Professeur Martinov 18 – L’héritage de tante Madeleine – 11 – Magouilles en série par Maud-Anne Amaro

 

Professeur Martinov 18 – L’héritage de tante Madeleine – 11 – Magouilles en série par Maud-Anne Amaro

Le lendemain

A 10 heures, Romuald descend dans le hall relever le courrier dans la boite aux lettres comme il le fait quotidiennement. Il remonte également sa propre enveloppe qu’il avait déposée en arrivant. Il trie tout ça, puis s’en va porter le pli contenant les photos à son employeuse.

– C’était comme ça dans la boite aux lettres !
– Et bien, ouvrez-là, ce n’est pas mentionné « personnel » à ce que je sache !

Romuald, livide ouvre, fait semblant de découvrir les photos et pousse un « oh ! » de surprise simulée. Il est mauvais comédien mais comme Madeleine est myope…

– C’est… On dirait…
– Bon c’est quoi ? Soupire-t-elle.
– Tenez ! Lui dit-il en lui tendant la première photo.
– Qu’est-ce que c’est que ces horreurs ? Flanquez-moi ça à la poubelle.

Romuald réalise que sa patronne n’a pas chaussé ses lunettes de lecture.

– Humm. Je crois que c’est quelqu’un que vous connaissez !
– Quelqu’un que je connais ? Mais comment pouvez-vous savoir ? S’énerve Madeleine qui croit avoir affaire à une nouvelle série de photos de son gigolo, mais plus hards.

Ce en quoi, elle ne se trompe pas de beaucoup, admettons-le ! Mais elle est loin de se douter qu’effectivement son gigolo est bien sur les photos mais qu’il ne montre pas son visage.

– Vous devriez chausser vos lunettes, Madame !
– Je n’ai pas besoin de regarder ces horreurs, j’ai déjà eu ma dose, croyez-moi ! Jetez-moi ces saloperies !
– Madame, je crains que ce soit des photos du Père Crochicourt !
– Qu’est-ce que le Père Crochicourt vient faire là-dedans ?
– Il vient faire là-dedans, Madame, que c’est lui sur les photos.
– Mais vous êtes complètement malade, mon pauvre ami, passez-moi mes lunettes.

Et quelques secondes après les avoir chaussées, Madeleine Mornay-Sauvignac tombait dans les pommes.

Carrément !

Romuald a le réflexe de la retenir afin de lui éviter de chuter brutalement, n’empêche qu’elle est inconsciente.

– Ninotchka ! Venez vite !

Elle accoure.

– Qu’est-ce qu’elle nous fait ?
– Elle s’est évanouie en regardant des photos porno.
– Hein ? Je fais quoi, j’appelle un docteur, les pompiers ?
– Faites-lui respirer des sels.
– Des sels ? Quels sels !
– Mais je n’en sais rien, dans les films, quand quelqu’un tombe dans les pommes, on lui fait respirer des sels.

Elle revient avec une poignée de gros sel et lui flanque sous le nez. Evidemment ça ne produit aucun effet.

– Une compresse d’eau froide peut-être ? Je vais en chercher une.

Romuald prend le pouls de la vieille, ça le rassure, elle est vivante.

Ninotchka lui passe de l’eau froide sur le visage, ça ne lui fait pas grand-chose.

– Quelques baffes peut-être ! On voit ça aussi au cinéma ! Suggère-t-elle.
– Allez-y doucement.
– C’est des baffes, pas des caresses.
– Qu’est ce qui se passe ! Finit par murmurer la vieille.
– Vous avez fait un malaise !
– Appelez le docteur Martin !
– On s’en occupe ! répondit Ninotchka en s’emparant du téléphone.
– Les photos ! Crochicourt ! Le dévergondé ! Aaahh !
– Non, vous n’allez pas recommencer !
– Aidez-moi, je vais aller m’allonger un peu dans ma chambre.

Ils la couchèrent et fermèrent les doubles-rideaux.

– J’espère qu’elle ne va pas nous claquer dans les doigts ! S’inquiéta Romuald.
– Vous avez peur de perdre votre emploi ? Ironisa Ninotchka.

Romuald haussa les épaules. Cette « pétasse » ne pouvait pas comprendre.

Ninotchka s’en alla regarder de plus près ces fameuses photos.

« Putain ! Crochicourt qui suce des bites ! Louis va se marrer en apprenant ça ! »

Elle a alors la curiosité de fouiller dans la corbeille à papier pour dénicher l’enveloppe.

« Pas de timbres, ça a été déposé tel que dans la boite aux lettres ! Comme c’est bizarre !’

Romuald resta à la veiller tandis que Ninotchka s’en retourna dans la cuisine, elle en revint cinq minutes plus tard avec une tisane.

– Buvez, ça va vous faire du bien.
– Remportez-moi ça, je ne vous ai rien demandé.

« La forme lui revient, on dirait ! » Se dit Romuald.

– Et le docteur ?
– Il arrive, madame !

Le pouvoir de l’argent est tel que le médecin d’une personne fortunée est capable d’accourir dans la demi-heure pour une peccadille, tandis que d’autres moins chanceux feront le pied de grue une demi-journée aux urgences de l’hôpital pour des choses bien plus graves.

Le docteur ne diagnostiqua rien d’alarmant et lui prescrivit quelques placébos. Madeleine demanda à Ninotchka d’aller les chercher à la pharmacie, séance tenante.

– Je ne veux qu’on ne me dérange sous aucun prétexte. Si j’ai besoin de vous, j’appellerais. Fermez la porte !

Madeleine se lève, ouvre le coffre et récupère la copie du testament, elle la déchire en mille morceaux, tire les doubles-rideaux, ouvre la porte-fenêtre, sort sur le balcon et disperse tout cela au vent.

« Reste celui qui est chez le notaire ! »

Elle sonne Romuald.

– Appelez-moi Maitre Chambon de toute urgence et passez-le-moi.
– C’est sa clerc ! Précise Romuald au bout de quelques instants en lui tendant le téléphone
– Allo, j’avais demandé le notaire !
– Il est à l’extérieur, je suis Rosemonde de la Roche Limée, vous vous souvenez de moi ?
– Oui, bien sûr ! Sortez, Romuald je vous prie ! Oui, allô, je voudrais prendre rendez-vous pour récupérer mon testament.
– Vous souhaitez faire un codicille ?
– Un quoi ?
– Une modification
– Non, je veux l’annuler !
– Ah, euh, je peux passer chez vous avec le notaire, si ça vous arrange. Ne quittez pas, je vois avec lui.

Une annulation de testament pour être valide doit se faire en présence du notaire et de deux témoins.

– Encore cette emmerdeuse ! S’écria Maître Chambon. Ecoute, Rosemonde, occupe-toi de tout, je signerais après.
– Ce n’est pas la procédure ! Se moqua-t-elle.
– Rosemonde, je t’en prie !

Le notaire avait réagi exactement comme le souhaitait Rosemonde, elle rappela donc Madame Mornay-Sauvignac en lui proposant un rendez-vous à domicile pour le lendemain.

– Non, ça urge !
– Alors tout à l’heure à midi et demi ?
– Parfait.

Il est midi 20, le père Crochicourt attend depuis dix minutes sur le trottoir d’en face. Il a un plan, sachant qu’on lui a demandé de déposer l’argent entre midi et midi 30, la récupération se fera donc dans la foulée étant donné que personne ne prendra le risque de laisser dormir cette somme sous un paillasson toute un après-midi. Après avoir déposé l’enveloppe, il compte se poster à l’étage du dessus afin d’identifier le récupérateur.

A midi 25, il traverse la rue, une femme est en train de composer le digicode de l’immeuble.

« Aucune importance ! »

Il la suit. Elle appelle l’ascenseur, il attend avec elle, bref échange de vagues sourires de politesse. L’ascenseur arrive. Crochicourt énonce le traditionnel « quel étage ? »

– Quatrième !

C’est l’étage de Madame Mornay-Sauvignac. Arrivé à destination Crochicourt la laisse passer devant comme le veulent les convenances. Il a alors la surprise de la voir se diriger vers la porte d’entrée de l’appartement de Madeleine.

« Merde, c’est qui celle-là ? »

Il se retrouve idiot, et balbutie qu’il a dû se tromper d’étage, ce qui indiffère totalement Rosemonde comme vous vous en doutez bien.

Il monte à pied jusqu’au cinquième, attend que la femme soit entrée, puis redescend déposer l’enveloppe sous le paillasson et remonte se mettre en planque.

Madeleine qui s’est relevée depuis une demi-heure prévient Romuald qu’elle va s’entretenir de choses importantes avec sa visiteuse dans son cabinet particulier et qu’elle entend qu’on ne la dérange pas.

A midi 30, Maria-Ines téléphone à Romuald.

– Tu peux parler ?
– Oui, elle s’est enfermée avec une fille de l’étude du notaire.
– Déjà ! Ça s’est bien passé alors ?
– Elle nous a quand même fait un petit malaise.
– Il doit y avoir une enveloppe sous le paillasson de la vieille, c’est pour moi, il faudrait que tu me la récupères, tu la gardes par-devers toi et tu me la donneras quand on se verra.
– Ah ?
– Je t’expliquerai. Salut !

Rosemonde s’est installée dans un fauteuil peu confortable dans ce petit cabinet particulier qui ne sert pratiquement jamais et qui dégage une désagréable odeur de camphre et de renfermé.

– Je vous ai rapporté votre testament, vous allez devoir me signer ce récépissé… Voilà, vous marquez « lu et approuvé », vous datez, une signature ici et la même chose sur votre exemplaire. Pour les frais de dossier, je vous enverrai une note.
– Non vous n’envoyez rien, je passerais régler ça à l’étude la semaine prochaine.
– Comme vous voulez. Euh, vous comptez en rédiger un autre ?
– Un autre quoi ?
– Un autre testament.
– J’ai besoin de réfléchir, trop de gens m’ont déçu !

Rosemonde se garda bien d’attirer l’attention de Madeleine sur le fait que s’il lui arrivait quelque chose maintenant, sa fortune serait partagée entre ses neveux, faute de testament.

La clerc de notaire ignorait bien évidemment ce qui s’était réellement passé, mais elle pensait avoir fichu une telle pagaille en intervenant au niveau des neveux de la vieille, que le plan avait fonctionné plus tôt que prévu. Il lui restait donc à prévenir Thérèse Gringola, mais aussi le mage Marcel dont le rôle devenait désormais inutile.

Sauf que les choses ne se passent jamais comme on croit qu’elles vont se passer, mais n’anticipons pas et revenons dans l’immeuble de Madeleine Mornay-Sauvignac.

A 13 heures, Rosemonde quitte l’appartement d’excellente humeur. Crochicourt l’espionne. Aucun mouvement de paillasson.

Quelques minutes plus tard, Romuald quitte à son tour l’appartement afin de prendre son heure de pose méridienne. Il soulève le tapis, prend l’enveloppe et appelle l’ascenseur.

« Le secrétaire, son homme de confiance, eh bien, ça alors ! Il sort, l’occasion est trop belle… »

Et il descend d’un air décidé, sonner à la porte de Madeleine afin de lui rapporter ce qu’il a vu.

C’est Ninotchka qui lui ouvre.

– Bonjour !
– On ne vous a jamais appris qu’il convenait de dire « Bonjour mon père » ?

Sachant qu’aujourd’hui elle ne risquera pas grand-chose à lui répondre, elle le fait.

– Vous n’êtes pas mon père à ce que je sache ! Entrez, je vais vous annoncez.

Madeleine Mornay-Sauvignac redevient toute pâle, mais trouve le moyen de se maîtriser :

– Quoi, il ose revenir ici, ce suppôt de Satan ! Restez avec moi, ma fille, je vais le recevoir comme il convient.

Le curé n’a pas attendu qu’on le prie d’entrer pour pénétrer dans le salon.

– Ah, mon père, vous ici, je ne vous attendais pas, mais je ne suis pas mécontente de vous voir ! Commence Madeleine avec une voix bizarre.
– Il fallait que je vous voie d’urgence.
– Vous vouliez me voir, et bien regardez-moi bien parce que ce sera la dernière fois.

Et Crochicourt se prend une double gifle magistrale dans la tronche avec une telle violence que son nez se met à saigner d’abondance.

– Mais que…
– Dehors, charlatan, vomissure infecte, suppôt de Satan !
– Pardon ?
– J’ai dit dehors ! Grosse merde ! Et si vous ne décampez pas de suite, je vais chercher ma carabine !
– Mais vous êtes malade ! Vous avez de la fièvre.
– Ninotchka, ma carabine !
– Où ça madame ?
– Sous mon lit, vous trouverez aussi des cartouches pour la charger.

Mais Crochicourt s’est déjà enfui sans demander son reste.

Le curé se trouve en état de confusion mentale, en fait il ne comprend rien et s’obstine à tenter de trouver un lien direct entre l’enveloppe des billets et la grosse fureur de Madeleine. De plus il n’a pas assez de kleenex pour stopper son hémorragie nasale et il doit en acheter.

Mais il n’est pas homme à se laisser faire, ni à laisser une situation lui échapper et jure son grand dieu que ceux qui sont à l’origine de ces derniers évènements verront bientôt de quel bois il se chauffe… si toutefois il arrive à y comprendre quelque chose

Pendant deux heures il rumine, il longe les quais de Seine jusqu’au Pont de Grenelle, traverse l’iles aux Cygnes, passe sur la rive gauche et la remonte…

Il est persuadé que c’est Romuald qui non seulement le fait chanter mais a monté Madeleine Mornay-Sauvignac contre lui. Trouver les coordonnées de ce salopard ne lui semble pas insurmontable. Il connait par ailleurs quelques jeunes gens qui fréquente le restaurant où il se rend parfois, qui ne serait pas contre le fait de lui casser la gueule et de de lui faire rendre l’argent qu’il lui extirpé.

« Mais à moins de le tuer, il portera plainte, la police voudra alors connaitre l’objet du chantage, et cela pourrait nuire à mes petites affaires… Donc ça ne va pas… »

Donc la mort dans l’âme, notre curé ripoux décida de tirer un trait sur Madeleine Mornay-Sauvignac et ses proches. Après tout, des petites vieilles à escroquer, il y en avait plein d’autres….

« Allez, je m’en vais boire une mousse ! »

Thérèse

Rosemonde a invité Thérèse au restaurant. Quand cette dernière arrive, elles s’embrassent comme des vieilles copines.

– Choisis ce que tu veux, c’est moi qui paye, lui dit Rosemonde, et on va commander du champagne, et du bon, pas de la piquette.
– On fête quoi ?
– Notre victoire !

Rosemonde lui explique.

– Tu n’as pas de détails ?
– Non, mais on peut imaginer que ton frère ou ton neveu ont retrouvé la trace de Crochicourt – j’ignore comment, d’ailleurs, puisque je ne leur ai jamais donné ce nom – et l’ont confondu.
– Comment ?
– Ça, je voudrais bien le savoir, mais le principal c’est qu’il n’hérite plus.
– Dommage quelque part, le Crochicourt je me le serais bien réservé, cela aurait été ma petite vengeance à moi !
– On peut toujours tirer sur les ambulances…
– Oui, mais ce n’est pas mon genre !
– Tu auras donc une belle part !
– Mwais…
– Quelque chose ne va pas ?
– Faut que je réfléchisse à quelque chose, on peut se voir demain… chez moi ? Ou plutôt après demain. Demain je serais occupée.

Retrouvailles acte 1

Rosemonde ayant récupéré comme on le sait les numéros de portables de Louis et de Maria-Ines, elle les communiqua à sa demande à Thérèse Gringola.

Le portable de Louis étant constamment occupé, Thérèse se résigna à appeler son neveu, Herman. Evidement le numéro étant celui de Maria-Ines, ce fut elle qui répondit.

– Allo ?
– Bonjour ! Je suis bien chez Monsieur Herman Gringola ?
– Oui, c’est pourquoi !
– Pourrais-je lui parler ?
– Vous vendez quoi, des fenêtres ? Des mutuelles ? Des téléphones qui lavent la vaisselle ?
– Je suis sa tante, madame !

Maria-Ines pense qu’il s’agit de la Tante Madeleine, n’en revient pas qu’elle ait une voix aussi jeune, mais s’empresse de passer le portable à Herman.

– C’est la vieille ! Chuchote-t-elle.

Herman ne comprend pas bien.

– Allo ma tante !
– Oui, bien voilà, j’ai quitté le couvent et…
– Ah, vous n’êtes pas… Euh vous êtes la sœur de mon père ?
– Oui, je suis votre tante Thérèse.
– Et que me vaut ce plaisir ?
– J’aimerais renouer le contact, nous nous connaissons à peine. Nous nous sommes juste entrevus aux obsèques de votre père…
– Ah ? Je vous demande une seconde.

Herman se tourne vers Maria-Ines et chuchote :

– C’est pas Madeleine, c’est la bonne-sœur !
– La bonne-sœur ? Ah, oui, qu’est-ce qu’elle veut ?
– Me voir !
– Envoie-la chier.

Herman reprend le téléphone :

– Excusez-moi, nous étions en plein courant d’air, vous disiez donc ?
– Que j’aimerais renouer contact.
– C’eut été avec plaisir, mais nous n’habitons pas Paris.

« Autrement dit, il n’a aucune envie de me voir ! »

Mais Thérèse voulut savoir jusqu’où pouvait aller ce refus.

– Vous êtes en province ?
– Grande banlieue, Chantilly. Répondit Herman par reflexe.
– Oh ! Mais ce n’est pas si loin que ça, je peux me déplacer vous savez, je pourrais passer quand ?
– Ecoutez, je vais être très direct : épargnez-vous cette peine, nous allons nous rencontrer alors que nous n’avons rien à nous dire.

Maria-Ines est en train de lui faire des sémaphores, mais il n’en tient pas compte.

– Qu’en savez-vous ?
– Peu importe, un jour peut-être, mais pour le moment je ne vois aucun intérêt à cette rencontre.
– Intérêt ! Intérêt ! Il n’y a pas que ça dans la vie, et l’esprit de famille alors ?
– Bon, je ne voudrais pas passer pour impoli en vous raccrochant au nez, au revoir ma tante.
– Petit con ! Conclut-elle sans savoir si Herman avait entendu cette verte répartie.

Maria-Ines interpella le jeune homme :

– Tu n’as pas vu que je te faisais des signes ?
– Si, mais bon, j’ai fait comme tu m’as dit !
– Oui mais, j’ai changé d’avis, tu aurais pu la rencontrer brièvement, juste pour savoir si elle était en contact avec la veille.
– Pfff, Romuald nous l’aurait dit !
– J’en sais rien, je me demande s’il nous dit tout ?
– Maintenant, on a son numéro, on pourra toujours la rappeler en s’excusant platement, mais pas maintenant, ça va faire louche.

Thérèse n’était pas vraiment déçue de ce contact raté, elle n’en attendait rien, elle était simplement irritée de ce qu’elle considérait comme de l’indélicatesse de la part de son neveu.

Elle aurait pourtant aimé évoquer la mémoire de son frère Pierre. La différence d’âge les avait empêchés de jouer ensemble, mais elle fut tout de même en de rares moments et avant son mariage précipité, sa petite sœur adorée qu’il faisait sauter sur ses genoux…

« Toi mon salaud, tu n’auras rien de l’héritage de la tante Madeleine, rien du tout, pas une miette, je ferais ce qu’il faut pour ça ! »

Retrouvailles acte 2

Avec Louis, les choses se passèrent bien différemment. Elle l’informa par téléphone avoir quitté les ordres, ils se donnèrent rendez-vous dans une brasserie parisienne en fin d’après-midi et s’embrassèrent fraternellement (forcement) quand ils se revirent.

Moment de silence, aucun des deux ne sait trop comment démarrer la conversation.

– On te croyait disparu !
– Non, la veille de mes 18 ans j’ai essayé de discuter avec mon père pour le préparer à ce qu’il accepte ma liaison avec Olivier.
– Olivier ?
– Ben oui, Olivier ! Ça te choque ?
– J’étais plus ou moins au courant, Maman me l’avait écrit dans une de ses lettres. Donc je ne suis pas surprise et je serais mal placée pour être choquée.
– Pourquoi mal placée ?
– Je te raconterais, je crois qu’on n’a pas mal de choses à se dire. Mais tu n’avais pas terminé.
– Le paternel m’a sommé de choisir, ou j’arrêtais cette liaison ou je foutais le camp.
– Oui, je sais, tu as foutu le camp…
– On est parti à Bordeaux, j’ai essayé de vendre mes toiles et j’ai été remarqué par un vieux libidineux, il m’a fait connaître dans les milieux de l’art et pratiquement du jour au lendemain, je me suis retrouvé riche, je ne savais même pas quoi faire de mon fric. Alors j’ai créé une fondation pour venir en aide aux jeunes artistes. Ça a été vite la dégringolade, je me suis fait gruger et j’ai perdu tout mon argent, mon protecteur est devenu jaloux et m’a cassé et pour couronner le tout Olivier m’a quitté, alors j’ai sombré dans l’alcool, la drogue, jusqu’au jour où un mec m’a aidé à m’en sortir. Je suis revenu à Paris avec lui. Maintenant il est mort…
– Tu sais pour Pierre ?
– Non ! Quoi ? Je n’ai aucune nouvelle de la famille.
– Disparu en mer il y a deux ans.

Le visage de Louis se fige puis :

– On ne s’estimait pas beaucoup, mais bon, c’était mon frère. Il est peut-être mort comme il l’aurait souhaité, excuse-moi je suis en train de dire n’importe quoi. On aurait pu me prévenir, pour mes parents, ils m’ont bien retrouvé, c’était le notaire, mais l’enterrement avait déjà eu lieu. Mais toi tu m’as retrouvé comment ?
– J’ai demandé à un détective privé ! Mentit-elle.
– Tu tenais vraiment à me revoir ?
– Je voulais revoir tout le monde, mais faut croire que je suis pestiférée, la tante Madeleine m’a jeté et le fils de Pierre m’a envoyé promener…

Elle lui raconte.

– Et le couvent, il s’est passé quoi ?
– J’ai vite été de désillusions en désillusions, mais je restais quand même, par lâcheté, par paresse, et puis un jour une goutte d’eau a fait déborder le vase, mais je ne préfère pas en parler pour l’instant.
– Ça fait longtemps ?
– Presque deux ans !
– Et tu fais quoi maintenant ?
– De la peinture sur soie.
– Ah ! Tu peins ! C’est quoi comme style ?

Louis est tout content d’avoir trouvé un centre d’intérêt commun.

– Un peu n’importe quoi. Je fais des faux foulards tibétains, ça marche pas mal.
– C’est pas bien !

Cette réflexion pourtant prononcée sans méchanceté agaça Thérèse

– Je ne suis pas parfaite. Il faut bien que je vive. Et toi tu fais quoi ?
– Je peins toujours. Des conneries, quelques nus féminins, mais ça se vend pas trop mal, je ne me plains pas. Quand j’ai touché la part de l’héritage du paternel, il n’y avait pas grand-chose mais en ajoutant un prêt bancaire j’ai pu ouvrir ma galerie à moi, ça a été un fiasco, je me suis ruiné une fois de plus, mais bon, j’ai bien remonté la pente et je te dis : dans l’ensemble ça va !

Thérèse se demanda si son frère lui disait toute la vérité. Se ruiner deux fois de suite, il faut le faire quand même ! Peut-être jouait-il ?

– On mange ensemble ?
– Ce soir je suis pris. Répondit Louis.
– On peut fixer une date ?
– Je n’ai pas mon agenda, redonne-moi ton téléphone je t’appelle en rentrant.

Thérèse n’était pas folle, elle connaissait ce genre de réponse, ce soir il « oublierait » de la rappeler.

Et c’est exactement ce qui se passa.

Louis était partagé, il était content d’avoir revu sa sœur, mais ne souhaitait pas qu’elle lui « casse les pieds », ils étaient trop différents, elle ne lui apporterait rien, alors d’accord il la reverrait… peut-être… Pas de suite.

« Elle ne m’a même pas demandé de voir les photos de mes tableaux, elle n’en a rien à foutre ! Et puis, rester dix ans chez les bonnes sœurs et ressortir pour vendre des faux foulards tibétains, faut vraiment qu’elle soit givrée ! »

Thérèse aussi était dubitative, l’enthousiasme du début de cette rencontre s’était rapidement dilué, Louis lui avait même lancé une vanne qui lui restait en travers de la gorge. En fait ils n’avaient rien à se dire, leurs mondes étaient trop différents, trop éloignés. Décidément, depuis sa sortie du couvent tout le monde l’évitait !

Mais, elle n’abandonnerait pas son frère, s’il ne la recontactait pas, elle lui enverrait un message pour lui dire qu’en cas de besoin, il pourrait toujours compter sur elle.

Et le lendemain :

Rosemonde débarqua chez Thérèse avec une bonne bouteille et gros gâteau.

– Je te sers un Martini ?
– Oui ! tu m’avais dit que tu avais besoin de réfléchir …
– En effet ! Qu’est-ce qui te fait croire que la tante Madeleine ne va pas refaire un testament en faveur de je ne sais qui ? Demanda Thérèse.
– Je ferais ce qu’il faut pour ne pas que ça se fasse ! Répondit Rosemonde.
– Tu es sûre de ton coup ?
– A 90 %
– Mwais ! Cette situation ne me satisfait pas vraiment !
– Faudra faire avec !
– Je veux tout !
– Pardon ?
– Je veux TOUT l’héritage !
– Tu n’exagères pas un peu non ?
– Pas du tout, j’ai contacté Herman, mon neveu, c’est un con fini, il ne mérite pas d’hériter, même d’une petite part, quant à mon frère Louis, c’est un panier percé, il a la sale manie de dilapider tout l’argent qu’il possède, c’est mon frère et je ne le laisserais pas tomber, mais c’est moi, et moi seule qui l’aiderais et à ma façon.
– C’est une façon de voir les choses, mais j’estime avoir rempli ma part de contrat.
– Admettons ! Ma reconnaissance de dette conditionnelle est toujours valable ?
– Evidemment !
– Et comme c’est du pourcentage, si la vieille changeait d’avis et que je ne récolte rien, et bien tu n’auras rien non plus.
– C’est clair !
– Sauf que tu perds l’argent que tu as investi dans le projet.
– Le risque est minime… Mentit Rosemonde qui avait effectivement investi pas mal.
– Ce n’est que ton point de vue ! Ce serait donc une perte sèche pour toi, uniquement pour toi, on est bien d’accord ?
– Mais où veux-tu en venir ?
– Je veux que les choses soient claires. En te retirant du projet tu prends un risque que tu t’évertues à minimiser, en revanche en y restant tu fais plus que doubler ton gain ! Ça mérite réflexion non ? Qu’est-ce que t’en dis ?

Rosemonde ne dit rien, fascinée par l’opiniâtreté de Thérèse. Sa réponse est quasiment prête, elle va accepter, mais il lui semble inutile de le faire savoir si vite.

Thérèse sent son interlocutrice troublée mais se méprend sur ses raisons. Cependant quand elle rapproche sa bouche de celle de sa partenaire, cette dernière se laisse faire et bientôt le baiser devient fougueux.

Elle se pelotent, se débraillent, s’embrassent et se caressent.

Une petite pause pour se calmer et se déshabiller correctement et les deux femmes ne tardent pas à se retrouver sur le plumard.

« Mais enfin, qu’est-ce qu’il me prend ? Je n’étais pas venue pour ça ! » Réalise Rosemonde qui est bien obligée de s’avouer que cette Thérèse ne la laisse pas indifférente.

« Si elle veut du cul pour se décider, ce ne sera pas une corvée ! » Se dit pour sa part Thérèse.

– Je vais bien te lécher ! Lui annonce cette dernière.

Son intention première était de faire court, Faire prendre à Rosemonde un joli pied afin de la mettre dans de bonnes dispositions.

Mais très vite, elle se prend au jeu, se régalant du goût de miel de la jolie chatte de la clerc de notaire.

Par pure fantaisie (à moins que ce soit par pulsion, allez savoir ?), sa langue s’égare vers le trou du cul de Rosemonde. Celle-ci panique un tout petit peu.

« J’ai fait caca après ma douche, j’espère que je me suis bien essuyée ! »

Effectivement la propreté du lieu n’est pas tout à fait nickel mais Thérèse n’en a cure, elle adore cette odeur qui lui provoque des réminiscences collégiennes. Des culs elle en avait connu de bien plus sales, et les avaient léchés avec beaucoup d’excitation.

La nonne défroquée après s’être enivrée de l’odeur du troufignon de Rosemonde, revient vers la minouche.

« Personne ne lui a expliqué qu’on ne revenait pas vers une chatte après avoir léché un cul ! Question d’hygiène ! Ou alors faut se désinfecter la bouche…  »

Rosemonde se dit alors qu’il lui faudra lui expliquer la prochaine fois…

« Pourquoi je pense déjà à une prochaine fois ? Je deviens dingue ! Je ne vais tout de même pas entamer une liaison avec une ex-nonne à demi-givrée ! »

Elle se laisse faire néanmoins, d’autant que la langue de Thérèse se fait de plus en plus insistante au niveau de son clitoris.

Folle de plaisir et de passion, la clerc de notaire se colle sur sa partenaire, sa bouche se change en sangsue butinant les seins, phagocytant les tétons. Thérèse n’est pas en reste et enchantée de voir sa camarade de jeu réagir aussi bien lui rend la politesse en un ballet infernal où les deux corps en sueur se glissent l’un sur l’autre.

Cela jusqu’à ce que la chatte de Rosemonde se retrouve devant la bouche gourmande de Thérèse.

C’est tout mouillé, tout excité et le clito de Rosemonde n’attendait que quelques agiles coups de langue pour l’emmener au ciel.

Un moment calme, des petits câlins, des petits bisous, une gorgée d’eau puisqu’une bouteille en plastique traînait tout près.

-Tu veux une cigarette ? Lui propose Thérèse.
– Oui ! Tu fumais au couvent ?
– Non. ! On peut peut-être se rincer un peu avant ? Et puis j’ai une grosse envie de pipi !

« Ça y est, on va rejouer la scène de la dernière fois ! »

Mais le jeu ne lui avait pas déplu, elle avait trouvé ça, pervers, décalé, hors normes, une sorte de plaisir à faire ce que les autres hésitent à faire, le plaisir de l’interdit en quelque sorte !

– Tu vas m’en donner quelques gouttes ? Demande-t-elle, toute étonnée d’une telle audace.
– Hum, il t’avait plu tant que ça, la dernière fois mon petit pipi.
– Disons que c’est rigolo !
– Tu sais avec ma copine au pensionnat on était des vraies cochonnes.
– Ça n’a rien de cochon !
– Sauf que je ne t’ai pas tout dit !

« Qu’est-ce qu’elle va me sortir ? »

– Tu ne vas peut-être pas me raconter ça aujourd’hui !
– T’as peur d’être choquée ?
– Ce n’est pas vraiment ça, mais si on ne devait pas se revoir, ça ne sert à rien mais si on doit se revoir je préfère te découvrir petit à petit.

« Je lui dis ça comme si j’avais l’intention de la revoir ! Mon inconscient me joue des tours »

– Ça y est, je pisse ! S’exclame Thérèse, sortant Rosemonde de ses réflexions.

Elle place sa main dans la trajectoire du pipi, puis porte ses doigts en bouche avec un sourire de défi qui signifie quelque chose comme : « Tu vois je ne me dégonfle plus ! ». Elle trouve d’ailleurs que la pisse de Thérèse a un meilleur goût que la fois précédente, plus de bouquet sans doute. Du coup elle s’en reprend une rasade.

– T’aimes bien maintenant ?
– J’y prends goût !
– La prochaine fois je te pisserai directement dans la bouche.
– Si tu veux !
– Tu m’en donnes, toi ?
– Je vais essayer !

Rosemonde se concentre quelques instants avant de libérer sa vessie, Thérèse se place en dessus, ouvre une large bouche et avale tout ce qu’elle peut.

Les deux femmes s’embrassent ensuite, mélangeant langues et salives imprégnées du goût de l’urine.

« Cette nana est en train de me rendre dingue ! » Se dit Rosemonde Mais je veux pas me laisser entraîner dans n’importe quoi. ! Inutile d’attendre je veux savoir »

– J’ai changé d’avis !
– Sur quoi ?
– Raconte-moi ce que tu faisais avec ta copine du pensionnat.
– Des cochonneries !
– Ça j’avais compris mais précisément ?
– On aimait bien faire des trucs un peu sales.
– Quoi par exemple ?

« Elle me teste » se dit Thérèse, je n’ai peut-être pas besoin de tout lui dire ! »

– On se reniflait nos culottes sales !
– Ah, c’est tout ?
– On s’amusait aussi à se regarder quand on faisait caca !

« Je n’irais pas plus loin, j’en ai peut-être même déjà dit de trop. »

– Et puis ?
– C’est tout ?
– Le reste, c’est des bricoles, quand on se léchait le cul, c’était pas toujours très propre, mais ça, tout le monde le fait !

« Ben voyons, si elle le dit ! »

Bizarrement, Rosemonde se veut rassurée par les confidences de Thérèse.

« Se regarder chier ! N’importe quoi ? Mais si ça se limite à ça, y’a pas de quoi en faire un psychodrame ! »

– Et ça t’es resté ?
– J’en garde un bon souvenir, c’est tout, je n’en fais pas une fixation….

« Et puis merde (c’est le cas de le dire), autant mettre les points sur les « i »

– Rien d’autre ?
– Ben non, mais autant que tu saches deux choses : oui, j’ai de légères tendances scatos même s’ils ne m’obsèdent pas, et puis il se trouve que pour des raisons que j’ignore mais dont je me fiche, le caca ne m’a jamais dégouté. Je suis comme ça et il faut me prendre comme je suis ou alors me laisser.

Elle ne sait interpréter l’étrange sourire de Rosemonde.

« J’ai été trop loin, j’aurais dû me contrôler, ce que je viens de dire ne sert à rien ! »

– Viens m’embrasser, ma belle cochonne ! Lui dit Rosemonde.

En acceptant le baiser Thérèse laissa couler des larmes de bonheur.

Ce n’est qu’après qu’elles se soient rhabillées que Thérèse interpella Rosemonde, comme ça l’air de rien :

– Alors on continue à marcher ensemble ?
– Mais oui, t’as gagné, ma jolie !

 à suivre

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Une réponse à Professeur Martinov 18 – L’héritage de tante Madeleine – 11 – Magouilles en série par Maud-Anne Amaro

  1. Forestier dit :

    Un très jolie passage lesbos/uro pour illustrer cette histoire qui ne cesse de nous surprendre !

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