalement, se décide à parler.

- Vous devez me prendre pour une folle, n’est-ce pas ? Ou à tout le moins pour la dernière des perverses…

A travers son regard, j’essaye de la deviner, mais non, elle reste impénétrable. Décidément, elle me plaît de plus en plus, cette fille…

- Moi, je dirais plutôt passionnée ou amoureuse, ou les deux… vous êtes amoureuse ?

À nouveau la main dans les cheveux, elle sourit.

- Croyez-vous sincèrement que je serais ici, si je ne l’étais pas…

J’apprécie ! et bien voilà ! J’avais beau y m’attendre, j’en suis troublée au point de ne pas savoir quoi répondre ; je lui souris, un peu gauchement.

- Et depuis quand, si je ne suis pas indiscrète ?
- Depuis le jour où je vous ai vue pour la première fois, il y a trois semaines environ, j’étais avec votre patron, vous, vous ne m’avez pas remarquée, mais pour moi, ça a été le coup de foudre.

Mais oui, bien sûr ! Cela me revient maintenant ! Je me suis demandé qui était cette fille, mais j’étais vraiment débordée, ce jour-là…

- En tout cas, vous avez une façon d’être amoureuse assez curieuse, quand même… vous savez que j’en étais presque arrivée à vous haïr…

Là, elle rit franchement

- C’était le but recherché ! Parce que je ne peux pas, et ne veux pas, mélanger travail et sentiment, donc j’essaie de me forger une carapace… et aussi parce que je suis incapable de maîtriser certaines de mes pulsions – je suis quelqu’un de compulsif en fait, et c’est une véritable maladie ! Mais cela, je crois que vous vous en êtes aperçue, non ?

M’est avis qu’elle prend l’eau, sa carapace ; l’ambiance se détend ; tiens, elle s’est légèrement rapprochée.

- Mais avec vous, cela n’a pas fonctionné, j’ai craqué ! Vous savez que c’est la première fois que je tombe sous le charme d’une fille… cela vous est déjà arrivé, à vous ?

J’hésite à me livrer entièrement.

- De tomber sous le charme d’une fille ? Pas vraiment, mais en tout cas, une chose est sûre, vous me troublez, Anne- Sophie, comme encore jamais personne ne m’a troublée… au fait, vous permettez que je vous appelle Anne- Sophie ?

Elle rit en se rapprochant encore un peu.

- Évidemment ! Et on pourrait même se tutoyer, non ?

Ça, je n’ai rien contre, au contraire ! Et je me rends compte alors que nous ne sommes plus qu’à quelques centimètres l’une de l’autre. Je la regarde. Il y a dans cette fille quelque chose qui m’échappe encore et qui me mets mal à l’aise, mais quoi ?

- Je peux t’offrir un scotch ?
- En principe, je ne bois jamais d’alcool, mais ce soir, je vais faire une exception, juste un doigt, pour porter un toast.
- A nous ?
- Hum, cela dépend de toi… si tu es d’accord.

Nos fronts se touchent. Du bout de l’index, je caresse ses lèvres.

- Tu oses me demander si je suis d’accord, à moi, qui t’attends depuis des heures…

Un petit baiser, on rit ; je sers les scotches. On trinque. Je l’invite à visiter ma chambre, elle ne refuse pas.

- Dis, tu es vraiment nyctalope ?
- Évidemment non, mais j’aime bien le mot ; et puis cela intrigue ; la plupart des gens ne savent pas ce que cela veut dire, et s’imaginent des choses un peu grivoises, cela m’amuse ; dis donc, il fait drôlement chaud, chez toi, à moins que ce ne soit l’effet de l’alcool.

Elle s’assoit sur mon lit ; j’en fais autant, tout contre.

- Tu sais, on peut se mettre à l’aise…

Elle pose délicatement son front contre le mien.

- Tu veux dire… nues ?
- Pourquoi pas…

Elle n’a rien contre.

Et se dévêtir, Anne Sophie, elle sait le faire ; élégance ; rapidité ! Du grand art ; dans ses mains, le tee-shirt et le soutien-gorge disparaissent comme par magie ; son pantalon glisse sur ses cuisses avec grâce et la façon dont elle se défait de sa petite culotte me ravit.

- J’adore me déshabiller, je trouve ça excitant de se mettre nue, même quand je suis seule.

Je suis entièrement d’accord, la preuve, je l’imite.

On s’enlace.

Je n’ai jamais fait l’amour avec une fille. Mais pas besoin de prendre de leçons ! Je passe directement aux travaux pratiques ! Initiation à quatre mains ! On se découvre, on se goûte ; on se frotte l’une contre l’autre ; ses mains courent sur mon corps. Je la laisse faire, m’abandonne à ses caresses et ses baisers de feu ; elle me lèche, le corps, les seins, le sexe ; et en plus, c’est une exploratrice, Anne-Sophie, elle aime les profondeurs et ne craint pas de s’y aventurer, un doigt, puis deux qu’elle suce ensuite avec délectation ; et comme en amour, je ne suis pas du genre à rester passive, je joue la même partition, c’est un véritable festival ! Pirouettes, galipettes ! On s’en donne à cœur joie ! on s’autorise même des caresses osées aux endroits les plus secrets de notre anatomie ; c’est l’amour total, physique, charnel !

Je l’aime, ma véto ! Je lui dis, à l’oreille ; et elle me répond en écho : je t’aime !

Et puis, c’est l’extase, le feu d’artifice final grandiose qui nous laisse repues d’amour, emmêlées, épuisées mais heureuses !

De la salle de bains, elle me crie

- Dis-moi Rebecca chérie, tu fais quoi, dimanche ?
- Dimanche ? Je ne sais pas, on pourrait peut-être faire une balade en forêt, toutes les deux, en amoureuses, ou rester sous la couette, si jamais il pleut…
- Hum, c’est assez tentant, mais ce sera pour une autre fois, parce que dimanche, j’organise une petite fête entre amis, et j’ai vraiment très envie que tu sois des nôtres…

Entre amis ? Curieux, mais je n’avais jamais imaginé qu’elle puisse avoir des amis, comme quoi…

- Et puis je te présenterai à Marc
- Marc ?
- Et bien oui, Marc, mon mari.

J’ai senti un instant le sol se dérober sous mes pieds ; je la regarde, incrédule.

- Ton mari ? Parce que tu veux dire que… que tu es mariée ?

Elle éclate de rire

- Depuis quelques années, déjà, oui ! Mais c’est vrai que je ne te l’ai pas encore dit, il faut dire aussi que nous n’avons pas eu souvent l’occasion de nous faire des confidences !

Je dois donner l’impression d’arriver de la planète Mars ; j’arrive à articuler un pauvre

- Mais… mais tu n’as pas d’alliance…
- Je trouvais cela gênant pour travailler, je l’ai retirée.

J’hésite entre la gifler ou me mettre à pleurer ; mon côté émotionnel…

Elle se rend compte alors de mon état, me prend la main que je n’ai pas la force de lui refuser.

- On dirait que cela te contrarie ? Tu m’en veux ?

Gros soupir ! Lui en vouloir ? Pourquoi, parce qu’elle appartient à quelqu’un d’autre et qu’elle ne m’en avait rien dit ? Quelle importance, au fond, je n’ai pas l’intention de faire ma vie avec elle ! Et puisque je suis heureuse comme cela… je lui souris

- Non, je ne t’en veux pas… et puis, finalement, il vaut peut-être mieux que cela soit comme ça… mais de toute façon, cela ne change rien à mes sentiments pour toi…
- Je l’espère bien ! Elle me prend par le cou – et puis, tu verras, il est très gentil, Marc, et je suis sûre qu’il te plaira.

FIN

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Une réponse à Le cas du Docteur Lambert par Gigi02

  1. Dudule dit :

    Sympa… et j’adore la chute

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