Gazette 463 – Inde

Le juge indien Virender Bhat s’est fait remarquer le mois dernier en déclarant à propos des relations sexuelles avant le mariage : « La jeune fille doit être consciente qu’elle s’engage dans un acte qui non seulement est immoral, mais qui va aussi à l’encontre des principes de toutes les religions. Aucune religion dans le monde ne permet le sexe prénuptial. »

En Inde, le sexe prénuptial reste un sujet tabou qui a mené à de nombreuses controverses. L’année dernière, un autre juge indien définissait  le concubinage comme « un produit immoral et infâme hérité de la culture occidentale ». Alors qu’en 2005, après avoir déclaré qu’ »il n’était pas grave pour une femme d’avoir des rapports sexuels prénuptiaux si elle se protégeait, et qu’un homme ne pouvait attendre de sa femme qu’elle soit vierge », l’actrice Kushboo a été attaquée de toute part pour avoir « scandalisé la décence publique »

Malgré le fait que le kamasoutra y ai été inventé, l’Inde est aujourd’hui un pays très conservateur dans lequel le sexe est considéré par certains comme un moyen de reproduction et non de recherche de plaisir et d’éveil des sens. La relation conflictuelle de l’Inde avec le sexe rend les rapports entre hommes et femmes très compliqués dans le pays, menant parfois à de nombreuses affaires de viol. On estime qu’environ 15 000 viols ont lieu en Inde chaque année. Le pays occupe la 5ème place du plus grand nombre de viols commis dans le monde, (les Etats-Unis occupant la 1ère place avec environ 95 000 viols tous les ans.)

Après qu’une étude ait montré l’année dernière que 53 % des enfants en Inde avaient subi une forme de violence sexuelle, une loi criminalisant les rapports sexuels entre individus de moins de 18 ans avait été votée. Cette loi qui avait à l’origine pour visée de protéger les enfants de toute agression sexuelle quelle qu’elle soit, a cependant été dénoncée par l’ONG Human Rights Watch qui a déclaré à son sujet : « le cadre légal devrait encourager les adolescents à gérer leur sexualité d’une manière éclairée et responsable, non les punir pour en avoir eu envie. »

Aujourd’hui néanmoins, la jeunesse indienne parle de sexe avec moins de gêne, instaurant un climat de choc des générations dans le pays. L’écrivaine et chroniqueuse du Bombay Times et de l’Asian Age, Shobaa De, a déclaré dans une interview « la victoire aujourd’hui, c’est qu’on a désormais le droit d’écrire que telle ou telle actrice a décidé d’élever son enfant seule, sans être censuré pour écrits subversifs à l’encontre des traditions »

Il y a deux ans, la Cour Suprême a rejeté une série de plaintes contre l’actrice Kushboo quant à son positionnement sur le droit des femmes d’avoir des rapports sexuels avant le mariage en lui exprimant son soutien. Avant de reconnaître également, il y a peu, le droit des couples non mariés à vivre ensemble. Un positionnement de la Cour Suprême indienne qui laisse espérer à une évolution des mœurs indiennes et du rapport des Indiens avec le sexe.

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Une réponse à Gazette 463 – Inde

  1. Omphale dit :

    Et pour aller plus loin sur le sujet, regarder Sexe, mensonges et frustrations jeudi 16 janvier à 2h45 sur Arte.

    L’Inde se développe mais ne se libère pas de son carcan puritain. Enquête auprès de médecins, de journalistes et de sociologues indiens.
    Récemment, un des plus célèbres éditorialistes indien débutait son article ainsi : « Comment nous avons tué le Kamasoutra ». Effectivement, le pays qui, le premier, a répertorié nos positions sexuelles, se trouve aujourd’hui en panne d’imagination. Plus grave, l’Inde grandit, se développe et se modernise mais le pays ne s’émancipe pas sur le plan sexuel. Les jeunes Indiens grandissent dans un univers ultraconservateur, alors qu’Internet, le cinéma et la publicité façonnent une toute autre image du sexe. L’image de la femme en ressort particulièrement dégradée. Depuis longtemps, les Occidentales sont assimilées à des femmes légères. Aujourd’hui, les films de Bollywood et les médias tendent à transformer la femme indienne en objet sexuel. Ce fossé entre une Inde encore moyenâgeuse et ces créatures fantasmées crée une immense frustration. Ce documentaire s’appuie sur des interviews de médecins, du sexologue réputé Prakash Kothari, de journalistes, de sociologues et d’acteurs, qui racontent et décryptent le rapport compliqué que les hommes indiens entretiennent avec les femmes.

    http://www.arte.tv/guide/fr/051049-000/sexe-mensonges-et-frustrations

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