La métamorphose d’Ariane par Léna Van Eyck

1 – Réminiscences

Le crépuscule assombrit progressivement la chambre de l’hôtel. Je l’ai
souhaité moyen, ni trop luxueux ni trop miteux, banal et désespérément
standard, de ceux qui ne se remarquent pas ! Ordinaire, commun. Comme moi !
Comme moi jusqu’à ce soir, jusqu’à cette nuit, parce qu’après, ou bien tout
va changer, ou bien je sombrerais dans la folie !

J’avais d’abord pensé à une sorte de cérémonie  » de passage « , l’idée
d’acheter quelques cierges noirs et un petit compact portable qui
diffuserait par exemple le concerto de Paganini à cause de sa connotation  »
satanique  » m’a un moment tenté. Mais j’y ai finalement renoncé ! Au diable
(c’est le cas de le dire) le bazar ! Et vive la simplicité, la banalité,
l’ordinaire, le commun !

Je n’allumerais la lumière que quand ce sera terminé. J’ai ouvert le lit,
étalé sur les draps une grande serviette de bains, et me suis couchée dessus
après m’être débarrassé de mes vêtements, comme ça, sans les plier, à même
le sol !

J’essaie de faire le vide dans mon esprit, il le faut, mais j’ai le temps,
toute la nuit, si je veux. Je commence par me serrer la pointe de mes seins
entre deux doigts, je serre assez fort, mais il faut me rendre à l’évidence
je ne suis pas très excitée. Mais j’ai un truc, il marche souvent ! Je
m’amuse parfois à mettre en réserve dans ma mémoire un visage récemment
rencontré. Souvent, c’est un bon point de départ. Alors pourquoi pas cette
petite blonde de la réception au visage fripon ? Et voilà, ça va marcher, je
m’imagine en train de l’embrasser, de la déshabiller, de la caresser, tout
cela est un peu confus, mais le fourmillement caractéristique atteint
maintenant mon bas ventre. Je serre mes tétons de toutes mes forces, je les
tords, je les tire, j’ai envie de me faire mal, j’y mets les ongles !
Pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas doté de trois mains ? La droite descend, se
fraye un chemin dans tout ce fouillis de poils et atteint mon clitoris érigé
comme un petit pénis, je le frotte de l’index comme j’ai l’habitude de le
faire, la cyprine me dégouline sur les cuisses. Un épanchement aussi
abondant est rare chez moi ! Pourquoi aujourd’hui ? L’image de la
réceptionniste devient de plus en plus flou, dans mon rêve éveillé. Je
m’imagine à présent dans une salle de billards, je suis étendue sur le tapis
vert, les jambes écartés. Des bites, de pines, des queues se vident sur mon
corps, j’en touche, j’en branle, j’en suce, j’ai du sperme partout, et tout
d’un coup je me retourne, je tends mon cul, je leur offre, et… Fin, c’est
fini ! Un cri vite étouffé, mon corps qui « descend » pantelant. Je pensais le
plaisir long à venir, ce fut au contraire extrêmement bref.
J’avais fait ce que je voulais faire. Cette masturbation dans la pénombre
serait la dernière d’Ariane !
- Adieu Ariane ! M’entendis-je murmurer, et je sombrais dans le sommeil sans
même avoir retiré la serviette de bain, trempée de mes jus !

Je me réveillais en pleine nuit, sans parvenir à me rendormir. Un coup d’œil
à ma montre, il était quatre heures et quelques ! Je décidais de prendre une
douche, ensuite je verrais ! J’avais plein de chose à faire ! Comme par
exemple commencer une nouvelle vie ! Voilà une occupation peu banale et
riche d’intérêt ! Il faudrait que je me choisisse un nouveau prénom : Ce
sera Bénédicte ! Pourquoi Bénédicte ? Parce que !

Opérons à présent un petit retour en arrière pour mieux cadrer cette étrange
histoire !

Mes parents ont eu la délicatesse de me prénommer Ariane ! Voici qui est
grotesque. Après cet acte d’un courage inouï, mon paternel décida de
déguerpir et ne donna plus de nouvelles. Fille unique, je fut donc élevé par
ma mère qui se déclarant dégoûtée des hommes, n’en chercha point d’autres,
où alors si elle le fit, ce ne devait être que fort discrètement ! Nous ne
manquions de rien, ma mère occupait un poste de cadre dans une usine
agro-alimentaire. Elle ambitionnait ni plus ni moins de diriger un jour
l’usine et proclamait en avoir les capacités.

Vu le sujet, il n’est pas nécessaire que je me décrive, il sera toujours
temps ! Disons simplement que je n’étais ni belle, ni moche, mais sans doute
fort quelconque ! Et probablement le suis-je encore ?

Plusieurs évènements importants ont ponctué mon enfance et mon adolescence.
Il faut bien en parler… pour comprendre mieux la suite.

J’ai perdu la foi à 8 ans ou à 9 ans, je ne peux me souvenir de la date. Par
contre, je m’en rappelle l’endroit avec une précision diabolique. Nous
revenions avec ma mère de l’arbre de Noël de son entreprise. Nous avions
garé la voiture dans une rue commerçante afin d’y faire quelques courses,
quand en passant devant une librairie, ma mère eut la bonté de me confirmer
que le père Noël n’existait pas. J’engrangeais cette ratification, et me
souviens avoir demandé à ma génitrice s’il en était de même pour Dieu le
Père. Silence outré de cette dernière ! J’avais donc perdu la foi dans la
rue !
Quelle importance, me direz-vous ? Persuadée que mes convictions nouvelles
procédaient d’un raisonnement simple et donc à la portée du premier venu, je
m’étonnais qu’elles ne soient point davantage partagées, et me lançait donc
à tout va dans un prosélytisme effréné. J’échouais bien sûr ! Déjà peu
populaire et peu liante, cette attitude contribua à m’isoler encore
davantage. Je m’enfermais dans ma tour d’ivoire, convaincue d’avoir raison
seule contre tous, attendant le moment ou je pourrais le leur prouver.

Le deuxième acte eu lieu l’année de mes 13 ans. Nous étions allées avec ma
mère à la fête de fin d’année de l’usine. Elle revêtait cette année un
caractère particulier, le directeur ayant fait valoir ses droits à la
retraite. Ma mère n’attendait plus qu’une décision du conseil
d’administration pour reprendre ses fonctions. J’en étais certes, fière pour
elle, et puis les avantages matériels en serait considérables. Son salaire
serait au moins doublé, nous pourrions changer de voiture, peut-être même
changer d’appartement, se payer des voyages, des articles de luxes, le rêve
quoi ! Elle me présenta un tas de gens. Parmi ceux-ci je remarquais une fort
belle femme, sans doute la plus belle de l’assistance, ma mère me la
présenta :
- Sandra L…. , probablement ma future adjointe !
Cette dernière répondit d’un sourire que je n’osais interpréter, et quand
elle fut partie, ma mère me précisa !
- Il faudra que je m’en débarrasse assez vite, ses idées sur la gestion de
l’entreprise sont catastrophiques.
C’est quelques semaines plus tard que ma mère rentrant à la maison, éclata
en sanglot dès le pas de la porte franchie. L’ayant que rarement vu pleurer,
j’en fut bouleversée. Ce n’est qu’au bout d’une heure de crise et de mutisme
qu’elle m’expliqua alors que le conseil d’administration avait nommé Sandra
directrice de l’usine.
- On a préféré une pétasse à la compétence !
Déjà influencée par les idées féministes, cet épisode traumatisant se
conclua par ma décision de ne rien faire dans la vie qui puisse me faire
juger autrement que par mes capacités propres. Et je décidais à partir de ce
jour, de refuser tout maquillage, toute coupe de cheveux à la mode, tout
vêtement ou sous-vêtements trop  » féminin « . Ne percevant pas l’élitisme
pervers de cette attitude (on aurait donc le droit d’être moche, mais pas
d’être conne), ce fut probablement ma première erreur.

Je tenais bon mon engagement, m’enfermant dans ma différence. Ma sexualité
s’éveillant, je me rendis compte que mon look m’éloignait d’office des
grands bénets autoproclamés « haut de gamme ». Restait le second choix, mais
la relation que je cherchais incluant la communion d’idée, je finis par
faire le vide autour de moi. Je sortais peu, et m’étant trouvé une véritable
passion pour l’astronomie (no-mie ! pas lo-gie !) Je consacrais l’essentiel
de mes loisirs à cette activité oh combien solitaire !

Ma sexualité s’éveillant (je sais, je l’ai déjà dit !) je découvrais aussi
une autre forme d’activé solitaire. J’avais dégotté au cours d’un séjour à
la campagne chez des vagues cousins un bouquin érotique dans le tiroir d’une
table dans un grenier. Le fait de savoir que quelqu’un venait le lire ici
m’excitait autant que le livre lui-même. J’avais essayé de savoir qui cela
pouvait bien être, et ne trouvant décidément pas, j’embarquais l’ouvrage. Il
me servit longtemps de support à mes fantasmes, du moins comme point de
départ, car après je les laissais divaguer. Mais deux images revenaient
comme des leit-motifs : La première était celle d’une camarade de classe, je
fantasmais sur son visage, sur son sourire et dans mes rêves éveillés, je la
déshabillais lentement pièces par pièces, et quand elle et moi étions
entièrement nues, je l’embrasais tendrement… Mais l’excitation montant, ce
n’est pas cette scène qui m’accompagnait jusqu’à l’orgasme mais celle d’une
orgie infernale ou je me retrouvais nue au milieu d’une cohorte d’hommes en
rut qui me faisaient l’offrande de leur bite.

Ces deux fantasmes n’ont cessé de me poursuivre, le premier a évolué, ma
camarade de classe ayant été remplacé au fil des temps par d’autres femmes,
toutes différentes, mais toujours avec un beau visage, toujours avec un beau
sourire. L’autre aussi a évolué, et si assez rapidement, les bites se sont
faites plus précises, leur fonction aussi. Il fallut bien que je me rende à
l’évidence ces bites n’appartenaient à personne, elles n’avaient aucun
visage. Je me refusais à en tirer conclusion. Ce fut ma seconde erreur !

Je souhaitais devenir astronome professionnel, cela passait par l’obtention
d’une licence de physique et d’une autre de mathématiques et je travaillais
avec acharnement. Parvenue à la majorité, je me retrouvais désespéramment
seule. Ma mère ne s’était jamais vraiment remise de ce qu’elle considérait
comme un échec professionnel et les rapports étaient devenus très distants.
C’est à la suite d’une conférence sur la vie dans l’espace que je me
retrouvais malgré moi, embrigadée dans une secte assez délirante dont le but
ultime était de construire une ambassade afin d’accueillir les visiteurs
extra terrestres. Mais attention, pas une ambassade en préfabriqué, non, le
truc haut de gamme et super luxe ! Mon enthousiasme de nouvelle convertie
fut bref, il était évident que ces gens là se foutaient du monde. Nous
étions quelques-uns à vouloir abandonner en dénonçant tout ce cirque, un
communiqué serait envoyé à la presse, etc… C’est dans ces circonstances
que je rencontrais André. Oh ! Ce n’était pas un play boy, plutôt du genre
gringalet, mais d’une intelligence supérieure, surdoué même, il s’était
comme moi égaré ici et plaisantait sur lui-même avec un petit air supérieur
:
- Même les meilleurs ont le droit de se tromper ! proclamait-il !

Il partageait mes idées sur Dieu, sur les femmes et savait parler de tout un
tas de sujets intéressants. Il ne baisait pas très bien, mais je n’avais à
cette époque aucun élément pour comparer. Bref j’avais cru trouver l’oiseau
rare et nous avions convolé en justes noces. Bardés de diplôme, André était
analyste financier. Il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie et
parvint à un niveau de rémunération qui me dispensait de travailler. C’est
ainsi que je n’ai jamais été astronome.

Six années passèrent. Le temps passe trop vite ! Six années où je serais
bien en peine de raconter quels en ont été les faits marquants nonobstant de
merveilleux voyages de vacances. La routine s’installa, Monsieur détestait
le cinéma et adorait le théâtre, nous avons donc vu pratiquement tout le
répertoire, certaines pièces m’ont enthousiasmé, d’autres m’ont bien barbé,
et nous avons visité tous les musées qu’ils nous intéressaient de voir. Et
le restaurant a cessé de nous amuser. Notre standing nous permet de nous
abstenir des taches ménagères. Je partage mon temps entre le bénévolat dans
une association caritative et l’aquarelle. André est un acharné du travail,
il en emporte à la maison, il travaille le soir, le week-end, tout le temps.
C’est d’un gai ! Son seul moment de loisirs est quand il prend un bouquin
pour lire avant de s’endormir, mais ça ne dure jamais longtemps. Après, il
ronfle ! Le sexe est devenu rare. Il se dit ouvert pour les autres, mais n’a
aucune originalité en ce qui le concerne. Il ne m’a jamais demandé de le
sucer, mais je dois dire que je n’ai pas non plus abordé le problème. Non,
le radada traditionnel, il à dû me prendre en levrette trois fois en tout et
pour tous au début de notre mariage. Au début je faisais intervenir mes
fantasmes, pour aider ma jouissance, mais j’abandonnais vite cette méthode.
Nos sexualités sont donc déconnectées, je le laisse effectuer son coït
conjugal, et moi de mon côté je me masturbe quand l’envie se fait trop
forte. Nous ne recevons pratiquement personne, nous ne sommes reçus chez
personne ! Nous sommes complètement asociaux, hors du monde et je m’ennuie à
mourir !

Vous allez me dire, mais qu’est ce qu’elle fout ? Et bien oui, j’avais un
but qui m’a permis de rendre vivable cette absolue monotonie. Je désirais un
enfant. Pas lui ! Mais malgré tout il n’était pas contre. Ca n’a jamais
marché, je me suis fait faire des examens, ça ne vient pas de moi, m’a-t-on
dit. Mais, lui, les examens, il n’a jamais voulu les faire ! On a finit par
s’engueuler ! Avec une certaine violence dans le ton ! Ce jour là quelque
chose s’est cassé ! Boum !

Tromper mon mari, ne me venait même pas à l’idée, je ne suis jamais arrivé à
fantasmer sur les hommes, la vue des bellâtres body buildés me donne même la
nausée. Je n’aime les tablettes de chocolats qu’avec des noisettes. Je ne
fantasmais que sur leur sexe, mais les quéquettes qui se baladent toutes
seules sur leurs petites pattes, c’est pas si courant. Quant aux femmes…
Un jour nous avions organisé dans mon association une vente dédicace de
bouquins d’une femme auteur. Quand je dis « nous avions organisé », c’est en
fait moi qui m’étais occupé de presque tout. Ca avait assez bien marché et
quand, à la fin, je me suis retrouvée seule avec elle, après avoir tout
rangé, elle m’a invité au restaurant. Je refuse d’ordinaire ce genre de
privauté, mais là, j’avais accepté et m’étais retrouvé quelques heures plus
tard dans son plumard, Mon excitation assez intense au début de cette
rencontre se diluait au fur et à mesure de nos ébats me rendant compte que
j’étais godiche comme pas une ! Elle eut un moment ces simples mots « - Ils
sont marrants tes seins ! » J’aurais du lui demander pourquoi, mais je
n’osais, redoutant la réponse, alors je ne le fis, pas, pris mal la chose,
et prétextais je ne sais quoi pour écourter tout ça. Ce fut ma seule
extra-conjugalité !

Le lendemain, devant un miroir je regardais mes seins, j’avais cru que la
bizarrerie passerait inaperçu. Encore une illusion qui s’envolait. Tant pis
!

Le véritable incident conjugal arriva quelques mois plus tard, il fut
traumatisant :
- On est invité chez le grand patron samedi soir, je ne peux pas ne pas y
aller !
- Et bien vas-y ! Où est le problème ?
- On est invité tous les deux !
- Tu diras que je suis malade !
- Non ! Il faut que tu viennes, je te le demande comme un service !
- Ton patron n’est pas assez intelligent pour comprendre que la femme d’un
des ses collaborateurs n’a pas envie de se le coltiner ?
- Ariane ! S’il te plait ! Ecoute-moi, il y a actuellement une cabale contre
moi, on prétend que je suis homosexuel, tout cela parce que la place que
j’occupe suscite des jalousies.
- Et alors rentre dans leur jeu, qu’est ce que tu en as à foutre !
- Ariane je te demande un service, rend-le moi, je ne vais pas me mettre à
genoux !
- Moi, j’ai bien failli me mettre à genoux pour te demander de passer les
examens qui nous permettraient de comprendre pourquoi on ne peut pas avoir
de gosses ?
- Bon alors tu viens et je passe les examens !
- Je ne te crois pas, André !
- Tente le coup !
- Alors d’accord je le tente !
- Merci ! Euh il y a autre chose, il faudrait que tu t’arranges un peu pour
y aller !
- Quoi ?
- Oui, que tu te maquille, que tu aille chez le coiffeur et que tu t’achète
une robe, tu as toute la semaine pour faire ça !
- Non !
- Et pourquoi, non ?
- Mais enfin André, ce ne sont pas NOS idées !
- Il faut peut-être dépasser tout ça !
- Et tu crois vraiment que je vais dépasser tout cela en une semaine ?
- Ecoute ! Ariane, tu m’emmerde, je me doutais qu’il y aurait un problème.
Alors je vais y aller avec Claudette, et je la ferais passer pour toi,
j’espère simplement qu’ils ne feront pas des photos pour le journal de la
boite !
- Qui c’est, Claudette ?
- C’est, heu… c’est une ancienne secrétaire qui a été muté à La Défense,
mais de temps en temps elle vient en mission au siège…
- Et elle, elle accepte de s’habiller en pétasse ?
- Tu dis n’importe quoi !
- Tu t’en tires bien, tu as encore échappé aux examens !

Je claquais la porte et m’enfermais dans ma chambre, il y avait lurette que
nous faisons chambre à part. Dans le petit jeu de grimpage hiérarchique, il
arrivait dans des cercles ou la présence de l’épouse comme faire valoir
devenait indispensable, il avait donc jugé que je n’étais pas assez
sortable, et m’avait tout simplement remplacé ! Foutre le camp ! Sans doute
! Mais pour aller où ? Pour faire quoi ? Mais le ver était dans le fruit, et
inexorablement mon ménage éclaterait ! Mais surtout j’étais profondément
vexé ! Je n’étais donc ni présentable, ni sortable ! Mais c’est quoi ce
délire, je ne suis pas plus moche qu’une autre. Pourquoi me le demander
comme ça, je ne suis pas sa poupée Barbie, il aurait pu y mettre les formes,
me demander cela par petites touches ! Déboussolée, je décidais de consulter
un psy.

Ce crétin de psy m’a fait perdre trois mois, son credo était  » acceptez-vous
comme vous êtes et patati et patata !  » Conard ! Et bien non ! Je
n’acceptais pas d’être pas sortable, je ne pouvais pas l’accepter ! Je
laissais tomber.

C’est plusieurs jours après dans la salle d’attente du dentiste que j’eus la
révélation, l’attente était plus importante que prévue, et je me résolu à
feuilleter les feuilles de choux habituelles. Je tombais par hasard sur un
article décrivant l’aventure d’une bonne femme malheureuse en ménage qui
après avoir quitté son mari avait fait appel à un cabinet de relookage.
L’adresse était indiquée, je l’arrachais et la plaçait dans mon portefeuille
!

On sait bien que parfois les choses sont inéluctables, mais allez savoir
pourquoi, on retarde, on retarde, qu’est ce qu’on peut perdre comme temps
dans une vie !
Et puis cette lettre :

« Votre mari a une liaison, installez vous un jeudi vers 20 heures à la
terrasse du café Le Grillon, et surveillez la sortie de l’hôtel juste en
face ». Je savais que cela ne pouvait être que vrai, mais j’y allais quand
même et quand je vis André sortir de l’hôtel, et dire adieu à sa maîtresse
en l’embrasant goulûment sur la bouche, je fondis en sanglots.

Le pire c’est que nous avions envisagé cette possibilité avec André, nous
nous étions dit, dans la vie d’un couple, ça arrive, il ne faut pas donner à
l’évènement plus d’importance qu’il en a ! Un couple c’est plus solide que
ça, ce n’est pas un coup de bite qui va le détruire. Oui peut-être mais pas
comme ça, pas après m’avoir négligé, m’avoir trompé par ses propos, m’avoir
déclaré  » pas sortable  » !

Le soir je ne mangeais pas, prétextant une classique migraine, et le
lendemain matin dès André parti, je téléphonai au  » visagiste  »
Le numéro que j’avais noté sonnait dans l’immensité du vide. Je me livrais
donc à une petite enquête téléphonique avant de dénicher une officine
opérant dans ce genre de chose.
Je finis par trouver. On me fixa un rendez-vous pour le lendemain matin.

Je m’habillais n’importe comment, tenant à me passer l’unique (oui,
l’unique) soutien gorge de ma panoplie, il me boudinait les seins qui
avaient grossi depuis son achat.
Il me restait à faire ma valise, j’allais en chercher une dans le placard,
l’ouvrit sur le lit, voulant mimer les gestes tant de fois aperçus au
cinéma. Il m’apparut assez vite que je n’avais pas grand chose à mettre
dedans. Je ne voulais plus de ces fringues trop simples, trop anodines qui
ne m’avait servi qu’à m’enfermer dans un personnage que mon mari avait sans
doute trouvé si facile à tromper ! Je jetais rageusement deux ou trois
culottes, il faut bien se changer, et allait voir ailleurs, quelques
bouquins, quelques CD, quelques souvenirs, très peu en fait et puis surtout
ce vieux nounours, mon dernier nounours, mon dernier témoin de mon enfance…
je n’allais tout de même pas le laisser là. C’était tout, les larmes me
coulaient sur le visage, je ne les essuyais pas, me laissant pleurer,
laissant éclater ma peine devant le spectacle dérisoire de cette valise à
demi vide, reflet de ma pauvre vie ratée. Je fermais la valise, c’était
ridicule, son contenu flottait à l’intérieur en un floc-floc burlesque. Je
la rouvrais, et en comblais le vide à l’aide de serviettes de bains. J’eus
un semblant de sourire en pensant qu’André ne soupçonnerait même pas mon
départ définitif. Il me croirait attardée chez des amies (quelles amies ?)
Non, il croirait… et puis je m’en fous de ce qu’il croirait ou pas, j’avais
rédigé dans ma tête au cours de ma courte nuit des tas de formules de
lettres de rupture, cherchant les petites phrases assassines… J’avais
finalement décidé de n’en rien faire. Etais-ce à moi d’expliquer ?

Je pris la voiture, roulait un peu, puis la garais devant une gare de
banlieue et décidais de la laisser plantée là. Je ne fermais pas les
portières et laissais la clé de contact. Quelqu’un se chargerait bien de la
voler.
Je pris le train, puis le métro, je tuais le temps de cette première journée
de femme libre en ne faisant rien, me baladant sur les quais de la seine où
les bouquinistes n’ayant pas encore ouvert leurs étales, il n’y avait
strictement rien à voir, attendant que l’après midi commence pour louer une
chambre d’hôtel ou je déposais ma valise, puis recommençais mon errance.
Le soir j’eus un peu faim. Une simple omelette dans un bistrot me rassasiait
et je m’enfermais dans cette minuscule chambre attendant la nuit…
2 – L’institut
L’institut était situé dans un quartier chic, je fus reçu par une hôtesse
très classieuse. (Pas mal pour alimenter mes fantasmes) qui après m’avoir
posé quelques questions m’avisa que l’on traitait ici  » à la carte « , que
tous les clients étaient respectables quels que soient leurs moyens, mais
que s’ils les avaient (les moyens) on pourrait me fournir du « très haut de
gamme ». Intéressé par cet aspect des choses, elle commença à me demander des
tas de trucs tout en renseignant une fiche technique, puis après avoir reçu
un coup de fil, elle changea brusquement d’avis :
- Je me demande, non je ne me demande pas, je suis sûre qu’il serait
préférable que vous ayez un entretien préalable avec notre directrice. Si
vous voulez bien me suivre !

Il est évident qu’une femme dirigeant un tel établissement se devait de
donner l’exemple. C’était néanmoins impressionnant ! Une grande brune,
légèrement typée, sans doute d’origine espagnole, au visage régulier et aux
lèvres magnifiquement ourlées recouvert d’un joli rouge à lèvres parme ! Je
la regardais, bouche bée. Elle aussi me toisait ! Sans doute mentalement
était-elle en train de se faire un devis ? Quelque part, l’idée me déplut !

- Asseyez–vous ! Cet entretien risque de prendre un certain temps !
Tout semblait calculé chez cette femme, depuis la profondeur du décolleté
trop haut pour être provoquant mais trop bas pour être innocent, jusqu’aux
mouvements de ses mains parfaitement manucurées. Quant à son sourire n’en
parlons pas.
Elle parcourut la feuille que venait de lui restituer son imprimante !
- Hum ! Je vois ! Je ne me suis pas présenté, je suis Pascale Ch… , vous
pouvez bien sûr, m’appeler par mon prénom ! Euh ! Est-ce que je peux vous
appeler Ariane ?
- A vrai dire je pensais changer de prénom…
- C’est une excellente idée, cela vous aidera beaucoup ! Et lequel avez-vous
choisi ?
- Bénédicte !
- Voilà qui me paraît un choix très judicieux !
Quelle hypocrite ! Me disais-je in petto, si je lui avais dis « Cunégonde »,
elle m’aurait dit la même chose !
Pascale marqua une pause, elle continuait de me dévisager, un grand sourire
aux lèvres. Elle déclencha l’impression de je ne sais quoi, rangea la
feuille dans une chemise vierge, fit quelques gestes nerveux avec son stylo
plume, puis comme dans un soupir, me lâcha :
- On va avoir du boulot !
Le choc ! Oh ! juste un instant car aussitôt après elle se voulu rassurante
:
- Mais, on va y arriver !
Ca allait déjà mieux :
- J’en suis sûre ! Reprit-elle. Je n’ai pas l’habitude d’être hypocrite avec
mes clientes. Certaines viennent ici en croyant que nous pouvons accomplir
des miracles. Ce n’est pas facile, ni pour nous, ni pour elles, mais il faut
très diplomatiquement leur faire comprendre que nous n’en faisons pas. Mais
en ce qui vous concerne, je vous le répète très franchement la tâche ne sera
pas insurmontable. Mais…
Elle marqua un silence :
- Mais ?
- Il faudra votre concours !
Je ne répondis que d’un petit sourire, j’étais à sa merci, du moins tant
qu’un évènement ne m’aurait pas projeté violemment hors de cet
établissement.
Pascale se leva, et alla farfouiller dans un petit meuble aux portes
vitrées. Je pouvais ainsi pour la première fois la voir de dos. Décidément
cette silhouette très féminine alimenterait très bien mes fantasmes de la
prochaine nuit, me dis-je !
- On va commencer par le visage ! Savez-vous que la plupart des hommes
commencent à juger une femme sur son visage ? Cela certaines ne le
comprendront jamais ! Elles s’habillent à la mode, sont tout le temps
fourrées chez le coiffeur et elles font la gueule ! Après elles viennent se
plaindre que personne ne s’intéresse à elles ! Ce n’est pas ça qu’il faut
faire !
Je ne répondais pas. Elle me le fit remarquer.
- Je vous écoute, j’ai confiance en vous ! répondis-je simplement
Elle prit alors quelques photos numériques de mon visage, puis les intégra
dans son micro ordinateur. Elle en sélectionna deux, l’une de face, l’autre
de profil, puis lança un logiciel.
- On commence par la coiffure !
J’eus alors la surprise de me voir à l’écran, mon image affublée d’une
imposante gamme de coiffures différentes. Il y en avait de toutes longueurs,
de toutes formes et toutes couleurs. En même temps, elle guettait mes
réactions, je m’arrêtais, éberlué devant une coupe mi-longue, très raide et
très blonde.
- Celle-ci vous va très bien ! proposa Pascale
Je m’en défendis :
- Je préfère garder les cheveux courts.
- C’est une erreur, il existe un fétichisme du cheveu, n’en supprimez pas
son apparition ! Et puis, surtout seul un visage parfait peut se permettre
cette fantaisie ! Le vôtre n’est pas mal du tout, mais..
- Ca va, j’ai compris !
- On garde cette image comme base !
- Peut-être un blond plus clair ?
- Pas de problème ! On va voir le maquillage à présent !
Ce fut alors un défilé de fonds de teint, de rouges à lèvres et de fard à
paupières.
- Celui-ci ?
- Peut-être mais pas avec ce rouge à lèvres, ça fait pute !
- Ne raisonnez pas comme cela, Arianne, pardon Bénédicte ! Il y aura
toujours des gens qui vous jugeront, y compris des tas de gens que vous ne
connaissez pas ! Leur jugement n’a aucune importance. Ce qui importe c’est
ce que vous êtes, vous, pas ce que les gens pensent de vous…
- Si vous le dites, n’empêche que vous ne me ferez pas porter un rouge à
lèvres pareil !
- Mais ce n’est pas vraiment un problème, regardez celui-là ira très bien
également. Voilà, on a une bonne idée de base. Tout à l’heure on vous
maquillera pour voir ce que cela donne et pour les cheveux ne vous inquiétez
pas on a une impressionnante collection de perruque !
- O.K.
- On va s’occuper du reste à présent !
- Du reste ?
- Oui, de la silhouette !
- Ah !
- Je vais vous demander de vous déshabiller !
J’obtempérais et me retrouvais devant Pascale en petite culotte et soutien
gorge. Elle eut le tact de ne pas piper devant l’affligeante banalité de mes
sous-vêtements, préférant biaiser :
- Tout à l’heure nous ferons un petit essai de lingerie !
- Ca ne sert à rien, ça ne se voit pas ces trucs là !
- Si ça se verra… dans votre tête !
Je me rassis, ce que j’avais enlevé étant selon moi suffisant pour évaluer
ma silhouette, puis me rendant compte que cet examen serait plus pratique en
position debout je me relevais aussitôt

- Vous n’enlevez pas votre soutien-gorge ?
- Non !
- Il faudrait pourtant ! Soyez sans crainte je suis médecin !
- Non, je ne préfère pas !
- Les seins sont un élément important de la silhouette. Vous avez franchi un
pas énorme en venant jusqu’à nous, ne vous arrêtez pas en chemin, Bénédicte
!
- Je n’aime pas les montrer
- Ca, j’avais compris, mais c’est aussi une attitude qui peut changer, ça ne
dépends que de vous…
- Ca m’étonnerais !
- Qu’est ce qui vous gêne à ce point ?
- Ils ont des…
- Des ?
- Des défauts !
- Des défauts ? Mais nous sommes là, pour y remédier, justement !
- Non, j’ai des trucs bizarres dessus !
- Montrez-moi ! Je suis persuadée que nous aurons la solution !
- Il le faut vraiment ?
- Oui ! Souhaitez-vous que je vous dégrafe ?
- Non, je vais le faire !
Je le fis ! Je me retrouvais les seins à l’air face à cette inconnue, rouge
de honte et de confusion.
- Et bien ? Ils sont très bien ces seins ! Peut-être un peu lourds, mais on
pourra arranger ça ! Et ils sont où, les trucs bizarres ?
- Hein ? Vous ne les voyez pas ! M’étonnais-je, m’assurant du même coup que
les bizarreries en questions n’avaient pas subitement disparues.
- A vrai dire, je ne vois rien de bizarre !
- Vous vous moquez de moi ! Et ça c’est quoi ? Vous croyez que c’est normal,
vous ?
Je lui montrais, agacée, les petites protubérances de chair parsemées sur
mon mamelon.
- Mais, Bénédicte, toutes les femmes ont ça !
- Je ne vous crois pas ! On m’a dis…
- Qu’est ce qu’on vous a dit ?
- Qu’ils étaient bizarres !
- Les hommes disent n’importe quoi ? Ils n’y connaissent rien !
- Ce n’était pas un homme !
- Ah !
J’étais devenue rouge comme une tomate. Ca n’allait plus très bien, L’idée
de ramasser mes affaires et de m’enfuir en courant me traversa l’esprit !
- Bénédicte ! La confiance est en train de fuir entre nous, je vais vous la
rendre ! Je vais vous montrer ma poitrine, la mienne, et vous pourrez
constater.

Je ne répondis pas, estomaqué par une telle proposition.

Toujours est-il que quelques secondes plus tard j’avais devant le nez deux
pommes magnifiques terminés par de délicieuses aréoles brunes. Les
protubérances étaient là aussi ! Conne que j’étais, c’est vrai que des seins
j’en avais vu combien dans ma vie ? Quelques images que je n’avais pas
détaillées, sinon nous n’allions jamais en vacances à la mer. Quant à ceux
de ma lesbienne écrivain, ils ne m’avaient pas frappé plus que ça. C’est
comme ça qu’on se fait des idées toutes faites. Et si j’en avais sur un
sujet aussi trivial, qu’en était-il…
- Tu peux les toucher si tu veux ?
Pascale me fit sortir de sa rêverie ! J’étais dans un rêve. Sa poitrine si
près de moi, sa belle, sa si belle poitrine, elle me tutoyait, m’invitait à
toucher. Je touchais. Mue par je ne sais quelle force invisible je caressais
la base du téton qui déjà était érigé d’excitation. Ses mains fraîches se
posèrent sur mes propres seins. Que cela me faisait du bien !
Pascale chercha mon regard. Elle souriait, elle passa sa langue sur ses
lèvres, je l’imitais uniquement par réflexe, elle crut sans doute alors que
je répondais à son avance, et s’approcha doucement. Je n’étais plus
maîtresse de mes actes, j’entrouvris la bouche et accueillit sa langue en
mon palais. Ce fut du délire, je crus qu’elle allait me bouffer ! Une onde
me parcourut, j’avais la chair de poule, tandis que des larmes naissaient au
coin de mes yeux. Que je puisse susciter de l’intérêt sexuel chez une
créature aussi belle me sidérait ! J’ignorais si cette si agréable agression
était le fruit d’une folie passagère dont l’élan retomberais aussi vite
qu’il était parti, ou si elle voulait aller plus loin. Pour ma part je
priais les foudres de l’enfer que cela continue. Cela pouvait aussi dépendre
de moi, mais je ne souhaitais pas non plus me montrer trop godiche comme
lors de mon expérience précédente. Le baiser pris fin, un moment, il fallait
bien que nous reprenions notre souffle, alors je me précipitais afin
d’effectuer la seule chose que je pensais savoir bien faire et de la bouche
m’emparais du bout de ses seins. Elle fut réceptive et poussait de petits
râlements. J’étais aux anges, me délectant du fruit offert, le mordillant
doucement, le lapant. Tout à mon activité buccale, je perçois le corps de
Pascale qui s’agite bizarrement. Je m’inquiète un instant, mais pour me
tranquilliser aussitôt. Madame la directrice est simplement en train de
faire dégringoler sa jupe et sa culotte ! La séance est donc partie pour
durer. Ca me rassure et ça m’angoisse, toujours à me demander si je vais
être à la hauteur…
Et c’est à ce moment-là que ce maudit téléphone se mit à sonner. Je
tempêtais intérieurement contre ce diabolique appareil qui risquait
d’abréger nos folies et escomptait que ma partenaire le laisserait sonner
dans le vide.
Et bien, non, il fallut que Pascale se tourne pour répondre :
- Non, tu lui dis que je suis occupé, tu me laisse une heure tranquille !
Merci !
Une heure ! Elle a dit une heure ! Imaginez mon émoi ! Mais vous ne pourriez
pas ! Parce que je ne vous ai pas tout dit : figurez-vous que comme nous
venons de le lire, Pascale s’était tournée, et comme celle-ci s’était
débarrassée de sa petite culotte, j’avais devant mes yeux une magnifique
paire de fesses !
Encouragée par l’évolution de la situation, j’approchais ma bouche de ces
globes si gentiment offerts à ma gourmandise et m’empressais d’y déposer un
chaste bisou dès qu’elle eut raccroché son impertinent combiné !
Mais il devait être dit que cette matinée serait celles de toutes les
surprises. Sachez déjà que parfois la pensée va démesurément plus vite que
les mots qui sont censés la concrétiser. Il faut donc que je vous parle des
fesses de Pascale. Parce que dans mes fantasmes les plus fous ce n’est pas
du tout comme cela que j’imaginais les fesses de mes compagnes. Je les
voyais, plus grosses, plus dodues, celles-ci étaient plutôt petites, très
rondes, très douces et ce malgré l’incroyable incongruité que je venais d’y
découvrir !
Car, il faut vous dire que Pascale, directrice d’un institut de beauté haut
de gamme avait – c’est à peine croyable – du poil aux fesses !
Oh ! N’allez pas imaginer que j’y avais rencontré un pelage épais et touffu
! Non, pas du tout ! Ce n’était que quelques poils épars concentrés aux
abord de l’anus ! Mais ils étaient bien là !
La chose m’amusa, je me souviens m’être, parmi le malstrom de pensées qui
surgirent à ce moment là, demandé si ce fait était coutumier de la nature
féminine. Après tout qu’y connaissais-je ?
En fait? Ils étaient rassurants ces poils, cela voulait dire que quelque
part Pascale n’appliquait pas à elle-même tous les canons de la beauté en
vigueur et entendait conserver une part de naturel ! Et puis et surtout cela
voulait sans doute dire qu’elle ne devait pas se montrer à tout le monde.
Carole n’était donc pas une nymphomane obsédée, et dans cette optique là, je
devenais favorisée ! Voici un raisonnement qui me comblait d’aise !
- Masse-moi les fesses j’adore ça !
Super, si elle continue à me guider, ça m’évitera de faire des conneries, je
fis ce qu’elle me demandait, alors que mon excitation allait grandissante.
Elle semblait ravi de ma prestation.
- Ca fait du bien, tu as les mains toutes fraîches !
Elle se cassa alors en avant, probablement pour accentuer la rotondité de
son postérieur.
- Tu les aimes, mes fesses ?
La question débile ! Bien sûr que je les aime ses fesses, je les adore même.
Je le lui dis.
- Y’a même des poils, l’été je me les épile ! Un jour je me déciderais
peut-être à les traiter au laser, je suis pas pressée.
Pourquoi se croyait-elle obligé de se justifier ? Moi, ses fesses je les
trouve superbes avec ou sans poils, et d’ailleurs les masser ne me suffit
plus, je les embrasse, multipliant d’abord les bisous, puis devenant
audacieuse je les mouillait de ma langue.
- Ecarte !
Qu’est ce qu’elle me raconte ! Qu’est ce qu’elle veut que j’écarte ? Mais
bon, je comprends vite, je sépare les deux globes, laissant apparaître son
sillon humide sur le chemin duquel se cachait son petit anus brun. Je lèche
là-dedans, comme si j’avais fait cela toute ma vie, je n’en peux plus, je
voudrais bien qu’elle s’occupe de moi !
Je me souviens que c’est à ce moment là que j’eus un geste incongru. Les
bras de Pascale ballottaient entre ses jambes. Je me dis alors que ces mains
inoccupées seraient bien mieux employées à me caresser qu’à pendouiller
inutilement, et j’en attrapais une, pour l’emmener sur ma chatte, ou plutôt
à son emplacement, me rendant alors compte que la chose aurait gagné en
intérêt si seulement j’avais enlevé ma culotte.
On dût se faire la même réflexion au même moment, car tandis que je me
relevais pour l’enlever, Pascale se tourna, tout sourire et me viola de
nouveau mes lèvres. Un plaisir bien sûr ! Une extase même !
Elle me tripote les seins, j’en fais de même, elle m’asticote le bout, elle
ne me le fait pas assez fort ! Je fais quoi, je lui dis ou pas ? Je ne
voudrais pas non plus passer pour une dingue !
- Plus fort !
Ca m’a échappé, j’en avais tellement envie !
- Plus fort ? Reprend-elle d’un air coquin faussement interrogateur !
Elle le fait, et elle le fait très bien, je mouille comme une éponge, je
pousse des petits cris.
- T’aime ça qu’on te les serre, hein ?
- C’est la première fois qu’ON me les serre.
Ca non plus je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire !
- Il y a toujours une première fois ! répond-elle.
Puis, elle m’invite à me coucher sur le canapé en cuir noir, pour prendre
nos aises, précise-t-elle. Je m’y allonge, ça m’arrange de me laisser faire,
de me laisser s’occuper de moi. Pascale me chevauche alors s’agenouillant de
part et d’autre de ma taille, puis elle reprend ses pincettes sur mes
tétons. Son buste est alors vertical, position peu pratique pour la
caresser, mais je fais ce que je peux, elle s’en aperçoit et se penche alors
en avant.
- Masse-moi les épaules !
Décidément c’est une gourmande des massages, je n’ai jamais appris à masser,
j’improvise, inventant des mouvements circulaires de mes mains ouvertes.
Elle apprécie, elle me le dit ! Je devais avoir des dons cachés ! Je serais
seule en cet instant, le moment serait venu de porter ma main à mon sexe et
de jouir. Je sais que là, la jouissance serait particulièrement intense.
Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre ? Les petits cris que je
pousse au contact de ses doigts sur mes bouts de seins seront-ils suffisants
!
Mais, bien sûr, ce n’est pas parce que je suis à moitié nunuche que tout le
monde doit être comme moi, voici Pascale qui sans me lâcher les seins à
changé complètement de position et se retrouve son visage entre mes cuisses
en train de me lécher. Oh ! ce contact de sa langue sur mon sexe, si
seulement elle pouvait aller un peu plus haut, mais apparemment elle fait
durer (et c’est vraiment le cas de le dire) le plaisir, j’halète, je n’en
puis plus, et la voici enfin sur mon clito, je n’attendais que ça, je me
cambre, ma respiration s’arrête, ça vient, ça vient, ça vient très vite, je
gueule !
Pascale se marre, elle me met la main sur la bouche pour étouffer mes cris
de jouissance, attend que je me calme, se lève précipitamment, je crois un
moment qu’elle est fâchée (pourquoi donc ?) Je me relève, je la vois bloquer
la fermeture de la porte et elle revient, souriante.
- Occupe-toi de moi, maintenant !

Ben, oui, je lui dois bien cela, j’appréhende quand même, elle se couche à
ma place, j’ignore si je dois lui serrer les tétons, je les prends, les
triture, les manipule, elle n’en demande pas davantage, chacun ses trucs !
Je me place alors entre ses cuisses imitant la position qui était la sienne
il y a quelques instants. Tout cela est trempée, je lèche, il y en a
partout, je découvre ce petit goût bien particulier et m’en régale, puis
comme elle, je lui lape le vagin avant de terminer sur son clito. Il est
gros, beaucoup plus que le mien, il est arrogant, mais il m’appelle, je le
gobe, le cajolant de ma langue. Elle parle, elle cause beaucoup, Pascale !
- Vas-y ! Vas-y ! V’est bon !
Je n’arrête pas d’y aller, j’ai la trouille de ne pas y arriver, elle
m’encourage…
- Continue, c’est bon, c’est bon, ça vient, ça vient !
Et soudain, c’est l’explosion ! Un souffle, un souffle immense, mais pas de
cri, elle sait se tenir, pas comme moi ! Son corps se raidit un moment puis
retombe comme une chiffe. Nos regards se croisent, on se sourie ! On
s’embrasse !
- C’était bon ?
- Super !
- Alors pourquoi tu pleure ?
- Je ne pleure pas !
Epilogue
On a bu un coup, un jus de fruit, on aurait eu besoin d’une douche,
l’établissement en possédait, mais elle m’en dissuada, m’indiquant que la
chose ne serait point discrète. On s’est rhabillées.
- Faut que je te fasse un aveu, Bénédicte !
- Oui ?
- C’était prémédité !
- Prémédité ?
- Oui, enfin plus ou moins. Tu dois bien t’imaginer que la directrice n’a
pas besoin de s’entretenir personnellement avec toutes les clientes. Mais
quand je t’ai vue sur l’écran de contrôle, j’ai flashé, j’ai flashé sur ton
visage. J’ai donc demandé à te rencontrer. C’est extrêmement rare, ne va pas
croire que je couche avec tout le monde. Et puis, je ne savais pas trop
comment m’y prendre, j’avais un vague plan, tester si les femmes
t’intéressaient, t’emmener au restau, tout ça. Et en fait ça ne s’est pas
déroulé du tout comme ça ! Les choses ne se passent jamais comme on se les
imagine !
- Tout ça à cause de mes aspérités !
- Et, oui, tes aspérités… tu me les remontre ?

Fin de l’épisode

© Lena Van Eyck – Paris – Septembre 2001
Ce récit a eu l’honneur d’obtenir le premier prix du concours des histoires
lesbos organisé par Revebebe en Septembre-Octobre 2001
Première publication sur Vassilia, le 23/09/2001

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Une réponse à La métamorphose d’Ariane par Léna Van Eyck

  1. Darrigade dit :

    Ce texte est un véritable petit bijoux d’intelligence et de volupté érotique, l’une des perles rares de ce site !

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