Gazette 623 – Prostitution / France / Québec

623 – Décembre 2017 – Québec/France/Prostitution  

Les femmes et les hommes qui exercent la prostitution sont très exposés à de multiples formes de violences. A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux travailleuses/eurs du sexe (17 décembre), Médecins du Monde appelle à la décriminalisation du travail du sexe.

Médecins du Monde se positionne en faveur de la décriminalisation du travail du sexe, autrement connu sous le terme de prostitution. A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux travailleuses/eurs du sexe, l’ONG rappelle « les conséquences des lois répressives qui encadrent le travail sexuel sur la santé et l’intégrité physique des travailleuses/eurs du sexe ».

Ainsi par exemple, « en France, un peu plus d’un an et demi après l’adoption de la loi visant à lutter contre le système prostitutionnel, nous constatons sans ambiguïté l’impact délétère des mesures adoptées », poursuit MSF. « Confirmant nos pires craintes, nous assistons à l’isolement, la précarisation des travailleuses/eurs du sexe, leur éloignement des structures de soins et de prévention ainsi qu’à l’augmentation des expositions aux infections sexuellement transmissibles et à l’augmentation des violences à leur encontre », précise le Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde.

Or Médecins du Monde-France se positionne clairement aujourd’hui « en faveur d’une décriminalisation du travail du sexe et de la mise en place de politiques publiques favorisant l’accès aux soins et aux droits des travailleuses/eurs du sexe ». Tout en dénonçant « avec force toute forme d’exploitation, de contrainte, de trafic et de violence exercée à l’encontre des êtres humains ».
https://www.ladepeche.fr/article/2017/12/15/2705325-travailleuses-eurs-du-sexe-victimes-de-violences.html
On ne peut qu’applaudir à cette prise de position ! Mais allez donc faire comprendre ça à nos ultra-féministes institutionelles ?


Nous reproduisons ici un excellent article de Mélodie Nelson publié dans le journal de Montréal

J’ai eu un client qui me parlait d’un chat en Algérie, un chat qui n’appartenait à personne ou à tout le monde, et qui montait et descendait l’ascenseur de la tour d’habitations où il logeait. Un jour, quand Samil avait une dizaine d’années, le chat a disparu. Quand Samil me quittait, il prenait mon visage dans ses mains et il me disait que j’étais émouvante. Il me le répétait, chaque fois, chaque semaine pendant près d’un an, et je le croyais. Il avait les larmes aux yeux, et je le rendais ému, juste en l’écoutant. Nous parlions toujours, nus, sur des draps que j’avais du mal à plier, déplier, bien placer autour du matelas.

J’avais un client qui me parlait de sa grand-mère. Un autre qui était directeur de prison à New York. Il aimait Mylene Farmer et me parlait de la teinte de gris qu’il avait choisi pour les murs de sa maison. Un autre qui demandait à lécher mes fesses, à me prendre comme je préférais, lui derrière moi, sa bouche dans mon cou et mes cheveux parfois tirés, et qui était très gêné la fois où son fils de douze ans lui a téléphoné pour lui mentionner qu’il avait oublié ses clés.

Ils seraient tous criminels maintenant.

Même le père de mes enfants, celui que j’ai connu il y a près de douze ans, au lit, avant de le connaître devant moi, à manger du gâteau breton au petit déjeuner, ou à mes côtés, à recoudre les yeux des peluches de notre fille.

Comme les six hommes – dont un ancien député – arrêtés récemment dans Ahuntsic-Cartierville, dans une rue où motels et condos récents cohabitent.

La loi interdit toute sollicitation de services sexuels tarifés. La loi n’interdit pas aux passants dans la rue de siffler les filles, de leur demander leur numéro de téléphone, de passer du temps à plaisanter sur le temps que ça leur prendrait de jouir sur le visage d’inconnues. C’est pas interdit, ça. Comme mon ami Éric le suppose, on criminalise juste le harcèlement de rue quand il implique un tarif :  « Aye moé j’te fourrerais » = OK « Combien tu coûtes? » = CRIMINEL »

Jérôme, un client qui préfère les salons de massages et les rapports qui impliquent consentement et poésie, s’étonne et se fâche de cette hypocrisie insensée :  Depuis quand, en démocratie, poser une question est un crime ? Si je demande à une femme combien elle charge et qu’elle n’est pas travailleuse du sexe, elle peut simplement me dire qu’elle n’est pas dans l’industrie. Qu’y a-t-il de criminel là-dedans ? C’est d’autant plus aberrant qu’aucune loi ne criminalise une demande de services sexuels, pour autant qu’il n’y ait pas de rémunération en jeu. Donc, une scène classique dans un bar style « Je me cherche de la compagnie pour ce soir. Es-tu libre ? » est ok, même si la personne pose une condition comme « Oui, si tu me masses les épaules avant. » Pourquoi la même scène contre une compensation monétaire serait criminelle ? »

Un besoin d’affection au tribunal moral

Ils sont dentistes, plombiers, consultants en aéronautique, marins, caissiers à l’épicerie, professeur de littérature à McGill. Ils sont criminalisés parce qu’on suppose, par une logique perverse, qu’avoir recours à des services sexuels qui ne sont pas gratuits est automatiquement de l’exploitation. « Le besoin d’affection n’est pas inventé. Tu veux du sexe? Trouve-toi une blonde ou un chum pis c’est tout! T’es pas beau, tu ne pognes pas, t’es trop insécure et incapable de séduire… ben sèche! », se désole Quentin. « Y’a toute une attitude à changer qui nous apprend à la base que le sexe en dehors d’un couple, c’est mal. Un couple amoureux baise cinq fois par semaine! Ah! C’est un couple passionné! Un gars va aux danseuses deux fois par mois, dépense $200 par mois pour un service sexuel.. .y’a une déviance, des penchants malsains, douteux. C’est un sale! »

J’ai eu un client qui me dessinait. J’ai encore ces dessins, à la mine, de mon visage et de mes cheveux, qui cachent, pudiquement, mes seins. Un client qui produisait des émissions pour enfants et qui portait des foulards colorés. Un client qui critiquait sa blonde et un client qui s’ennuyait de son ex blonde, qui portait le même modèle de petites culottes que moi. Je n’ai pas trouvé agréable tous les clients. Je ne leur souhaite pas à tous de joyeux anniversaires sur Facebook. Je ne m’ennuie pas de toutes les queues et des draps à laver, plier, déplier, sur lesquels je m’étendais, en attendant les clients, quand j’étais escorte, mais aucun d’eux ne méritent d’être criminalisé au nom d’une moralité qui rend impossible l’autonomie financière et le sentiment de dignité et de confiance des travailleuses du sexe.

Mélodie Nelson
http://www.journaldemontreal.com/2017/11/30/les-clients-de-travailleuses-du-sexe–des-criminels-juste-parce-quils-ne-demandent-pas-du-sexe-gratuit

J’espère que Mélodie ne nous en voudra pas d’avoir recopié ce très bel article !

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