Lâchez-nous la chatte, léchez-nous tranquille… par Sonia Kubler

 

Avertissement « légal » : Cet article n’a pas pour objet d’encourager à la prostitution. Il donne le point de vue de l’auteur (qui est aussi celle du site) sur le sujet.
Lâchez-nous la chatte, léchez-nous tranquille !

Un certain nombre de mails, et d’autre part certaines prises de positions sur le Web, m’ont incitée à développer mes réponses publiées dans le forum au sujet des différentes façons dont la société aborde le problème de la prostitution.

Pour résumer il y a trois tendances :

Le prohibitionnisme : la prostitution est interdite et criminalisée en tant que telle.
L’abolitionnisme : la prostitution n’est pas interdite ni criminalisée en tant que telle, mais tout est mis en œuvre pour en abolir la pratique.
Le réglementarisme : La profession est tolérée et réglementée.

Revue de détail :

Le prohibitionnisme institutionnel : La prostitution est interdite par principe, les prostituées sont considérées comme des délinquantes. Cette position est celle de certains états américains, des pays musulmans et de la Chine. On remarquera que dans ces pays, la notion de faute est individualisée à l’extrême, sans aucun lien avec son contexte social, ce sont des pays où la peine de mort est encore en vigueur, où la notion de libre disposition de son corps ne s’exprime pas, et où les idées religieuses (ou les morales étatiques) l’emportent sur la liberté élémentaire des individus.
Pour en illustrer la bêtise, nous n’irons pas chercher des exemples (souvent dramatiques) dans les pays ou la Charia a force de loi, mais plutôt au Etats-Unis où on a vu un type faire un procès contre sa fiancée pour prostitution parce que celle-ci lui avait dit que s’il était d’accord pour avancer la date des fiançailles et lui donner la bague qui va avec, elle consentirait à s’offrir à lui avant le mariage….
Ce prohibitionnisme pur et dur n’est défendu en France que par quelques groupes catholiques intégristes. Laissons-les croupir dans la médiocrité de leur pensée.

Le prohibitionnisme associatif : La prostitution est interdite par principe, mais les prostituées ne doivent pas être criminalisées en tant que telles. C’est grosso modo la position d’un certain nombre d’organisations d’inspiration religieuse. Elle ne se distingue de l’abolitionnisme que par la revendication de principe de l’interdiction totale.

L’abolitionnisme institutionnel : La prostitution n’est pas interdite en tant que telle. Pour deux raisons avouées : la première au nom du réalisme (comment évaluer l’acte de prostitution dans la sphère privée ou semi-privée ?) la seconde pour des raisons philosophiques (la libre disposition de son corps – mais avec des tas de nuances-). Les autres raisons sont inavouées (notamment le rôle de la prostitution dite de luxe… passons) Dans ce système sont plus ou moins criminalisés suivant les états, les gouvernements et les époques, les comportements collatéraux (proxénétisme) et publiques (racolage). C’est la position de la plupart des démocraties occidentales, c’est aussi celle de l’ONU.

L’abolitionnisme associatif : Contrairement à l’abolitionnisme institutionnel, les associations se réclamant de l’abolitionnisme déclarent que la prostituée est toujours (et ils insistent lourdement sur le toujours) une victime, et qu’elle n’a donc pas à être criminalisée (y compris pour ses comportements publics). Ce courant animé par une partie des féministes traditionnelles est le plus actif ! Ce qui ne l’empêche pas de dire parfois n’importe quoi ! Nous y reviendrons.

Le réglementarisme : La profession est réglementée, les personnes prostituées y ont des droits mais aussi des devoirs ! Le réglementarisme n’a pas la prétention, là où il existe de supprimer toute prostitution non réglementée mais de fournir un cadre légal à ceux qui le souhaitent. C’est la position adoptée notamment par les Pays-Bas et par l’Allemagne.

Il n’y a pas de discussion possible avec ceux qui considèrent la prostitution comme une faute (prohibitionnisme) On pourrait croire par contre qu’il est possible de dialoguer avec ceux qui considèrent la prostitution comme une anomalie sociale (abolitionnisme). Nous verrons que c’est extrêmement difficile :

Les oublis des abolitionnistes :

Les fonctions sociales de la prostitution :
– Permettre à un certain nombre d’individus d’avoir des relations sexuelles ! Et oui, c’est aussi simple que ça, et même si la prostitution ne se limite pas à ça, ça existe !
– Permettre à un certain nombre d’individus de réaliser des fantasmes hors couple ! Et oui, il y encore des femmes qui sont bloquées sur des choses aussi courante que la fellation… mais ça personne n’en parle…
– Permettre à l’homme d’assumer sa polygamie sans mettre en cause sa vie de couple (il y en a qui vont hurler !) N’empêche que l’on sait que l’homme est sans doute naturellement polygame de façon inconsciente et que la solution de la prostitution offre de nombreux avantages par rapport à la celle de la maîtresse traditionnelle

Non seulement ce rôle social est négligé, voire nié par les abolitionnistes, mais ils le prennent à contre-pied en affirmant qu’au contraire et sans aucune preuve que le recours à la prostitution de la part des clients ne serait qu’un premier pas vers le viol (voir la pédophilie). Cet argument ne repose sur rien et participe à cette pauvre théorie des premiers pas (faire ceci serait toujours le premier pas pour faire cela) qui est scientifiquement sans aucun fondement

Les œillères des abolitionnistes

Il existe une prostitution librement pratiquée : La majorité des filles travaillant (pour se limiter à l’exemple parisien) dans les secteurs Saint-Denis, Joubert, Foch, travaillent de façon indépendante. Ce phénomène n’a rien de marginal ! Les abolitionnistes n’arrivent pas à l’intégrer ! Pour eux il s’agit d’une aberration, d’une inadaptation sociale… alors pour tenter d’expliquer ils disent n’importe quoi : du genre  » les prostituées en question ont subi des traumatismes pendant leur enfance, des viols, des incestes…  » Mais c’est n’importe quoi ! Sur quelles études, quelles statistiques fiables fondent-ils des conclusions aussi péremptoires ? Ou encore  » les prostituées portent leurs conditions comme un calvaire, comme une tache indélébile  » Ah ! Bon ? En fait les abolitionnistes n’arrivent pas à concevoir que quelqu’un de très ordinaire, de très quelconque couche pour de l’argent et se sente très bien dans sa peau ! C’est au-dessus de leur compréhension.

Alors, là il faut peut-être expliquer comment on en vient à faire ce métier, il n’y a pas, je pense, beaucoup de prostituées par vocation, et comme mon exemple personnel n’a rien d’exceptionnel, je peux en parler quelques lignes :

Tout d’abord, j’ai eu une enfance tout à fait ordinaire et normale, sans aucun « traumatisme ». Divorcée et au chômage, j’avais du mal à retrouver un emploi stable, de plus les dettes s’accumulaient, je me suis alors souvenue d’une amie (d’une connaissance plutôt) qui m’avait dit qu’elle n’hésitait pas à arrondir ses fins de mois en faisant quelques passes. Je l’ai retrouvée et lui ai demandé des conseils. Et le croirez-vous, sa première parole à été :
 » Ne te lance pas là-dedans, c’est un engrenage, ou alors faut vraiment savoir ce que tu fais ! »
Je lui ai répondu que je n’entendais pas prolonger l’expérience mais que j’avais besoin d’un peu d’argent, et qu’ensuite j’abandonnerai l’affaire. Et elle d’insister
 » Tu vas t’habituer à l’argent facile, il faut absolument que tu te dises, tel jour j’arrête  »
Je passe sur les détails, je me souviens de mon premier client (on s’en souviens toujours) On ne peut pas dire qu’il m’ait traumatisée, le pauvre n’arrivait pas à bander et loin de m’en faire le reproche, il s’en excusait…
Quinze jours plus tard, mes dettes étaient largement remboursées, j’aurais pu, j’aurais dû arrêter, mais je me suis dis qu’en travaillant une semaine ou deux de plus je pourrais me payer des super vacances, quelques fringues etc… Cinq ans après (presque six) j’y étais encore.

La reconversion (et non pas la réadaptation, je ne me suis jamais sentie inadaptée) a été difficile, et si je l’ai fait c’est uniquement par peur de ne pas savoir gérer ma future vieillesse. Je ne regrette rien, je n’ai pas d’états d’âme, j’ai eu des contacts très intéressants avec des hommes qui sont devenus des habitués et je n’ai aucune tache indélébile.

Par ailleurs, et contrairement à une expression répandue, on ne vend pas notre corps. La rémunération n’est en aucun cas un forfait permettant de tout faire avec n’importe qui ! Il serait plus juste de dire qu’il s’agit d’une location, mais nous préférons le terme de prestation.

Les sophismes des abolitionnistes :

Il est évident qu’avec des tels oublis et de telles œillères les abolitionnistes abhorrent les réglementaristes, encore faut-il ne pas dire n’importe quoi !
Le réglementarisme ne prétend pas tout régler, répétons-le, mais fournit un cadre légal à ceux qui le souhaitent. Le condamner au titre que se développeraient à ses côtés des activités parallèles clandestines est aussi pertinent que de condamner le travail salarié au titre qu’existe le travail au noir ! Enfin, le contester au prétexte que des comportements mafieux s’y manifesteraient me parait une vision parcellaire des choses. Il faut simplement adapter la réglementation pour empêcher ce genre de choses !

Les calomnies des abolitionnistes :

Là où ça devient grave, c’est quand les abolitionnistes, à court d’arguments pratiquent la calomnie pure et simple. Ainsi les associations réglementaristes disent-ils seraient noyautées par les proxénètes ! Dire cela est simplement dégueulasse, c’est salir sans savoir, c’est baver sans se contrôler ! Ca me rappelle ma jeunesse où je fréquentais des mouvements  » gauchistes  » et où le parti communiste refusait toute discussion avec nous parce que  » nous étions infiltrés par la CIA…  »

Deux mots pour finir, d’abord sur le proxénétisme : Il est évident que je le condamne. Ces types qui ne foutent rien de la journée et qui empochent l’argent gagné par des femmes qu’ils obligent à travailler me répugne. D’autant que l’on voit dans certains secteurs se développer un proxénétisme extrêmement violent ! Mais je vous en prie, ne mélangeons pas tout ! La situation d’une fille qui loue un  » videur  » pour se protéger d’un éventuel client agressif n’est en aucun cas une situation de proxénétisme !

Et puis il nous faut parler du sexe ! Je crois que le sexe a une importance fondamentale dans la vie ! Mais fondamentale ne veut pas dire qu’il faut le sacraliser ! : Il est amusant que les féministes partisans du clan abolitionniste soit également outrées par les écrits et les propos de Catherine Millet… C’est bien la banalisation du sexe qui les dérange ! La bouffe aussi c’est fondamental, on ne la sacralise pas ! Le sexe n’est que le sexe. Et une relation sexuelle n’est qu’une relation sexuelle, n’en faisons pas tout un plat, lâchez-nous la chatte, léchez-nous tranquille !

Sonia Kubler (copyright 12/2002)


Cette illustration n’est pas une photo de l’auteur de cet article,
il s’agit d’une photo posée par un modèle amateur
mais elle est très jolie cette illustration, non ?

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3 réponses à Lâchez-nous la chatte, léchez-nous tranquille… par Sonia Kubler

  1. Irma dit :

    J’ai trouvé cet article très intéressant !

  2. Gervaise dit :

    Un texte intelligent et nécessaire. Merci Sonia

  3. Charles dit :

    Il s’en est fallu de peu. J’ai failli être un criminel ! (puisqu’être criminel tiens à quelques différences de voix sur un vote de gens – qui ne connaissent pas forcément leur sujet – au parlement.)
    Mardi matin, étant en avance, et ayant rendez-vous près des rues chaudes du quartier de la rue St-Denis, je décidais de m’y promener. Je n’aurais sans doute pas fait trop attention à cette femme en pantalon et blouson, le cheveu court, la quarantaine au moins si elle ne m’avait pas gratifié d’un magnifique sourire.  » Pourquoi pas ne pas passer un petit quart d’heure agréable ?  » Me dis-je ! Nous sommes montés, Nous nous sommes déshabillés. Nue, elle me plaisait bien, elle était très gentille et a accepté d’être complice de mes (oh bien innocentes) fantaisies. La prestation s’est déroulée dans la bonne humeur, le sourire, et la complicité. Je n’ai pas été déçu. En nous rhabillant nous avons causé de choses et d’autres, et à tout hasard je lui ai proposé d’aller prendre un café. J’ai pris un grand crème avec deux tartines, elle un thé, nous avons discuté, pipeloté même, de chats, de vacances et même de cuisine. Nous nous sommes quittés avec un chaste bisou. Elle m’a donné sa carte. Elle s’appelle Sylvie. Je lui est dis que je retournerais la voir, et je pense que je le ferais. Voilà ce que j’ai fait ce mardi matin, voilà ce qui a failli être un crime…
    Voilà qui a failli être puni d’une très forte amande, voir de prison, et même d’obligation de soin et de rééducation… Si, si !
    Voilà ce qui en sera peut-être un demain si le front de l’intelligence ne repousse pas l’acharnement débile de cette étrange alliance des culs bénis et des chiennes de garde.

    (Charles 28/02/03)

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